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LIBRARY
Walter E. Fernald
State School
Waverley, Massachusetts
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BIBLIOTHEQUE
DE PHILOSOPHIE CONTEK.
PSYCHOLOGIE
DE L'IDIOT
ET
DE L'IMBÉCILE
PAR
Le D r Paul SOLLIER
Ancien interne des hôpitaux
Conservateur du Musée de Bicêtre
/
Avec 12 planches
hors texte
PARIS
ANCIENNE
LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE
ET
C le
FÉLIX ALGAN,
ÉDITEUR
108
, BOULEVARD SAINT
1891
-GERMAIN,
1 08
PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT
ET DE L'IMBÉCILE
ANGERS, IMPRIMERIE A. BURDIN ET C :p , 4, RIE GARNIBH.
PSYCHOLOGIE
DE L'IDIOT
ET
DE L'IMBÉCILE
PAR
vjr LE D r PAUL SOLLIER
Ancienjnterne des hôpitaux
Conservateur du Musée de Bicètre
Avec 12 planches hors texte
PARIS
ANCIENNE ^LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE ET C ie
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
108, BOULEVARD* SAINT- GERMA IN, 108
1891
Tous droits réservés.
AVANT-PROPOS
C'est pendant notre première année d'internat
dans le service des enfants idiots, arriérés et épilep-
tiques de Bicêtre, dirigé par notre excellent maître
le I) r Bourneville, que nous tenons à remercier ici
des documents qu'il nous a libéralement fournis,
que nous avons commencé ce travail. Etant resté,
depuis cette époque, attaché à cet hôpital, soit
comme interne, soit comme conservateur du Musée
pathologique, nous avons pu continuer nos re-
cherches sur ce sujet pendant près de quatre ans.
La forme que nous avons adoptée pour cette étude
ne nous a pas permis de donner des observations
détaillées et complètes qui n'auraient eu aucun in-
térêt. Notre but n'était pas, en effet, d'élucider tel
ou tel point de la psychologie des idiots et des im-
béciles; de montrer le plus ou moins de fréquence
n AVANT-PROPOS
de telles de leurs particularités psychiques, mais de
faire une étude d'ensemble. Bien loin de rechercher
les cas particuliers ou curieux, nous nous sommes
attaché au contraire à dégager, autant que faire
se pouvait, les traits généraux et caractéristiques
de leur psychologie, et de faire ainsi en quelque
sorte le portrait, non de tels ou tels idiots ou
imbéciles, mais de l'idiot et de l'imbécile en géné-
ral. De même lorsqu'on écrit la psychologie hu-
maine, ce n'est pas celle d'un plus ou moins grand
nombre d'hommes particuliers, étudiés séparé-
ment, mais celle de l'homme quelconque.
Il n'entrait pas dans notre plan d'étudier la
question du délire chez les idiots et les imbéciles.
La psychologie normale de ces sujets nous a
semblé suffisamment vaste à elle seule, et assez
complexe par elle-même pour ne pas la compli-
quer encore davantage.
Nous n'avons pas, même en nous limitant ainsi,
la prétention d'avoir atteint notre but. Cette étude
n'est et ne saurait être qu'un essai, imparfait par
conséquent, sujet à rectifications, et renfermant
beaucoup de lacunes. Mais c'est le premier de ce
AVANT-PROPOS m
genre, à notre connaissance, qui ait été tenté en
cette matière 1 . Ce motif qui nous a décidé à l'écrire
nous sera peut-être un titre à l'indulgence de
ceux qui le liront.
1. La bibliographie de l'Idiotie, assez pauvre en France, très riche
au contraire en Amérique et en Angleterre, est composée surtout
de documents sur les causes, les classifications, les signes phy-
siques, l'auatomie pathologique et l'éducation des idiots. On s'oc-
cupe peu du côté psychologique, ou on répète ce qui a été dit
déjà, quoique en Allemagne on commence à étudier les troubles
intellectuels de ces sujets. Mais ces travaux sont encore bien rares.
Je tiens à adresser ici tous mes remerciements à M. Boyer. insti-
tuteur des enfants de Bicêtre, pour les précieux renseignements
qu'il nous a fournis sur beaucoup de points de notre sujet.
PSYCHOLOGIE
DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
(ESSAI DE PSYCHOLOGIE MORBIDE)
CHAPITRE PREMIER
GÉNÉRALITÉS ET CLASSIFICATIONS
SOMMAIRE : Difficultés du sujet. — L'idiotie n'est pas une entité
clinique. — Parallèle de l'intelligence des idiots avec celle d'en-
fants normaux . — Variabilité des causes et multiplicité des lésions
de l'idiotie. — Parallèle de l'intelligence des idiots avec celle des
animaux. — Principales définitions de l'idiotie de l'imbécillité. —
Classifications proposées par les auteurs et bases de ces classifi-
cations. — Le degré de l'attention peut servir de base à une clas-
sification.
Les auteurs qui se sont le plus occupés de l'idiotie, soit
dans des mémoires spéciaux, soit plus rarement dans des
traités didactiques, ont insisté surtout sur les troubles phy-
siques que présentent les idiots. Quant aux troubles psy-
chiques, ils se sont contentés d'indiquer la marche à suivre
pour les étudier, ou de décrire différents types d'idiots, et
I
2 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBECILE
c'est tout. Aucun deux n'en a fait une analyse approfondie
suivant les préceptes et l'ordre qu'ils indiquaient, et la plu-
part sont restés dans des généralités telles, que tous ceux
qui ont vu de près des idiots, sans études philosophiques
ou scientifiques spéciales, pourraient en dire autant, car
elles peuvent presque se résumer en ceci, que l'idiot est un
être dépourvu d'intelligence et de sentiment, ce que tout le
monde sait.
Aussi n'est-ce pas sans une crainte motivée que nous
nous sommes hasardé à tenter à notre tour l'étude de l'état
mental des idiots et des imbéciles. En présence des diffi-
cultés qu'elle offre, nous avons facilement compris pourquoi
les auteurs s'étaient bornés à en indiquer les grandes lignes,
sans l'entreprendre eux-mêmes. Ces difficultés tiennent à
bien des causes. Les montrer excusera peut-être le résultat
incomplet auquel nous sommes arrivé, et servira en même
temps à indiquer les points sur lesquels il faudra par la
suite porter le plus son attention pour tâcher d'en tirer
quelques fruits meilleurs.
La première difficulté à laquelle on se heurte, c'est que
l'idiotie n'est pas une entité clinique, et qu'il est impos-
sible d'en tracer un tableau unique. On peut faire la psy-
chologie complète de l'homme normal doué de toutes ses
facultés. Mais l'idiot est un être anormal, et anormal à des
degrés si variables qu'on est forcé d'y reconnaître plusieurs
types. De sorte que la description de l'état mental d'un idiot
du type le plus inférieur ne saurait être la même que celle
d'un idiot du type le plus 'élevé. L'idiot n'est pas un être à
part; c'est une classe d'individus dans laquelle on observe
toutes les nuances; et il est aussi difficile de marquer la
caractéristique qui sépare l'idiotie profonde de l'idiotie lé-
MÉTHODES D'ÉTUDE 3
gère, que celle-ci de l'imbécillité, et celle-ci encore de l'ar-
riération et de la débilité mentale.
Ce qu'on pourrait tenter pour mesurer l'état mental des
idiots, c'est de chercher à quel âge correspond chez un en-
fant normal le développement psychique qu'on observe chez
eux. Nous avons, en effet, à cet égard, aujourd'hui, grâce
aux travaux de Tiedemann, Preyer, Sikorski, Perez, etc.,
des données assez précises et concordantes. On a donc des
points de repère. Mais de nouvelles difficultés surgissent.
Pour que cette méthode fût applicable d'une façon au
moins suffisante, il faudrait que la cause de l'idiotie fût,
pour ainsi dire, unique. Si c'élait, par exemple, un arrêt
de développement cérébral, on pourrait presque à coup sûr,
dire, d'après l'état intellectuel observé, à quel âge l'idiotie
serait survenue. L'idiotie la plus profonde serait congéni-
tale, et plus tard elle serait apparue, plus l'enfant serait
développé intellectuellement. Malheureusement, il est loin
d'en être ainsi. Tout d'abord, en effet, l'idiotie congénitale
n'est pas forcément complète et incurable, et elle présente
tous les degrés comme l'idiotie acquise. De plus les lésions
qui produisent l'idiotie sont extrêmement variées 1 et ne
consistent pas le moins du monde en un simple arrêt de
1. M. Bourneville distingue les formes suivantes : 1° Idiotie symp-
tômatique de l'hydrocéphalie {idiotie hydrocéphalique) ; 2° Idiotie
symptômatique de înicrocéphalie {idiotie microcéphalique); 3° Idiotie
symptôuiatique d'un arrêt de développement des circonvolutions ;
4° Idiotie symptômatique d'une malformation congénitale du cer-
veau, {porencéphalie, absence de corps calleux, etc.) ; 5° Idiotie symp-
tômatique de sclérose hyper trophique ou tubéreuse; 6° Idiotie symp-
tômatique de sclérose atrophique : a. sclérose d'un hémisphère ou
des deux hémisphères; b. sclérose d'un lobe du cerveau ; c. sclérose
de circonvolutions isolées; d. sclérose chagrinée du cerveau (?) ;
7° Idiotie symptômatique de méningite ou de méningo-encéphalite
chronique (idiotie méninqitique) ; S Idiotie avec cachexie pachyder-
mique, ou idiotie myxœdémateuse .
4 PSYCHOLOGIE DE L IDIOT ET DE L'IM-BÉCILE
développement. Or, suivant que la lésion causale est plus
ou moins étendue, plus ou moins profonde, l'idiotie est plus
ou moins grave, et surtout l'intelligence est inégalement
touchée. Il devient dès lors impossible de prendre pour
terme de comparaison l'intelligence d'un enfant normal
dont le développement des diverses facultés est dans un
rapport presque constant.
Mais l'impossibilité théorique d'un tel parallèle saute aux
yeux dès qu'on veut le réaliser, et l'on est frappé alors de
la différence qui existe entre un enfant non encore complè-
tement développé et un idiot même très éduqué. L'enfant
a en germe toutes les facultés et le pouvoir de les dévelop-
per. Elles surgissent spontanément à mesure que son cer-
veau s'organise. Chez l'idiot, il faut aller les chercher au
fond même de l'intelligence, et une fois qu'on est arrivé à
les développer et à les façonner un peu, on doit appliquer
tous ses efforts, non pas tant à les développer davantage
qu'à les maintenir au degré où on les a amenées. L'enfant
se meut spontanément, l'idiot est un automate qui se meut
suivant l'impulsion qu'on lui donne. Un enfant peut com-
prendre une chose et ne pas savoir la faire, un idiot peut
la faire et ne pas la comprendre. Quand l'enfant sait faire
une chose, c'est qu'il la comprend, et la preuve, c'est qu'il
cherche à la modifier suivant les circonstances ou même
par besoin de varier son activité. L'idiot fait automatique-
ment les choses et s'arrête dès qu'il survient le moindre
obstacle qu'il ne sail comment vaincre. Aussi, quoique les
actes soient en apparence le meilleur critérium de l'intelli-
gence et du sentiment chez les individus normaux, on arri-
verait à des conclusions tout à fait erronées s.
Dubois d'Amiens i admet trois classes : dans la première
sont ceux qui présentent le plus haut degré d'abrutissement
et sont réduits à l'automatisme; dans la seconde sont les
idiots qui ne possèdent que des instincts; enfin la troisième
comprend ceux qui possèdent des instinc's et des détermi-
nations raisonnables, c'est-à-dire les imbéciles. Cette divi-
sion est acceptable, mais le terme d'instinct est trop vague
et n'établit pas de limites assez précises entre les diverses
catégories qu'il prétend séparer.
Pinel s regarde l'idiotie comme une maladie de naissance
ciractérisée par la nullité morale et intellectuelle, mais pré-
sentant cependant trois variétés fort distinctes : 1° l'abru-
tissement, état de dernière abjection humaine, où il n'y a
•
1. Dubois, Inductions philosophiques sur l'idiotisme et la démence
M -m. Acad. de méd. 1837.
2. Pinel, Traité philosophique de l'aliénation mentale.
14 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
ni sensations, ni sentiments de besoins physiques; 2° la
stupidité, où l'on trouve quelques perceptions et au moins
quelques sentiments de besoins physiques; 3° la bêtise, se
distinguant des deux états précédents par quelques frag-
ments d'intelligence, et notamment par la possibilité de
parler.
Quant à l'imbécillité, elle a un caractère inverse, c'est-à-
dire qu'elle affecte des individus qui ont eu leur raison et
qu'elle va toujours en s'aggravant.
Les deux premières catégories n'ont guère lieu d'être
séparées, et correspondent à la première classe de Dubois
d'Amiens ; la troisième, insuffisamment désignée sous le
nom de bêtise, correspond à l'idiotie simple, à la seconde
classe de Dubois d'Amiens; enfin ce qu'il désigne sous le
nom d'imbécillité, c'est la démence, car l'imbécillité est
tout aussi congénitale que l'idiotie, et ne va pas forcément
en s'aggravant.
Henke admet trois catégories : stupidité, imbécillité, bê-
tise, qui paraissent correspondre a l'idiotie profonde, incu-
rable, à l'idiotie simple curable, et à l'imbécillité.
Spielmann admet trois degrés aussi : les idiots apathiques,
les stupides et les imbéciles.
Hoffbauer en admet cinq variétés.
Morel ' fait trois degrés : le simple d'esprit, l'imbécile et
l'idiot. L'étendue des facultés intellectuelles et surtout du
langage forme la base de cette classificalion. Remarquons
que la première catégorie des simples d'esprit constitue ce
qu'on appelle aujourd'hui les débiles qui sont de simples
dégénérés et ne rentrent pas dans notre cadre. Quant à
l'idiot, il présente évidemment plus d'une variété.
Belhomme 2 critiquant la division de Dubois d'Amiens,
i. Morel, Traité des mal. mentales.
2 Belhomme, loc. cit.
CLASSIFICATIONS 15
dit : « Il est évident que ce cadre est trop rétréci et ne donne
pas toutes les nuances de l'idiotie. En effet, prenons la
première classe de M. Dubois d'Amiens. Dans celle-ci se
rangeraient l'idiot complet et l'idiot incomplet. Le premier
n'a pas même le sentiment de sa conservation : on est obligé
de le nourrir, sinon il mourrait de faim; le second con-
serve encore le sentiment très limité de son existence et
mange comme une brute, voilà tout. Il en sera de même
pour les imbéciles. Il est une nuance, celle dans laquelle
l'individu n'obéit qu'à ses instincts, au besoin des organes
et à l'habitude; mais il n'y a rien d'intellectuel. A un degré
supérieur, il y a quelque acte intellectuel; l'imbécile est
susceptible d'actes manuels que l'éducation peut perfec-
tionner. Enfin le premier degré d'imbécillité est celui dans
lequel l'individu agit et raisonne comme tout le monde, est
éducable, mais ne peut arriver au degré intellectuel auquel
parviennent le commun des hommes. Ces cinq catégories
me paraissent donc essentielles à admettre et je maintiens
encore aujourd'hui cette classification comme importante à
l'explication de l'idiotie. Il me paraît d'ailleurs nécessaire
de bien limiter les nuances où il y a chance d'éducation, si
l'on veut fructueusement appliquer les principes du dévelop-
pement intellectuel, car ce serait en vain que l'on voudrait
faire naître ce qui n'existe pas. »
Félix Voisin ' donne les divisions suivantes :
« l re Catégorie. — Idiotie complèle, rarement abrutisse-
ment complet. Aucune force interne ne les sollicite à l'ac-
tion, et aucune impression du dehors ne vient leur commu-
niquer la vie. Tout se réduit à une existence végétative. La
respiration et la digestion sont les deux seules fonctions ap-
1. Félix Voisin, loc. cil.
16 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
parentes. Rien de ce qui peut donner une idée de l'animal
ou de l'homme n'apparaît chez aucun d'eux.
« 2 e Catégorie. — Dans la seconde je crois devoir placer
les idiots moins maliraités par la nature, mais cependant
singulièrement dangereux pour eux-mêmes et pour la so-
ciété : ce sont ceux dont les penchants inférieurs sont com-
plètement et fortement développés, tandis que les facultés
intellectuelles et les sentiments moraux sont à peine ébau-
chés dans leur constitution. Je veux parler de l'idiotie qui
atteint partiellement l'ensemble de nos facultés. Je m'ex-
plique par la simple exposition, traduction et interprétation
des faits que j'ai chaque jour sous les yeux. Ainsi l'idiot de
cette espèce aura les penchants conservateurs de l'espèce
humaine, mais il ne les aura pas tous; un, deux ou trois
lui feront défaut. Il possédera également les sentiments mo-
raux, mais l'un ou l'autre de ses attributs supérieurs man-
quera dans sa tète. Il se fera remarquer aussi par ses facul-
tés intellectuelles et perceptives; mais le nombre n'en sera
pas complet et on ne pourra non plus le placer, sous ce der-
nier rapport, au niveau d'une organisation commune. Son
idiotie, regardée jusqu'à présent d'une manière si vague, si
banale et si générale, se compose donc d'idioties partielles
qui le frappent dans chaque ordre de ses facultés. Ce sont
particulièrement ces idiots qui, sous le rapport des facultés
de tout ordre qui leur restent, peuvent aisément succomber
aux excitations extérieures et peuvent aisément aussi ré-
pondre à l'instruction et à l'éducation qu'on leur donne,
toujours néanmoins dans la mesure de leur capacité natu-
relle, car l'éducation et l'instruction ne créent pas les facul-
tés fortes ou faibles, il faut qu'elles existent pour que les
instituteurs puissent, à force de patience et de soins, en
tirer le parti le plus avantageux à l'individu comme à l'ordre
social.
CLASSIFICATIONS 17
« 3 e Catégorie. — Enfin, au-dessus de ces idiots, s'en
trouvent quelques autres qui se rapprochent davantage en-
core de lhomme ordinaire, quoique bien ostensiblement
privés de quelques facultés supérieures (comparaison et cau-
salité). Leurs sensations fugitives, leurs sentiments vagues,
leurs penchants indéterminés, la marche irrégulière de leurs
idées, la facilité avec laquelle ils s'excitent, leur parler en
phrases hachées ou par substantifs et par verbes lorsqu'ils
éprouvent diverses émotions, tout fait également sentir
pour eux la nécessité d'une instruction et d'une éducation
spéciales. Ces sujets, que l'on désigne ordinairement dans le
monde sous le nom d'imbéciles, doivent autant que possible
être mis dans l'impossibilité de nuire ou de compromettre
l'état social. »
Quoique un peu long, nous avons tenu à donner ce pas-
sage en son entier, car celui qui l'a écrit est, à notre sens,
un des hommes qui ont eu les vues les plus justes sur
l'idiotie et l'imbécillité.
Griesinger ' admet deux degrés seulement : 1° les cas graves
dans lesquels l'intelligence est nulle; 2° les cas légers où il
y a simplement faiblesse intellectuelle. Classification évi-
demment insuffisante. Toutefois, dans un autre passage de
son livre, il dit : « Dans tous les cas d'idiotie, on peut facile-
ment distinguer deux formes fondamentales qui, à leurs
degrés extrêmes, diffèrent essentiellement entre elles, mais
qu'il est souvent assez difficile de préciser quand la dégéné-
rescence est peu profonde. Ce sont la forme apathique (tor-
pide, stupide), et la forme agitée, versatile». Cette subdivi-
sion, basée sur une observation clinique parfaitement exacte
ne saurait cependant suffire pour une classification générale
1. Griesinger, Traite des mal. mentales.
48 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBECILE
puisqu'elle s'applique à chacun des divers degrés de l'idiotie.
Séguin J critiquant la manie des classifications, renonce à
en faire une nouvelle après toutes celles qui existent déjà.
Il se borne à différencier les idiots des arriérés, des imbé-
ciles, des crétins et des déments. Quant à l'imbécillité, il ne
considère que celle qui est « consécutive à un état du cerveau
dont les causes les plus fréquentes sont : 1° la manie solitaire;
2° l'excès de travail intellectuel, avant et pendant l'épanouis-
sement de la puberté; 3* les affections aiguës de l'encéphale
et les maladies de l'intestin qui réagissent sur le cerveau ;
4° une chute ou un coup violent sur la tête et en particulier
dans les régions antérieures et supérieures pendant les an-
nées qui précèdent la puberté ». Séguin fait allusion seule-
ment aux cas d'imbécillité symptômaiique, et laisse ainsi
complètement de côté l'imbécillité congénitale ou même con-
sécutive à des affections cérébrales de la première enfance,
qui, suivant leur degré d'intensité, laissent derrière elles de
l'imbécillité, de l'idiotie simple ou de l'idiotie profonde.
M. Dagonet* distingue quatre degrés : 1° simplicité d'esprit ;
2° imbécillité d'Esquirol; 3° idiotie proprement dite d'Esqui-
rol; 4° automatisme de Dubois d'Amiens. Les simples d'es-
prit ne rentrent pas dans notre cadre. Quant aux trois autres
catégories, elles se rapprochent absolument de la division de
Dubois d'Amiens.
Ireland 3 approuve la classification d'Esquirol, mais ne la
suit pas, et divise les idiots d'après leurs manifestations
mentales, de la manière suivante : «1° ceux qui peuvent rece-
voir des impressions sensorielles, qui ont des sensations qui
ne peuvent aboutir à des perceptions. Ils possèdent seulement
1. Séguin, loc. cit.
2. Dagonet, Traité des mal. mentales.
3. Ireland, Traité de l'idiotie et de l'imbécillité.
CLASSIFICATIONS !<J
l'intelligence passive d'Aristote; 2° ceux qui ont aussi le pou-
voir de comparer, de raisonner et de tirer des conclusions
générales ; qui ont une intelligence active ; 3° ceux qui
peuvent former des idées abstraites. Cette classe comprend
tous les plus hauts degrés de l'idiotie et demanderait sans
doute une subdivision plus détaillée. »
Il trouve qu'un bon moyen déjuger les idiots, c'est de les
comparer à des enfants ordinaires d'un âge donné, opinion
que nous avons essayé plus haut de combattre. « L'idiotie,
dit-il, peut être considérée en somme, dans ses manifesta-
tions mentales, comme une condition infantile définitive. Les
idiots restent toute leur vie des enfants comme intelligence,
souvent aussi comme sentiments et comme désirs. »
Schùle * s'exprime ainsi : « On peut chercher à classer les
différents cas d'idiotie : 1° au point de vue de la physiologie
clinique; 2° en formant des familles naturelles, d'après
l'ensemble des signes psychiques, physiques et crâniolo-
giques. Une classification étiologique permettant de séparer
nettement les différents cas serait ici artificielle et prémar
turée, comme pour les autres cérébro-psychoses; mais les
considérations étiologiques servent à distinguer certaines
variétés. On ne peut pas non plus baser une classification
sur le langage, car on n'a pas seulement affaire chez les
idiots à des troubles intellectuels». Il distingue : 1° l'idiotie
absolue; et 2° l'imbécillité. Il divise ensuite celle-ci en: pro-
fonde, non susceptible d'éducation (idiotie); imbécillité de
degré moyen et léger. Enfin il distingue dans ces dernières
catégories les types cliniques suivants : 1° imbécillité simple
avec apathie; 2° imbécillité avec délire ambitieux; 3° imbé-
cillité avec crétinisme ; imbécillité avec aphasie ; 5o moral
1. Schiile, Traité des mal. mentales.
20 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
insanity; 6° imbécillité hébéphrénique. Il admet en somme
trois grande classes : idiotie absolue, idiotie simple ou imbé-
cillité profonde et imbécillité proprement dite.
C'est la division fondamentale à laquelle de près ou de
loin se rattachent toutes les autres classifications. Nous ne
parlons pas, bien entendu, de celle de M. Bourneville, qui
est faile au point de vue spécial de l'anatomie pathologique
et qui, par suite, ne trouve pas sa place ici où nous cher-
chons avant tout une classification symptômatique.
C'est également à la division en trois catégories: 1° idiotie
absolue; 2° idiotie simple; 3° imbécillité, que nous nous
rallions de préférence, sans préjuger de la base sur laquelle
les différents auteurs s'appuient pour l'établir, et qui, pour
les uns, est le langage, pour d'autres les inslincts, ou encore
l'état de l'ensemble des facultés. Pour nous, avant de prendre
un point d'appui définitif, nous devons chercher quelle est
la clef de voûte du développement intellectuel. Nous pensons
la trouver dans l'attention, et dès maintenant, nous distin-
guerons ainsi nos trois catégories :
1° Idiotie absolue: absence complète et impossibilité de
l'attention.
2° Idiotie simple : faiblesse et difficulté de V attention.
3 Imbécillité : instabilité de V attention.
Nons nous proposons de justifier cette division et la base
sur laquelle elle repose lorsque nous ferons l'étude de l'at-
tenlion elle-même.
CHAPITRE II
MÉTHODES DESCRIPTIVES
SOMMAIRE. — Plans d'analyse psychologique de Félix Voisin et de
Séguin. — Caractéristiques de l'idiotie d'après Séguin. — Impor-
tance de l'attention dans le développement psychique. — Plan
suivi dans cette étude psychologique.
Nous avons vu dans le chapitre précédent la difficulté
que présentait à étudier la psychologie des idiots et des im-
béciles. Nous avons montré combien les auteurs s'enten-
daient peu sur les définitions mêmes de l'idiotie et de l'im-
bécillité, et combien leur classification des différentes ca-
tégories de ces dégénérés étaient vagues ou arbitraires, ce
qui tient surtout à ce qu'ils ont moins cherché à prendre
une base fixe pour la différenciation des divers groupes,
qu'à comparer l'ensemble des manifestations, essai rendu
impossible par la multiplicité de leurs combinaisons. La des-
cription détaillée des idiots et des imbéciles devait donc, à
plus forte raison, être très imparfaite, et c'est à peine en
efïet, si certains auteurs ont indiqué, dans des sortes de ta-
bleaux synoptiques, l'état intellectuel des idiots, tableaux
qui indiquent plutôt la marche à suivre dans l'étude, que
le résumé de cette étude elle-même.
22 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBECILE
Avant de donner la méthode à laquelle nous avons cru
devoir nous arrêter, nous tenons à montrer ici les méthodes
des auteurs qui nous ont précédé. Nous ne nous attarderons
pas à la façon la plus commune dont on dépeint les idiots
en se bornant purement et simplement à étendre un peu
quelques observations, et nous rapporterons les deux plans
de Félix Voisin et de Séguin, qui sont les meilleurs en la
matière.
Voici d : abord l'analyse psychologique de l'entendement
humain chez les idiots, d'après F. Voisin :
EX AMEN DE LEUR ÉTAT INSTINCTIF, MORAL, INTELLECTUEL
ET PERCEPTIF
Nom et âge du sujet;
Son tempérament;
Ses habitudes extérieures;
Appréciation des fonctions de la vie organique.
FACULTÉS DE CONSERVATION ET DE REPRODUCTION
PENCHANTS
/ L'enfant a-t-il un appétit voraee?
Besoins instinc- 1 Mange-t-il comme tout le monde, ou dé-
tifsd ali merda- ( vore-t^il ses aliments comme un animal?
tion. i Mange-t-il ses ongles, du boi?, de la terre,
des ordures, etc.?
Érotismc.
f L'enfant présente-l-il des idées positives
) à l'érotisme? Les manifestations que l'on ob-
serve tiennent-elles à des habitudes vicieuses
qu'il aurait contractées dès l'enfance?
i. Félix Voisin, loc. cit.
ÉTUDE DES SENTIMENTS
23
Attachement.
Amitié.
Puissance de ré-
action . — Cou-
rage .
Instincts de
détruire.
Instinct de ruse.
Dextérité ma-
nuelle. — Ha-
bileté manuelle.
— Disposition
à construire, à
tailler, modeler
des objets.
L'enfant a-t-il un caractère affectueux?
A-t-il au contraire des tendances à vivre soli-
taire?
Quelles sont les dispositions de l'enfant à
cet égard? Est-il querelleur, hargneux, diffi-
cile à vivre? Est-il au contraire facile à vivre?
Est-il au contraire pacifique, timide ou peu-,
reux?
L'enfant est-il violent, a-t-il des dispositions
à casser, briser, déchirer, brûler les objets?
Se montre-l-il cruel dans ses jeux avec ses
camarades? Le voit-on tourmenter les ani-
maux? Se montre-t-il sous des dehors tout
à fait différents?
L'enfant est-il hypocrite, menteur? A-t-il
de l'argutie ?Cherche-t-il le subterfuge? Est-
il au contraire trop simple, trop candide et
trop franc?
L'enfant a-t-il des dispositions pour les
arts mécaniques? Est-il habile, adroit et
prompt dans ses évolutions? ou n'est-on
point à chaque instant témoin de sa mala-
dresse?
Estime de soi.
Orgueil.
SENTIMENTS MORAUX
L'enfant a-t-il bonne opinion de lui-même?
A-t-il l'amour de la domination? le désir de
la puissance? Se fait-il remarquer par de la
présomption, de l'insolence, du mépris? Il
n'est pas besoin de dire qu'il faut ici comme
ailleurs savoir s'il ne présente pas le contre-
pied de ces dispositions.
24 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
Vanité. — Désir
de plaire.
Prudence et cir-
conspection.
Bonté. — Charité.
— Bienveillance.
Sentiment du jus-
te, de l'injuste.
— Conscience.
— Justice.
Sentiments de l'es-
pérance.
Esprit de saillie.
— Gaieté.
Sentiments d'imi-
tation.
L'enfant aime-t-il les flatteries et les com-
pliments? Recherche-t-ilia parure, à se faire
remarquer même par de mauvais moyens?
Est-il au contraire tout à fait insensible à l'ap-
probation de ses semblables?
L'enfant a-t-il de l'incertitude, de l'inquié-
tude et de l'irrésolution dans la tête? N'a-il
pas une teinte de mélancolie dans le carac-
tère? ou bien agit-il dans toutes circons-
tances comme un étourdi?
L'enfant se fait-il remarquer par sa dou-
ceur ou sa méchanceté ? Le voit-on s'atten-
drir avec facilité? Monlre-t-il dans sa conduite
habituelle de l'opiniâtreté, de l'obstination,
de l'entêtement? A-t-il l'esprit séditieux?
A-t-il nu contraire le caractère inconstant,
changeant, variable, incertain?
L'enfant désire-t-il etclierche-t-illa vérité?
Se révolte-t-il contre l'iniquité, s'exagère-t-il
ses torts? La conscience au contraire est-elle
muette dans sa constitution, néglige-t-il ses
devoirs?
L'enfant a-t-il l'esprit aventureux? Forrne-
t-il incessamment des projets chimériques?
Voit-il tout en beau? Vit-il au contraire dans
le découragement et sans foi dans l'avenir?
L'enfant a-t-ii une humeur gaie? A-t-il de
la tendance à saisir le côté plaisant des
choses? Cherche-t-il à faire rire? Est-il rail-
leur, ironique? A-t-il au contraire le carac-
tère sérieux?
L'enfant a-t-il de l'inclination à imiter ce
qu'il voit faire autour de lui? N'a-t-il aucune
tendance au contraire à répéter les actes dont
il est le témoin, à s'harmoniser par cela
même avec ses semblables ?
ETUDE DES SENS 25
SENS EXTÉRIEURS
Y a-t-il strabisme? y a-t-il rotation spas-
modique du globe oculaire dans l'orbite?
Vue. / L'enfant est-il affecté de myopie , de presby-
tie? La cécité ferme le monde extérieur à
l'idiot et le rend incurable.
Le goût est-il dépravé? Montre-t-il des
Goût. ^ préférences pour les saveurs fortes ou douces,
aigres ou sucrées, suaves ou nauséabondes?
Notions du froid et du chaud, du sec et de
l'humide, du doux et du rude, etc.? On
Toucher. <J connaît toute l'importance de ce sens vérifi-
cateur pour la connaissance des objets exté-
rieurs.
Le sens de l'ouïe mérite particulièrement
de fixer l'attention. C'est le sens qui peut re-
Audition. ^ muer le plus profondément l'âme humaine.
S'il y a surdité, l'idiotie n'offre pas la moindre
chance d'amélioration.
L'activité dont ce sens jouit chez les sau-
Odorat, \ vages prouve tout le parti qu'on en peut tirer
dans l'éducation des idiots.
ÉDUCATION DES SENS
On ne saurait croire combien il y a à faire sous ce rapport
dans notre éducation publique et particulière. Dans les jeux
de la première enfance, on trouverait, en les organisant
bien, des ressources précieuses. Les philantropes du xvm e
siècle avaient déjà fixé l'attenlion sur ce point, mais il faut
y revenir aujourd'hui.
Mouvements vo- (
, . . Station, marche, course, sauts, jets.
lontaires. f ' ' ' J
26
PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
Mouvements
involontaires.
Conformation des (
organes de la
parole.
Sommeil.
Aptitude à Védu- v
cation. — Indi- <
vidualité. I
Faculté de dessin.
— Configura .
lion.
Faculté d'étendue.
Faculté de coloris.
Localité.
Calcul.
Ordre.
Mémoire des faits.
Se balance-t-il d'un côté à l'autre, ou d'a-
vant en arrière? Est-il affecté de la danse de
Saint-Guy (chorée) ou de quelque autre tic
nerveux?
Parle-t-il?
Quels soût les vices de la voix on de la pa-
role?
Le sommeil est-il profond et réparateur?
Est-il léger? L/en!'ant se réveille- t-il en sur-
saut? A- t-il souvent des rêves ou des cau-
chemars ?
L'enfant prend-il aisément connaissance
des objets extérieurs et de leur existence in-
dividuelle? Connaît-il ses lettres, sait-il épeler,
sait-il lire, sait-il écrire?
L'enfant présente-t-il quelques dispositions
sous ce point de vue? Saisit-il bien la forme
des objets?
L'enfant présente-t-il sous ce rapport quel-
ques-unes des dispositions saillantes que l'on
remarque chez les géomètres, les architectes
et les entrepreneurs?
L'enfant perçoit-il les rapports des couleurs
entre elles? Est-il sensible à leur harmonie
et à leur inharmonie?
L'enfant aime-t-il à se déplacer, à changer
de localité? Garde-t-il la mémoire des lieux
qu'il a visités?
Quelles sont sous ce rapport les aptitudes
de l'enfant?
L'enfant se fait-il remarquer par la force
ou la faiblesse de cette faculté?
Examiner quelle est son activité chez l'en-
fant?
ÉTUDE DE L'INTELLIGENCE 27
Musique. i Quelles sont à ce sujet ses dispositions?
Langage et mê~ i Étudier également à ce sujet les perfections
moire des mots. \ et les imperfections de la nature?
I. — FACULTÉS INTELLECTUELLES OU RÉFLÉCHIES
Ces facultés se composent de la comparaison et de la
causalité. Elles sont ordinairement faibles chez les idiots ;
tout le succès de l'éducation qu'on peut donner à ces mal-
heureux dépend particulièrement du développement que
Ton fait acquérir à ces deux attributs supérieurs de l'âme
humaine.
Pour prendre le langage habituel de l'école, ce serait ici
le lieu de multiplier les questions relatives au degré d'atten-
tion dont chaque enfant est susceptible, savoir, par exemple,
s'il lui est possible d'embrasser plusieurs objets à la fois, et
s'il peut surtout s'élever jusqu'à la notion des phénomènes
qui sont à la fois abstraits et concrets, etc., et on croit devoir
retrancher tous ces détails du cadre général dans l'intention
où l'on est de la consigner avec le plus grand soin dans la
biographie de chacun des idiots.
Séguin 1 trace un cadre monographique de l'idiotie, qui
n'est pas sans analogie avec le précédent.
Portrait.
Age.
Se^e.
Tempérament, santé.
Maladies, infirmités accessoires.
Configuration détaillée du crâne.
1. Séguin, loc. cit.
28 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
Configuration de la face.
Rapport proportionnel du crâne et de la face.
Inégalité des deux côtés du crâne et de la face.
Cheveux, peau.
Rapport proportionnel du tronc et des membres.
Habitude générale du corps.
Habitude de la tête.
Habitude du tronc.
Habitude des membres inférieurs.
Habitude des membres supérieurs.
Habitude du poignet, de la main et des doigts.
Configuration des organes de la parole et ses rapports possibles
avec le développement des organes de la génération. Dentition.
Configuration thoracique.
État de la colonne vertébrale.
État de l'abdomen.
II. — ÉTAT PHYSIOLOGIQUE
DE L'ACTIVITÉ GÉNÉRALE ET APPLICABLE
État apparent du système nerveux.
De l'irritabilité générale du système nerveux.
De l'irritabilité spéciale de certains appareils nerveux.
Des pleurs, cris, chants, bourdonnement etdu changement que
certains irritants comme le froid, la chaleur, l'électricité, les odeurs
etc., impriment à l'irritabilité et à la sensibilité générales ou spé-
ciales.
État probable du cerveau.
— de la moelle épinière.
— des nerfs organiques.
— des nerfs sensitifs.
— des nerfs moteurs.
Différence d'action entre les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs.
Inégalité d'action des nerfs moteurs et sensitifs des deux côtés
du corps.
Des appareils musculaires, des rétractions musculaires et de
l'état des sphincters en particulier.
Des mouvements musculaires.
ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE 29
Des mouvements volontaires.
Des mouvements automatiques qui dépendent de l'état du grand
sympathique.
Des mouvements automatiques qui dépendent de l'état des or-
ganes centraux.
Des mouvements spasmodiques, du balancement.
Des mouvements coordonnés ou désordonnés.
Des flexions articulaires volontaires.
De la locomotion.
De la station, assis, couché," debout.
De la marche, de monter et de descendre.
De la course.
Du faut.
De la préhension des corps.
Du jet des corps. •
De la réception des corps.
Du lancement des corps.
De s'habiller, de manger seul.
Du tact.
Du goût.
De l'odorat.
De l'audition.
Du regard.
De l'érectilité.
De la voix, des voix anormales.
De la parole.
Des fonctions assimilatoires.
Des appétits désordonnés.
De la préhension des aliments.
De la mastication.
De la déglutition.
De la digestion.
Des déjections alvines et urinaires, volontaires ou involontaires,
des excrétions, salive, mucus nasal, larmes, humeur sébacée,
sueurs, transpiration, etc.
Du pouls.
De la respiration.
Du sommeil.
30 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
III. —ÉTAT PSYCHOLOGIQUE
De l'attention. '
De la perception.
De la perception intellectuelle.
De la comparaison.
Du jugement.
De la réflexion.
De la déduction.
De la combinaison.
De l'invention.
Et jusqu'à quel point les opérations intellectuelles, quand elles
existent, s'appliquent-elles aux phénomènes concrets, mixtes, c'est
à-dire concrets et abstraits et aux idées de l'ordre moral?
Les notions des propriétés physiques des corps, comme la cou-
leur, la forme, la dimension, l'agencement des parties pour former
un tout, sont-elles perçues ?
Les idées générales de temps, d'espace, de mesures conven-
tionnelles, de valeur relative, intrinsèque ou arbitraire, sont-elles
comprises et sont-elles appliquées à la vie réelle?
Les connaissances vulgaires, telles que lettres, leeture, écriture
dessin, calcul, ont-elles ou non été données au sujet, et peuvent-
elles l'être dans son état présent?
L'aptitude à la musique et au calcul, le goût du chant ou le be-
soin irrésistible de chanter se sont-ils naturellement produits?
Des mémoires diverses.
De la prévision, de la prévoyance.
IV. — ÉTAT INSTINCTIF ET MORAL
De l'instinct de conservation personnelle.
Des instincts d'ordre, de rangement, de conservation ou de des-
truction des choses.
De l'aggressivité, de la cruauté.
De l'instinct d'assimilation, de possession.
L'enfant est-il obéissant ou révolté, respectueux ou moqueur,
affectueux ou antipathique, câlin ou caressant, reconnaissant,
jaloux, gai ou triste, vaniteux ou indifférent, courageux ou peu-
ÉTUDE PSYCHOLOGIE 31
reux, timide ou osé, circonspect ou étourdi, crédule ou méfiant,
joueur ou imitateur?
L'enfant a-t-il le sentiment du bien et du mal abstraits? ou seu-
lement par rapport à un petit nombre d'actes qui lui sont relatifs?
L'enfant est-il spontané, a-t-il la volonté active, cette volonté
qui est la cause initiale de tous les actes humains ayant un effet
intellectuel ou social?
L'enfant a-t-il seulement la volonté négative qui est toute en-
tière au service des instincts et proteste avec une suprême énergie
contre toute volonté étrangère tendant à faire pénétrer l'idiot dans
l'ordre des phénomènes sociaux ou abstraits.
Enfin jusqu'à quel point l'idiot est-il idiot, solitaire, seul, en
d'autres termes, sous quels rapports et dans quelles limites l'idiot
a-t-il franchi la limite de son moi pour entrer en communication
physique, instinctive, intellectuelle et morale avec les phénomènes
qui l'ont entouré?
V. — ETIOLOG1E
(Nous n'avons pas à insister sur ce chapitre pour l'étude
qui nous occupe).
Notre but n'étant pas de faire de la critique, nous ne nous
attarderons pas à montrer ce qu'il peut y avoir d'artificiel
dans l'ordre de ces deux cadres, nous voulons seulement
faire observer que, fort utiles sans doute pour étudier le
caractère d'un idiot pris en particulier, ils ne sauraient
nous donner la marche à suivre pour connaître la psycho-
logie générale de l'idiotie, pour montrer quelle est sa carac-
téristique.
Cette psychologie générale a cependant été ébauchée par
Séguin, qui y consacre trois pages à peine et arrive à cette
singulière conception de montrer tout ce que l'idiot n'est pas,
et en fait une description en quelque sorte négative, au lieu
32 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
d'en donner un portrait positif et d'indiquer tout ce qu'on
rencontre chez lui d'anormal, et à quel développement s'y
voit ce qui est normal.
Ses conclusions ne sont cependant pas dénuées d'intérêt,
et cette psychologie à rebours nous montre certains points
qui servent à faire ressortir la différence de l'idiot et de
l'homme normal. Pour Séguin, c'est dans la volonté qu'il faut
chercher la caractéristique de l'idiot. Nous avons déjà dit ce
que nous pensions de cette opinion. Nous y reviendrons
tout à l'heure ; mais qu'il nous soit permis d'abord de citer
tout au long le passage de Séguin.
« Ce qui manque à l'idiot, ce n'est donc :
«l°Nila perception distincte, car il en fait preuve quand
il distingue du pain d'avec tout autre objet, etc., etc.;
« 2° Ni la sensation interne, quand il savoure ou rejette un
aliment, ferme les yeux à la vue d'un objet, ou écoute avec
plaisir de la musique;
«3° Ni la sensation externe, quand il se brûle, a froid,
chaud, et éprouve des sensations correspondantes aux modi-
fications qu'impriment les principaux modificateurs externes
de l'état d'être humain;
« 4° Ni l'attention, quand il fixe son esprit et ses désirs
sur les choses ou sur la seule chose qui lui soient agréables ;
« 5° Ni la comparaison, ni le jugement, quand il compare
et choisit entre plusieurs objets celui qui lui plaît le mieux;
ce 6° Ni l'entendement propre, quand il subit l'influence
morale des paroles douces ou sévères qui s'adressent à lui ;
ce 7° Ni la prévoyance pour ses besoins, car si limitée qu'on
la suppose, elle est réelle et pousse son esprit peu hâtif à la
satisfaire;
« 8* Ni les appétits, car ils ne sont ni moins impérieux ni
moins exigeants que les nôtres, quoique moins nombreux,
ABSENCE DE VOLONTÉ 33
et pour leur pâture, l'idiot (s'il n'est perclus) est capable de
tonrner ou de renverser tous les obstacles avec une patience
et une ingéniosité qui semblent tenir du prodige, eu égard
à son état;
« 9° Ni les goûts qui, fussent-ils bornés au désir de déchirer
de la toile, de lécher une faïence, etc., occupent aussi assi-
dûment son esprit que le goût du tabac, de la danse, de l'i-
vrognerie, du jeu, occupent les esprits les mieux faits;
« 10° Ni ses désirs qui veulent être satisfaits, comme son
unique désir, le nombre n'y fait rien, non plus que ses répu-
gnances ;
« 11° Ni ses affections et antipathies personnelles, qui se
prononcent enfin dès qu'il vit dans un milieu propre à les
exercer ;
« 12° Ni sa volonté même qui existe dans la limite négative
que je marquerai.
« Donc ses instincts sont bornés, mais impérieux; ses
sensations déterminent en lui l'exercice de l'attention, de la
comparaison, du jugement, de la mémoire, de la prévision, de
la volonté; il fait acte en un mot de toutes les facultés dites
intellectuelles, et pourtant il est idiot.
« Que lui manque-t-il donc intellectuellement pour res-
sembler à tout le monde ?
« Il ne lui manque aucune faculté intellectuelle, mais il
n'a pas la liberté nécessaire pour appliquer ses facultés dites
intellectuelles à l'ordre des phénomènes moraux et abstraits;
il lui manque la synergie, la spontanéité d'où jaillit la vo-
lonté morale.
« L'idiot jouit de l'exercice de toutes ses facultés intellec-
tuelles mais il ne veut (?) les appliquer que dans l'ordre des
phénomènes concrets; et encore seulement à ceux des phé-
nomènes concrets dont la texture, la forme, la saveur, le
3
34 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
goût, le son , ou telle autre propriété particulière (et que sour
vent il apprécie seul) sollicitent en lui un désir, une mani-
festation de l'intelligence, de la vie. Mais il y a plus : non
seulement l'idiot est en rapport volontaire qu'avec des phé-
nomènes concrets, non seulement il limite ces phénomènes
concrets, avec lesquels il entre en rapport, à un très petit
nombre, à un seul quelquefois, mais encore cet unique phé-
nomène ou ce petit nombre, ne vous imaginez pas qu'il en
ait une idée ou seulement une notion exacle ou complète,
nullement. Dans chaque phénomène, son intelligence active
jusque dans sa paresse semble se hâter d'éliminer toutes les
propriétés qui ne sont pas le but de son élection ; elle ne veut
voir dans un dessin que la couleur, ne sentir que le poli dans
le mêlai, n'entendre que certains bruits dans la réunion d'un
grand nombre, et par un procédé d'élimination qui serait
peut-être impossible aux natures les mieux organisées, elle
réussit à ne se laisser impressionner que par une seule pro-
priété de choses qui en ont nécessairement un grand nombre.
L'idiot goûte ainsi instinctivement le charme de sensations
très nettes et très prolongées, sans distraction possible, soit
de la part des sens qui ne sont pas appelés à fonctionner,
soit du côté de l'intellect qui reste toujours et tout entier
subordonné à une perception unique.
« Tels sont, en ne tenant aucun compte des anomalies
particulières à chaque sujet, les symptômes psychologiques
de l'idiotie ; tel est Fétat intellectuel de l'idiot, Ibioq, solita-
rius, seul; seul avec la sensation unique, sans rapport
abstrait ni conventionnel volontaire, sans volonté intellec-
tuelle ni morale. Physiologiquement, il ne peut pas ; intel-
lectuellement, il ne sait pas ; psychiquement, il ne veut pas;
et il pourrait et il saurait s'il voulait ; mais avant tout, et
surtout, il ne veut pas ! »
THÉORIE DE SÉGUIN 35
Ainsi, pour Séguin, il semble que l'état des facultés psy-
chiques de l'idiot soit pour ainsi dire normal , quoique
diminué, mais que la volonté seule lui fait défaut et l'em-
pêche de les exercer. Nous l'avons déjà dit, nous ne saurions
souscrire à une telle opinion. Pas plus qu'il n'est possible à
un homme d'une intelligence moyenne de devenir un homme
de génie, quelle que soit sa force de volonté, pas plus il
n'est possible à un idiot de devenir à volonté un homme d'in-
telligence moyenne. Les facultés de ce qu'on est convenu
d'appeler l'âme humaine, toute théorie philosophique mise
à part, sont toutes solidaires entre elles et sont dans un
rapport direct exact avec l'état de la cellule cérébrale. Dès
que le cerveau est lésé dans son ensemble, comme c'est le
cas dans l'idiotie, toutes sont atteintes; ce n'est donc pas
dans la volonté prise à part, regardée comme une chose
distincte du reste de 1 ame, qu'il faut chercher l'explication
de l'état d'idiotie.
Mais quand on examine les choses de près, on en vient à
se demander si véritablement c'est dans l'amoindrissement
•ou l'absence d'une faculté quelconque qu'il faut chercher la
cause de cet état et sa persistance. Toutes les facultés sont
atteintes à un degré plus ou moins marqué, et si nous blâ-
mons Séguin d'nvoir voulu faire de l'absence de la volonlé la
clef de voûte de l'idiotie, ce n'est pas pour y substituer une
autre faculté, ce qui nous exposerait à une critique aussi
facile et aussi juste. Il reste bien entendu que nous n'avons
pas le droit d'incriminer telle faculté plutôt que telle autre
l'anatomie pathologique nous l'interdit. Mais nous pourrons
nous placer à un autre point de vue, celui de l'éducation^
c'est-à-dire le point de vue pratique, thérapeutique, puis-
que, à côté de l'hygiène, c'est l'éducation qui forme la
base du traitement des idiots. Dès lors, il nous est permis
S6 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
de nous demander ce qu'il y a de plus important à dévelop-
per chez l'idiot, ce sans quci l'éducation devient impos-
sible, ou, suivant le degré auquel cela existe, difficile seule-
ment ou possible. A la question du traitement s'ajoute donc
aussi celle du pronostic, qui est la première qu'adressent les
parents et à laquelle on doit répondre. Sur quoi donc ce
basera-t-on pour dire, avec probabilité bien entendu, que
tel enfant s'améliorera, se perfectionnera, ou, au contraire,
risque fort de rester toujours dans le même état d'idiotie?
A cette question nous avons cherché une réponse dans les
auteurs et nous n'avons rien trouvé. Force nous est donc de
donner notre seule opinion personnelle d'après les nombreux
faits que nous avons eus sous les yeux, et qui n'ont fait que
confirmer l'opinion théorique qne nous nous étions faite en
comparant l'idiot avec l'enfant normal.
De celte étude il nous a paru ressortir nettement que
c'est au défaut d'attention plus ou mons prononcé qu'on doit
rapporter le non développement des facultés et ensuite la
persistance de ce défaut de développement, c'est-à-dire l'i-
diotie. Nous étudierons plus loin l'attention chez les idiots
et les imbéciles, mais actuellement nous tenons à entrer dans
quelques détails pour jnstifier la proposition que nous venons
d'émettre.
L'attention, l'attention spontanée, bien entendu, paraît
avoir pour cause constante des états affectifs, lesquels sont
déterminés par des sensations ( Ribot) 1 . D'autre part on a
remarqué (Pérez) 2 que chez les petits enfants comme chez
les jeunes animaux, les plus facilement attentifs sont, à ce
1. Ribot, La psychologie de l'attention.
2. Pérez, Les trois premières aimées de l'enfant.
LMPORÏANCE DE L'ATTENTION 37
qu'il semble, ceux dont l'excitabilité nerveuse est la plus
grande.
Il est donc évident que la faculté d'attention est primiti-
vement en rapport avec la vivacité des sensations. Or, chez
les idiots, les sensations sont très peu vives, d'où il résulte
que leur attention est très difficilement attirée ou même pas
du tout dans les premiers temps de la vie, et ce fait frappe
tous les parents d'idiots.
En conséquence de ce défaut d'attention, les sensations
n éveillent chez eux que des perceptions vagues, très con-
fuses et aucune idée nette. Dès la naissance, le défaut d'at-
tention empêche donc l'enfant de percevoir clairement des
sensations, de les comparer, et par suite de produire l'idée
qni résulte de cette comparaison de sensation multipliées et
semblables chacune à elle-même. A mesure que son orga-
nisme se développe et devient sujet à de plus mombreuses
sensations, l'attention ne se développant pas, ces sensations
sont perçues consécutivement comme isolées les unes des
autres, sans éveiller aucun rapport entre elles, et partant,
pas d'idées, pas de connaissances. L'état d'idiolie ne peut
donc aller qu'en se confirmant de plus en plus. Les rapports
les plus simples des choses, les propriétés les plus saillantes
frappent toujours l'idiot de la même façon, et il ne les sai-
sira pas plus à la centième fois qu'à la première, Dans de
telles conditions, comment concevrait-on le développement
du langage qui esl d'une telle importance dans le dévelop-
pement de l'intelligence et dans la rapidité de ce développe-
ment, que des auteurs comme Esquirol et Dubois d'Amiens
l'ont pris comme criteiium de l'état intellectuel? Soit, mais
à la condition qu'on dise auparavant pourquoi le langage est
possible ou ne l'est pas. Ce pourquoi réside dans l'état de
l'attention.
38 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
De même que l'attention est la condition première du dé-
veloppement des premières connaissances de l'enfant, de
même elle est d'une utilité indiscutable dans l'éducation et
l'instruction ultérieures. Tous les pédagogues sont d'accord
sur ce point. Le rôle de l'attention dans l'éducation est trop
connu aujourd'hui pour qu'il soit utile d'y insister ici.
Aussi bien n'est-ce pas notre affaire. Nous voulons seule-
ment retenir le fait à l'appui de notre opinion. C'est pour
cela que nous avons basé noire classification des idiots,
tant au point de vue de leur état actuel, que du pronostic
à venir, sur le développement de leur attention.
Ceci nous amène à exposer le plan que nous comptons
suivre dans cette étude de la psychologie des idiots et des
imbéciles.
Comme nous le disions plus haut, la sensation est la pre-
mière condition de la connaissance. Nous examinerons donc
d'abord l'état des sensations chez les idiots. Puis, l'attention
étant pour nous la condition psychique indispensable pour
le développement de l'intelligence, nous serons tout natu-
rellement amené à l'étudier en détail. Passant alors aux
diverses facultés auxquelles l'attention permet d'éclore, nous
passerons en revue successivement les instincts, les émo-
tions et les sentiments, le langage, l'intelligence proprement
dite, la mémoire, l'association des idées, le raisonnement,
et enfin, la volonté, la personnalité et la responsabilité.
Dans cette description séparée et progressive de l'état
psychologique des idiots et des imbéciles, nous chercherons
autant que possible à contrôler et à dégager les lois ou les
théories formulées dans la psychologie normale. Nous ne
prendrons pour objets d'étude que les idiots et les imbé-
ciles sans complication d'épilepsie, cette dernière affection,
PLAN D'ETUDE S9
qui y est si souvent associée, pouvant par elle-même déter-
miner de l'affaiblissement intellectuel et des troubles men-
taux spéciaux, et nous induire, par suite, en erreur sur ce
qui appartient en propre à l'idiotie et ce qui est la consé-
quence de l'épilepsie. Enfin nous examinerons surtout l'état
mental des idiots jeunes, et cela pour plusieurs raisons. La
première, c'est que les idiots meurent en général de bonne
heure et ne dépassent guère la trentaine, ensuite, que,
passé vingt ans, ils sont peu susceptibles d'amélioration et
ne feraient plutôt que décroître si on ne les stimulait pas
sans cesse et n'entretenait pas leurs connaissances pénible-
ment acquises. Enfin parce que c'est pendant la jeunesse,
pendant leur évolution physique qu'il est le plus intéressant
d'étudier l'éclosion de leurs différentes facultés et de les
comparer avec des enfants normaux.
CHAPITRE III
DE LA PERCEPTION DES SENSATIONS
SOMMAIRE. — Premiers signes de l'idiotie. — État des différents
sens. — "Vue, cécité ; ouïe, surdi- mutité. — Voracité et perversion
du goût. — Perversions et troubles de l'odorat. — Sensibilité tac-
tile. — Sens thermique. — Sens musculaire. — Tics. — Sensations
organiques.
Quand on examine les idiots et qu'on interroge leurs pa-
rents, une première question vient naturellement à l'esprit,
à laquelle il est bien souvent difficile, sinon impossible de
donner une réponse. A quel âge a débuté l'idiotie? Ques-
tion très simple à résoudre quand il s'agit d'idiotie consé-
cutive à une affection cérébrale aiguë et qui a souvent laissé
en même temps à sa suite, de l'hémiplégie, de Fépilepsie,
du strabisme, etc., mais très embarrassante quand l'idiotje
est survenue progressivement sans être accompagnée d'au-
cune maladie caractérisée, sauf toutefois des convulsions,
qui sont si fréquentes, mais qui constituent un symptôme
si mal défini chez l'enfant, qu'il ne peut guère en aucun
cas éclairer le diagnostic étiologique. Or, dans le cas parti-
culier de l'idiotie, il n'est pas sans intérêt de se demander
quand a débuté la maladie, pour savoir, avec une certaine
probabilité, à quelle forme anatomique on a affaire, et, par
42 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
suite, pour porter un pronostic plus ou moins favorable
dans quelques cas. Eh bien! il existe des signes permettant
de reconnaître l'idiotie dès qu'elle se montre chez un tout
jeune enfant. Les nombreux interrogatoires que nous avons
fait subir aux parents d'idiots sur ce point particulier nous
en ont convaincu. Nous avons été en même temps conduit
à penser que l'idiotie était plus fréquemment congénitale
qu'on ne le pense généralement et que le plus souvent les
parents s'aperçoivent dès la naissance que leur enfant pré-
sente quelque chose d'anormal , ce qu'ils expriment par
la phrase caractéristique : « Je voyais bien qu'il n'était pas
comme les autres. » Nous allons voir tout à l'heure ce que
cela signifie. Qu'il nous soit permis de faire ici une légère
digression au sujet de l'étiologie pour comprendre la fré-
quence de l'idiotie congénitale.
Preyer l , Féré * et d'au 1res prétendent avec raison que le
fœtus ressent le eontre-coup des passions, et des émotions
surtout, de la mère. Dans des recherches que nous avons
faites à cet égard, nous nous sommes convaincu que les im-
pressions maternelles à partir d'une certaine époque de la
grossesse, que les traurnatismes pendant la gestation, que
certaines conditions physiologiques anormales et particuliè-
rement l'ivresse, au moment de la conception, influaient
d'une façon non douteuse sur le fœtus, et pouvaient, sur un
terrain bien préparé héréditairement du reste, déterminer
des troubles assez violents pour entraîner l'idiotie ou l'im-
bécillité. Si l'on songe que le système nerveux est le moins
développé de tous au moment de la naissance, et quelle fra-
gilité il a, on ne sera pas surpris de la facilité avec laquelle
il peut être lésé et troublé dans son fonctionnement, et des
1. Preyer, Physiologie de V embryon.
2. Féré, Sensation et mouvement.
SIGNES DE DEBUT 43
conséquences irrémédiables qui peuvent en résulter. Que le
nouveau-né ait des sensations absolument inconscientes, cela
n'est pas douteux, comme en témoignent les mouvements
réflexes qu'elles déterminent, mais que ces sensations et ces
mouvements n'aient aucun retentissement dans les centres
d'idéation sensationnelle et motrice, que l'enfant soit un être
purement spinal, comme le pensent Virchow et un grand
nombre de physiologistes, nous ne le croyons pas. Et, en
effet, un idiot qui l'est du fait d'émotions violentes de la
mère pendant la grossesse, par exemple, présente, dès sa
naissance, un aspect, une physionomie spéciale, qui échappe
souvent à des parents peu observateurs, mais qui saute aux
yeux de personnes attentives.
Passons donc rapidement en revue ces divers signes de
début. Les parents sentent mieux qu'ils ne peuvent décrire
ce je ne sais quoi qui les choque et qui les inquiète dans leur
enfant. « Il n'est pas comme les autres » est ce qui traduit le
plus justement leur pensée. C'est qu'en effet, c'est surtout
par comparaison qu'on peut saisir les nuances si délicates
qui séparent différents enfants en très bas âge. Si, avec beau-
coup d'attention on arrive à démêler quelque chose, l'expé-
rience qu'on a des jeunes enfants sert plus que n'importe
quoi en cette occasion. Le jeune enfant, en effet, forme un
ensemble tout spécial et a une manière d'être générale sur
laquelle on peut le juger. C'est cette manière d'être qu'il est
si difficile de décrire, mais que chacun a présente à l'esprit
chez des enfants normaux, qui frappe surtout les parents et
l'entourage. Toutefois, il y a un certain nombre de manifes-
tations que tous les eafants offrent dès l'abord et sur les-
quelles en somme on les juge : le cri, les mouvements, le
regard, l'action de téter, et ce sont les modifications que
44 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBECILE
présentent les idiots dans ces manifestations normales qui
attirent le plus vivement l'attention.
Téter est le premier mouvement instinctif de l'enfant, la
première chose aussi qu'on lui montre et qu'il apprenne.
Or beaucoup d'idiots congénitaux ont de la difficulté à téter.
Il semble que ce soit nouveau pour eux chaque fois qu'on
leur présente le sein, et chaque nouvelle expérience ne s'a-
joute pas à la précédente pour déterminer chez eux une idée,
si peu consciente qu'elle soit.
Chez d'autres on remaïque immédiatement des cris per-
sistants, ou par accès de longue durée, « Ils ne font qu'un
cri » disent les parents, et en vérité, on pourrait croire à de
l'exagération si on n'était pas témoin de la persistance extra-
ordinaire de ces accès de cris sans motifs. Cette absence de
motifs, lorsqu'elle est bien constatée, doit toujours attirer
l'attention.
Chez un certain nombre d'idiots, il y a cécité congénitale,
ce qui est déjà un signe de dégénérescence assez profonde
qui doit d'autant plus faire craindre pour l'état intellectuel
que l'absence d'un sens aussi important que celui de la vue
enlève à l'enfant une source immense de connaissances.
Quand le regard commence à se diriger, les parents sont
frappés des particularités qu'il présente. Le plus souvent
d'abord, la direction du regard ne se montre que très tardi-
vemgnt. Mais alors même qu'il paraît se porter d'un objet
à un autre, on remarque que les idiots ne fixent pas. Tous les
parents, qui ont quelque peu examiné leur enfant, tiennent
à peu près le même langage : « Il avait un drôle de regard ».
Et cependant il en est qui tournent la tête quand on leur-
présente quelque chose. Mais dès qu'on déplace l'objet, le
regard ne le suit pas. Dans certains cas, il est même tout à
fait imppossible de déterminer la direction de leur regard
SIGNES DE DÉBUT 45
avec quoi que ce soit. Ils se remuent, regardent comme dans
le vide à droite et à gauche, ne reposent leurs yeux sur rien.
Mais quoi qu'on leur présente, ils ne paraissent pas le voir.
Cette impossibilité de l'attention est un fait d'une impor-
tance extrême qui se manifeste dès le début et sur lequel
nous reviendrons plus tard.
Ce qu'on a remarqué d'abord pour la vue, on l'observe
ensuite pour l'ouïe. « On croyait qu'il était sourd » , vous disent
les parents. Ce n'est qu'au bout de longtemps qu'on s'aper-
çoit que l'enfant entend.
Le rire est assez caractéristique aussi. Les parents qui
attendent avec joie le premier sourire apparaître sur les lèvres
de l'enfant voient avec tristesse que le leur ne sait pas rire, que
tout ce qui détermine ordinairement cette manifestation chez
les enfants de son âge le laisse absolument indifférent. Cha-
touillement, marionnettes avec les mains, rires de la mère,
rien n'y fait. L'enfant ne parait ni voir ni sentir, et encore
moins comprendre. Il est assez particulier de remarquer que
le rire, qui est spécial à l'homme, fait souvent complètement
défaut chez l'idiot. Il y a des idiots profonds qui ne rient ni
ne pleurent jamais.
Enfin les mouvements eux-mêmes, si limités qu'ils soient
dans les premiers temps de l'existence, et surtout si peu
appropriés à un but, ont cependant, quelque chose de spécial
qui les distingue de ceux de l'enfant normal. Tantôt c'est
une inertie dont rien ne les tire, tantôt c'est un mouvement
perpétuel; mais on doit dire que la première est la plus
ordinaire dans le tout jeune âge, et le second plus fréquent
lorsque l'enfant est en état de marcher.
Il est inutile d'insister davantage sur tout ceci. Nous
tenions simplement à montrer que l'idiotie pouvait se révé-
ler dès la naissance et qu'à mesure que les manifestations
-46 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
intellectuelles se développent, elles présentent un cachet spé-
cial qui les distingue immédiatement de celles de l'enfant
normal.
A quoi tiennent ces différences précoces chez les idiots?
A ceci que leurs sensations et leurs perceptions ne se font
pas d'une façon normale. Le point de départ de tout déve-
loppement intellectuel, de toute connaissance est dans la
sensation. Mais ce n'est pas tout de sentir, il faut percevoir
et interpréter la perception. « La perception, dit. Binet, est
l'acte qui se passe lorsque notre esprit entre en rapport avec
des objets extérieurs et présents. Ce n'est pas un acte simple,
mais un acte très complexe et qui comprend une action
sur les sens et une réaction du cerveau. C'est le processus
par lequel l'esprit complète une impression des sens par
une escorte d'images. » Chez l'idiot et chez l'imbécile, il ne
faut jamais perdre de vue l'état de l'organe de la pensée, qui
est toujours plus ou moins profondément altéré, soit en to-
talité, soit en partie, ou anormalement développé. De plus,
chez l'idiot, non-seulement les appareils de perception sont
atteints, mais les appareils de transmission paraissent l'être
quelquefois aussi. Il est toutefois bien difficile de se pro-
noncer catégoriquement, puisque malgré le bon état de ces
derniers appareils, il suffit que ceux de réception soient
lésés pour que le phénomène de la sensation s'accomplisse
mal.
Lorsque l'on étudie la sensation, deux choses entrent en
ligne de compte : l'état des organes sensoriels et sensitifs,
et la perception consciente des modifications qu'y détermine
l'excitant spécial à chaque organe. Quoiqu'il ne rentre pas
dans notre cadre d'étudier l'état des organes sensoriels et
sensitifs, nous devons cependant en dire quelques mots,
ÉTAT DE LA VISION 47
particulièrement en ce qui concerne la vue. C'est en effet
le seul sens où on puisse, chez les idiots, distinguer entre
les altérations de l'appareil sensoriel et celles de la percep-
tion elle-même. Pour les autres sens, ouïe, goût, odorat,
toucher, on est forcé de s'en tenir à ce qu'accusent les ma-
lades. Il ne faut pas oublier, en effet, que chez les idiots le
défaut d'attention peut les faire passer pour aveugles, sourds,
anesthésiques.
Pour la vue, il est facile de se rendre compte si leur cé-
cité apparente tient à une altération de l'appareil visuel ou
à un défaut d'attention. Les modifications de la pupille sont
là pour témoigner lorsqu'il n'y a pas de grosse lésion appa-
rente. D'après ce que nous avons pu observer, les yeux se-
raient frappés de cécité congénitale ou acquise dans les pre-
mières années de la vie, dans 7 à 8 0/0 environ des cas chez
les idiots. Chez les imbéciles au contraire, c'est beaucoup
plus rare, et sous ce rapport, comme sous tous les autres,
en ce qui concerne l'état physique, on n'observe chez eux
que peu de différence avec l'homme normal.
La vue étant un des sens les plus utiles au développement
de l'intelligence, on conçoit donc combien la cécité, lors-
qu'elle s'ajoute à un état cérébral défectueux, contribue en-
core à accentuer l'idiotie et à laisser à l'état d'idiots complets
des individus qui auraient pu gravir les premiers échelons
de l'intelligence. Néanmoins ce sens n'est pas indispensable
à l'éducation même des idiots, et l'on peut voir à Bicêtre les
idiots aveugles, tous gravement atteints intellectuellement,
employés cependant à l'atelier de vannerie, où ils arrivent
très bien à rempailler des chaises et à faire de la grosse
vannerie. Plusieurs cependant étaient autrefois gâteux et on
pouvait désespérer de les utiliser jamais. Il en est même à
qui l'on a pu apprendre l'écriture en relief usitée dans les
48 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
institutions d'aveugles. Néanmoins, ainsi qu'il est facile de
le prévoir, les idiots auxquels il manque un sens aussi im-
portant que celui de la vue ou de l'ouïe, sont condamnés à
rester toujours à un degré très inférieur de l'échelle intel-
lectuelle.
Séguin f pense que les incapacités de la vision se rédui-
sent à deux et même à une seule à la rigueur : 1° ne pas
pouvoir fixer la vue, qui est constamment mobile; et 2°
fixité morne et obstinée qui empêche de suivre les objets
qu'on présente ou même de les regarder. Il croit que les
fonctions volontaires de ce sens sont chez les idiots toujours
nulles ou défectueuses; dans presque tous les cas, elles sont
involontaires; ils voient, mais ils ne regardent pas, ou re-
gardent mal et accidentellement.
Chez la plupart des idiots incurables, il serait souvent
difficile de se prononcer de prime abord sur l'état de leur
vue. Assis dans leur fauteuil où ils se balancent dans un
sens ou dans l'autre, ils restent le regard fixé sur un point
sans que rien puisse en faire changer la direction. Mais
outre qu'à la lumière les modifications pupillaires montrent
que l'œil lui-même n'est pas atteint, on les voit, sous l'in-
fluence d'un excitant approprié, changer la direction de
leur regard. Rien n'est plus propre à ce résultat que la pré-
sentation d'aliments. En réalité, s'ils regardent sans voir,
cela tient uniquement à l'absence complète d'attention.
Chez les idiots d'un degré plus élevé, un plus grand nom-
bre d'objets sont capables d'attirer leur attention, et chez
eux, il n'est plus douteux alors que la vue est bonne et en
général normale. Chez les imbéciles enfin, nous n'avons
noté aucune différence spéciale avec l'homme normal.
1. Séguin, loc. cit.
VISION 49
L'étude de l'acuité visuelle est extrêmement difficile pour
ne pas dire impossible chez la plupart des idiots. Chez ceux
où elle devient à peu près praticable et chez les imbéciles,
on n'observe rien de particulier. D'après les recherches de
Schleich 1 , la grande majorité des idiots seraient hypermé-
tropes.
La perception des couleurs ne paraît guère en rapport
qu'avec le degré d'intelligence et d'instruction reçue. Il est
des idiots qui ne savent nommer aucune couleur, et qui ce-
pendant manifestent à leur façon qu'ils sont différemment
impressionnés par elles.
Il n'en saurait être question, bien entendu, chez les idiots
profonds, incurables, chez lesquels rien ne peut attirer
l'attention, qui ne manifestent aucun sentiment, qui ne
prononcent pas une parole, et sont des êtres purement vé-
gétatifs. Chez les autres, on peut observer tous les degrés
suivant l'éducation qu'ils ont reçue. Les uns ne vous nom-
ment qu'une ou deux couleurs, les autres vous les nomment
à tort et à travers, d'autres ne peuvent pas apprécier les
nuances. Mais quoi qu'il en soit de ces diverses variétés,
nous n'avons jamais, pour notre part, observé d'achroma-
topsie ou de dyschromatopsie vraies, spéciales, imputables
à autre chose qu'à une éducation insuffisante ou à un dé-
faut d'attention.
Nous avons déjà insisté, à propos des signes de début sur
le regard spécial des idiots, qui frappe les parents. Nous
n'avons pas à y revenir ici.
L'ouïe est, après la vue, le sens qu'on pourrait appeler le
plus intellectuel, si même il ne l'est pas davantage. C'e>ten
effet celui qui favorise le plus les relations d'homme à homme,
1. Schleich, Klinische Mo latsblutte fur Augenheilk, 1885.
4
50 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
et par là même, l'échange des idées par la parole. Son im-
portance est donc capitale dans l'éducation. De même qu'un
certain nombre d'idiots sont aveugles, un certain nombre
aussi sont sourds. Mais tandis que pour la cécité il était assez
facile de distinguer entre la cécité vraie et la cécité appa-
rente, pour la surdité, il est des cas où cela devient presque
impossible, comme par exemple, chez les idiots profonds.
Chez eux l'attention qui peut être encore éveillée par la vue
d'objets satisfaisant leurs besoins et leurs instincts naturels,
ne peut plus l'être par le son qui ne parle guère qu'à l'esprit.
Nous avons remarqué que la surdi-mutité était beaucoup
plus rare que la cécité. Séguin et Wilbur ' ont noté aussi,
en y insistant, le petit nombre de sourds-muets. Sur 280
idiots, Wilbur n'a en effet observé que 7 sourds-muets com-
plets et 9 partiellement sourds . Séguin pense même que
leur proportion est moindre que chez les enfants intelligents.
C'est un point à contrôler, mais quoi qu'il en soit, on est
surpris de la faible quantité de sourds-muets chez les idiots.
A côté de la surdi-mutité vraie, il y a lieu de signaler la
pseudo-surdité par défaut d'attention. Son pronostic est loin
d'avoir la même gravité puisqu'on peut toujours espérer sa
disparition en éveillant l'attention un jour ou l'autre . Ce
n'est donc presque qu'une question de temps. 11 ne manque
pas de moyens pour s'assurer si on a affaire à de la pseudo-
surdité, mais souvent ils échouent tous, et ce n'est qu'au bout
de fort longtemps qu'on s'aperçoit que le bruit attire enfin
l'attention de l'enfant. Si toutefois à cinq ans il n'a jamais
réagi à l'audition d'aucun bruit et que d'autre part on le voie
susceptible d'attention en ce qui concerne les autres sens, il
est, croyons nous, permis d'affirmer la surdi-mutité vraie.
1. Wilbur, Iq Proc. Ass. med. off, int. for idiotie and feeble min <
ded persons, Philadelphie. 1 8Si> .
* VORACITÉ 51
Chez les imbéciles, l'ouïe comme la vue, ne nous a paru
présenter rien d'anormal, et il est inutile d'y insister.
Le goût et l'odorat sont les deux sens le plus fréquem-
ment atteints, mais comme leur importance dans le déve-
loppement intellectuel est très peu marquée, leur défectuo-
sité manque d'intérêt. Chez les idiots complets, il est abso-
lument impossible d'observer aucune manifestation de plaisir
ou de dégoût pour tel ou tel mets, pour telle ou telle odeur.
Chez l'idiot simple, à ses divers degrés, ce qu'on observe
presque universellement, c'est la gloutonnerie, la voracité :
Rien ne peut l'égaler, et il faut avoir assisté à des repas
d'idiots pour s'en rendre compte. Chez ceux d'un degré
très inférieur, il est peu de spectacles aussi repoussants que
de les voir plonger à pleines mains dans leurs aliments, les
promener sur la table, s'en barbouiller la figure, les intro-
duire gloutonnement et les avaler sans se donner le temps
ni la peine de les mâcher. Aussi en voit-on souvent mourir
du fait de corps étrangers des voies aériennes. Un idiot
de Bicêtre avala un jour sept parts de boudin et mourut
étouffé. A un moindre degré, ils n'ont aucune délicatesse :
Ils mangent de tout avec la même voracité et préfèrent
toujours la quantité à la qualité. C'est ainsi qu'en prome-
nade, ils achètent de la charcuterie de cheval ou d'âne,
parce qu'avec la même somme ils ont un plus gros morceau.
On les voit manger des harengs saurs non préparés et sans
pain, dévorer avec délices du biscuit de troupe. A la vue
de leurs aliments, ils sortent de leur apathie, s'excitent lé-
gèrement, se précipitent vers le plat, en témoignant par
toutes sortes de gestes leurs besoins physiques. Ce sont de
véritables enfants.
Chez les imbéciles, la gloutonnerie et la voracité font
52
PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
pi ice à la gourmandise. Presque tous sont gourmands. Dans
un autre travail sur l'hérédité de l'alcoolisme \ nous avons
cité un certain nombre d'idiots et d'imbéciles ayant un goût
précoce pour l'alcool. C'est un goût en quelque sorte inné
chez eux. Un jour à Bicêtre, un imbécile ayant appris qu'il
y avait de l'alcool dans le thermomètre profita d'un moment
où il n'y avait personne en classe pour le briser et en aspi-
rer le contenu.
Mais, à côté de la voracité, il y a considérer les anomalies
du goût. Chez beaucoup d'idiots inférieurs il n'y a aucune
distinction entre le sucré et l'amer. En leur administrant
tour à tour du sucre et de la coloquinle, ils ne manifestent
aucun sentiment différent et rouvrent la bouche dès qu'ils
voient qu'on leur tend quelque chose. On peut observer de
telles anomalies chez des idiots qui, sous d'autres rapporte,
offrent cependant un développement intellectuel appréciable
et qui ne sont pas incurables. Ce fait tendrait à prouver
que non seulement le centre récepteur est atteint, mais que
l'appareil sensoriel lui-même est doué d'une aneslhésie vé-
ritable et que le goût n'existe pas à proprement parler.
Quelquefois, mais rarement, on observe une inversion totale
du goût, les saveurs amères étant préférées aux saveurs
douces et sucrées. Chez ces idiots, il n'y a donc que glou-
tonnerie et pas gourmandise.
En outre il y a des perversions du goût. Nous ne parlons
pas ici des idiots complets qui, comme des enfants en bas
âge, portent à leur bouche tout ce qui leur tombe sous la
main, mais d'idiots capables de travailler, d'imbéciles même
qui mangent des ordures ou des choses repoussantes. Un
microcéphale de dix-neuf ans, à Bicêtre, avale par exemple
des chenilles, des souris crues. Un imbécile, instable, à
1. Paul Sollier, Du rôle de V hérédité dans l'alcoolisme, Paris, 1889.
ODORAT 53
Bicètre, mange des araignées. Il n'y a pas jusqu'aux excré-
ments qu'on ne voie dévorer par les idiots, et c'est ordi-
nairement leurs propres excréments. On perdrait son temps
à rapporter de nombreux exemples de perversions du goût.
Il suffit d'indiquer qu'elles sont extrêmement fréquentes.
Les mêmes remarques s'appliquent à l'odorat. Plus encore
peut-être pour les odeurs que pour les saveurs, les sens
paraissent absolument obtus. On peut même affirmer que
l'appareil sensoriel est touché, car des odeurs irritantes,
comme l'ammoniaque par exemple, ne déterminent pas les
phénomènes locaux et réflexes qui se manifestent si rapi-
dement chez les individus normaux. Mais dans ce genre de
recherches, il faut prendre garde à certaines causes d'erreur.
Beaucoup d'idiots en effet, respirent très irrégulièrement,
et si on n'a pas soin d'attendre plusieurs respirations en main-
tenant l'odeur sous le nez, on n'est pas sûr du résultat. Mais,
toute cause d'erreur mise de côté, il n'en reste pas moins
que la plupart des idiots différencient à peine les odeurs
bonnes des mauvaises et quelquefois même des irritantes.
Les deux sens du goût et de l'odorat sont du reste, en
général, corrélatifs, mais, à côté des cas d'obtusion, on
observe des cas d'acuité extraordinaire. C'est ainsi que Sé-
guin parle d'idiots « qui distinguaient au flair seul l'essence
des bois et des pierres, sans le concours de la vue et qui
cependant n'étaient pas affectés par les odeurs et les saveurs
stercoreuses, et dont le sens du tact était obtus et inégal ».
Cette combinaison de sensibilité exquise pour certaines
choses et d'insensibilité tient, pensons-nous, à ce que dans
le premier cas, l'attention et l'intérêt étaient mis en jeu,
tandis que dans le second, le sujet était absolument indiffé-
rent aux sensations perçues et que son insensibilité n'était
qu'apparente.
54 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
La sensibilité tactile est très obtuse en général, mais elle
Test toujours d'une manière uniforme et non par plaques.
A ce point de vue, Séguin ' distingue les idiots en deux
classes : ceux qui, n'ayant pas conscience des sensations qui
dérivent du tact, ne recherchent pas l'usage du toucher ou
le recherchent mécaniquement, et ceux qui n'ont ni la
conscience de la sensation, ni la sensation elle-même, classes
qui demandent chacune une méthode d'éducation spéciale.
Chez les idiots profonds, on peut quelquefois se demander
s'il n'y a pas anesthésie complète. On en voit qui se dé-
chirent, s'écorchent, se rongent les doigts, qui se déchirent
la joue jusqu'à l'oreille sans manifester la moindre sensa-
tion douloureuse. Car il est bien certain que s'ils ressen-
taient de la douleur, ils s'arrêteraient. Dans cet ordre d'idées,
on a pu observer toutes les mutilations imaginables et qu'il
serait sans doute sans intérêt de rapporter ici. La liste en
est longue et ne serait jamais terminée. Chez ces idiots, le
contact, la piqûre, le chatouillement ne sont pas sentis.
C'est à peine si quelquefois ils regardent d'un air indiffé-
rent ce qu'on leur fait.
A côté de ceux-là, il en est d'autres également profondé-
ment atteints qui, tout en ne manifestant pas de douleur
doivent cependant éprouver quelque sensation obtuse, et
peut-être, agréable, qui les porte à répéter sans cesse le même
geste. Belhomme a remarquée ce propos qu'ils ont le besoin
de ressentir des impressions paires, même douloureuses.
Il cite l'exemple d'un idiot de quarante-huit ans qui se fai-
sait remarquer par son esprit d'ordre et de rangement, qui
aimait à voir les objets placés deux à deux. S'il voyait une
fenêtre ouverte, il en ouvrait une seconde; si on le touchait
1. Séguin, ioc. cit.
SENSIBILITÉ TACTILE 55
au bras, il se faisait toucher au bras opposé, s'il s'était fait
mal aune jambe, il se frappait l'autre. Un jour, une bêche
lui tomba sur le pied droit, il saisit la bêche et se la fit tom-
ber sur le pied gauche.
Malgré des troubles de sensibilité très profonds, on peut
cependant, par l'éducation, arriver à développer le sens du
tact comme tous les autres. Ce serait même, d'après Séguin,
le premier à exercer, car c'est par là que l'enfant entre en
communication volontaire avec tout ce qui l'entoure, sans
que la vue et l'ouïe aient besoin d'intervenir. Nous avons
déjà dit qu'à Bicêtre on emploie les idiots aveugles à la van-
nerie. Ce travail qui demande une assez grande précision et
surtout beaucoup de régularité est en général bien fait,
même par des idiots sérieusement atteints. Chez certains
même la sensibilité tactile prend un grand développement,
et rien qu'au toucher ils reconnaissent les personnes qui les
approchent. Cela nous prouve encore que l'anesthésie rela-
tive ou complète qu'on observe chez eux tient surtout au
défaut d'attention. Dès qu'ils sont susceptibles d'éducation,
c'est-à-dire d'attention, ils sentent, et on n'observe plus de
troubles de la sensibilité. Ajoutons que nous n'avons jamais
observé de dissociation de la sensibilité.
Chez les imbéciles, on peut rencontrer des troubles de la
sensibilité, mais dans ce cas ils sont sous la dépendance d'une
complication nerveuse, telle que l'hystérie surtout, et ils ne
prennent aucune part à l'arrêt du développement intellectuel.
Les sensations thermiques sont parallèles à celles de la
sensibilité tactile et douloureuse. Néanmoins on observe
quelques particularités. Comme l'a déjà fait remarquer
Morel, les fonctions de la peau s'exécutent mal et la tempé-
rature des idiots est au-dessous de celle qu'on observe nor-
53 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
malement. Aussi les voit-on s'approcher avec empressement
des foyers de leurs salles de réunion, et quand ils bravent les
rigueurs de la température ou lorsqu'ils s'exposent à toutes
les intempéries des saisons, on doit attribuer ce fait aussi
bien au manque d'intelligence qu'au peu de développement
de la sensibilité générale (Morel). Cette susceptibilité au
froid est sans doute la cause du grand nombre de décès par
affections pulmonaires qu'on observe chez les idiots.
L'effet de la température sur les idiots mérite qu'on s'y
arrête un instant. Il en est qu'on pourrait appeler hibernants.
Nous avons vu à Bicètre un idiot qui, sous l'influence du froid
de l'hiver, tombait dans une espèce de torpeur physique et
intellectuelle presque absolue et qui ne se réveillait que sous
l'influence de la chaleur du printemps.
Mais s'il en est dont la faible intelligence s'engourdit en-
coie, il en est d'autres chez lesquels elle s'excite par le fait
d'une élévation de la température centrale. C'est une re-
marque que tous les observateurs ont faite, que, sous l'influ-
ence d'un léger mouvement fébrile, les idiots semblent jouir
de facultés plus étendues. C'est le résultat de l'excitation des
centres nerveux qui tombe bientôt du reste. Mais cela tend
du moins à prouver qu'il existe un pouvoir intellectuel latent
qui peut être mis en évidence par un excitant approprié. Ce
que fait la fièvre dans ce cas particulier, une éducation bien
appliquée peut le faire aussi dans une certaine mesure. Cela
nous montre que c'est la mise en mouvement qui est diffi-
cile à obtenir, le stimulant convenable qui est malaisé à
trouver, l'attention qu'il est souvent impossible d'attirer ou
de maintenir.
Chez l'enfant normal, l'effort musculaire produit certaine-
ment une sensation agréable. Il aime à faire des mouvements
TICS 57
et à juger de leurs effets. Il les conçoit souvent faussement,
se croyant capable de choses impossibles pour sa faiblesse
et qu'il essaie sans hésiter et étonné de n'y pouvoir réussir.
Chez les idiots inférieurs, cet amour du mouvement ne se
remarque guère. Le sens musculaire est pour ainsi dire im-
possible à étudier chez eux en raison du défaut de compré-
hension , et nous ne saurions nous prononcer à cet égard.
Toujours est-il que chez les idiots profonds il paraît aussi
obtus que les autres sensations . On les voit rester assis ,
inertes, sur leurs chaises ou dans leurs lits sans faire aucun
mouvement. Mais c'est le plus petit nombre. La majorité
a des mouvements continuels au contraire ; mais ces mou-
vements ont ceci de particulier, qui les distingue de ceux de
l'enfant normal, qu'ils sont en quelque sorte rythmés, caden-
cés, que ce sont des mouvements automatiques, en d'autres
termes, des tics. Il faut bien les distinguer des mouvements
spasmodiques qu'on peut observer également en consé-
quence de lésions cérébrales. Ils sont extrêmement variés
et il est impossible d'en entreprendre une description com-
plète. Les principaux consistent dans un balancement anté-
ro-postérieur ou latéral du tronc, ou dans des balancements
simultanés de la tète et du Ironc, accompagnés le plus sou-
vent d'un chantonnement, toujours le même, ou d'un cri
intermittent, ou d'un mot appris jadis et dernier vestige de
leur langage.
Voici quelques exemples de tics pris au hasard : X... met
les doigts de la main droite dans la bouche et avec le pouce
de la même main frappe ses dents. — Y. aime à faire aller
vivement les mains devant lui, ou à faire le geste de prendre
quelque chose sur ses genoux.— Z. a un léger balancement
latéral de la tête, puis il pousse un petit cri : néain, nêain —
ou bien il fait sortir sa langue, la retourne en crochet et lui
58 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
fait toucher son nez qu'il semble chatouiller, en louchant. —
A... se donne des coups de poing sur les joues, des gif fies,
se pince à pleines mains, se mord l'avant bras. — B... se
suce le dos de la main jusqu'au sang. — D'autres grincent
des dents ou font des grimaces continuellement. On en pour-
rait citer comme cela des pages sans profit. Ces mouvements
automatiques leur procurent-ils du plaisir; il serait douteux
de l'affirmer. Quelques-uns cependant pleurent quand on
les leur empêche, et d'autre part on peut penser qu'ils
éprouvent une satisfaction inconsciente à les exécuter. Mais
cette satisfaction a-t-elle quelque chose d'analogue à celle
de l'enfant normal? Assurément non. Car l'enfant en faisant
un mouvement a un but, si peu proportionné qu'il soit à
son mouvement, et la satisfaction est en rapport avec la façon
dont il atteint ce but. Or chez l'idiot, non seulement ces tics,
mais bien d'autres mouvements, n'ont absolument aucun but.
Cela suffit même quelquefois à révéler leur état. Il en est en
effet dont la physionomie et le geste n'offrent rien de bien
particulier, mais dont la répétition constante, illimitée,
incessante, sans motif, sans but, des mouvements, montre
bien qu'ils obéissent à un besoin d'activité automatique et
non intelligente.
La difficulté qu'ont la plupart à associer des mouvements
dans un but déterminé est du reste très caractéristique, et
n'est pas du tout en rapport avec le degré intellectuel. C'est
ainsi qu'on voit par exemple des idiots sachant parler, lire,
et quelquefois même écrire, et qui sont incapables de s'ha-
biller seuls. Cette difficulté de l'habillement s'observe aussi
fréquemment chez les imbéciles même âgés. Il est vrai que
souvent c'est la faute des éducateurs qui se bornent à donner
des notions générales et peu pratiques. Il faut assurément
suivre le conseil de Séguin, quoiqu'il aille un peu trop loin,
M0TIL1TE 59
quand il dit que tous les symptômes repoussants de l'idiotie
sont le fait d'habitudes vicieuses et non le fait de la nature;
mais au point de vue de leducation, ce qu'on doit mettre en
relief comme il le fait, c'est le rôle essentiel de la répétition
patiente des mêmes notions, des mêmes impressions, de
l'habitude en un mot chez les idiots. C'est ainsi qu'il cite des
idiots sachant sauter et faire de difficiles exercices de gym-
nastique et qui ne savent pas mettre leurs bas ni lacer leurs
souliers. L'habillement est une véritable gymnastique et
qui demande beaucoup de précision .. C'est par elle qu'on doit,
commencer l'éducation des mouvements combinés.
Avant de passer à l'étude des mouvements volontaires,
disons un mot des gauchers et des droitiers. Ireland a trouvé
que la proportion des gauchers chez les idiots est la même
que chez les autres enfants, 12 0/0. Mais tandis qu'il y a
88 0/0 de droitiers purs chez les enfants, il n'y en a que
72 0/0 chez les idiots, soit 16 0/0 d'ambidextres. C'est là
une particularité qu'on relève également chez les criminels
et qui montre les analogies qu'on cherche à établir aujour-
d'hui entre le crime et la dégénérescence.
Quoique la motilité ne rentre pas strictement dans notre
sujet, nous devons cependant en parler à cause des rapports
qu'elle présente avec le développement intellectuel. En règle
générale, en effet, tous les enfants arriérés au point de vue
intellectuel, le sont aussi sous le rapport de l'évolution orga-
nique tout entière et en particulier pour trois choses : les
dents, la marche et les fonctions sphinctériennes. Dans toutes
les observations d'idiots on note un retard plus ou moins
marqué de la marche qui ne commence qu a dix- huit mois,
deux, trois ans, quelquefois plus tard, quelquefois jamais.
Tantôt cette impotence vient d'une faiblesse musculaire
60 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE LTMBÉCILE
réelle des membres inférieurs, tantôt de paralysies véri-
tables, mais le plus souvent de l'inaptitude des enfants à
apprendre les mouvements spéciaux de la marche, lesquels,
comme on sait, avant de devenir automatiques sont d'abord
volontaires et peuvent être désappris comme cela s'observe
dans l'abasie.
A côté de la marche qui est toujours retardée, on note
aussi que l'enfant n'accomplit que très tardivement, ou
même jamais, les actes les plus nécessaires à l'entretien
delà vie, tels que de porter les aliments à sa bouche avec les
mains, et à plus forte raison avec une fourchette ou une
cui lier. Il existe chez eux une sorte d'incoordination motrice,
qui est normale, du reste, chez tous les enfants à un cer-
tain âge, mais qui, par l'exemple et l'éducation disparait pour
faire place à la coordination volontaire, tandis que chez les
idiots, cette coordination n'apparaît que beaucoup plus tard,
la volonté et l'attention étant à peine développées. De plus la
mémoire étant très faible, celle des mouvements associés et
coordonnés est elle-même fort imparfaite, ce qui rend leur
éducation beaucoup plus difficile encore et plus lente. Les
mouvements instinctifs eux-mêmes n'apparaissent que tardi-
vement ; tels ceux de la physionomie. Nous les laisserons de
côté pour le moment, nous réservant d'y revenir quand nous
traiterons des émotions et des sentiments, et de leur expres-
sion chez les idiots.
Il nous reste un dernier ordre de sensations à examiner :
ce sont les sensations organiques. Chez l'individu normal,
elles sont ressenties dans deux cas, dans l'état de besoin, et
dans l'état de maladie. Parmi les sensations organiques, la
faim et la soif sont les deux plus indispensables pour l'homme.
On ne saurait en effet concevoir la possibilité de l'existence
SENSATIONS ORGANIQUES 61
sans le besoin de l'entretenir par les aliments, et la cons-
cience de l'état de réplétion. Chez les idiots, ces sensations
fondamentales sont cependant atténuées elles-mêmes. On
observe quelquefois chez eux des jeûnes plus ou moins pro-
longés, dont M.Bourneville 1 a rapporté des exemples très in-
téressants. Mais ce sont là des cas exceptionnels. La règle,
c'est que les idiots, même les plus profonds, éprouvent ce
besoin de la faim et delà soif qu'ils expriment par des cris,
des mouvements désordonnés, quand approche l'heure du
repas, et leur satisfaction vorace quand ils sont en présence
de leurs aliments. Mais ils ont peu la sensation de pléni-
tude, et leur voracité est telle qu'ils avaleraient presque in-
définiment, jusqu'à étouffer, si on ne les arrêtait, pas.
Quant à la sensation du besoin de déféquer ou d'uriner,
elle paraît complètement abolie chez les idiots profonds qui
sont tous absolument gâteux et dont rien, dans leur attitude
ou leur physionomie, ne témoigne de la sensation qu'ils
éprouvent au moment où le besoin est satisfait.
Si les sensations organiques physiologiques sont à ce point
obtuses, que s'attendre à trouver pour les sensations pa-
thologiques? La médecine des idiots est, on peut le dire,
pire que la médecine vétérinaire. L'animal au moins ma-
nifeste par une attitude, un gémissement, la douleur qu'il
éprouve quand on touche le point malade. Chez l'idiot, rien
de semblable. Les signes objectifs les plus grossiers, la tem-
pérature, l'état des voies digestives, sont les seules preuves
de l'état de souffrance de l'organisme. Interrogez ces malades,
ils ne vous répondent pas; palpez-les, ils ne manifestent
aucune douleur; auscultez-les, ils ne savent pas respirer.
« Ils ignorent, dit Esquirol, quelle est la cause de leur dou-
1. Bourne ville, Comptes rendus du service des épileptigucs, idiots,
etc., de Bicêlre.
62 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
leur, ils ne distinguent pas si cette cause est en eux, ou si
elle est en dehors; ils ont, en un mot, si peu le sentiment
du moi, qu'ils ne savent pas si la partie affectée leur appar-
tient; aussi en est-il plusieurs qui se mutilent lorsqu'ils
sont malades; ils ne se plaignent pas, ils restent couchés,
roulés sur eux-mêmes, sans témoigner la moindre souffrance
sans qu'on puisse deviner les causes et le siège du mal, ils
succombent sans qu'on ait. pu les secourir. »
A l'appui de ces assertions, nous pourrions citer plusieurs
exemples, mais en voici deux assez caractéristiques : L'un,
un idiot de dix-huit ans vient à l'infirmerie de Bicêtre parce
qu'on a remarqué qu'il mangeait moins Lien et travaillait
avec moins de zèle. On constata une stomatite ulcéreuse de
nature indéterminée. Il reste à l'infirmerie pour se soigner,
continue à aller et venir, à. manger, quand tout à coup il
est saisi de fièvre et meurt en deux jours. A l'autopsie, on
trouve un des poumons à moitié gangrené sans que jamais
il se soit plaint de quoique ce soit, ni qu'aucune expectora-
tion ou quelque autre signe objectif évident eût attiré l'at-
tention du côté de la poitrine. Le second est un idiot de
treize ans qui fut envoyé à l'infirmerie pendant l'hiver der-
nier porteur d'une pneumonie datant de plusieurs jours. On
avait observé en outre un peu de torpeur physique et intellec-
tuelle. Il mourut rapidement, et à l'autopsie, outre une pneu-
monie au troisième degré, on trouva une méningite sup-
purée sur laquelle rien n'avait attiré l'attention pendant la
vie.
Ainsi l'obtusion des sensations organiques qui les empê-
cherait de pourvoir aux nécessités de leur existence s'ils
étaient capables de le faire, est encore une cause qui les
abrège le plus souvent, loin de les prémunir, puisque les
maladies, tout en paraissant les atteindre moins facilement,
SENSIBILITÉ 63
peuvent évoluer sans bruit et aboutir à une terminaison fa-
lale qu'aurait pu écarter une intervention opportune.
Ces troubles des sensations organiques qui s'observent à
un degré presque absolu chez les idiots profonds, se ren-
contrent à un moindre degré chez ceux qui sont éducables.
Mais chez les imbéciles on se heurte souvent à un autre
genre de difficultés. Si les idiots ne renseignent pas sur
leurs sensations, les imbéciles prétendent donner des indi-
cations très justes, et, comme presque toujours, le font de
travers. On arrive à leur faire dire tout ce qu'on veut. De
plus, ils sont très menteurs., très imaginatifs et prennent
souvent pour des sensations pathologiques des sensations
normales qu'ils exagèrent pour se rendre intéressants.
Si nous résumons l'état de la sensibilité sous ses diffé-
rentes formes chez les idiots et les imbéciles nous voyons
en somme que, très obtuse chez les premiers, elle arrive
progressivement à la normale chez les derniers. Ce sont
souvent les sens du goût, de l'odorat et du tact qui de-
mandent une plus grande délicatesse, qui sont 1p plus at-
teints. Nous voyons aussi que les sensations dérivant des
besoins les plus impérieux de la nature humaine, sans les-
quels la vie ne saurait continuer, peuvent être aussi obtuses
que les autres. Les idiots qui sont frappés à ce point sont
absolument incurables et seraient fatalement condamnés à
une mort rapide, comme un nouveau-né, s'il n'y avait per-
sonne pour lui donner des soins. Chez les idiots éducables,
au contraire, et chez les imbéciles, ces sensations de besoins
naturels, si elles apparaissent d'une façon plus tardive que
chez les enfants normaux, n'en arrivent pas moins à être
ressenties d'une façon tout à fait normale, sauf cependant en
ce qui concerne les sensations pathologiques. Ces différences
64 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
pourraient donc jusqu'à un certain point servir à établir des
catégories entre les idiots.
Nous voyons donc que Tétat delà sensibilité, et par contre
coup de la motilité est intimement lié à celui de l'intelli-
gence. De là à dire que, pour développer l'intelligence, il
faut commencer par développer les sens et le mouvement,
il n'y a qu'un pas; et c'est sur ce principe que Séguin a
fondé sa méthode d'éducation des idiots, qui, élargie et ap-
pliquée par le docteur Bourneville à Bicêtre, donne des ré-
sultats de plus en plus remarquables et encourageants.
CHAPITRE IV
DE L'ATTENTION
SOMMAIRE : Attention spontanée et attention volontaire. — Rôle
de l'attention dans le développement intellectuel et l'éducation.
— L'attention comme base de classification des idiots et des imbé-
ciles. — Mise en éveil de l'attention chez les idiots. — Travail, dis-
cipline. — Paresse et indiscipline. — Leurs rapports avec l'atten-
tion. — L'attention, phénomène sociologique. — Attention chez
l'imbécile. — Son instabilité. — - Réflexion. — Préoccupation.
Nous avons, au début, fait reposer notre classification des
degrés de l'idiotie et de l'imbécillité sur le degré plus ou
moins marqué de l'attention. C'est le moment maintenant
de justifier de son importance dans l'état mental des idiots.
Il y a deux formes bien distinctes d'attention, l'une spon-
tanée, naturelle ; l'autre volontaire, artificielle. La première
est la forme véritable, primitive,, fondamentale de l'atten-
tion. La seconde est le résultat de l'éducation. C'est de la
première que nous devons surtout nous occuper, puisque
sans elle, la seconde ne saurait exister.
Nous n'essaierons pas ici de montrer le rôle de l'atten-
tion dans le développement de l'intelligence et dans l'édu-
cation, c'est là une connaissance vulgaire et qui est du
domaine de la psychologie normale, non de la psychologie
morbide que nous avons en vue. Ce que nous devons recher-
5
66 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
cher, c'est l'état de l'attention chez l'idiot et l'imbécile et
les conséquences qui en découlent, en nous basant sur ce
qu'on observe chez les individus normaux. Sous ce rapport,
nous pouvons suivre le plan de M. Ribot dans son intéres-
sant livre sur la psychologie de l'attention.
Il est facile dès l'abord de prévoir la faiblesse de l'atten-
tion chez les idiots, rien qu'en considérant l'anatomie pa-
thologique de leur cerveau. L 'intelligence, d'après Ferrier 1 ,
dont l'opinion est du reste courante et justifiée, est propor-
tionnelle au développement de l'attention, elle est propor-
tionnelle aussi au développement des lobes frontaux. Leur
ablation, dans leur portion antérieure ne cause aucun trouble
moteur, mais une dégénérescence mentale qui se réduit à
la perte de l'attention; et il ajoute : « Les lobes frontaux
sont imparfaitement développés chez les idiots dont le pou-
voir d'attention est très faible. » Rien n'est plus exact et
montre bien que l'intelligence et l'attention sont corréla-
tives. D'autre part, la faculté d'attention semble primitive-
ment en rapport avec la vivacité des sensations. Ferez* a
remarqué que chez les petits enfants comme chez les jeunes
animaux, les plus facilement attentifs sont, à ce qu'il semble,
ceux dont l'excitabilité nerveuse est la plus grande. Or nous
venons de voir dans le chapitre précédent combien la sen-
sibilité était défectueuse. L'anatomie et la physiologie tendent
donc à nous montrer également l'impossibilité de l'attention
normale chez l'idiot.
Si nous passons maintenant à la genèse de l'attention, à
son mécanisme, nous verrons encore mieux qu'il n'en sau-
rait être autrement. Forte ou faible, partout et toujours, elle
a pour cause des états affectifs et son mécanisme est essen-
1. Ferrier, Les Fonctions du cerveau.
2. Perez, loc. cit.
FACTEURS DE L'ATTENTION 67
tiellement moteur, c'est-à-dire qu'elle agit toujours sur des
muscles, principalement sous la forme d'un arrêt. Aussi
Maudsley ' dit : « Celui qui est incapable de gouverner ses
muscles est incapable d'attention. » Les mouvements du
corps, de la face, des membres, et les modifications respi-
ratoires sont les conditions nécessaires, les éléments consti-
tutifs, les facteurs indispensables de l'attention (Pubot) 2 .
En résumé, état affectif mettant en jeu le pouvoir moteur,
voilà l'attention. Si ces deux éléments sont altérés, comme
ils le sont chez l'idiot, on concevra aisément la lésion de
l'attention.
Examinons-les donc séparément.
Pour ce qui est de l'élément affectif, nous sommes forcé
d'anticiper sur la suite, sur le chapitre où nous étudierons
les sentiments affectifs. Nous pouvons le dire tout de suite,
et il est facile de le prévoir , les sentiments affectifs en gé-
néral sont aussi peu développés chez les idiots que tout le
reste. Sans entrer, pour le moment, dans la démonstration
de cette proposition et en l'acceptant sous la réserve de la
justifier plus loin, nous pouvons dire dès maintenant que le
facteur le plus essentiel de l'attention , l'état affectif, fait
défaut en tout ou en partie. Quant au second facteur, l'élé-
ment moteur, nous savons également qu'il présente très
fréquemment des anomalies, paralysies, contractures, con-
vulsions, automatisme, etc. Quand il n'existe pas de troubles
aussi marqués, on observe cependant encore une certaine
lenteur, de la maladresse ou de l'incoordination des mou-
vements. Bref, le pouvoir moteur de l'attention mise enjeu
par des états alfectifs de mauvaise qualité, pour ainsi dire,
1. Maudsley, Physiologie de l'esprit.
2. Ribot, loc. cit.
68 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
est lui-même atteint et imparfait. Rien de surprenant dès
lors que l'attention présente une telle diminution quand
ce n'est pas une absence presque complète.
Si nous recherchons maintenant quels sont, parmi les
états affectifs, ceux qui sont les plus simples, et déterminent
les premiers l'attention, nous constatons que ce sont ceux qui
ont pour cause des tendances, des appétits, des besoins, et se
rattachent, en dernière analyse, à ce qu'il y a de plus profon-
dément enraciné dans l'individu, l'instinct de la conservation.
Nous avons vu dans le chapitre précédent, que ce senti-
ment même de la conservation était très atténué, qu'il ne
se manifestait guère que par la voracité pour les aliments,
et que le besoin de la faim, qui est la condition primordiale
de la conservation de la vie, était souvent très mal apprécié.
Chez les idiots incurables, les états affectifs les plus élémen-
taires capables de provoquer l'attention manquent donc ou
sont extraordinairement affaiblis. Et s'il est vrai que l'atten-
tion est au service et sous la dépendance des besoins et est
toujours liée au sens le plus parfait, on comprend, d'après
l'examen que nous avons fait rapidement des perceptions chez
l'idiot, qu'elle soit faible comme les sensations elles-mêmes
dont elle est corrélative.
En somme les troubles de la motilité, l'affaiblissement des
sentiments, l'imperfection des sensations, tout concouit à
diminuer le pouvoir de l'attention, qui peut même arriver
à être complètement aboli. Voilà pour la forme de l'atten-
tion spontanée, appliquée aux objets extérieurs. Que sera-
ce donc pour l'attention appliquée aux événements intérieurs,
c'est-à-dire pour la réflexion? C'est là un phénomène intel-
lectuel totalement inconnu de la plupart des idiots, sinon
de tous, et même d'un grand nombre d'imbéciles. Mais nous
aurons l'occasion d'y revenir.
ATTENTION DE L'IDIOT 69
L'éducation repose presque exclusivement sur la mise en
jeu de l'attention volontaire; et Ribot distingue trois pé-
riodes dans la formation de cette attention :
4° L'éducateur n'a d'action que sur les sentiments sim-
ples : cruauté, tendances égoïstes, attrait des récompenses,
émotions tendres et sympathiques, curiosité, etc;
2° L'attention est suscitée et maintenue par des senti-
ments de formation secondaire : amour-propre, émulation,
ambition, intérêt, devoir, etc. ;
3° Période d'organisation : l'attention est suscitée et main-
tenue par l'habitude.
Passons en revue ces trois degrés et voyons ce qu'il en
est chez les idiots. Chez l'idiot profond, l'attention est ré-
duite à sa simple expression; on peut presque dire qu'elle
n'existe pas. La vue des aliments seule a quelquefois le pri-
vilège de le faire sortir de son indifférence. Quelquefois
aussi on arrive par surprise à déterminer chez lui une lueur
d'attention passagère qui s'éteint plus rapidement encore
qu'elle n'est apparue. A l'audition d'un bruit brusque et
fort, par exemple, l'idiot se retourne ou tourne simplement,
les yeux, puis retombe dans son impassibilité habituelle
dont rien ne peut plus le faire sortir. D'idées, il n'en a pas ;
de sentiment, il n'en a pas; de sensations, il en a à peine.
Le seul besoin qu'il ressente vaguement, est celui de la
faim. C'est aussi l'aliment qui attire le premier l'attention
de l'enfant nouveau-né. La sensation de la faim, le senti-
ment du besoin satisfait qui s'associe avec la sensation du
contact du mamelon, constituent presque seuls ses connais-
sances. Mais au lieu de s'en tenir là, il progresse rapide-
ment. L'idiot, au contraire ne va pas plus loin II a beau
grandir, se développer, son horizon intellectuel et sensitif
70 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
ne paraît pas s'élargir. Il est comme un enfant en Las âge
avec cette différence toutefois que chez ce dernier, tout dans
sa manière d'être indique que l'intelligence est susceptible
de se développer sous l'influence des impressions qu'elle
reçoit de l'extérieur, tandis que chez l'idiot, on s'aperçoit
facilement qu'elle en est incapable. C'est ce qui donne un
caractère si spécial à l'idiot dès le début de son existence, à
l'idiot congénital, bien entendu. Nous avons déjà indiqué
sur quoi se fondent les parents pour porter ce triste pronos-
tic sur leur enfant. C'est une question d'impression géné-
rale plus encore que de détail. Mais si on analyse les choses,
on voit que, en fin de compte, ce qui frappe dès l'abord,
c'est en toutes choses le défaut d'attention. On cherche à at-
tirer la vue de l'enfant, il détourne la tète d'un autre côté ;
on fait du bruit à sou oreille, il continue à regarder devant
lui comme s'il Savait rien entendu. On met sous ses yeux
un aliment, et son désir ne s'éveille pas ; on lui fait sentir
une odeur désagréable, et il ne la repousse pas. Plus on y
réfléchit, plus on analyse ce qu'on observe chez les idiots,
plus on est convaincu de la lésion fondamentale de l'atten-
tion.
Chez les idiots simples on peut rencontrer une attention
spontanée capable d'être développée et même transformée
en attention volontaire. En d'autres termes, les idiots sim-
ples sont éducables, tandis que les idiots profonds ne le
sont pas, et cela tient uniquement à la présence ou à l'ab-
sence d'attention. Cette remarque n'est du reste pas propre
à l'idiot, et on peut la faire chez les animaux qu'on cherche
à dresser. Darwin avait remarqué que des singes inattentifs
qu'on essayait de dresser par des punitions devenaient rétifs,
tandis que les singes attentifs pouvaient toujours être dressés.
Ches les idiots simples, l'attention dont ils sont suscep-
ATTENTION VOLONTAIRE 71
tibles est souvent bien difficile à éveiller ; et il faut user de
tous les procédés que l'éducation peut fournir. Telles sont,
par exemple, les images, les couleurs. Les idiots paraissent
être en effet surtout des visuels. Aussi est-il nécessaire
de se servir pour les instruire, de tableaux, de livres il-
lustrés, en accompagnant ses paroles de l'explication fi-
gurée. Il faut exagérer les gestes démonstratifs et autant
que possible leur présenter toujours les objets dont on leur
parle. Ils ne paraissent du reste jamais comprendre du pre-
mier coup ce qu'on leur dit. L'attention qui ne demande
pas d'efforts ou qui éveille chez eux un sentiment de plaisir,
ce qui vaut encore mieux, est presque la seule qu'on constate
chez les plus inférieurs. Chez les supérieurs seulement, on
peut déterminer l'attention volontaire, et par là développer
leur intelligence en général.
Sous le rapport de l'attention volontaire, on peut établir
différents degrés dans la catégorie des idiots simples. 11 en
est chez lesquels l'attention volontaire se produit très rarement,
par intermittences, sous l'influence d'une grande satisfac-
tion par exemple; d'autres où elle se produit facilement,
mais est peu tenace; d'autres enfin chez qui elle presque
devenue une habitude quand on les remet dans les mêmes
conditions. Ces trois variétés, dont les deux premières sont
de beaucoup le plus nombreuses, se distinguent facilement
au milieu d'une grande agglomération d'idiots par deux
manifestations principales : le travail ou la paresse, et la
discipline ou l'indiscipline.
A cet égard, qu'il nous soit permis de citer un passage
caractéristique de Ribot ' : « Nous avons fait remarquer qu'à
1. Ribot, loc. cit.
72 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L IMBÉCILE
Tétat de nature, pour l'animal et pour l'homme, la possibilité
d'attention spontanée est un facteur de premier ordre dans
la lutte pour la vie. Dès que, par des causes quelconques
qui se sont produites en réalité, puisque l'homme est sorti
de la sauvagerie (disette de gibier, densité de la population,
sol ingrat, peuplades voisines mieux aguerries, etc.), il a fallu
ou périr ou s'adapter à des conditions dévie plus complexes,
c'est-à-dire, travailler, l'attention volontaire est devenue, elle
aussi, un facteur de premier ordre dans cette nouvelle forme
de la lutte pour la vie.... L'attention est donc née sous la
pression du besoin, et avec les progrès de l'intelligence.
Il est facile d'établir que, avant la civilisation, l'attention
volontaire n'existait pas ou n'apparaissait que par éclair,
pour ne pas durer. » Eh bien! il en est ainsi chez les idiots,
et de même que l'on peut constater la succession du règne
de l'attention volontaire à celui de l'attention spontanée, de
mêmeonpeut observer ces deux stades chez les idiots simples,
ceux du dernier degré étant trop imparfaits pour pouvoir
entrer en comparaison avec Thomme.
Mais l'expression la plus concrète, la plus saisissable de
l'attention volontaire, c'est le travail. Le sauvage est un être
indiscipliné et paresseux auquel tout travail répugne. Chez
les nations civilisées, il est également des individus indisci-
plinables et incapables de tout travail, comme les vagabonds,
les prostituées, toute la catégorie si nombreuse des récidi-
vistes. On peut y ajouter les idiots, et la plupart des imbé-
ciles qui fournissent de nombreuses recrues aux prisons
quand on n'a pas la faiblesse de les considérer comme irres-
ponsables, et sous ce prétexte, de n'en débarrasser la société
qu'en lui faisant porter les frais de leur entrelien pendant le
reste de leur existence, en prenant pour eux plus de soins
qu'on n'en prend pour nos soldats, en ne les forçant pas enfin
DISCIPLINE ET ATTENTION 73
à réparer le mal qu'ils ont causé d'abord et à combler en
partie du moins les dépenses qu'on fait pour les mettre hors
d'élal de nuire.
L'indiscipline, la paresse et la faiblesse de l'attention,
parallèle à celle de l'intelligence vont donc de pair. C'est ce
qu'on remarque d'une façon très nette chez les idiots. Plus
ils sont faibles d'ecprit, moins ils sont attentifs, plus ils sont
paresseux, indisciplinables, inéducables. Les sentiments
affectifs capables de mettre en jeu leur attention volontaire
sont tellement faibles qu'ils échappent à la répression, à la
crainte, au châtiment auquel ils restent indifférents, l'expé-
rience étant pour eux lettre morte, les phénomènes restant
à l'état isolé, ne se coordonnant pas, ne s'associant pas, ne
déterminant pas d'idée abstraite. D'autres au contraire se
disciplinent assez bien et peuvent apprendre un métier. Si
on compare les premiers aux sauvages, on voit que les
seconds commencent à se civiliser. Mais nous ne saurions
souscrire néanmoins à l'opinion des criminalistes italiens qui
voient là des cas d'atavisme. Il y a cette différence énorme
entre les primitifs et les individus qui nous occupent que
chez les premiers, l'apparition de l'attention volontaire et du
travail indique le développement progressif de leur intelli-
gence, tandis que chez les seconds le même état de l'attention
n'est qu'un résidu et indique leur dégénérescence intellec-
tuelle et morale.
L'opinion de M. Ribot que l'attention volontaire est un
phénomène sociologique, qu'elle est une adaptation aux con-
ditions d'une vie sociale supérieure, qu'elle est une disci-
pline et une habitude, nous semble donc absolument fondée.
Mais au point de vue social, lorsque le développement de
l'attention volontaire est aussi rudimentaire que chez les
74 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
idiots et qu'il entraîne une défectuosité intellectuelle aussi
considérable que la leur, il n'en résulte pas de consé-
quences très fâcheuses. Les idiots ne sont pas très dangereux,
et d'autant moins que le plus souvent leur état mental oblige
à les placer dans des asiles pour toute leur vie. Chez les
imbéciles au contraire, l'attention volontaire existe dans cer-
taines limites, mais il est impossible de la fixer. L'intelli-
gence relative qui l'accompagne et qui est faussée dans son
développement, ainsi que nous le verrons plus loin, en fait
des êtres souvent dangereux, et cela d'autant plus qu'à l'in-
verse des idiots, leur état psychique permet fréquemment
de les laisser en liberté. Aussi pensons-nous pouvoir dire
qu'au point de vue social, les idiots sont des extra-sociaux ,
tandis que les imbéciles sont des anti-sociaux, et nous pen-
sons que la suite de cette étude le démontrera amplement.
En attendant, examinons l'état de l'attention chez l'im-
bécile.
L'attention existe chez lui, mais s'il n'y avait qu'une
différence de degré toujours difficile à apprécier, avec celle
des idiots d'une part, et celle des gens normaux de l'autre,
nous n'aurions pas pris cette base de classification. Mais
nous pensons qu'il y a un autre caractère à considérer que
son intensité, et ce caractère, c'est son instabilité, alors
même que, par moments, elle pourrait être aussi faible
que celle des idiots, ou aussi forte que celle des individus
normaux.
L'imbécile aune attention intermittente avant tout. Il passe
d'un sujet à un autre avec la plus grande facilité, sans qu'au-
cun lien réunisse les choses qu'il dit. Tout jeune on le voit,
quand on l'interroge, tourner ses regards et porter ses mains
sur tous les objets qui l'entourent et ne vous répondre qu'a-
près qu'on lui a fait plusieurs fois de suite la même question.
INSTABILITÉ DE L'ATTENTION 75
A peine vous ont-ils répondu par quelques mots jetés sans
réflexion, qu'ils recommencent leur manège, ou se mettent
à bavarder ou à chanter. Ils font répéter continuellement ce
qu'on leur dit quand on leur parle de choses sérieuses qui
réclament par conséquent leur attention volontaire. Dans la
conversation entre camarades, cela n'arrive jamais. Ils
parlent avec volubilité, font des coq-à -l'âne continuels,
n'attendent pas pour répondre que la question soit finie, ce
qui montre bien que leur attention est seulement frappée du
premier coup, et qu'ils sont même incapables de la soutenir
assez pour entendre jusqu'au bout ce qu'on veut leur dire.
S'ils ne répondent pas avant que vous ayez uni votre ques-
tion, ce n'est pas une raison pour qu'ils vous répondent en
fin de compte à ce que vous leur avez demandé. Ils n'ont
retenu que le début et se sont fait aussitôt une idée de ce
qu'ils s'attendent à voir suivre. Dès lors, ils ne vous écoutent
plus, et dès que vous avez fini, ils se répondent à eux-
mêmes plutôt qu'à vous. Sans cesse ils vous coupent la pa-
role. Leur esprit de curiosité lui-même ne les sert pas mieux.
Lorsqu'on se promène avec eux en leur donnant des expli-
cations de ce qu'ils rencontrent, ils vous assaillent de ques-
tions ; on n'a pas le temps de répondre à l'une que déjà ils
vous en ont posé une autre.
Cette instabilité de l'attention pour les choses extérieures ou
les idées se rencontre aussi prononcée dans les actes. Aussi
les imbéciles sont-ils incapables de bien travailler, peut-être
moins même que certains idiots. Chez ces derniers, en effet,
on peut arriver à déterminer une sorte d'automatisme qui
leur fait accomplir machinalement une besogne déterminée
et toujours la même. N'allez pas la leur faire modifier d'eux-
mêmes dans un cas particulier, ils en sont incapables. Le but
en vue duquel ils travaillent paraît leur échapper. Si on leur
76 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
commande, par exemple, de meltre un clou quelque part,
il faut leur dire quel clou prendre, de combien l'enfoncer.
Ils savent ce que c'est qu'un clou, ce que c'est que de l'en-
foncer, comment on s'y prend, à quel usage on le destine.
Mais quant à chercher à résoudre pourquoi on le choisit de
telle dimension, pourquoi on le place ici plutôt que là, ils
ne le font pas. Ils voient l'acte immédiat à exécuter, ils ne
voient pas le but, et par conséquent l'enchaînement des actes
successifs qu'ils font.
L'imbécile agit différemment. Il est capable de comprendre
le but à atteindre; il ne doute même pas de l'atteindre et
tout de suite, du premier coup. Il voit quel est le premier
acte qu'il doit accomplir, mais la série consécutive d'actes
pour arriver au but lui échappe. Son attention, vive au début,
perd bientôt de sa force et glisse sur un autre sujet. Il semble
oublier ce qu'il a commencé. Aussi, après un début qui pa-
raît convenable, le voit-on tout à coup faire les choses de
travers. Une excitation extérieure ou intérieure est venue à
la traverse et a attiré son attention ailleurs. Dans ces condi-
tions, un bon travail est chose presque impossible. Aussi lors •
qu'ils ne sont pas constamment surveillés, dirigés, gâchent-
ils ce qu'ils font, et en général, ils ont la prétention de tout
entreprendre.
D'autres imbéciles au contraire, tout en ne doutant de
rien, n'entreprennent aucun travail malgré toutes les excita-
tions possibles. Ils restent des journées à ne rien faire, à
regarder les autres travailler, à leur donner souvent des con-
seils sur la manière de s'y prendre, et finissent par croire
qu'ils sont des gens très occupés, parce qu'ils vont et viennent,
et gênent les autres dans leur travail. Si les premiers tra-
vaillent mal, ceux là ne travaillent pas du tout.
Sous le rapport de l'attention, on peut aussi diviser les
FUGUES 77
imbéciles en deux catégories ; les distraits dissipés et les
distrain absorbés, ceux-ci beaucoup moins nombreux que
ceux-là.
Cette instabilité de l'attention spontanée, cette difficulté de
l'attention volontaire se rencontrent aussi chez les enfants.
Mais tandis que chez eux l'âge amène rapidement le dévelop-
pement de l'attention, chez les idiots et les imbéciles il est
très lent et atteint un degré qui contraste de plus en plus avec
leur âge.
Nous disions plus haut que dans la classe des réfractaires
au travail, des anti-sociaux, on pourrait placer les imbéciles
à côté des vagabonds, des prostituées, des récidivistes. Ces
individus, en effet, incapables de fixer leur esprit sur quoi
que ce soit, avec quelque suite, vont à l'aventure, sans que
rien les rattache à leur famille, à leur foyer, sans que l'idée
de l'avenir, les préoccupations du lendemain, viennent leur
montrer le chemin à suivre. Ce besoin de vagabondage est
très développé chez les imbéciles. Ils partent sans savoir où
ils vont, marcnent droit devant eux, profitant d'une porte
ouverte pour quitter leur famille, sans se soucier de leurs
moyens d'existence. Dans les asiles, on les voit souvent s'éva-
der ainsi à deux ou trois, marchant le jour et la nuit, surtout
la nuit pour se cacher dans le jour; allant demander du travail
dans les fermes pour avoir le droit de coucher dans la grange,
ou obtenir un morceau de pain; et cela, jusqu'à ce que,
poussés par le besoin, ils arrivent dans une grande ville où
on les arrête. Mais si la soif de liberté explique jusqu'à un
certain point ces idées de vagabondage pour les imbéciles
internés dans des asiles, on ne les comprend pas chez ceux
qui trouvent dans leur famille tout le bien-être possible. C'est
pourtant ce qui arrive.
M. X..., le fils d'un riche industriel, est devenu complète-
78 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
ment imbécile à la suite d'une fièvre typhoïde. Il est chez
lui l'objet de toutes les attentions et de tous les soins et jouit
de sa liberté. Néanmoins, il lui arrive fréquemment de
quitter la maison pour errer à l'aventure dans la ville.
Accompagné dehors, il quitte pour un motif quelconque la
personne chargée de ce soin, et, au lieu d'aller la retrouver,
il s'en va d'un autre côté sans savoir où le plus souvent.
Ces fugues assez fréquentes chez les imbéciles tiennent
vraisemblablement à leur instabilité naturelle.
L'indiscipline est chez eux un véritable caractère de leur
état, qui s'allie du reste fort bien avec leur besoin de vaga-
bondage. Aussi sont-ce toujours les mêmes, les plus mau-
vais sujets qui ne veulent rien faire ni à l'école ni à l'ate-
lier, qui, dans les asiles, organisent les escapades, fomentent
les petites insurrections contre les gardiens et entraînent
les plus faibles à leur suite. Il semble qu'ils ne sont ca-
pables d'attention que pour faire le mal. Nous aurons, du
reste, à propos des sentiments moraux, l'occasion de reve-
nir plus amplement sur ce sujet, mais nous tenions à signa-
ler ici le besoin de vagabondage dénotant chez eux une re-
marquable instabilité mentale qui se traduit par la même
instabilité corporelle, le degré le plus léger consistant dans
le besoin continuel de changer de place pour changer d'oc-
cupation, et le degré le plus élevé étant représenté par le va-
gabondage, comme se rattachant essentiellement à un
trouble de l'attention.
A l'attention se rattachent encore deux phénomènes psy-
chologiques particuliers: la réflexion qui est l'attention appli-
quée aux phénomènes intérieurs, et la préoccupation qui est
l'attention absorbante, obsédante qui se projette toujours du
passé dans l'avenir et qui a des causes extrêmement variées.
GRADATION PSYCHOLOGIQUE 79
La réflexion existe peu ou pas chez l'idiot simple, la
préoccupation encore moins. Chez l'imbécile, au contraire,
on observe ces deux formes modifiées de l'attention, mais
troublées elles-mêmes comme l'attention simple; les imbé-
ciles sont en effet capables d'une certaine réflexion, mais
très limitée, appliquée presque toujours à des sentiments
et non à des idées. On constate en effet la gradation sui-
vante chez les idiots et les imbéciles, gradation qui est celle
du développement de l'individu normal. L'attention se porte
d'abord sur les sensations el sur les objets qui les déter-
minent, puis sur les sentiments, et enfin sur les idées.
L'ordre chronologique indique donc bien l'ordre de supé-
riorité des différentes attributions de l'esprit, les phéno-
mènes mentaux liés aux sensations, c'est-à-dire à l'état
physique, sont les plus simples et les plus inférieurs; puis
viennent les phénomènes d'ordre affectif et moral, et enfin
les phénomènes intellectuels proprement dits, les plus su-
périeurs. C'est à ceux-ci qu'atteignent le plus difficilement
les imbéciles. Ils réfléchissent si peu qu'ils prennent à la
lettre ce qu'on leur dit sans chercher plus loin. Tel est cet
imbécile dont parle Esquiroi à qui l'on avait conseillé de
monter fous les jours à cheval pendant une heure et qui
s'en acquittait consciencieusement en restant dans l'écurie.
Ce manque de réflexion nous explique aussi la crédulité
extraordinaire de ces individus, crédulité dont nous aurons
à reparler plus loin.
La préoccupation, qu'on n'observe pas chez les idiots, se
rencontre à un degré très faible chez les imbéciles en gé-
néral. Faisant très peu attention aux choses présentes, ayant
par conséquent des impressions très fugitives, le passé reste
pour eux très vague et ne leur suscite guère la prévision de
l'avenir. Ils sont d'une insouciance remarquable, qui s'ex-
80 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
plique à la fois par leur manque de jugement sur les diffi-
cultés de l'existence et par leur fatuité à croire qu'ils les
vaincront quand on les leur montre. Leurs sentiments très
égoïstes les empêchent de se préoccuper des malheurs ou
des chagrins qui peuvent frapper les autres, et quant aux
préoccupations purement intellectuelles, leur défaut d'in-
telligence les oblige à les ignorer toujours. Il en est cepen-
dant qui semblent capables de préoccupations et c'est ceux-
là que nous avons désignés du nom de distraits absorbés.
C'est du reste le plus petit nombre. Ils sont sous le coup
d'une préoccupation le plus souvent vague, mais qui peut
prendre le caractère d'une véritable idée fixe. Nous passons
là du domaine physiologique au domaine pathologique.
L'idée fixe est du reste un élément morbide qui se rencontre
fréquemment chez les dégénérés. Aussi ne doit-on pas être
surpris de le rencontrer chez les imbéciles qui sont tous des
dégénérés héréditaires ou acquis.
L'idée fixe est l'hypertrophie de l'attention réfléchie et de
la préoccupation. Elle naît souvent sous l'empire de senti-
ments mauvais, vanité, ressentiment, désirs violents, et peut
amener chez les imbéciles de véritables impulsions qui les
poussent à commettre des délits et même des crimes. Il est à
remarquer en effet que ce ne sont guère que les actes mal-
faisants, les sentiments mauvais ou simplement les besoins
égoïstes à satisfaire, qui ont le don d'attirer l'attention et
de provoquer la réflexion et la préoccupation des imbéciles.
Tout ce qui est utile, tout ce qui intéresse la société, les
laisse indifférents. Nous croyons donc pouvoir répéter que,
pour nous, les imbéciles sont plus que les idiots, des antiso-
ciaux. Les idiots sont forcément hors de la société, les imbé-
ciles sont toujours contre elle, qu'ils lui soient simplement
inutiles ou qu'ils lui soient nuisibles d'une manière effective.
ÉDUCATION PRATIQUE 81
En somme au point de vue pratique, les imbéciles sont
presque aussi difficiles à éduquer que les idiots simples un
peu élevés dans l'échelle intellectuelle. Chez les uns on ne
peut que difficilement attirer l'attention; chez les autres on
ne peut la maintenir. Chez les idiots, on arrive à déterminer
un automatisme utilisable, chez les imbéciles on n'a pas
même cette ressource.
%
CHAPITRE V
DES INSTINCTS
SOMMAIRE : Instinct de conservation. — Nutrition. — Gourman-
dise. — Sommeil. — Besoin d'activité musculaire. — Idiots grim-
peurs, tourneurs. — Instincts sexuels. — Onanisme. — Sodomie.
— Imitation. — Aptitudes spéciales. — Jeux. — Civilité. — Des-
tructivitê. — Auto-mutilation.
On peut distinguer deux sortes d'instincts : des instincts
personnels et des instincts sociaux, ou encore des instincts
propres à l'individu, et d'autres propres à l'espèce. Les pre-
miers ont pour objet de conserver l'existence de l'individu.
Tels sont la mise en jeu de tous les organes sensitifs et sen-
soriels, l'instinct de nutrition, de sommeil, de locomotion.
Ce dernier établit une transition avec la deuxième espèce
d'instincts qui ont pour but de mettre l'individu en rapport
avec les individus de son espèce ; le plus fort de tous est
l'instinct sexuel, puis l'instinct d'imitation auquel on peut
rattacher le jeu, le langage naturel et artificiel, enfin l'ins-
tinct de construction et de destruction.
L'instinct le plus puissant, le plus indispensable à l'exis-
tence est celui de la conservation qui se manifeste de deux
façons, en recherchant ce qui est propre à entretenir la vie,
en évitant ce qui peut la compromettre.
84 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE V IMBÉCILE
L'instinct de nutrition est aussi indispensable que celui
de la respiration. Il est inné. Mais les idiots ayant des or-
ganes très imparfaits, des sensations très obtuses par con-
séquent, les conditions nécessaires à l'existence ne leur
apparaissent pas nettement. Du reste, alors même qu'ils les
apprécieraient, ils seraient incapables d'employer les moyens
propres à les remplir. Car l'acte le plus élémentaire, la
préhension, est souvent nul. Ils ne savent pas plus se servir
de leurs mains que de leurs jambes, et il faut leur ap-
prendre à manger comme on leur apprend à marcher. Mais
les plus profonds sont toujours incapables de se nourrir et
on doit les alimenter. Cependant cet instinct de nutrition
est le premier qu'ils manifestent et c'est quelquefois le seul.
C'est le cas des idiots profonds. « Chez beaucoup d'idiots de
cette dernière classe, dit Griesinger, la seule chose qui pa-
raît mettre un peu leur esprit en mouvement, c'est de
manger. Les idiots les plus profonds ne manifestent ce be-
soin que par de l'agitation, des grognements; ceux chez qui
la dégénérescence est moins profonde remuent un peu les
lèvres, ou bien ils pleurent jusqu'à ce qu'on leur donne
quelque chose. C'est ainsi qu'ils expriment qu'ils veulent
manger. »
Certains, comme celui que cite Morel, à la vue des ali-
ments, poussent des espèces de rugissements, saisissent la
viande avec les mains et avalent leurs portions d'une seule
bouchée. Non seulement les idiots moins profonds se jet-
tent sur les aliments qu'on leur offre, mais encore ils les
réclament, les choisissent, cherchent à se les procurer et
les volent souvent aussi, gradations qui sont en rapport avec
leur développement intellectuel.
La gourmandise peut se rattacher à l'instinct de nutri-
SENTIMENT DE PRÉSERVATION 85
tion. On l'observe fréquemment chez les idiots. C'est même
souvent le seul moyen d'action qu'on ait sur eux, et comme
avec les enfants qui, eux aussi, sont pour la plupart gour-
mands, il faut savoir en user pour l'éducation. Il est curieux
de voir la façon dont ils accueillent leurs parents le jour de
visite. A peine sont-ils entrés, qu'avant même de leur dire
bonjour, ils se tournent vers le panier ou le paquet qu'ils
apportent et se mettent en devoir de le vider. Dès qu'ils y
sont parvenus, ils dévorent tout ce qu'ils trouvent sans plus
guère s'occuper de leurs parents. lisse volent souvent entre
eux ce qui leur est apporté et que quelques-uns mettent en
réserve. D'autres profitent de l'absence de leurs camarades
pour s'emparer de leur vin ou de leurs aliments. Beaucoup
mangent avec tant d'excès et de gloutonnerie ce qu'ils ai-
ment qu'ils se rendent malades. Mais ce défaut qui se ren-
contre chez les idiots un peu supérieurs est extrêmement
fréquent et développé chez les imbéciles.
Le sentiment de préservation paraît absolument inconnu
aux idiots profonds. Ils ne bronchent pas à l'approche d'un
tison enflammé même s'ils se sont déjà brûlés. Ils prennent
des couteaux par la lame, des morceaux de verre brisé, et
sans la moindre précaution, quand leur degré de développe-
ment leur permet de marcher et de prendre avec les mains.
Que de fois n'en voit-on pas qui, en coupant du pain,
placent leurs doigts juste sous le tranchant du couteau, et
s'entaillent consciencieusement la main. Ils n'ont pas la
compréhension du danger car cela demande un raison-
nement dont ils sont incapables. Les parents nous disent
couramment que leur enfant ne faisait attention à rien dans
la rue, qu'il passait au milieu des voitures au risque de se
faire écraser, « comme s'il ne les voyait pas », que plus d'une
86 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
fois il a été renversé. Tel autre monte sur tout ce qu'il ren-
contre au risque de se casser le cou. C'est souvent même
cette inconscience du danger, qui expose l'enfant à des dan-
gers continuels, qui décide les parents au placement dans
un asile.
L'imbécile, égoiste par excellence, a le sentiment du
danger souvent très développé et même exagéré. Quand il
s'expose ce n'est pas ordinairement parce qu'il ignore le
danger qu'il court, c'est parce qu'il ne le juge pas tei qu'il
est et qu'il a la prétention de savoir l'éviter.
On observe cependant le suicide chez les imbéciles *, où
M. Cobbold le signale comme une tendance passagère à
allures caractéristiques, et ce par trois points : l'absence
ou l'insignifiance de la cause déterminante; l'absence de
la fermeté nécessaire pour le suicide; et enfin l'effacement
rapide et l'oubli de l'idée de suicide. Outre cette forme
spéciale aux imbéciles de la tendance au suicide, ils peuvent
encore l'accomplir par impulsion, ou sans cause appréciable
comme on l'observe chez des aliénés ordinaires.
Le sommeil, comme le besoin de manger, est un besoin na-
turel extrêmement intense et irrésistible. Si les organes ont
besoin pour fonctionner d'être alimentés, la force qui y est
emmagasinée peut subvenir plus longtemps au fonction-
nement sans recevoir d'aliments, qu'elle ne peut le faire
sans qu'ils prennent de repos. En somme, tout organe qui
fonctionne ne peut le faire d'une façon indéfinie sans être
alimenté, ni d'une façon continue sans prendre de repos par
moments. Le sommeil est le mode de repos de l'organisme,
et particulièrement du système nerveux. On pourrait croire
1. Cobbold, Journ. of. mental Science, 1886.
SOMMEIL 87
d'après cela, que les idiots dont le système nerveux est celui
qui fonctionne le moins de tous, n'ont besoin que de peu
de sommeil pour réparer l'énergie dépensée. Il n'en est
rien. Chez les individus normaux, il est à remarquer que
ce sont ceux dont le système nerveux travaille le moins, qui
dorment le plus et le mieux, tandis que ceux qui ont pour
besogne ordinaire des travaux intellectuels dorment moins
longtemps et moins bien, la cérébration inconsciente étant
chez £ux très développée . D'autre part , plus on prend
l'habitude de dormir, plus on dort. Bien que ces faits soient
en apparence paradoxaux et montrent qu'il faut chercher la
cause du sommeil ailleurs que dans le besoin de l'organisme
de se reposer, on est cependant forcé de reconnaître leur
réalité. On ne sera donc pas étonné de voir les idiots les
plus profonds, qui semblent plongés tout le jour dans une
sorte d'assoupissement, dormir parfaitement toute la nuit.
On observe cependant quelquefois des insomnies prolon-
gées chez les idiots, ainsi que M. Bourneville en cite un
exemple f . Il s'agit d'un enfant, Napoléon M.., âgé de sept
ans, placé à Bicêtre. Vers deux ans et demi ou trois ans, il est
resté huit mois sans dormir. La nuit il se levait de son ber-
ceau, se promenait dans la chambre, tirait sur les draps, les
cordons qu'il trouvait en poussant des « gehein ! » Dès que
ses parents l'avaient recouché, il se relevait. Il ne voulait pas
être couvert. Sa mère était très contente quand il dormait
une demi-heure dans le jour, placé sur elle. De trois à quatre
ans le sommeil est revenu, mais toujours très court, environ
quatre ou cinq heures par nuit. A partir de cinq ans,
M... a dormi comme les autres enfants et son sommeil est
devenu tranquille. — Ces cas qui sont assez fréquents dans
1. Bourneville et Régnard, Iconographie de la Salpé 'trière.
88 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
la première enfance, sont exceptionnels après quatre ou
cinq ans, où on observe au contraire ordinairement une pro-
pension au sommeil.
Il est très vraisemblable qu'ils sont aussi incapables de
rêver qu'ils sont incapables de penser à l'état de veille.
Chez les idiots simples, le sommeil paraît moins profond
et les occupations du jour retentissent sur lui. Quelquefois
ils se réveillent brusquement, se dressent, se mettent à
crier, puis se recouchent et se rendorment. Il n'est pas dou-
teux dans ces cas, qu'il y ait eu rêve, cauchemar même. Ce
doit être en effet le plus souvent des sentiments forts, plaisir
ou crainte, qui viennent surgir dans leur conscience endor-
mie. Quant aux imbéciles ils rêvent certainement comme
les individus normaux et nous n'avons rien à signaler de
particulier concernant leur sommeil.
Le besoin d'activité musculaire, comme l'appelle Bain %
est beaucoup moins puissant que les précédents, au moins
chez les idiots, quoique Beaunis 2 le regarde comme aussi
impérieux que le besoin de sommeil. Il est cependant cer-
tain que chez beaucoup d'idiols profonds, il est réduit à son
minimum et même complètement anéanti. Il en est qui sont
comme des masses inertes; quand ils se remuent, ce n'est
certainement pas pour la satisfaction qu'ils éprouvent à faire
fonctionner leurs muscles. Est-ce à ce besoin qu'il faut rap-
porter, comme le fait Beaunis, l'existence de tics dont nous
avons rapporté des exemples plus haut, et même de mou-
vements plus compliqués de caractère automatique? Nous
ne saurions l'affirmer, tant ces mouvements sont différents
1. Bain, Les émotions et la volonté.
2. Beauuis, Les sensations internes.
IDIOTS GRIMPEURS 89
de ceux que suggère la volonté, si faible qu'elle soit, ou le
désir, qui est corrélatif du besoin.
Nous devons cependant à ce propos, et quelle que soit
l'interprétation qu'on peut donner de ces faits, citer certaines
manifestations motrices assez singulières qu'on observe chez
les idiots. Nous voulons parler des grimpeurs et des tourneurs.
Tel est le cas d'un jeune idiot épileptique de dix ans, du
service de M. Bourneville. Cet enfant qui avait eu des con-
vulsions depuis l'âge de huit mois poussait des cris continuels
que rien ne pouvait calmer depuis sa naissance jusqu'alors.
Il ne prononçait pas d'autre mot que : maman. Jamais il ne
marcha normalement. Il courait toujours; il se sauvait de
chez lui dès que la porte était ouverte. Jamais il ne sut se
servir de ses mains pour manger. Il savait cependant appro-
cher sa chaise de la table. Comme tic, on constatait un
balancement latéral du tronc. De plus, il était grimpeur; il
montait sur tout, grimpait dans les arbres dès qu'on ne le
surveillait pas. Cette manie de grimper n'était pas, comme
on le voit, isolée, et il présentait d'autres particularités dans
la sphère motrice, telles que les fugues et la manière de
marcher en courant toujours, qui sont d'autant plus intéres-
santes que, d'autre part, on constatait une grande mala-
dresse dans les mouvements des membres supérieurs.
Quoique la préhension même des aliments lui fût impos-
sible, en effet, il savait saisir suffisamment les objets sur
lesquels il grimpait, pour ne pas tomber. Les mouvements
des membres supérieurs n'étaient par conséquent normaux
que lorsqu'ils étaient associés à ceux des membres inférieurs
dans l'acte de grimper, comme s'il y avait un centre spécial
pour cet acte, centre qui aurait été épargné dans le cas par-
ticulier et agi d'une façon en quelque sorte supplémentaire
par rapport aux autres centres moteurs.
90 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
Nous avons aussi rencontré dans le service de M. Bour-
neville des exemples d'idiots tourneurs. L'un d'eux, âgé de
sept ans était complètement idiot et gâteux, présentait de la
rumination pour les liquides, de l'onanisme, des accès de
colère, des tics. Son odorat éf ait très fin; il sentait tout ce
qu'on lui donnait et le rejetait si l'odeur ne lui plaisait pas.
Par moments, sans aucun motif apparent, il se mettait à
tourner sur lui-même pendant très longtemps.
L'autre âgé de onze ans, idiot et gâteux, à langage rudimen-
taire, sait à peine se servir de la cuiller pour manger, ne
sait ni s'habiller ni se laver. Il aime casser, déchirer avec ses
dents ou ses mains. Ce qu'il aime surtout, c'est tourner sur
lui-même jusqu'à ce qu'il tombe en prononçant d'une façon
incessante : ba, ba, ba. — On ne sait jusqu'ici à quoi altribuer
ce phénomène. Ils sont à rapprocher des actes automatiques
des épileptiques, et vraisemblablement, ils sont en rapport
avec des lésions plus ou moins localisées des centres nerveux
bien plutôt qu'avec le besoin de mouvement.
L'instinct de locomolion est une forme du besoin d'activité
musculaire. Il ne se manifeste guère normalement que vers
le neuvième ou le dixième mois. Nous en avons déjà parlé
dans le chapitre précédent et nous avons montré comment,
-en raison bien entendu de l'état anatomique et physiologique
de la moelle et du cerveau, le défaut d'attention rendait
difficile l'éducation de la marche, combien elle était en géné-
ral retardée chez les idiots, au point même de n'être jamais
possible. Le besoin de se déplacer est subordonné aussi au
désir de se mettre en rapport plus ou moins immédiat avec
la chose et les personnes qui vous entourent. Or, chez les
idiots profonds où rien n'excite ni sentiment ni idée, ce
désir n'existe pas. Dès que s'esquisse au contraire un désir,
si confus qu'il soit, l'instinct de locomotion apparaît en même
INSTINCT SEXUEL 91
temps. C'est par exemple ce qui se passe quand l'idiot recon-
naît ses aliments. Il s'agite alors sur sa chaise, pousse des
cris, tend les mains, cherche à se rapprocher d'eux. Aussi
est-ce là un procédé employé pour le forcer à se tenir sur
ses jambes et à progresser. A mesure que le niveau intel-
lectuel et moral s'élève, cet instinct de locomotion se déve-
loppe de plus en plus, quoique toujours retardé. Nous
n'insisterons pas sur ce point déjà traité. Nous tenions seu-
lement à faire remarquer combien l'instinct de locomotion
est intimement lié aux autres instincts, se développe en
conséquence de celui de la conservation personnelle (aller
au-devant des aliments, ou fuir le danger), mais principale-
ment à l'instinct de nutrition auquel il semble subordonné.
Nous avons dit que cet instinct établissait le trait d'union
entre les besoins purement individuels et ceux qui intéressent
l'espèce. A cet égard, aucun autre ne saurait être comparé à
l'instinct sexuel. Celui-ci, chez les individus éduqués, intel-
ligents et moraux, au lieu de se manifester ouvertement
■comme chez l'animal, est au contraire l'objet de nombreux
freins. Chez l'idiot, ces freins intellectuels et moraux n'exis-
tant pas, il se donne libre cours ; mais le plus souvent, il
présente des anomalies ou des perversions. Il peut être en
effet rudimentaire ou nul, exagéré ou perverti, et bien que
cette dernière modalité soit plutôt du ressort de la pathologie,
on ne peut se dispenser d'en parler ici, à cause de l'intérêt
qu'elle présente tant au point de vue physiologique qu'au
point de vue médico-légal.
En ce qui concerne le plus ou moins grand développement
de l'instinct sexuel, on observe des variétés considérables
entre les idiots et les imbéciles. Ici encore, la distinction est
bien tranchée et nous y retrouvons toujours les mêmes carac-
92 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
tères : absence ou rudiment chez l'idiot suivant le degré
d'idiotie; exagération, perversion ou inversion chez l'imbé-
cile. L'idiot est là encore un extra-social; l'imbécile est le
plus souvent un anti-social. Cette observation en ce qui
concerne l'instinct sexuel, est, bien entendu, simplement
générale et ne saurait s'appliquer rigoureusement à tous les
idiots ni à tous les imbéciles sans distinction.
Parmi les causes de plus ou moins grand développement
de l'instinct sexuel, il faut considérer d'abord l'état des
organes génitaux. Chez l'idiot, la puberté est retardée d'une
façon générale et souvent dans des proportions considérables.
Quelquefois même elle n'apparaît jamais, et certains idiots
présentent toujours un état d'infantilisme qui porte d'ail-
leurs sur tout leur organisme. Les organes génitaux sont
souvent mal conformés. Dans un travail fait avec le D r Bour-
neville 1 , nous avons examiné sous ce rapport 758 idiots ou
imbéciles avec ou sans épilepsie et nous sommes arrivés aux
conclusions suivantes : les anomalies des organes génitaux
chez les idiots el les imbéciles sont extrêmement fréquentes
si on les compare avec ce qui se rencontre chez les individus
bien équilibrés. Les aptitudes génésiques des idiots sont
très atteintes si on en juge par le grand nombre de cas de
cryptorchidie. Les anomalies qu'ils présentent consistent en
phimosis, hypospadias, varicocèle, arrêts de développement
ou atrophie d'un ou des deux testicules, ectopie testiculaire
uni ou bilatérale, conformation vicieuse de la verge (en mas-
sue ou tordue). Chez les imbéciles, les anomalies bien
qu'encore plus fréquentes que chez les individus normaux,
sont loin de l'être autant que chez les idiots, et sont surtout
moins graves, moins incompatibles avec l'acte sexuel. La
1. Bourneville et Sollier ; Des Anomalies des organes génitaux
chez les idiots et les épileptiques (Progrès médical 1887).
PERVERSIONS DE L'INSTINCT SEXUEL 93
puberté, par suite, n'offre souvent pas de retard et même
elle se montre quelquefois d'une façon très précoce, les im-
béciles présentant souvent un développement physique très
considérable.
Chez les idiots gâteux, incurables, il n'y a pas d'instinct
sexuel à proprement parler, car on ne saurait regarder
comme une manifestation de cet instinct l'onanisme auquel
la plupart se livrent. Chez les idiots éducables, l'instinct sexuel
peut apparaître, mais reste toujours affaibli; quoique quel-
quefois il soit anormalement développé et perverti, jamais
normal, par conséquent. Quant aux imbéciles, ils sont sou-
vent d'une précocité extraordinaire, et en même temps, c'est
chez eux qu'on rencontre le plus de perversions sexuelles.
Parmi les perversions de l'instinct sexuel, la plus fré-
quente et la plus précoce est l'onanisme. L'énorme majo-
rité des idiots se masturbent, mais il y a lieu de faire entre
eux une importante distinction : les uns se masturbent au-
tomatiquement; les autres savent ce qu'ils font et y cher-
chent une satisfaction sensuelle.
C'est parmi les premiers que se rangent ces petits idiots
de deux ou trois ans qui se masturbent pour ainsi dire con-
tinuellement. C'est chez eux un tic comparable à tous les
autres qu'ils présentent. Il est évident que les appétits géné-
siques ne sont pour rien dans cet acte. Souvent même il y
a cryptorchidie ou anorchidie complète, ce qui est bien peu
compatible avec l'instinct génésique. Mais nous avons dit
que certains idiots mettaient en jeu dans leurs tics une sen-
sibilité exquise. Or il est peu de points du corps qui soient
doués d'une sensibilité aussi fine et aussi spéciale que les
organes génitaux. Rien d'étonnant dès lors à voiries idiots
éveiller cette sensibilité tactile.
Cette masturbation automatique ne se rencontre à un
94 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
certain âge que chez les idiots absolument complets. Mais
on peut la voir chez de tous jeunes idiots ou imbéciles, au
même titre que chez certains enfants d'intelligence normale
cependant. Dans ce cas on voit souvent cette habitude dis-
paraître avec l'âge, particulièrement au moment de la pu-
berté, ou sous l'influence de l'éducation. Si les enfants idiots
éprouvent dans ces conditions une certaine satisfaction sen-
suelle, ce n'est pas cependant le véritable plaisir sexuel. Ce-
lui-ci ne s'observe ordinairement que lorsque les organes
génitaux sont arrivés à ce degré de développement qui mar-
que la puberté. Il en est cependant chez lesquels l'instinct
sexuel véritable prend un développement extraordinairement
précoce. Nous avons plus d'une fois observé des idiots d'un
niveau intellectuel assez inférieur, éprouver dès l'âge de
quatre ou cinq ans, du plaisir au contact des petites filles
ou des femmes. Il en est qui cherchaient à violenter leur
petite sœur ou à lui faire des attouchemants obscènes. Tel
autre que nous avons connu s'en prenait à sa mère dont il
soulevait les jupons. Que de fois dans les asiles d'idiots n'en
voit-on pas qui cherchent à faire des attouchements à leurs
infirmières et qui aiment leur contact, ce qui les met, du
reste, dans un état d'excitation générale. On observe en
effet ces tendances plus fréquemment vis-à-vis de femmes
ou de jeunes filles que vis à-vis d'enfants de leur âge. C'est
ce qui semble bien prouver que c'est véritablement l'ins-
tinct sexuel qui est enjeu. Du reste, chez l'enfant normal,
l'émotion sexuelle existe plus souvent qu'on ne croit et bien
avant le développement de la puberté. Elle n'en est donc
pas la conséquence directe.
Mais si ces perversions de l'instinct sexuel se montrent
assez souvent chez les idiots, elles sont encore bien plus ma-
nifestes chez les imbéciles. L'onanisme est peut-être moins
TRIVIALITE 95
fréquent chez eux que chez les idiots jusqu'à l'âge de la pu-
berté; mais à partir de ce moment, c'est l'inverse qui se
produit, et dans ce cas, c'est sous l'influence du besoin
sexuel , c'est pour se procurer la satisfaction sexuelle qu'ils
le pratiquent. Les filles, sous ce rapport, sont absolument
comparables aux garçons. Nous en avons vu une à Bi-
cêtre, qui, à force de se masturber en se frottant les cuisses
l'une contre l'autre (c'est leur procédé le plus habituel)
avait fini par se déterminer un érythème sur la face interne
des deux cuisses. Cet érythème ne l'avait pas fait cesser et
elle persista si bien que toute la peau se sphacéla et que la
plaie ne put jamais se cicatriser complètement.
Ils pratiquent fréquemment l'onanisme à deux, le plus
souvent entre imbéciles, mais la sodomie est également
pratiquée. Beaucoup d'imbéciles forment de véritables mé-
nages. Lorsqu'ils choisissent un idiot, celui-ci est ordinai-
rement passif. Mais passons sur ces faits et bornons-nous
à signaler en somme la fréquence des perversions du sens
génésique chez les imbéciles.
Un point plus intéressant à signaler, c'est le caractère
trivial, grossier des imbéciles. Ils aiment à dire des obscé-
nités, surtout devant les femmes, en les accompagnant le
plus souvent de gestes non moins grossiers que leurs pa-
roles. La trivialité n'est donc pas, pensons-nous, une simple
convention. Elle répond à un état psychique spécial. C'est
une tendance particulière de l'esprit, qui choque précisé-
ment les gens pondérés et bien développés, parce qu'elle est
le résultat d'un développement psychique anormal, tout
comme une idée délirante nous choque. La trivialité ne s'ac-
quiert pas. C'est une tendance spéciale qui s'observe sur-
tout chez les dégénérés; elle leur est naturelle comme le
bon ton l'est aux esprits normaux. Ce n'est pas une tendance
96 PSYCHOLOGIE DE I/IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
naturelle de l'esprit humain corrigée par la civilisation.
L'imbécile, sous ce rapport, n'est donc pas un primitif, ar-
rêté à un stade antérieur du développement moral. Ce n'est
pas un développement moral enrayé, mais faussé, dévié de
sa direction normale.
Les imbéciles du sexe féminin, sans présenter une aussi
grande exagération du sens génésique ni des perversions
aussi marquées que les hommes, sont cependant très déve-
loppées aussi sous le rapport de l'instinct sexuel. Mais au
lieu d'êtreactives, elles sont plus souvent passives. Marie B...
est une imbécile de vingt-deux ans, grande, mal bâtie, blé-
sant légèrement. Elle se croit la plus intelligente de toutes ses
compagnes. Elle s'est livrée à treize ans, à un domestique de
son père, et depuis elle a eu des rapports très fréquents
avec d'autres hommes rencontrés dans les mêmes condi-
tions. Elle se figure être aimée et demandée en mariage par
tous les hommes qu'elle voit, quelle que soit leur position
sociale. Elle se met aux fenêtres pour envoyer des baisers
aux hommes qu'elle voit passer, se livre fréquemment à
l'onanisme et a des accès de violence et d'excitation si on
l'empêche d'aller trouver les hommes qui pourraient se
trouver dans la maison et auxquels elle se livrerait, au pre-
mier désir qu'ils en exprimeraient.
L'absence de sens moral, l'impétuosité de leur instinct
rendent les idiots et surtout les imbéciles capables de toutes
les tentatives sur les femmes et ce sont eux dont les crimes
bizarres accomplis après le viol excitent souvent la curiosité
publique par leur caractère étrange. — Chez les femmes, on
observe une inconscience absolue dans la sphère morale, et
non seulement elles se livrent, elles s'abandonnent au pre-
mier venu, mais bien souvent même, ce sont elles qui s'ot-
frent à lui. On comprend dès lors, combien il est utile,
INSTINCT D'IMITATION 97
quand on se trouve en présence de délits ou même de crimes
se rattachant aux choses sexuelles, d'examiner l'état mental
des prévenus.
L'instinct d'imitation existe chez les idiots simples et est
surtout développé chez les imbéciles, mais il est loin d'être
aussi fort qu'on a coutume de le dire. Ainsi que le remarque
Séguin, l'imitation est le dernier mot de l'action muscu-
laire. Or, les idiots sont maladroits, nous l'avons déjà dit,
ils commandent mal à leurs muscles, ne savent pas s'en
servir. Comment donc pourraient-ils imiter convenablement
ce qu'ils voient faire? On sait, d'autre part, le rôle que peut
jouer l'imitation dans l'éducation des enfants, et on ne
manque pas de l'utiliser chez les idiots. Mais on est loin de
constater d'aussi bons résultats chez les idiots et les imbé-
ciles que chez les enfants normaux, ce qui ne peut s'expli-
quer que de deux façons, ou que le rôle de l'imitation dans
l'éducation n'a pas l'importance qu'on lui attribue, ce qui
est faux, ou que l'instinct d'imitation des idiots n'est pas
aussi développé qu'on le dit.
En quoi donc diffère le rôle de l'imitation dans l'éducation
des enfants normaux et des idiots? En ceci, à notre avis,
que chez les idiots, l'imitation est automatique, tandis que
chez les enfants normaux elle est accompagnée de la com-
préhension de l'acte imité.
On observe chez les enfants qu'ils imitent les actes et les
paroles des grandes personnes, surtout dans leurs jeux. Ils
entrent alors tellement dans la peau de leurs personnages
que non seulement ils en reproduisent les gestes, mais en-
core des raisonnements qu'ils ne s'appliqueraient pas à eux-
mêmes en pareille circonstance. Il n'y a donc pas seulement
imitation de l'acte présent, mais aussi de l'acte passé, des
7
98 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOÏ ET DE L'IMBÉCILE
idées exprimées antérieurement, grâce au souvenir. L'idiot,
lui, ne joue guère, et sa mémoire est faible; il ne peut donc
pas s"inculquer par l'imitation et la répétition de ce qu'il a
entendu dire ou vu faire, les idées qu'on a émises devant lui
ou la conduite qu'il a vu tenir.
L'imitation, pour porter ses fruits, a besoin chez l'enfant
de se reproduire un grand nombre de fois. De plus, elle se
produit surtout sous l'influence de l'acte présent, plus que
par le souvenir ; mais, malgré cela, rien n'est plus faux que
de dire que les idiots sont imitateurs comme le singe.
Seguin i avait déjà remarqué au contraire qu'ils n'ont
souvent ni le goût, ni la possibilité de l'imitation, soit à
cause de l'instabilité de leurs organes, soit à cause de leur
difficulté d'attention, soit à cause de leur faiblesse de vo-
lonté, et que ce sont plutôt les imbéciles qui en sont doués.
11 faut d'ailleurs, pour imiter, que l'on ait la notion des di-
verses parties de son corps et beaucoup d'idiots ne l'ont
pas. S'ils imitent, c'est donc tout à fait inconsciemment, et,
partant, sans grande utilité. Pour imiter vraiment, il faut
une certaine dose d'intelligence, comprendre ce qu'il y a
d'intéressant dans un acte et avoir un motif pour le repro-
duire. Il faut que cet acte attire suffisamment l'attention de
l'idiot pour déterminer chez lui une idée qui s'exprime par
un mouvement analogue à celui qui s'est produit devant lui.
Or, nous avons vu quels troubles présente l'attention chez
l'idiot et chez l'imbécile. Ne comprenant pas la portée de ce
qu'il voit, l'idiot n'éprouve pas le besoin de le reproduire. Son
imitation, quand elle a lieu, se fait donc en quelque sorte à
son insu, de la même façon dont inconsciemment on imite
les jeux de physionomie d'un interlocuteur ou d'un acteur.
1. Séguin, loc. cil.
INSTINCT D'IMITATION 99
L'imitation chez l'idiot et chez l'imbécile nous paraît donc
avoir pour principal caractère d'être un acte auquel l'intel-
ligence ne participe que peu ou point. Le profit qu'on peut
en tirer pour l'éducation consiste donc surtout à obtenir la
reproduction en quelque sorte automatique d'actes sem-
blables à ceux qu'on aura maintes fois exécutés devant eux,
sans grand espoir de les voir interpréter, et, par conséquent,
transformer suivant les circonstances particulières réclamant
leur modification. Chez l'idiot, c'est là un fait presque cons-
tant, et qui n'a pas lieu de surprendre. Mais chez l'imbécile,
on observe en outre que lorsqu'il cherche à modifier un acte
appris par imitation, il le fait d'ordinaire d'une façon mala-
droite et qui montre bien qu'il n'a pas du tout saisi le but et
la raison de l'acte qu'il imite. Ce fait déjà frappant chez lui
pour les acles, le devient encore plus peur les idées, et
lorsque dans la conversation il se croit, comme c'est le cas
le plus fréquent, de l'esprit et veut en faire montre, il se
livre à une série de coq-à-1'âne qui égaient souvent fort la
société où il se trouve.
Chez l'imbécile, l'imitation, comme tout le reste, est di-
rigée vers ce qui est mauvais ou malfaisant. — Chez les idiots,
on observe surtout l'imitation des actes, beaucoup moins
celle des paroles, des idées, sauf chez ceux d'un degré un
peu supérieur. Mais les actes répréhensibles, les paroles
obscènes, grossières, ne sont pas, en général tout au moins,
imités de préférence à ceux qui sont indifférents. Les imbé-
ciles prennent au contraire bien plus facilement les ma-
nières des gens grossiers et mal élevés. S'ils paraissent se
tenir assez convenablement, quoique pas toujours, au mi-
ieu de gens convenables, ils sont dans un état de contrainte
et reprennent vite leurs tendances dès qu'ils ont changé de
milieu. Ils apprennent avec une facilité étonnante les termes
100 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
d'argot, se donnent des airs de voyous ou de filles publiques,
et ce qu'il y a de plus particulier, c'est qu'ils s'en font
gloire. Il faut du reste remarquer que cette tendance s'ob-
servechezun certain nombre d'enfants, d'ailleurs intelligents,
mais d'un caractère faible et facilement entraînables. Or,
les enfants convenables, bien élevés, ayant de bons senti-
ments, et surtout des sentiments de leur âge, ne cherchent
pas à imiter de telles manières et à en tirer vanité Mais
ceux qui ont de mauvais instincts, qui sont vicieux, qui
sont plus avancés que leur âge ne le comporte, qui cher-
chent à imiter les grandes personnes dans ce qu'elles ont
surtout de mauvais, ceux-là essayent d'entraîner les autres
en leur faisant entrevoir des satisfactions qui les tentent,
mais qu'ils ne peuvent se procurer seuls. Ce sont donc tou-
jours les sentiments malsains, bas, grossiers, qui ont le
plus de chances de frapper les esprits faibles. Rien n'est
plus facile à entraîner qu'un imbécile. Le raisonnement le
plus saugrenu soutenu avec autorité et conviction suffit à le
décider.
Lorsque l'indiscipline se met parmi les imbéciles dans une
section dhospice, elle se propage avec une remarquable ra-
pidité. Très poltrons généralement quand ils sont isolés, ils
ne reculent devant rien quand ils sont en groupe, et souvent,
sans savoir de quoi il s'agit, ils se mettent à crier, à frapper,
parce qu'ils ont vu les autres crier et frapper. De plus ils se
mettent toujours du côté du plus fort, et nous aurons lieu d'y
revenir lorsque nous analyserons leurs sentiments moraux.
Il y a encore une chose qui est plus spéciale aux imbéciles
et qui n'est du reste qu'une perversion en quelque sorte
de leur instinct d'imitation, c'est la simulation; simulation
grossière et maladroite, bien entendu, mais qui montre bien
la perversion de tous leurs sentiments. Ce besoin de simu-
SIMULATION 101
lation les pousse à raconter des choses invraisemblables,
particulièrement en ce qui concerne des maladies, ou encore
à se faire passer pour plus bêtes qu'ils ne sont. Nous en re-
parlerons plus longuement à propos du mensonge.
Il nous reste un petit point à signaler aussi, pour montrer
que leur instinct d'imitation n'est vraiment pas si grand
qu'on le suppose. Il est en effet très rare de voir se pro-
duire chez eux des maladies par imitation telles que l'é-
cholalie, Péchokinésie dont nous n'avons guère rencontré
d'exemples chez les idiots. On n'observe quelquefois qu'un
degré très atténué d'écholalie, consistant à répéter le der-
nier ou les derniers mots prononcés devant eux. Mais ce
n'est pas de la véritable écholalie, telle qu'on la voit par
exemple dans la maladie des tics de Gilles de la Tourette.
L'instinct d'imitation nous amène à parler de certaines
aptitudes qui se manifestent assez souvent chez les idiots et
les imbéciles avec une grande intensité, et que tous les ob-
servateurs ont notées. Ce sont surtout des aptitudes artis-
tiques ou encore mathéma'iques.
Mais tous les arts ne donnent pas lieu à des tendances
analogues, et c'est surtout pour la musique qu'on les ren-
contre bien plus que pour le dessin , la peinture ou la
sculpture. Quoique cela puisse paraître désagréable pour
les musiciens, cela tend à montrer que la musique est le
moins intellectuel de tons les arts. Tandis que le dessin ou
les arts qui en dérivent cherchent à éveiller directement des
sentiments et des idées parles scènes qu'ils représentent, la
musique s'adresse spécialement aux sens et détermine une
sensation agréable ou désagréable, sans qu'aucune idée ou
même aucun sentiment intervienne à moins d'une éducation
approfondie, et cela par la seule combinaison des sons.
102 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
C'est donc un art tout à fait sensuel, ce qui explique qu'il
est beaucoup plus universellement répandu et à la portée
du plus grand nombre des intelligences. Comme c'est la
sensation seule qui est assez bien développée chez les idiots,
el que c'est à elle que s'adresse la musique, cela explique
qu'on rencontre de préférence les tendances musicales chez
les individus de cetie catégorie.
Nous ne parlons pas, bien entendu, comme tendances mu-
sicales, des chantonnements continuels de certains idiots in-
curables; bien qu'à un certain point on puisse les rapprocher
de ces chants rythmés sur deux ou trois notes au plus de
certains peuples primitifs. Comme ces sauvages qui accom-
pagnent leur chant monotone de mouvements cadencés, tou-
jours les mêmes, les idiots qui chantonnent accompagnent
aussi leur chantonnement d'un balancement de la tête et du
corps. Pour les amateurs d'atavisme chez les idiots, ils peu-
vent en trouver là un exemple.
Quelquefois, des idiots qui ne savent pas prononcer un
mot, retiennent du premier coup un air même assez diffi-
cile qu'ils fredonnent juste ensuite. Chez d'autres la mu-
sique fait cesser leurs cris ou bien ils adaptent leur balan-
cement à son rythme.
Chez les idiols simples, cette tendance musicale se ren-
contre tiès fréquemment. Dagonet 1 cite une idiote dont le
vocabulaire était très restreint et qui n'avait commencé à
parler qu'à neuf ans. Elle n'avait aucune notion des notes
et cependant elle avait une aptitude remarquable pour la
musique. Ainsi, elle répétait sur le piano les airs sans doute
peu compliqués qu'elle entendait pour la première fois. Elle
était, du reste, fille de musiciens distingués.
1. Dagonef, Traite des maladies mentales.
APTITUDES MUSICALES 103
Moreli rapporte également l'histoire d'un idiot qui se met
un jour à jouer du tambour et y fit en trois ou quatre fois
des progrès assez rapides pour remplir les fonctions de tam-
bour à l'asile où il était. Or son père et son grand-père
avaient été tambours dans l'armée, et son frère avait tou-
jours eu le plus vif désir de devenir aussi tambour au régi-
ment. On pourrait multiplier ces exemples, et nous avons
nous-même observé un assez grand nombre d'idiots chan-
teurs qui connaissaient tous les airs à la mode en en écor-
chant bien entendu les paroles.
Chez les imbéciles on observe souvent aussi ces mêmes
tendances. Il est même à remarquer que souvent ceux qui
spontanément, sans aucune élude préalable, jouent d'un
instrument et reproduisent les airs qu'ils ont entendus, sont
incapables d'apprendre la musique enseignée d'une façon
méthodique. Cela tient à l'instabilité de leur attenticn sur
laquelle nous avons déjà insisté et qui les empêche de jamais
atteindre à un développement complet, même pour les fa-
cultés où ils montrent le plus de dispositions. Cette parti-
cularité montre bien quelle différence il y a entre eux et les
individus normaux et prouve que cette différence tient uni-
quement au trouble de leur attention. Chez les gens nor-
maux, en effet, l'éducation perfectionne les tendances na-
turelles et leur permet d'arriver à une grande perfection.
Chez les imbéciles, au contraire, la disposition naturelle
reste seule et l'éducation est incapable de la développer. On
en a un exemple frappant choz ces enfants prodiges qu'on
promène de ville en ville de temps à autre comme musi-
ciens ou calculateurs. Jamais on ne les voit devenir de
grands artistes ou des mathématiciens distingués. Ils ont
i. Morel, Études cliniques.
104 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE LJMBECILE
une aptitude plus grande que celle des sujets que nous exa-
minons en ce moment, et voilà tout, car leur intelligence
n'est souvent pas plus développée que celle des imbéciles.
Aussi les voit-on s'arrêter court à un certain âge, au mo-
ment de la puberté surtout, cesser de faire aucun progrès,
rétrograder même souvent rapidement.
Il est un point sur lequel nous devons attirer l'attention :
dans plusieurs de ces observations de dispositions musi-
cales étonnantes, on note que les parents étaient eux- mêmes
des musiciens distingués, quelquefois même que l'instru-
ment sur lequel l'idiot se montre tout à coup habile est pré-
cisément celui de son père, de son grand-père. Ce petit fait
met bien en lumière la réalité de la mémoire organique
héréditaire, qui nous paraît d'autant plus évidente dans les
cas où la disposition fait un contraste remarquable avec le
faible développement du reste des facultés intellectuelles.
Mais il n'y a pas que les aptitudes musicales qu'on puisse
observer à un haut degré chez les idiots et les imbéciles.
Ireland i cite deux cas où existaient, dans l'un, une remar-
quable aptitude à dessiner et à graver sur bois, dans l'autre
une disposition toute spéciale pour l'architecture et la cons-
truction des maisons. Nous avons nous-même observé une
petite fille de six ans, imbécile, ne sachant ni lire, ni écrire,
incapable de rien apprendre et qui dessine tout ce qu'elle
voit. Elle copie toutes les lettres de l'alphabet sans connaître
leur nom ni leur signification. Elle reproduit tant bien que
mal tous les objets qu'elle voit, les scènes dont elle est té-
moin. Si vous lui demandez ce qu'elle a représenté, elle n'en
sait rien. Ceci confirme bien l'opinion de Griesinger* que
les aptitudes spéciales et les talents qu'on rencontre ains
1. Ireland, Traité de Vidiolie.
2. Griesinger, Traité des maladies mentales.
APTITUDES SPÉCIALES 105
chez les idiots et les imbéciles sont plutôt instinctifs qu'in-
telligents. Cet auteur a remarqué aussi qu'on ne les observe
jamais dans l'idiotie accidentelle succédant à une maladie
du cerveau chez un enfant qui jouissait auparavant de toute
son intelligence, mais seulement dans l'idiotie congénitale.
Quoique cela ne rentre pas dans l'instinct artistique, nous
croyons devoir parler ici de certaines autres aptitudes spé-
ciales qu'on peut, rencontrer, à un degré surprenant pour
leur état, chez les idiots et les imbéciles.
C'est ainsi que Forbes Winslow ' rapporte le cas d'un
idiot qui pouvait se rappeler le jour où chaque personne
était morte dans le pays depuis trente-cinq ans, et répétait
sans varier le nom et l'âge du décédé. Mais il était inca-
pable de répondre à la moindre question, incapable même
de se nourrir seul. M. Falret nous a raconté avoir vu dans
un asile d'Angleterre un imbécile qui disait immédiatement
la date de la naissance, de la mort et des principaux évé-
nements de la vie de tous les personnages célèbres qu'on
lui citait. — Le D r Heim 2 raconte le cas d'une femme dont
l'intelligence était très limitée, ainsi que le langage, et à
qui, dès qu'on disait son âge, vous répondait immédiate-
ment le nombre de minutes que cela faisait. — Atkinson 3
parle d'une femme idiote dont le seul plaisir était de s'occu-
per de questions de nombre. — On pourrait multiplier ces
exemples; Griesinger 4 a noté chez les idiots d'une capacité
mentale inférieure une remarquable mémoire des lieux,
observation qu'on peut également faire chez les animaux et
1. Cité par Ireland.
2. Jd.
3. ïd.
4. Griesinger, loc. cil.
105 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
particulièrement chez le cheval, qui n'est pas un des plus
intelligents cependant parmi les mammifères.
A l'instinct d'imitation on peut rattacher le jeu, bien
qu'on puisse le considérer comme un instinct à part, non
seulement chez l'homme, mais chez tous les animaux supé-
rieurs. Le jeu est en effet, avant tout, d'essence physiolo-
gique. Bain l dit avec raison : « Chacun sait qu'il y a une espèce
d'activité qui semble vivre d'elle même, qui ne coûte aucun
effort, qui cause du plaisir, loin de fatiguer, et que ne mo-
difie pas sensiblement ni un stimulus, ni l'idée d'un but,
c'est manifestement l'effet d'une force spontanée. Le résul-
tat de cette force spontanée est un certain mouvement qui
paraît tout à fait indispensable aux jeunes êtres n'ayant pas
d'autres moyens de dépenser leur activité nerveuse. » —
« Le plaisir que procure ce succédané de l'activité utile, dit
Perez % est proportionné à la vivacité, à l'exubérance des
forces mentales et cérébrales qui montent ou baissent en
raison de la vigueur et de la nutrition du système nerveux. »
Cette dernière phrase nous laisse prévoir ce que sera le jeu
chez l'idiot dont les forces mentales sont loin d'être vives
ou exubérantes.
En réalité, en effet, les idiots ne savent pas jouer. Le be-
soin du jeu, qu'on observe de si bonne heure chez les nour-
rissons, ne se remarque plus chez l'idiot et les parents vous
disent que leur enfant ne jouait jamais, que plus tard il
n'aimait pas et ne savait pas s'amuser avec les enfants de
son âge. Les agaceries de la mère à l'enfant, qui provoquent
ses premiers rires, l'idiot y paraît insensible, et cela attire
par sonétrangeté l'attention des parents.
]. Bain, La science de l'éducation.
1. Perez, loc. cit.
BESOIN DU JEU 107
Lorsqu'on pénètre dans les réunions d'idiots d'un certain
âge, on est frappé de ce fait que, malgré les divertissements
qu'on met à leur portée, malgré l'entraînement auquel
leurs maîtres cherchent à les soumettre , on ne les voit
jamais jouer avec entrain. De deux choses l'une, ou ils sont
engourdis, apathiques et n'ont pas de plus grande satis-
faction que de rester immobiles dans un coin, ou ils , c ont
agités et incapables dès lcrs de se livrer à un jeu suivi quel-
conque.
On peut jouer seul ou collectivement. Dans les deux cas,
on fait montre de qualités différentes et le jeu a des caractères
particuliers.
Lorsqu'un enfant s'amuse seul, c'est plutôt, à ce qu'il nous
semble, l'élément intellectuel qui est mis en mouvement;
l'enfant a un but, une idée qui suppose un raisonnement.
Au contraire, dans le jeu collectif, c'est l'élément moteur et
émotionnel qui semble avoir la plus grande part. C'est là
que se montre la première tendance sociale, car le jeu col-
lectif représente en petit la lutte ordinaire de l'existence.
Les enfants cherchent à se devancer l'un l'autre ; c'est à qui
arrivera le premier au but, à qui sera le plus adroit, que ce
soit le corps ou l'esprit dont il s'agisse. Le principal est de
vaincre et de lutter. Le plaisir du jeu n'est qu'à ce prix, et
ce plaisir est l'émotion causée par l'effort, l'exercice des fonc-
tions et des facultés, et le succès ou la défaite. Aussi le jeu
collectif est-il piéférable au jeu solitaire. Il habitue l'enfant
à se trouver en contact avec ses semblables, à réprimer ses
passions, à s'incliner devant ceux qui lui sont supérieurs,
sous quelque rapport que ce soit, à juger des sentiments
et du caractère de ses semblables. Les idiots, eux, n'ont
qu'une conscience bien imparfaite de leurs besoins physiolo-
giques, ils sont indifférents, pas jaloux. Aussi n'éprouvent-ils
108 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
pas le besoin de jouer, parce qu'ils ne trouvent pas de satis-
faction dans le fonctionnement de leur organisme ou de leurs
facultés. Ils ne paraissent éprouver aucune satisfaction à
faire montre de force, d'adresse ou d'intelligence. Néan-
moins, comme le côté émotionnel est encore moins déve-
loppé chez eux que le côté physique, on les voit préférer les
jeux purement physiques, les exercices corporels aux jeux
d'adresse proprement dits. Tels sont, par exemple, la gym-
nastique, la canne, les exercices de marche auxquels ils se
plient mieux qu'à tout autre. La promenade, qui met en
jeu à la fois les tendances physiques et émotionnelles, est un
de leurs plaisirs favoris.
Il est une variété d'idiots qu'on voit jouer comme les
autres enfants, ce sont les idiots crétinoïdes. — Ce sont les
jeux tranquilles, solitaires qu'ils préfèrent. Ils restent très
tard enfants sous ce rapport, comme sous celui du caractère
général d'ailleurs, et cela contribue encore, avec leur phy-
sique, à leur faire paraître beaucoup moins que leur âge.
On les voit, à quinze ou seize ans, jouer encore avec des
poupées, ou avec des images, comme des enfants de trois ou
quatre ans, ce qui, joint à leur physionomie impassible, leur
donne un cachet tout particulier.
Les imbéciles savent se livrer aux jeux, mais "y apportent
naturellement tous leurs défauts, et leur caractère s'y montre
sous son véritable jour. Les jeux qui leur plaisent le plus sont
les jeux bruyants, où ils peuvent casser, crier, être brutaux.
Ils dégénèrent souvent en querelles et se terminent par des
coups. Jaloux et mauvais camarades, les imbéciles cherchent
en effet à l'emporter par de mauvais procédés, usant de leur
force vis-à-vis des plus petits pour gagner même quand ce
ne sont pas eux. En un mot, tous leurs mauvais sentiments
se donnent libre cours. Il ne faut pas, bien entendu, leur
CIVILITÉ 109
parler de jeux intellectuels, c'est aux jeux physiques surtout
qu'ils aiment à s'adonner, et le plaisir qu'ils en éprouvent
ne provient pas tant du sentiment qu'ils ont du fonction-
nement de leur organisme, que de leur amour-propre et de
leur désir de paraître supérieurs à ceux qui les entourent.
Si le jeu est une marque des dispositions sociales de l'in-
dividu, il existe une autre manifestation extérieure de ces
dispositions. C'est la façon dont il se comporte vis à-vis
d'autruidans ses rapports journaliers. C'est ce qu'on appelle
la politesse, la civilité. C'est un produit delà civilisation, de
l'éducation, très variable chez les différents peuples, aux
différentes époques, mais qui se retrouve toujours sous une
forme ou sous une autre.
On arrive assez facilement à donner des habitudes de
politesse aux idiots simples. On en voit souvent de très polis,
très avenants, très aimables. Il en est rarement de même
chez les imbéciles. Prétentieux et grossiers, ils croient spi-
rituel de se montrer insolents envers leurs supérieurs; sur-
tout en présence de leurs camarades. Lorsqu'on les répri-
mande, il arrive fréquemment qu'ils vous répondent par des
grossièretés aux conseils qu'on leur donne et surtout dès
qu'on a le dos tourné. Cela faisant partie de leur éducation
plutôt que de leurs qualités naturelles, il est inutile d'insister
davantage sur ce point qui n'a d'ailleurs pas une grande
importance.
Nous avons rapporté à l'instinct d'imitation le langage arti-
ficiel. Mais cette question est si capitale dans la psychologie
qu'il est indipensable de lui consacrer un chapitre spécial
que nous trouverons plus loin.
Il existe encore chez les idiots un autre instinct qui se
110 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
rencontre du reste à un certain degré chez les enfants nor-
maux : c'est la destructivité qui, chez tous les enfants, se
montre comme première manifestation de leur motricité,
sous forme de besoin de frapper, de casser, de détruire. Ayant
besoiu de dépenser leur activité motrice, et ne comprenant
pas Futilité des objets, ils ne trouvent rien de mieux que de
les démolir. Quand ils y sont arrivés, ils ont une sensation
de satisfaction que donne l'effort couronné de succès. Mais
bientôt ce besoin de dépense d'efforts cesse de se traduire
par la destructivité. La constructivité apparaît. Les enfants
bâtissent en sable, échafaudent des morceaux de bois, des
pierres etc. Mais à peine ont-ils édifié qu'ils se mettent à
démolir, paraissant éprouver un tel plaisir à ce dernier exer-
cice qu'ils semblent ne s'être donnés tant de peines pour
construire ce qu'ils on fait qu'en vue de la satisfaction qu'ils
auront à le détruire. Le désir de conserver ce qu'ils ont élevé
se montre enfin et se développe de plus en plus. Il n'y a
plus que par instants, dans leurs jeux, quand ils lâchent la
bride à leurs instincts, qu'ils détruisent encore pour le plaisir
de détruire.
Chez les idiots, ces tendances sont encore bien plus accu-
sées. — Plus l'idiot est inférieur, et moins l'idée de construc-
tion et de conservation est développée. La plupart brisent
pour le plaisir de briser. Encore est-il douteux s'ils éprouvent
réellement un plaisir. Ils ne se contentent pas en effet de
mutiler les objets qui les entourent, ils se font subir à eux-
mêmes des mutilations. Les exemples d'auto-mutilation chez
les idiots profonds sont bien connus, mais on peut les ren-
contrer également chez les imbéciles. Cependant ce qu'on
observe le plus souvent chez ces derniers, c'est le besoin de
casser, de détruire; c'est ce qu'on a désigné du nom de clas-
tomanie. Dans ce cas, il est rare que cela se montre à l'état
DESTttUCTIVITE 114
isolé. Ordinairement les idiots, même d'un certain âge, en
restent au point où sont tous les jeunes enfants sous le rapport
de l'instinct de destruction; ils ne savent ni ne cherchent
à édifier, et mettent souvent une persistance étonnante et
une grande habileté pour démolir. Tel est un idiot de Bicêtre,
aveugle, et parlant à peine, qui arrive avec un simple clou,
à démonter toutes les serrures qu'il peut rencontrer.
Plus tard, lorsque la manie de casser et de détruire est
passée, on n'observe guère chez eux le besoin inverse d'édi-
fier. Mais du moins se montrent-ils conservateurs, ce qui
tendrait à prouver que s'ils ne construisent pas, c'est qu'ils
en sont incapables et non qu'ils ne le voudraient pas. Il n'en
est pas de même chez les imbéciles. Leur esprit malicieux
ou malfaisant continue à les pousser à détruire non plus dans
le but de dépenser leurs forces, mais dans le dessein de nuire.
C'est une satisfaction malsaine qu'ils recherchent. Tous ne
sont pas ainsi, naturellement, mais un grand nombre, et
presque tous, à un moment donné, sous l'influence d'une
rancune, par exemple. Aussi doit- on s'en méfier beaucoup.
Car une des formes les plus fréquentes après la clastomanie,
qu'on observe chez eux, c'est la pyromanie ou même les ten-
dances homicides, avec l'élude desquelles nous entrerions
dans le domaine pathologique.
Ce parallèle rapide des instincts chez les idiots et chez les
imbéciles nous montre encore que si les idiots sont des êtres
la plupart du temps indifférents au point de vue social, il
n'en est pas de même des imbéciles qui, le plus souvent, sont
nuisibles et dangereux, anti -sociaux, avons-nous dit.
CHAPITRE VI
DES SENTIMENTS
SOMMAIRE : Des divers ordres de sentiments. — Plaisir et dou-
leur. — Sentiments affectifs . — Pleurs, rire. — Passions. — Atta-
chement, amitié, amour. — Affectivité pour les animaux. — Com-
misération. — Crainte. — Courage. — Colère. — Reconnaissance.
— Sentiments sociaux. — Protection. — Solidarité. — Propriété. —
Vol. — Travail. — Paresse. — Sentiments moraux. — Droit et de-
voir. — Remords. — Récompenses et punitions. — Religiosité. —
— Sentiments de famille. — Pudeur. — Timidité. — Modestie. —
Vanité. — Coquetterie. — Sentiments esthétiques. — Sentiments
intellectuels. — Étonnement. — Curiosité. — Crédulité. — Véracité.
Mensonge. — Ruse. — Physionomie. — Microcéphales. — Hydro-
céphales. — Myxcedémateux, leur caractère. — Imbéciles, leur ca-
ractère.
(( L'appétit est l'essence même de l'homme, a dit Spinosa,
elle désir, c'est l'appétit avec conscience de lui-même. » Sa-
tisfait, le désir produit une émotion de plaisir ; contrarié,
une émotion de peine. Plaisir ou douleur, voilà les émotions
fondamentales liées à tout phénomène affectif, et pour nous
tous les sentiments dérivent des sentiments affectifs.
Nous examinerons donc ces premiers sentiments avec les
émotions et les passions qui s'y rattachent. Les sentiments
affectifs nous conduisent tout naturellement aux sentiments
sociaux. Mais ceux-ci ont d'autres attaches, et si les senti-
ments affectifs sont la première condition de leur naissance,
les sentiments moraux sont la condition non moins néces-
8
114 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
saire de leur maintien. La société repose en effet sur la pro-
priété, de quelque espèce qu'elle soit, et pour l'acquérir, il
faut développer une certaine activité, produire un travail
qui se manifeste différemment suivant les époques elles ci-
vilisations, mais qui existe partout et toujours. Tout ce qui
viendra dans une société troubler ce rapport fondamental
entre le travail et la propriété acquise, sera mal et injuste.
Tout ce qui le fortifiera sera Lien et juste. La famille et
les sentiments qu'elle détermine étant le point de départ de
la société, se rattachent tout naturellement à l'étude des
sentiments moraux. Mais pour les entretenir, les hommes
n'ont pas cru que les sentiments naturels fussent suffisants
non plus que leur intérêt Lien entendu, et plus la société
s'est développée, plus l'intérêt général a cédé la place à l'in-
térêt particulier. Pour chercher à maintenir l'état normal,
on a recouru à d'autres moyens, la récompense et le châ-
timent, et ces moyens même ne suffisant pas, on s'est servi
des moyens surnaturels ou prétendus tels. L'ignorance où
on était des grands phénomènes de la nature rendait la chose
facile et peu à peu les religions se sont formées, qui abou-
tirent à des conceptions idéalistes dont on commence à peine
aujourd'hui à voir l'inanité. Les sentiments religieux qui
ne sont qu'une conséquence du raisonnement humain ne
sont donc pas des sentiments naturels. Aussi tandis qu'on
voit la disparition des autres sentiments pouvoir former des
états morbides spéciaux, celle du sentiment religieux n'a
jamais donné lieu à aucune forme pathologique. Une fois la
société constituée, l'intérêt n'a pas été le seul but. Le be-
soin s'est fait sentir de satisfactions générales, les sentiments
esthétiques se sont développés et enfin les sentiments in-
tellectuels, supérieurs à tous.
Il va sans dire que tous ces sentiments se sont plutôt dé-
SENTIMENTS AFFECTIFS 115
veloppés parallèlement que successivement, mais si Ton con-
sidère l'évolution de l'enfant, on voit qu'ils se sont néan-
moins présentés avec une prédominance de plus en plus
grande dans l'ordre que nous indiquons. C'est encore plus
frappant chez l'idiot et nous chercherons à le démontrer dans
les pages qui vont suivre, en même temps que nous tente-
rons d'établir aussi quels sont les sentiments primaires et
secondaires de l'esprit humain. Il est possible que Tordre
que nous donnons ici ne soit pas admis en général; il nous
a cependant paru le plus rationnel et reposer sur l'évolution
même de l'esprit de l'enfant, et de cet être qui reste toute
sa vie pire qu'un enfant, de l'idiot.
La vie affective ne consiste pas au fond dans le plaisir et
la douleur. Ce ne sont là, avons-nous dit, que des effets, des
signes qui montrent que certains appétits ou penchants sont
satisfaits ou contrariés. Aussi nous avouons ne pas bien
saisir la théorie de M. Paulhan 1 qui voit dans tous les phé-
nomènes affectifs le résultat de l'arrêt d'une tendance. Mais
passons.
Chez l'idiot complet, les sentiments et les émotions peu-
vent être nuls, même les sentiments affeclifs les plus élé-
mentaires. Et quand on songe que ces êtres sont incapables
de reconnaître ce qui se passe autour d'eux on n'en sera
pas surpris. Toutefois, même chez les plus dégradés on peut
observer quelquefois des mouvements de plaisir ou de dou-
leur, de joie ou de tristesse, de colère aussi, provoqués par
des sensations physiques. Ils agissent en cela comme les
jeunes enfants. « Les plus vifs sentiments de l'enfant, dit
Perez 2 , sont longtemps ceux qui se rapportent au goût. Le
1. Paulhan, Les phénomènes affectifs.
1. Perez, toc. cit.
116 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
besoin de manger domine longtemps tous les autres, même
le besoin de mouvement. » Il en est de même chez l'idiot
profond qui ne paraît guère sensible qu'à la nourriture, si
l'on en juge par l'agitation qu'il présente dès qu'on la lui
apporte. D'autres fois, comme l'ont remarqué Griesinger,
Dagonet, etc., ces mouvements de joie et de tristesse ne
paraissent motivés par rien et être le résultat immédiat de
modifications insaisissables survenues dans l'état du cerveau
et du système nerveux (Griesinger) *. On les voit quelquefois
se mettre tout à coup à rire, ce qui est rare, mais plus sou-
vent à pousser des cris, à s'agiter, à frapper, en même temps
que leur visage se congestionne, et cela, sans qu'on puisse
découvrir aucune cause à leur accès qui paraît se terminer
de même sans motif, et après lequel ils retombent dans leur
immobilité et dans leurs mouvements automatiques. Le
sentiment du plaisir et de la souffrance est assez vague chez
les idiots simples; chez les plus inférieurs, la douleur parait
être à peine ressentie. Les cas d'auto-mutilation sont là pour
le prouver. On a cité des femmes qui sont accouchées sans
paraître sentir les douleurs de l'enfantement. Nous avons vu
à propos de la sensibilité organique, combien ils ressen-
taient peu les modifications pathologiques de leurs organes,
se promenant avec des maladies mortelles, sans manifester
autre chose qu'un peu d'abattement.
Quant à la douleur morale elle ne peut se montrer évi-
demment qu'en rapport avec le développement de la sensi-
bilité affective. Nulle chez les idiots complets, elle apparaît
avec les degrés moins profonds sans jamais atteindre toute-
fois un bien grand développement.
Aussi voit-on bien rarement des idiots pleurer. Il faut
1. Griesinger, loc cit.
DOULEUR MORALE 117
pour cela qu'ils soient atteints dans leur sensibilité physique
ou dans la satisfaction immédiate de leurs tendances. La
chose doit être brusque pour qu'ils ressentent un peu vive-
ment les impressions. Le souci de l'avenir, pas plus que le
souvenir du passé ne les préoccupent, le présent seul existe
pour eux. Dans ces conditions, la sensibilité morale est for-
cément bien émoussée.
Chez l'imbécile, la douleur physique est ressentie beau-
coup plus vivement que la douleur morale. Très égoïstes, les
imbéciles se préoccupent avant tout de leur bien être. Ils
s'inquiètent facilement du moindre mal qu'ils éprouvent,
réclament des soins et sont très douillets, à l'inverse des
idiots. Quand il s'agit au contraire de peines morales, ils
montrent une indifférence remarquable aux causes capables
de les provoquer.
Vous leur annoncez qu'un des leurs est gravement malade
ou est même mort: ils ont l'air, au premier abord, de s'at-
trister. Cessez de leur parler, et vous allez les voir, après ce
premier mouvement, vous entretenir de n'importe quelle idée
qui leur passe par la tête, et surtout de ce qui les touche, de
quelque futilité le plus souvent. Le meilleur moyen de vous
faire aimer d'eux est de leur faire des compliments qu'ils
acceptent avec empressement, si hyperboliques qu'ils soient.
En ce qui concerne le sentiment du plaisir en général, il
est aussi obtus que celui de la douleur chez les idiots infé-
rieurs. Lorsqu'on arrive à déterminer leur attention par
quelque chose d'inattendu, de brillant, etc., on ne saurait
trop dire quel est leur sentiment exact, si c'est de l'étonne-
ment simple ou du plaisir. Il est très possible que ce ne soit
ni l'un ni l'autre, et qu'il n'y ait chez eux qu'une réaction
motrice inconsciente à l'excitation.
Le rire comme les larmes, est exceptionnel chez les idiots
118 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
profonds. En cela ils se rapprochent de l'animal et restent
même bien au-dessous, car celui-ci a toutes sortes de
moyens de témoigner sa satisfaction. Les idiots d'un degré
moins élevé savent, au contraire, manifester leur plaisir par
des rires et des battements de mains ou des cris. Mais, de
toutes leurs manifestations de satisfaction, c'est certaine-
ment le rire qui est la moins fréquente, car c'est la plus
caractéristique de l'humanité. L'idiot, nous l'avons dit, est
peu joueur, il est solitarius, fàicç, et reste concentré sur lui-
même; la raison en est qu'il est inconscient, qu'rl ne pense
pas, et non qu'il réfléchit.
Tout autre est le caractère de l'imbécile. Insouciant, il est
tout au plaisir qu'il éprouve et qui, seul, est capable d'oc-
cuper son attention, encore qu'il faille en changer souvent.
Il s'amuse à n'importe quoi plutôt que de travailler. Au
lieu d'être concentré, il est expansif, — lui restant au centre
de cette expansion. Son imagination déréglée va à l'aven-
ture et les choses les plus invraisemblables ne l'étonnent
pas, tant le jugement et le raisonnement lui font défaut. Il
rit des moindres choses, la plupart du temps sans les com-
prendre, parce qu'il voit rire les autres et qu'il croit risibles
des choses qui, quelquefois, ne le sont pas du tout. Il mani-
feste sa joie bruyamment sans proportion avec le sujet qui
la cause, s'excitant progressivement et quelquefois ne sa-
chant même plus à la fin pourquoi il a ri. L'idiot ne rit pas
quand il ne comprend pas; aussi rit-il rarement, à moins
qu'il ne rie continuellement, comme cela se voit chez cer-
tains idiots incurables qui ricanent sans cesse en se balan-
çant. Le rire alors est un vrai tic analogue aux autres, et où
Tintelligence n'a absolument rien à voir. L'imbécile croit
tout comprendre et rit sans motif, oubliant même les cir-
constances tristes dans lesquelles il peut se trouver, si un
SENTIMENTS AFFECTIFS 119
détail qui lui parait comique, à tort ou à raison, vient attirer
son attention.
A mesure que nous avançons, nous voyons donc se creu-
ser le fossé qui sépare l'idiot de l'imbécile. Dans ce cas par-
ticulier, l'imbécile fait certainement preuve de moins de
jugement que l'idiot en riant sans comprendre.
A propos du rire, signalons les accès de rire spontané
chez les idiots et les imbéciles, accès survenant sans cause
apparente comme cela arrive chez les gens nerveux. Ils sont
assez souvent observés comme premier signe attirant l'at-
tention des parents.
Si, dans certains cas, leur cause échappe complètement,
dans d'autres, et particulièrement chez les imbéciles, on
peut la trouver dans l'existence de certaines idées déli-
rantes, d'ordre erotique surtout, ou comme réponse à des
hallucinations auditives ou visuelles.
A côté du sentiment de satisfaction que leur procure la
nourriture, le premier sentiment que l'on rencontre chez
les idiots les plus dégradés, c'est l'attachement à la per-
sonne qui les soigne. Ce sentiment est souvent bien vague,
bien fugace surtout et disparait rapidement pour se porter
sur une nouvelle personne. Aussi est-il bien probable que
l'attachement qu'ils montrent s'adresse moins à la personne
qu'aux soins qu'ils en reçoivent.
Chez les idiots moins complets, cet attachement à la
personne même qui s'occupe d'eux devient bien plus ma-
nifeste. Et cela lient surtout à ce qu'ils sont susceptibles
d'aitention, ce qui leur permet de juger si c'est toujours la
même personne qui les soigne, et, si elle change, d'apprécier
les différences entre les soins qu'ils reçoivent. Plus 1 atten-
tion se développe, plus aussi par conséquent se développe
120 PSYCHOLOGIE DE LIDIOT ET DE L'IMBÉCILE
cette appréciation, d'où naît la préférence et l'attachement
pour telle ou telle personne.
L'idiot sourit à rapproche de ceux qui lui causent dou-
cement et qui cèdent à leurs désirs. Parlez-leur brusque-
ment, vous n'en ferez rien. Il est du reste impossible de
connaître à fond un idiot si on essaie de le soumettre im-
médiatement à une discipline quelconque. Il apprécie par-
faitement la bonté et surtout la franchise.
À mesure que nous nous élevons vers les degrés atténués
de l'idiotie, nous trouvons que l'affection prend un carac-
tère qui la rapproche de plus en plus de ce qu'on observe
chez l'individu normal, c'est-à-dire, l'affection fondée non
seulement sur la sympathie, mais encore sur le choix entre
certaines personnes. Les idiots, en raison même de ce que
nous avons dit de l'attention, sont beaucoup plus suscep-
tibles qu'on pourrait le croire d'attachement et d'affection.
Lorsqu'on les a quittés et qu'ils vous revoient, ils ac-
courent vous dire bonjour avec plaisir et en donnant des
signes de joie.
Les imbéciles, au contraire, n'ont pas ou peu d'affectivité.
Ils oublient facilement les personnes qui leur ont témoigné
le plus d'affection. Ce n'est qu'avec bien de la difficulté
qu'on arrive à leur faire écrire à leurs parents absents. Ils
ne désirent les voir que pour exiger d'eux des satisfactions
de leurs désirs, des distractions, et leur font des scènes dès
qu'ils n'obtiennent pas ce qu'ils veulent. Ils disent à leur
adresse toutes sortes de grossièretés dès qu'ils font une ob-
jection ou refusent ce qui leur est demandé. Ils préfèrent
n'importe quel plaisir à celui de les voir. Bref, ils se montrent
là encore antisociaux par excellence, car sans les senti-
ments affectueux envers l'individu et la famille, on ne sau-
rait guère comprendre le développement de la sociabilité.
SENTIMENTS AFFECTIFS 121
Il nous faut voir maintenant si le sentiment n'ayant qu'une
base purement psychique, morale, existe, et dans quelle
mesure. Dans cette étude les idiots profonds doivent être
tout d'abord éliminés, car ils sont incapables de comprendre
et de pratiquer les divers modes de l'affection : amour filial,
amitié, amour sexuel, etc. Nous laissons bien entendu de
côté l'amour paternel ou maternel que fort heureusement
ils ne sont pas à même de prouver.
Les idiots plus ou moins élevés dans l'échelle intellectuelle
sont certainement susceptibles d'affection filiale, quoique
d'une manière très modérée. Il suffit, pour s'en convaincre,
d'assister à la visite des parents dans un asile d'idiots. Leurs
témoignages d'affection sont souvent proportionnels aux
friandises qui leur sont apportées ; mais on en rencontre
cependant qui sont heureux de voir leurs parents et leur
donnent des caresses non intéressées. L'affection pour les
proches marche ordinairement de pair avec l'amour filial.
Il en est toutefois qui paraissent n'avoir aucun sentiment
affectueux pour leurs parents, et en montrent de très vifs
pour leurs frères ou sœurs, pour qui ils manifestent parfois
une véritable jalousie.
Chez l'imbécile l'amour filial est comme tous les autres
sentiments, d'une remarquable instabilité. Il est trop égoïste,
trop occupé de sa personne pour fixer longtemps son atten-
tion sur l'affection qu'il doit à sa famille. Lorsqu'il se trouve
en présence des siens, il leur témoigne quelquefois, si on
l'y pousse, des sentiments tendres. Mais à peine est-il re-
tourné à ses occupations qu'il les a presque oubliés. On a
de la peine à lui faire comprendre que la première personne
venue ne doit pas supplanter son père et sa mère dans l'af-
fection qui leur est due. Si on leur annonce une triste nou-
velle a leur sujet, c'est un incident qui ne les frappe guère
122 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
plus que ceux de la vie courante et sur lequel ils vous de-
mandent tranquillement des explications comme s'il s'agis-
sait véritablement d'étrangers.
Mais si chez les idiots on peut observer le manque de
sentiments affectifs, chez les imbéciles on rencontre sou-
vent leur perversion. Ils ne sont pas rares ceux qui, loin de
remercier leurs parents qui viennent les visiter et leur
apporter de menus objets, les reçoivent d'une façon désa-
gréable, leur disent des sottises tout en prenant ce qu'on
leur donne, ouïes injurient si on ne leur apporte rien. Que
de fois quand on leur demande s'ils aiment leur père ou
leur mère vous répondent-ils que non, en leur donrant les
qualificatifs les plus grossiers.
L'amitié est peu fréquente entre idiots, mais on en voit
cependant quelques-uns qui vont toujours ensemble pour
jouer, et qui s'entr'aident par sympathie. Chez les imbéciles
elle se rencontre davantage, mais plutôt sous forme d'asso-
ciation intéressée que de véritable amitié. Ce sont des per-
vers qui s'unissent entre eux pour faire de mauvais coups,
s'adjoignant quelquefois des idiots assez doux et faibles de
caractère pour les aider. On voit ainsi, dans les asiles, de
petites bandes de cinq ou six imbéciles, toujours les mêmes,
qui font toutes les méchancetés qu'il y a à faire, qui fo-
mentent tous les petits désordres, qui excitent à l'insubor-
dination contre les maîtres,, organisent les évasions. Lors-
qu'on les surprend, l'attitude des uns et des autres est bien
caractéristique. Les imbéciles de la bande à qui échoient
toujours le commandement et le profit, se montrent inso-
lents, grossiers, rejettent la faute sur leurs camarades. Les
idiots au contraire ne comprennent souvent pas trop ce
qu'on leur a fait faire, en demandent pardon, promettent
AFFECTIVITÉ POUR LES ANIMAUX 123
de ne pas recommencer, sont sensibles aux reproches qu'on
leur adresse et tombent ordinairement d'accord pour indi-
quer les véritables meneurs et les promesses ou plus sou-
vent les menaces qui les ont fait agir eux-mêmes.
« Les pairs de l'enfant, dit Perez', ce sont d'abord les
animaux, ensuite les autres enfants, puis les adultes qui les
amusent. Voilà par conséquent où leurs affections vont de
préférence. » Nous avons vu l'affectivité de nos sujets pour
leurs parents, pour leurs camarades ; voyons le degré le
plus inférieur, l'affectivité pour les animaux. — Chez les
idiots incurables, néant complet d'affection pour les ani-
maux. Elle n'exisfe guère plus chez les idiots simples. S'ils
ont un animal quelconque en leur possession, ils le serrent,
le déchirent, l'écrasent. Demandez-lui pourquoi? Il ricane et
va plus loin pour continuer. Il a l'air de croire que l'animal
ne souffre pas. Ce motif existe du reste chez l'enfant normal :
ce Cet âge est sans pitié. » Mais, chez l'idiot, il persiste beau-
coup plus tard. Sans doute ne comprend-il pas ce que c'est
qu'un être animé.
L'imbécile est raffiné dans ses persécutions, et cela sciem-
ment. Il aime à voir souffrir. Il écorche un oiseau vivant,
rit de l'entendre crier, et de le voir se débattre. Il arrache
les pattes à une grenouille, la regarde un moment souffrir,
puis, brusquement, l'écrase, ou la tue d'une autre façon,
comme fait un des imbéciles de Bicêtre. Et cependant ce
même imbécile aime à élever des petits animaux. A l'épo-
que des nids, presque tous les enfants du seivice ont des
moineaux qu'ils élèvent parfaitement. Ils élèvent de même
des souris et des rats. — Ce singulier mélange de senti-
1. Perez, loc. cil.
124 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
ments est bien le même, il faut le reconnaître, que celui
qu'on peut observer chez des enfants normaux, mais ce qui
diffère, c'est sa persistance. Sous ce rapport, l'idiot perfec-
tible peut arriver à avoir des sentiments normaux : l'im-
bécile n'y arrive guère, à moins d'être toujours maintenu
par son entourage dans de certaines habitudes d'esprit.
L'imbécile est aussi cruel pour ses semblables que pour les
animaux, et cela jusque dans ses plaisanteries. C'est ainsi
qu'il rira méchamment et se moquera d'un camarade qui
se sera estropié.
En somme, chez l'idiot, la cruauté, quand elle existe tient
à l'absence totale de sentiments affectifs et d'intelligence en
même temps ; chez l'imbécile elle tient à une perversion du
sens moral, et il est bien plus difficile de le corriger que de
le développer quand il n'est qu'atténué.
L'amour-passion existe-t-il chez l'idiot? Évidemment pas
chez l'idiot profond, ni même, croyons -nous, chez l'idiot
simple. Mais il existe certainement chez l'imbécile, où il
a toujours un substratum essentiellement physiologique .
L'amour platonique n'existe pas. L'imbécile est en effet très
lascif. Il aime à dire des obscénités, surtout devant les femmes.
Il a tendance à n'employer comme jurons que des mots se
rapportant aux organes génitaux et à leurs fonctions.
Nous avons vu qu'ils pratiquent fréquemment le sodo-
misme. Un homme qui a une grande expérience de ces ma-
lades nous disait que tous les imbéciles qu'il connaissait le
pratiquaient. Ils forment en ce cas de véritables ménages et
celui qui représente le mâle protège son ami comme une fe-
melle. De plus ils sont très peu constants dans ces amours
contre nature.
Quoi qu'il en soit, malgré sa perversion, il est certain que
COMMISÉRATION 125
l'amour existe chez eux. Chez les filles il en est de même,
et leur instinct sexuel étant aussi très développé, elles par-
lent d'amour très facilement et jouent leur rôle au sérieux. —
Un sentiment corrélatif de l'amitié et surtout de l'amour,
c'est la jalousie. Or il est remarquable qu'on ne l'observe
pas, et c'est une preuve que leurs sentiments affectifs ne
sont pas très développé?, ou sont pervertis. Chez les idiots,
au contraire, nous avons vu que la jalousie se manifeste
souvent à l'égard des frères et des sœurs.
Le sentiment de la commisération est un sentiment qui
marque un grand progrès vers la sociabilité. Il prouve que
l'homme sait ce que vaut son semblable; car, pour comprendre
la valeur d'un homme et l'utilité qu'il y a à l'aider, à le sou-
lager, à le soigner, il faut réfléchir sur soi-même, se con-
naître, savoir que les autres hommes sont nos semblables
et nous valent.
La commisération est-elle un sentiment complexe ou simple?
Est-elle primitive, spontanée, naturelle à l'homme ? Ou dérive-
t-elle du besoin de réciprocité? Est-ce de l'intérêt bien en-
tendu, forme intelligente de l'égoïsme? Ce qui se passe chez
les êtres inférieurs que nous étudions en ce moment va peut-
être nous éclairer un peu.
L'idiot profond est impassible devant une personne qui
souffre. Il ne comprend pas. L'idiot d'un degré plus élevé
est étonné; il regarde et instinctivement se met à imiter les
grimaces de celui qui souffre. L'idiot léger semble prendre
plaisir à voir souffrir un de ses camarades. Les deux der-
nières catégories nous fournissent un spectacle bien ins-
tructif. On sait aujourd'hui l'important rapport qui existe
entre les jeux de physionomie, les attitudes passionnelles et
les mouvements de l'âme.
126 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
Les idiots essentiellement automates reproduisent les jeux
de physionomie exprimant la souffrance; mais ceux-ci n'é-
veillent pas chez lui les sentiments corrélatifs faute de dé-
veloppement et de puissance intellectuels. Mais il est déjà
permis de supposer que c'est en éveillant chez nous des sen-
timents analogues à ceux qu'éprouvent les personnes qui
soutirent que la commisération se présente à notre esprit par
un raisonnement égoïste très simple, consistant à se dire que
si on éprouvait ce que l'individu qu'on voit exprime, on
souffrirait et désirerait être soulagé. Mais, chez l'idiot, cerai-
sonnement ne se fait pas et il reste indifférent. Il ne peut
s'élever qu'à un raisonnement encore plus simple, mais beau-
coup plus égoïste, à savoir qu'en comprenant que l'autre
souffre, il se rend compte que lui ne souffre pas. Dès lors il
s'en réjouit.
Chez l'imbécile on peut faire des remarques analogues,
mais avec quelques différences. Si l'imbécile voit son camarade
souffrir d'un accès, par exemple, sa physionomie exprime
l'effroi, mais non la commisération. Si son camarade est puni,
l'imbécile prend son parti, lance des regards furieux à celui
qui vient de le punir. Il y a là une certaine marque de soli-
darité, germe des instincts sociaux. — Si deux de ses cama-
rades se battent brutalement, il suit la lutte avec intérêt, il
est même heureux, se frotte les mains, et semble se féliciter
d'être à l'abri des coups qui s'échangent. On est couram-
ment témoin de ces faits dans les services spéciaux.
Quel enseignement pouvons-nous tirer de ces diverses
circonstances? Dans le premier cas, comme chez l'idiot, nous
ne voyons la douleur d'autrui ne déterminer qu'une chose,
l'étonnement et la crainte. L'imbécile ne pense pas qu'il peut
lui en arriver autant : dès lors, il n'a pas de pitié. S'il prend,
dans le second cas, parti pour son camarade, est-ce bien
PROTECTION ET CRAINTE 127
par commisération pour lui? N'est-ce pas plutôt par perver-
sion morale? Car ce n'est pas la justice qu'il défend là, au
contraire, il s'insurge conlre elle, contre le maître qui l'ap-
plique. Son instinct de solidarité ne s'éveille que pour le
mal, le nuisible. Et ce qui prouve que ce n'est pas parce que
son ami reçoit des coups qu'il le défend, mais parce qu'il
sait qu'il pourrait en recevoir aussi, c'est que, lorsqu'il voit
deux camarades se battre, et sait qu'il ne sera exposé aux
coups que s'il s'y expose lui-même, il se réjouit du mal qu'ils
se font. La pitié n'est donc pas un seutiment naturel. Tout
sentiment naturel se rencontre, si atténué soit-il, chez les
individus inférieurs. Quand on ne l'y rencontre pas, on peut
dire que c'est un sentiment secondaire, développé par les
nécessités de la vie sociale. — Produit par un raisonne-
ment conscient ou non, peu importe, il appartient plus, par
conséquent, à la sphère intellectuelle qu'à la sphère mo-
rale. Le sentiment de la commisération, de la pilié, est dans
ce cas. Il n'est donc pas surprenant de le rencontrer sin-
gulièrement affaibli et perverti chez les idiots et les imbé-
ciles.
La protection est un sentiment très analogue, et au sujet
duquel on pourrait faire les mêmes remarques, quoiqu'il soit
encore plus faible que le précédent, sauf toutefois cbez les
petites filles, même très jeunes, observation qui s'applique
du reste à celles qui sont normalement développées.
L'idiot est foncièrement crainlif. Tout lui fait peur parce
qu'il ne s'explique rien. Quand une personne étrangère
s'approche d'un idiot, il semble se mettre sur la défensive.
Vous lui parlez, il recule, pour venir un moment après
auprès de vous si vous cessez de lui causer, ou si le son de
votre voix est doux et engageant. La crainte des punitions
128 PSYCHOLOGIE DE I/IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
permet l'éducation des idiots dans une certaine mesure. Mais
l'imbécile, à l'état ordinaire, ne craint que les coups. Quand
il est surexcité, il ne craint rien.
Ceci nous amène à nous demander si le courage existe
chez nos sujets. Pour ce qui est des idiots, nous ne connais-
sons pas d'actes de courage authentiques. Quant aux imbé-
ciles, ils sont en général lâches, ou s'ils font quelque acte
courageux, c'est pour deux raisons : par inconscience du dan-
ger ou par impulsion. On peut remarquer aussi que souvent
le courage n'est que le fait de l'absence du sentiment de la
valeur de la vie humaine, aussi bien la sienne propre que
celle des autres. — C'est ce qui explique comment certains
chenapans, toujours prêts à tirer le couteau, font à la guerre
des actions d'éclat; comment d'autres, ne pouvant tuer un
individu qui les gêne, se suppriment eux-mêmes par le sui-
cide. La vie humaine n'a que peu de valeur pour eux : ils
jouent avec la leur comme avec celle des autres. Si nous
considérons quelle notion incomplète l'imbécile a de la valeur
de ses semblables et de sa propre personnalité, nous ne
serons pas surpris de le voir parfois accomplir des actes de
courage, sans qu'on doive lui en savoir beaucoup de gré. Le
courage est très développé chez les races inférieures, ce qui
tendrait à prouver qu'il n'est pas tant le résultat d'un mou-
vement réfléchi que d'une impulsion naturelle, et qu'au con-
traire, plus l'homme est développé et est capable de mesurer
le danger, moins il a de courage. Ce qui le prouve encore,
c'est que c'est surtout dans le feu de l'action, alors qu'on est
le moins maître de soi,, qu'on a le moins conscience de la
situation, qu'on a le plus de courage. Bien des sentiments
complexes entrent du reste en cause, mais il est si utile de
développer le courage, que, dans l'intérêt général, il vaut
IRASCIBILITÉ 129
mieux lui conserver son auréole que de le ramener à ce qu'il
.est sans doute dans la réalité.
Le courage réfléchi, qui est peut-être plus rare qu'on ne
croit, est le fait d'une intelligence forte, qui comprend le
danger, mais a confiance dans son énergie pour le vaincre,
ou obéit à des sentiments d'ordre très élevé pour le mépriser.
Aussi peut-il être allié à une très grande timidité. Les
hommes vraiment courageux ne s'en vantent guère. Les im-
béciles au contraire, qui ne se rendent compte de la valeur
de leur acte que par les félicitations et les encouragements
qu'ils reçoivent, s'en targuent d'autant plus qu'ils ont eu moins
conscience de ce qu'ils faisaient. Il en est du reste bien sou-
vent de même chez des gens qui ne sauraient, en aucune
façon, passer pour des imbéciles.
L'impulsivité et l'irascibilité sont des apanages des races in-
férieures et se retrouvent chez l'enfant. Les idiots les présen-
tent aussi communément. Ou bien ils ont une apathie extra-
ordinaire, ou bien ils ont des impulsions. La colère est de bon
aloi chez un enfant lorsqu'elle a un motif, mais, chez l'idiot,
elle est le plus souvent sans raison et d'une violence extrême.
Ils se roulent à terre poussant des cris, brisant tout, deve
nant bleus. Quelquefois même ces accès de colère chez les
jeunes amènent à leur suite des convulsions, des suffocations.
Les accès de colère chez les idiots et les imbéciles sont
très communs et s'observent souvent à un âsre très bas.
C'est presque un symptôme d'instabilité mentale. Ils s'ob-
servent du reste chez beaucoup d'enfants qui ont des tares
nerveuses et deviendront plus tard des névropathes ou des
psychopathes à un titre quelconque.
Mais entre les idiots et les imbéciles se remarquent ton.
jours ces différences sur lesquelles on ne saurait trop in-
9
130 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
sister au point de vue social. Dans ses accès de colère, l'idiot
se fait du mal à lui-même, il trépigne, fait des grimaces,
agite violemment la tête et se mord souvent les doigts de la
main gauche, tandis qu'avec la droite il frappe ce qui l'en-
toure et se donne des coups de poing. Il casse des carreaux
et se fait souvent de graves blessures. C'est surtout aux ob-
jets inanimés qu'il s'en prend.
L'imbécile s'attaque surtout aux personnes. Il est mé-
chant dans ses colères. Il cherche à faire du mal aux autres,
quitte à s'en faire à lui-même. Il porte de mauvais coups à
ses adversaires. Quand il est mis dans l'impossibilité de
nuire, il écume de rage, la face est violacée; il a de véri-
tables convulsions quelquefois. Comme le remarque Grie-
singer, et comme nous avons été à même de l'observer
plusieurs fois, ces accès de colère peuvent aller jusqu'à
constituer un véritable accès de manie.
La base de la société est le sentiment de la propriété, sans
lequel la satisfaction des besoins naturels n'est pas assurée.
La sauvegarde des acquisitions faites pour obtenir cette sa-
tisfaction est donc la condition première de la vie en com-
mun. Mais on a à se défendre contre la nature et les ani-
maux d'une part, et d'autre part contre l'homme. Dénué de
toute protection naturelle, l'homme n'a de force qu'en s'u-
nissant à l'homme pour lutter. Mais, pour rester unis dans
cette lutte, il faut la réciprocité, c'est-à-dire un contrat, tacite
ou non. Il faut que chacun sache qu'il peut compter sur
les autres non seulement pour le défendre, mais pour ne pas
être attaqué à son tour par les autres. C'est ici que l'intérêt
intervient. L'homme ne secoure l'homme que parce qu'il
sait qu'un jour viendra où il aura lui aussi besoin du secours
de ses semblables. Ce sentiment de la réciprocité dans la
SENTIMENTS SOCIAUX 131
défense, c'est, nous semble-l il, la base du droit et du de-
voir, et il n'est pas besoin pour les expliquer d'aller cbercher
bien haut dans les sphères élevées de la morale ou de l'intel-
ligence. Il suffit de considérer l'homme avec ses besoins phy-
siologiques et l'intérêt qu'il a à tout faire pour les satisfaire.
Et la meilleure preuve qu'il ne faut pas voir dans ces senti-
ments sociaux antre chose qu'un des modes de l'intérêt,
c'est que, dès que l'homme, seul ou en groupe, se sent le
plus fort, il attaque celui qui possède ce qu'il convoite. Cette
lutte n'est plus de mise, aujourd'hui, d'homme à homme et
cela constitue un vol ou un crime. Mais, de groupe à gourpe,
elle existe toujours, que ce soit sous forme de société finan-
cière, ou de guerre civile, ou de guerre internationale.
Si nous avons dû exposer en peu de mots la genèse des
sentiments sociaux que nous croyons la plus simple pour
expliquer l'évolution de la société humaine, c'est que l'idiot
et l'imbécile, qui nous représentent les types les plus infé-
rieurs de l'humanité, vont sans doute nous permettre de re-
trouver quelques sentiments sociaux à l'état primitif et ru-
dimentaire, tels par conséquent que devaient les éprouver
nos premiers ancêtres. Car on a l'habitude dans la morale
spiritualiste de considérer l'homme actuel et non l'homme
passé, et d'oublier par quelles séries de transformations psy-
chologiques, modifiées d'une part par les événements, et
maintenues de l'autre par l'hérédité, il a dû passer depuis
son origine, où, avec un langage primitif, comme celui qu'on
retrouve encore chez certaines peuplades, il était plus rap-
proché du singe que de l'homme actuel.
La société n'a été vraiment constituée que lorsqu'il y a
eu de l'industrie et du commerce, cessation de la vie er-
rante et formation de la cité. Or, pour l'industrie et le com
132 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
merce, la première condition, c'est le travail. Tout individu
ne pouvant ou ne voulant pas travailler devient dans une
société un être inutile et par conséquent nuisible, car il ab-
sorbe à son profit des forces qu'il immobilise et qui sont
perdues pour ceux qui en auraient le plus besoin.
Nous sommes donc amenés à examiner le sentiment de
la solidarité et de la propriété, puis le goût du travail et la
paresse. Nous verrons ensuite quelle idée nos sujets se font
du droit et du devoir, de la récompense et du châtiment,
quels sont leurs sentiments familiaux.
Pour ce qui concerne le sentiment de la solidarité, nous
n'avons pas même à rechercher s'il existe, à quelque degré
que ce soit, chez les idiots incurables où il est totalement
absent. Chez les idiots attentifs, curables, nous avons vu, à
propos de l'affectivité pour les personnes, que l'idiot ne pa-
raît pas comprendre la souffrance de son semblable. Or,
pour être solidaire, la première condition est évidemment
de s'apercevoir que les autres hommes sont nos semblables
au moral comme au physique. Nous avons même vu qu'en
général un idiot aime à voir un de ses camarades recevoir
des coups. La solidarité, le sentiment qu'on aide les autres
et qu'onen sera aidé semble donc des plus rudimentaires.
Il est juste d'ajouter que le milieu dans lequel ils vivent,
les conditions de facilité qu'on donne à leur existence, vu
leur incapacité d'y pourvoir eux-mêmes, ne sont pas faites
pour développer ces tendances, si elles existent.
C'est chez l'imbécile que nous voyons apparaître la pre-
mière fois le sentiment de la solidarité. Mais c'est en s'in-
surgeant contre la sociélé que nous le voyons se montrer.
Ce n'est pas pour aider un camarade à faire quelque chose
de bien ou d'utile, c'est pour se venger d'une entrave mise
SENTIMENT DE LA PROPRIÉTÉ 133
à ses mauvais instincts et à ses actes nuisibles. C'est contre
le maître qui les punit que les imbéciles se liguent ; c'est
pour faire un mauvais coup qu'ils se prêtent un mutuel ap-
pui. C'est encore pour défendre l'ami contre nature qu'ils
témoignent de leur esprit de solidarité. Nous retrouvons là
toujours l'imbécile comme un anti-social, mettant le peu
d'intelligence qu'il a au service d'une mauvaise cause, les
sentiments sociaux rudimentaires qu'il a se trouvant faussés
dès leur apparition.
L'amour de la propriété, pour rester estimable, doit être
allié à un respect non moins grand de la propriété d'autrui.
— Les idiots inférieurs — les incurables laissés de côté —
ne paraissent avoir aucune idée de ce sentiment. On les voit
aller, venir, s'agiter, toucher à tout ce qui tombe sous leur
main, le mettre dans leur poche et se fâcher si on veut le
leur retirer. Ils font là, mais à un âge beaucoup plus avancé,
ce que font des enfants de deux ans, avec cette différence
toutefois qu'à vingt mois un enfant sait déjà ce qui appartient
à lui et aux autres. — Chez les idiots les plus élevés, ce sen-
timent atteint souvent un grand développement. Ils ont les
poches toujours pleines de bouts de bois, de ficelles dont ils
ne se servent jamais, mais qu'ils tiennent à garder. La satis-
faction immédiate de leur désir prime toute autre considé-
ration, aussi lorsqu'ils rencontrent quelque objet à leur con-
venance ne se font- ils pas faute de se l'approprier ; et comme
ce qui les touche le plus, c'est la nourriture, c'est ordinaire-
ment la part d'aliments ou de vin de leurs camarades qui
est l'objet de leurs larmes. Il y en a cependant qui ont une
propension toute spéciale au vol. Mais chez aucun plus que
chez les imbéciles nous ne voyons cette propension plus déve-
loppée et acquérant même le caractère impulsif qui lui a
134 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
fait donner le nom de kleptomanie. Il est rare cependant que
ce soit une vraie kleptomanie qu'on rencontre, car il est à
remarquer que ce qu'on a regardé comme les stigmates
psychiques des dégénérés héréditaires se rencontre beaucoup
plus rarement chez les dégénérés profonds que chez ceux qui
sont plus légèrement atteints. Ce qu'on rencontre chez eux,
c'est le vol fréquent, habituel, inconscient ou déterminé,
mais non impulsif. 11 en est qui volent à toute occasion :
gâteaux aux fêtes, fourchettes et couteaux au réfectoire,
cahiers en classe, morceaux de cuir, de bois, de fer à l'atelier,
en un mot tout ce qui est à leur portée, sans but, sans utilité,
mais aussi sans impulsion. Il en est d'autres, plus nombreux,
qui volent pour se procurer un objet qui les tente. Le mobile
de leur vol est celui des criminels vulgaires, avec lesquels
du reste ils forment une vaste famille dont ils sont les repré-
sentants les moins bien partagés peut-être au point de vue
de l'intelligence, mais non des mauvais instincts. Mais s'ils
n'ont pas le respect de la propriété d'autrui, ils ont le senti-
ment de la leur propre, et ils la défendent énergiquement,
âprement. Ils ont l'amour de la propriété et peut-être faut-il
voir dans son intensité la cause de la faible résistance qu'ils
offrent à violer celle des autres. Ils appliquent en tous cas la
théorie qu'on a faussement tirée de Proudhcn, que la pro-
priété c'est le ko\. Nous voyons en tous cas, que, chez eux, le
sentiment de la propriété est faussé comme tous les autres
puisque le respect du bien d'autrui est en raison inverse de
l'amour qu'ils ont du leur.
A côté du sentiment et du respect de la propriété, il est
une autre condition d'une société bien équilibrée; c'est celle
même de l'acquisition de la propriété, à savoir le travail.
Il n'y a pas lieu de nous en occuper chez les idiots incu-
TRAVAIL ET PARESSE 135
râbles. Chez les idiots curables la paresse est la règle et a
besoin d'être continuellement secouée. « L'extrême paresse,
dit Morel, est peut-être le moindre défaut de ces malades;
laissés à eux-mêmes, ils n'ont aucune initiative, ils resteront
étendus au soleil, se vautreront dans la boue et ne se réveil-
leront que pour manger. » Nous ajouterons qu'il n'y a pas
lieu de s'en étonner. Le défaut d'attention de ces malades
les empêche de s'intéresser à quoi que ce soit et les laisse
plongés dans la vie végétative; sans imagination, sans préoc-
cupation de l'avenir qu'ils ignorent, ni souvenir du passé, ils
n'éprouvent pas le besoin de l'activité. Mais est-ce là de ia
vraie paresse? Non. Le vrai paresseux n'est pas celui qui ne
fait rien parce qu'il ne sait pas qu'il y a quelque chose à
faire, ou ne le comprend pas, c'est celui qui, le sachant et
le comprenant, refuse de le faire.
Eh! bien, l'idiot n'est pas paresseux si nous entendons
ainsi la paresse. On n'a qu'à lui commander, et il travaillera
tant qu'on lui commandera. Il aime même à faire des corvées.
Il parait très fier de la confiance qu'on lui témoigne ainsi.
Tout autre est l'imbécile qui est essentiellement paresseux.
C'est avec toutes les peines qu'on le décide à travailler, et
encore n'est-ce que par l'appât du gain ou la crainte d'une
privation de plaisir ou d'une punition. Cette antipathie pour
le travail est la cause de tous les méfaits qu'ils commettent
dans la société qui a, avec sagesse, formulé le proverbe, que
la paresse est la mère de tous les vices.
On se rend bien compte de cette différence entre les idiots
et les imbéciles dans des ateliers comme ceux de Bicêtre où
ils travaillent côte à côte. Les idiots une fois dressés à un
certain travail — et le fait de travailler marque chez eux
une grande amélioration — le font consciencieusement, plus
ou moins adroitement, cela va sans dire, ne faisant preuve
136 PSYCHOLOGIE DE LIDIOT ET DE L'IMBÉCILE
d'aucun esprit d'initiative et routiniers par excellence. Une
fois un certain degré d'habileté obtenu, il leur est impossible
de faire aucun progrès, mais ils se maintiennent au même
niveau. Quand ils se trompent, c'est par défaut d'attention
ou de mémoire.
L'imbécile, lui, outre qu'il est un ferment d'indiscipline
partout où il se trouve, a la prétention de bien faire, prend
une initiative fâcheuse, se dégoûte vite de sa besogne, vou-
drait toujours faire celle de son voisin. Il a l'air quelquefois
de comprendre assez vite ce qu'on veut obtenir de lui. Sur
ces apparences trompeuses on le laisse livré à lui-même et
'on ne tarde pas à s'apercevoir des sottises qu'il commet
avec un aplomb imperturbable. Il n'a du reste aucun goût
dans son travail.
Avec son instabilité mentale caractéristique, il voudrait
sans cesse changer de métier, n'étant jamais satisfait de
celui qu'il fait dans le moment présent.
Là, comme toujours, plus que jamais, l'imbécile se
montre un antisocial et est, par là même, dangereux. Livré à
lui-même, sans direction, sans travail obligatoire, l'idiot reste
inoffensif et indifférent à ce qui l'entoure. L'imbécile, lui,
a une imagination qui travaille, avec, en plus, des mauvais
instincts à son service. Le résultat, c'est un jour ou l'autre
quelque attentat contre la société. Il n'y a pas lieu de leur
en vouloir sans doute, mais il y a lieu de les traiter
comme dangereux et nuisibles.
Le travail est, en effet, le meilleur moyen de contention
morale et le plus utile au point de vue social pour ces dégé-
nérés, pour ceux surtout qui sont hospitalisés et qui, coû-
tant à entretenir, doivent au moins, dans la mesure du pos-
sible, compenser les dépenses qu'on fait pour eux. Aussi
est-il étonnant de voir les critiques lancées contre les ré-
HOSPITALISATION DES IDIOTS 137
formes introduites sous ce rapport par notre maître Bour-
neville, dans l'hospitalisation des idiots et des imbéciles.
On a fait, dit-on, des palais pour des êtres profondément
dégénérés, alors que les aliénés et souvent même les malades
ordinaires sont dans de moins bonnes conditions hygiéni-
ques.
Tout d'abord Pépithète de palais nous paraît bien exa-
gérée pour des bâtiments en briques dont le seul luxe con-
siste dans beaucoup de propreté, d'air et de lumière. Si les
services d'aliénés des hôpitaux sont déplorables, il faut les
modifier. Quant aux asiles nouveaux tels que ceux de la
Seine, ils présentent un confortable bien supérieur encore à
celui des services d'idiots de Bicêtre ou d'Angleterre ou d'A-
mérique. De plus, en ce qui concerne les dépenses que cela
occasionne, les chiffres sont le meilleur argument à invo-
quer. Eh bien! avec l'organisation des ateliers de menui-
serie, de serrurerie, cordonnerie, vannerie, etc., les travaux
exécutés par les enfants s'élèvent, d'après les tarifs de la
ville de Paris ou de l'Assistance, à la somme de 26,000 francs
pour l'année 4889, et ce chiffre qui est allé en augmentant
chaque année, s'élèvera certainement encore. Déduction
faite des frais des maîtres, c'est un bénéfice d'environ
10,500 francs 1 . Quel est le service non seulement d'aliénés,
mais d'épileptiques valides, qui en produit autant? Mais
n'est-ce que cela? Non. Car si on fait le compte de ce que
dépensaient le même nombre d'enfant livrés à eux-mêmes,
comme ils l'étaient autrefois, se déchirant, détériorant tout
autour d'eux, salissant du linge en grande quantité, gâ-
tant, etc., et ce qu'ils coûtent aujourd'hui qu'on traite leur
gâtisme, qu'on les occupe à travailler au lieu de les laisser
1. Compte rendu du service des enfants idiots, épileptiques et ar-
riéré de Bicêtre. 1890.
138 PSYCHOLOGIE DE L IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
abîmer leurs effets, on conviendra que c'est peut-être la
meilleure façon de comprendre et de pratiquer l'hospita-
lisation, et que si ce moyen était plus généralement ap-
pliqué, les hospices coûteraient moins cher au budget, ou,
s'ils coûtaient autant, pourraient rendre service à plus de
malades. Nous autres pourtant, qui sommes si enthousiastes
de tout ce qui se fait à l'étranger, il est étonnant que nous
ne prenions pas en cela exemple sur lui. Il est vrai que
beaucoup ignorent ou veulent ignorer que les établissements
de ce genre pullulent en Amérique, où véritablement ils ne
seraient pas si en honneur s'ils ne présentaient aucune uti-
lité pratique.
Quel est le degré de développement de leur sentiment du
droit et du devoir? Le sentiment du droit est corrélatif de
celui de la propriété. Il y trouve son origine. Comme chez
les enfants, ce sentiment est bien peu développé chez les
idiots, ou pour mieux dire, il ne l'est pas du tout. L'idiot ne
connait les droits que son maître a sur lui que par l'expé-
rience, comme un animal pourrait le faire. Mais quant à
l'idée de ses droits à lui, en tant qu'homme, nous ne sau-
rions affirmer qu'elle existe si ce n'est d'une manière négli-
geable. Il faut, en effet, pour posséder cette idée de droit,
avoir à l'exercer, à la défendre. Le droit est- d'ailleurs chose
variable avec les époques et l'état social. Pour eux qui vivent
en dehors de toute société, ils n'en éprouvent pas le besoin,
n'ayant aucune revendication à formuler. La vie se résume
pour eux dans un si petit nombre d'actes que l'étendue de
leurs droits est forcément proportionnée à eux. Plus l'acti-
vité se déploie au contraire, plus les rapports sont multiples
entre les hommes et plus on sent le besoin d'établir des li-
mites autres que la force aux empiétements des voisins; ce
DROIT ET DEVOIR 13 J
déploiement de force physique faisant perdre une grande
quantité d'énergie intellectuelle. Plus l'intelligence des
hommes s'élève, plus leur activité se développe, et en même
temps plus leurs droits se compliquent et s'étendent. Plus
au contraire elle reste inférieure comme chez les idiots, plus
il est naturel que leurs droits soient peu étendus et leur
sentiment de ces droits très atténué.
Chez les imbéciles on remarque, au contraire, une grande
propension à exiger des droits auxquels leur intelligence ne
les convie guère. En état de se juger homme, et, se croyant
les égaux de leurs semblables, avec leur fatuité naturelle,
ils ne doutent pas un instant de leurs droits, incapables
d'ailleurs le plus souvent de discerner dans quels cas il faut
les faire valoir, mais y tenant d'autant plus qu'ils les com-
prennent moins. Ne les retenant qu'au point de vue des
avantages qu'ils procurent., ils crient avec la plus grande
facilité à l'injustice, réclament avec acharnement et géné-
ralement à tort et s'insurgent au besoin s'ils n'obtiennent
pas satisfaction. Pour eux, la force prime le droit, ou, la
raison du plus fort est toujours la meilleure, sont deux
maximes péremptoires. Ils ne font guère de distinction entre
tuer, voler, dormir ou manger. Tout désir devient un besoin
et tout besoin exige sa satisfaction immédiate. Quand ils
vous disent : « J'ai le droit de faire ça! » vous devez en-
tendre : « Qui peut m'empêcher de faire ça? » Aussi l'im-
bécile est-il aussi indiscipliné et indisciplinable que l'idiot
l'est peu.
Quant à l'idée de devoir, incompréhensible sans l'idée de
droit, elle est comme celle-ci, absente ou rudimen taire chez
les idiots complets ou profonds. C'est du reste un sentiment
très complexe que celui du devoir, et qui tient à l'éducation,
à l'habitude, à la crainte, plus peut-être qu'au raisonnement
140 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
sur la nécessité de la réciprocité et sur l'intérêt bien entendu
qu'on a à le remplir pour conserver les droits dont il est le
corollaire. Le sentiment égoïste étant le plus naturel à
l'homme, et le sentiment altruiste étant, au contraire, un
produit du raisonnement, conscient ou non, il en résulte que
le sentiment du droit, qui est égoïste au premier chef, se
rencontre bien plus facilement et bien plus tôt que celui
du devoir, qui est un sentiment altruiste. Le premier se re-
marque donc chez les êtres humains inférieurs; le second,
au contraire, ne se rencontre que chez des êtres plus déve-
loppés au point de vue moral et intellectuel. H y a toutefois
une différence aussi à ce point de vue entre l'idiot et l'imbé-
cile et qui montre que le devoir appartient plus à la sphère
morale qu'à la sphère intellectuelle. L'idiot, en effet, est
capable, jusqu'à un certain point, d'être dressé à faire son de-
voir; l'imbécile ne l'est que difficilement. Or, si le sentiment
moral est rudimentaire chez l'idiot, chez l'imbécile il est
dévié et cela est pire. On comprend d'ailleurs qu'il en soit
ainsi, étant donnée l'idée qu'ils se font du droit, qui n'est
pour eux que la possibilité de faire une chose sans en être
empêché matériellement.
Cette absence de sentiments moraux peut être poussée à
un tel degré, ou plutôt leur perversion peut être telle qu'elle
constitue une sorte d'aliénation mentale connue sous le nom
de folie morale. Si elle peut se rencontrer quelquefois en
dehors de l'imbécillité proprement dite, elle est cependant
toujours accompagnée d'un certain degré de débilitation
mentale, et la perversion qu'on observe dans les instincts et
dans les sentiments se rencontre toujours dans la sphère
générale de l'intelligence. Il n'y a peut-être pas lieu de con-
sidérer cette folie morale comme une véritable aliénation
mais simplement comme un degré très intense de ce qu'on
COMMANDEMENT ET OBÉISSANCE 141
observe à l'état normal. Mais nous nous occupons ici de la
psychologie normale de l'idiot et de l'imbécile et nous ne
pouvons insister sur ce point spécial qu'on a l'habitude de
traiter dans la pathologie.
Une des nécessités de la vie sociale, c'est le commandement
et l'obéissance. Les idiots, comme beaucoup d'enfants, ont
très bien la notion du degré d'autorité auquel ils sont forcés
de se soumettre. Nous ne parlons pas, naturellement, des
idiots profonds, incapables de saisir un ordre. Mais dès qu'ils
sont un peu plus développés ils comprennent très bien au ton
du commandement si la résistance leur est ou non possible.
Aussi beaucoup d'enfants qui ne sont susceptibles d'aucune
direction dans leur famille, se soumettent-ils très facilement
à celle des maîtres. C'est le fait, du reste, de tous les indi-
vidus dénués de volonté. Dès qu'ils en sentent une supérieure
à la leur, et inébranlable, ils s'y soumettent, d'autant plus
que cela leur épargne la peine de se déterminer eux-mêmes.
Cette observation ne s'applique pas seulement aux indivi-
dus, niais aussi aux sociétés, et les peuples cherchent à
secouer le joug d'une autorité limitée à un petit nombre de
personnes dès qu'ils se sentent assez de volonté pour se diri-
ger eux-mêmes.
Les idiots sont assez obéissants, en général, parce qu'ils
semblent sentir la faiblesse de leur volonté et que leur réac-
tion n'est pas suffisante pour contrebalancer l'influence de
l'autorité. Mais les imbéciles, au contraire, sont tout à fait
indisciplinés et désobéissants, ce qui tient en général à ce
qu'ils se croient des facultés remarquables et égales au moins
à celles de leurs supérieurs. C'est par défaut de jugement.
Quand ils sont doux, ils peuvent être obéissants, mais le
plus souvent, c'est la crainte, la force brutale, indiscutable,
142 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
qui les fait plier. Mais autant ils sont peu souples pour obéir,
autant ils ont le sentiment de la domination sur les autres,
sentiment absolument antisocial.
En présence d'êtres doués de sentiments semblables,
quelles récompenses et quels châtiments agissent le mieux
pour les encourager, développer et faire jaillir les bons ins-
tincts et réprimer les mauvais? On sait que c'est là un point
délicat à établir pour les enfants normaux et à plus forte
raison pour ceux-là. Autrefois, avec les enfants, il n'y avait
guère de milieu entre l'amour et les coups. Aujourd'hui on
cherche à employer d'autres arguments et ce n'est pas sans
raison.
On a remarqué, par exemple, que c'était les places qui frap-
paient le plus les enfants beaucoup plus que les prix auxquels
ne peuvent prétendre que les élèves d'élite. Il en est de même
et plus encore avec les idiots et les imbéciles. Les premiers,
à vrai dire, sont bien peu sensibles aux récompenses pure-
ment intellectuelles, consacrant simplement la reconnais-
sance de leur supériorité sur leurs camarades. Du reste, en
général, tous sont plus sensibles aux châtiments qu'aux
récompenses, à la peine qu'au plaisir, au blâme qu'à la
louange. Et de fait, le plaisir d'être félicité suppose la mise
en jeu de bien des sentiments d'ordre élevé auxquels ils n'at-
teignent guère, tandis que la peine, quelle qu'elle soit, com-
porte toujours un élément physique, la privation d'un désir,
d'un besoin qu'on ressent plus que le plaisir qu'on aurait à
le satisfaire. De plus le champ des récompenses et des châ-
timents est beaucoup plus limité que pour l'enfant normal,
chez lequel on peut s'adresser à toutes les branches de la sen-
sibilité. En outre le défaut d'attention chez les idiots rend
très précaire le résultat de la récompense et de la punition,
RÉCOMPENSE ET CHATIMENT 143
et en tous cas très peu durable. La crainte du châtiment
existe très peu chez l'idiot ou même pas. Du reste la crainte
est en rapport avec l'expérience, et c'est précisément ce qu'ils
acquièrent difficilement, leur attention n étant pas suffisam-
ment attirée ni leur raisonnement assez développé pour
remarquer toutes les circonstances dans lesquelles on les a
réprimandés une ou plusieurs fois, et saisir le rapport qui
existe entre l'acte qu'ils ont commis et la peine qu'ils su-
bissent, si ce n'est à la longue.
Il faut reconnaître d'ailleurs qu'avec les idiots en général
on a peu besoin de recourir aux procédés d'encouragement
et de répression. Ils n'ont guère de méchanceté et il suffit
de les empêcher de mal faire si on les aperçoit, car le plus
souvent ils agissent sans intention. C'est surtout une grande
surveillance qu'il faut exercer sur eux.
Chez les imbéciles, on s'attendrait à avoir beaucoup plus
de prise, car ils sont éminemment sensibles à la louange et
au blâme, plus encore peut-être à la louange qu'au blâme,
étant ordinairement si infatués de leur personne que le
blâme ne les atteint pas, toujours persuadés d'une injustice
dans l'appréciation de leur valeur personnelle. Chez eux, à
l'inverse des idiots, les récompenses agissent surtout quand
elles frappent leur amour-propre si naturellement exagéré.
C'est ainsi que les places qui témoignent de leur supériorité
sur leurs camarades, les prix donnés en séance solennelle,
les félicitations publiques ont une influence manifeste. Mo-
mentanée seulement, par malheur, car ils profitent sou-
vent des éloges qu'on leur a décernés pour se croire tout
permis et donner libre cours à leurs mauvais penchants.
De sorte qu'on est pris entre ces deux alternatives, ou les
récompenser et exalter leur amour-propre et leurs préten-
tions, ou ne pas leur témoigner de satisfaction lorsqu'ils ont
144 PSYCHOLOGIE DE I/IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
bien agi, et les décourager de recommencer, les livrer sou-
vent, par colère, à leurs mauvaises tendances.
On doit donc se montrer très circonspect dans la distribu-
tion des louanges, ne les donner qu'à bon escient et plutôt
endeçà qu'audelà, sinon on est débordé.
Quant aux châtiments, leur action est tout aussi momen-
tanée, et l'alternative est tout aussi délicate que pour les
récompenses. D'instinct on se révolte toujours contre un
châtiment; on a de plus toujours la tendance à le trouver
disproportionné à safaute, pour laquelle on invoque d'excel-
lentes raisons de l'avoir commise. Chez les imbéciles qui
ont une idée de leurs droits si fausse et en même temps si
étendue, il est naturel que toute peine leur paraisse un abus
de pouvoir dont ils gardent du ressentiment. Ils se soumet-
tent parce qu'ils ne peuvent faire autrement, parce qu'ils
reconnaissent un pouvoir supérieur au leur, mais dans leur
for intérieur, ils gardent de la rancune et un espoir de
vengeance.
Plus ils se croient supérieurs, plus ils se sentent humi-
liés. N'espérez guère qu'ils feront un retour sur eux-mêmes,
qu'ils se repentiront sincèrement. Ils n'ont qu'un désir :
recommencersans se faire prendre. L'absence de sens moral,
ou plutôt sa déviation, fait qu'ils croient ne devoir rien à per-
sonne, ni à leurs parents, ni à leurs maîtres, ni à ceux qui
les soignent. Leur propre satisfaction est leur but unique et
leur supériorité sur les autres. Obligés de céder, ils s'in-
surgent. Aussi les châtiments moraux ont-ils peu d'action
sur eux, ils leur sont indifférents ou ne font que les exciter.
Les imbéciles se donnent des airs provoquants vis-à-vis de
leurs maîtres, pour se poser auprès de leurs camarades.
Très poltrons au fond, ils font les fanfarons pour étonner
les autres. Cette satisfaction qu'ils éprouvent à poser ainsi,
LES IMBÉCILES DANS LA FAMILLE 145
quand ils sont punis, enlève naturellement beaucoup de l'ac-
tion qu'aurait la punition. Aussi le meilleur moyen est-il
de leur enlever cette satisfaction en les soustrayant à la vue
de leurs camarades. L'isolement, pendant quelques heures,
en cellule, est un moyen très efficace. Plus qu'avec aucun
enfant, il ne faut agir avec emportement et brutalité. On ne
doit jamais discuter avec eux.
Nous ne saurions entrer ici dans plus de détails. C'est
une question de traitement moral, de pédagogie que cette
façon de se comporter avec les imbéciles. Ce que nous de-
vons retenir, c'est le peu d'action qu'on a sur eux aussi
bien par les récompenses que par les châtiments. Tout glisse,
ou tout s'emploie à développer leurs mauvaises tendances,
leurs tendances antisociales. Ce sont les individus les plus
indisciplinés qui soient.
L'instabilité de leur attention fait que, à peine la louange
ou le blâme, la récompense ou le châtiment passés, ils les
oublient, et leurs tendances reprennent le dessus. Cet in-
convénient, qui en est déjà un gros dans les asiles, et qui sou-
vent du reste y amène ces malades, rend l'existence impos-
sible pour eux au dehors. Chez leurs parents, ils font tous
les mauvais coups imaginables, maltraitent leurs frères et
sœurs, torturent les animaux, font des niches aux voisins,
font des fugues de la maison paternelle pour vagabonder à
l'aventure avec tous les garnements du voisinage, qui s'en
servent du reste le plus souvent, en les excitant, pour faire
les coups qu'ils n'ont pas l'audace de tenter. Bref, la vie n'est
pas tenable pour ceux qui les entourent, sans compter que
souvent leurs penchants peuvent les pousser à commettre
des actes dangereux, comme de mettre le feu, de blesser
les gens, etc., etc. Ils doivent, plus encore que les idiots,
10
146 PSYCHOLOGIE DE L IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
être l'objet d'une surveillance de tous les instants. Ces dis-
positions, lorsqu'elles ne sont pas réprimées, — et cela est
bien difficile dans la famille — ne font que croître avec
l'âge, et il ne faut pas s'étonner plus tard de voir ces en-
fants, devenus hommes, finir par la Cour d'assises pour vol
ou crime, et fournir un fort contingent à tous les déclassés,
les énergumènes de toute nuance, instruments demi-in-
conscients d'individus plus intelligents et plus vicieux
qu'eux.
Nous venons de voir le peu d'influence des récompenses
et des punitions sur la conduite des idiots et surtout des
imbéciles. Quant on songe que ce sont cependant les mo-
biles mis en jeu le plus naturellement par les parents vis-à-
vis des enfants, par les sociétés vis-à-vis des individus, on
ne sera pas surpris de reconnaître que les mobiles religieux
n'ont aucune action et ne sont même pas compris. Chez les
idiots, l'idée d'une force supérieure au monde est absolu-
ment lettre morte. L'idée de force en soi leur paraît même
inconnue, et les notions d'infini, d'éternel, d'absolu, con-
ceptions purement rationnelles pour nous, sont inaccessibles
à leur faible intelligence. On ne trouve jamais chez eux
l'idée, même vague, de la divinité. Ils sont incapables de
s'élever même à la superstition ou au fétichisme, car ils ne
s'étonnent de rien, comme nous le verrons, pas même des
grands phénomènes de la nature, contrairement, sous ce
rapport, aux hommes primitifs.
S'il fallait, admettre chez l'homme une âme suivant la con-
ception spiritualiste, caractéristique de l'homme et absolu-
ment différente par ses attributs supérieurs de celle des ani-
maux, on doit convenir qu'on serait assez embarrassé pour
en accorder une semblable à un idiot incapable de parler,
SENTIMENTS RELIGIEUX 147
ce qui est la vraie caractéristique de l'homme. C'est qu'en
effet, l'âme n'est pas une chose qui existe en soi, séparément,
en dehors des fonctions cérébrales ; c'est l'ensemble des
facultés, des fonctions, pour mieux dire, du cerveau qui
constitue l'âme. Or dans cette âme, pour nous servir de ce
terme consacré qui ne signifie pas grand'chose, nous voyons
les sentiments religieux compètement absents. Il n'y en a
pas trace sous quelque forme que ce soit. Ce sentiment, soi-
disant inné, fait donc défaut lorsque le cerveau n'est pas assez
développé pour que l'intelligence soit normale. L'âme se
montre donc ainsi liée essentiellement à l'organe de la pen-
sée, et l'on est forcé d'admettre ou que les idiots en sont
dépourvus, quoique hommes, ou que l'âme n'est pas une
émanation divine, indépendante du fonctionnement cérébral.
De sorte qu'il esta craindre, de toutes façons, qu'après avoir
perdu le royaume de la terre, les simples d'esprit n'obtien-
nent pas celui des cieux, ce qui serait du reste de nature à
décourager les gens intelligents.
Les imbéciles qui ont une intelligence plus développée
sont-ils du moins capables de comprendre cette idée d'une
force supérieure au monde? Il est facile de se convaincre que,
sous ce rapport, ils diffèrent peu des idiots. Si on observe
chez eux quelques idées de la Divinité, c'est qu'on leur a
inculqué ces principes comme à la plupart des enfants. Ils
ne sont pas assez curieux des choses qui les entourent pour
aller s'enquérir du pourquoi et du comment de la vie. Tout
leur parait simple d'ailleurs et facile à comprendre. Ils se
montrent quelquefois très convaincus, mais on n'a pas de
peine à voir que c'est une vraie leçon apprise par cœur et à
laquelle ils n'entendent pas grand'chose En tout cas, jamais
cette idée ne leur vient spontanément, amenée par des
déductions logiques. En somme on peut dire que le senti-
148 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
ment religieux n'existe pas chez l'idiot et n'est pas compris
chez l'imbécile, quand on Ty rencontre, ce qui revient à peu
près au même.
C'est un sentiment artificiel, créé d'abord, par la crainte,
entretenu par le besoin d'explication des phénomènes, par
le parti surtout qu'avaient à en tirer les plus intelligents pour
mener, gouverner les plus crédules. Ce n'est pas un senti-
ment naturel, aussi ne le rencontrons-nous pas même atté-
nué, perverti, chez les idiots, alors qu'ils nous présentent
toutes les autres variétés de seutiments, à quelque degré que
ce soit. Il est raisonnable de supposer une raison à cette
lacune, alors surtout qu'on ne peut pas invoquer pour l'expli-
quer le défaut de transmission héréditaire. Les autres senti-
ments instinctifs se transmettent bien, pourquoi le sentiment
religieux, s'il était réellement instinctif, ne se transmettrait-
il pas?
Nous voyons donc que, chez les idiots et les imbéciles, non-
seulement les sentiments sociaux sont affaiblis ou pervertis,
mais encore que tout ce qui sert à les développer et à les
maintenir n'a que peu d'action sur eux, soit à cause de l'at-
tention défectueuse dont ils sont capables, soit à cause de
leur intelligence rudimentaire, qui ne leur permet pas de
s'élever à des conceptions idéalistes qui, pour beaucoup
d'hommes, sont un moyen de contrainte.
Avant de passer aux sentiments esthétiques nous devons
dire un mot d'un sentiment extrêmement complexe qui est
assez spécial à l'homme : la pudeur. Qu'elle se manifeste
d'une façon ou d'une autre, peu importe, cela dépend unique-
ment des mœurs et du climat, de la religion, de la convention
sociale, etc. Mais chez tous les peuples on peut la retrouver.
Elle est plus développée et plus complexe chez la femme que
PUDEUR ET MODESTIE 149
chez l'homme, ce qui tient à différentes raisons qui ne sau-
raient trouver place ici. Elle n'existe pas chez le jeune enfant
et apparaît seulement avec l'âge et surtout avec la puberté.
Chez l'idiot, il n'existe pas à proprement parler, et cela
tient peut-être au retard de la puberté, qui, quelquefois même
n'arrive jamais. Quelques idiots sont toutefois trèspudiques,
et nous citerons en particulier à cet égard les idiots créti-
noïdes. Quant aux imbéciles, ils ont certainement le senti-
ment de la pudeur, car ils savent comment la choquer et
nous avons déjà insisté sur leur amour des obscénités et des
grossièretés touchant surtout les organes sexuels. Bien sou-
vent aussi ils ont une absence complète de pudeur. Séguin i
pense qu'un certain nombre paraissent avoir de l'impudeur
parce qu'ils ont tout simplement de l'indifférence pour se
couvrir. Il en est qui se masturbent tranquillement sous les
regards d'autres personnes sans que cela paraisse le moins
du monde les gêner. En général, cependant, ils nient l'ona-
nisme et rougissent en l'avouant. Il n'y a guère que les
idiots ou certains impulsifs qui s'y livrent ouvertement. Les
filles sont beaucoup moins impudiques que les garçons, à
intelligence égale.
La timidité est un sentiment à rapprocher de la pudeur.
Les idiots sont en général assez timides. Par contre les imbé-
ciles ont une fatuité, une arrogance, un aplomb qui provient
de leur suffisance et de leur faible intelligence qui ne leur
permet pas de se rendre compte de leur inégalité de niveau
avec ceux qui les entourent, ni des sottises qu'ils lancent
avec une inconscience absolue.
La modestie n'est pas non plus l'apanage des imbéciles et
1. Séguin, loc. cit.
150 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
leur besoin de se vanter est tel qu'ils inventent couvent de
toutes pièces des histoires qui sont la plupart du temps bien
loin d'être à leur honneur. Il n'en est pas de même des idiots
dont l'imagination n'est du reste pas assez vive pour inventer
ainsi des choses qui ne sont pas arrivées, et ils sont en général
modestes.
La vanité et la coquetterie qu'on remarque chez les idiotes
sont des moyens puissants pour leur instruction et leur pro-
grès. « Presque toutes, dit Séguin l , car je n'y connais pas
d'exception pour ma part, sont susceptibles d'attention, d'ac-
tivité, de patience, quand on touche habilement en elles ces
cordes-là, mais si la coquetterie de toilette n'offre pas de
grands dargers, et si l'on peut en user presque sans incon-
vénient, l'autre, la vanité personnelle côtoie des penchants
qu'il ne faut flatter qu'avec une circonspection extrême. »
Nous avons vu à propos des instincts, que cerlains idiots
ou imbéciles possédaient des tendances aitistiques, en parti-
culier pour la musique, moins souvent pour le dessin et la
sculpture. Nous ne reviendrons donc pas ici sur cette ques-
tion. Nous chercherons seulement à voir si, à côté de ceux
qui possèdent ces instincts artistiques d'une façon assez
marquée pour les manifester, soit par leur facilité à retenir
les airs, à en composer, à jouer de certains instruments, à
copier ce qu'ils voient, soit en dessin, soit en modelage ou
par tout autre procédé, il en est qui éprouvent certains sen-
timents esthétiques, qui sont capables de discerner ce qui
est beau de ce qui est laid, et de ressentir une véritable
émotion à l'audition et à la vue de belles choses. Rien n'est
plus instructif à cet égard que d'assister à un concert donné
1. Séguin, toc. cit.
SENTIMENTS ESTHÉTIQUES loi
devant un public d'idiots et d'imbéciles. On est frappé de la
différence de physionomie de ces malheureux suivant ce
qu'ils entendent. Ils écoutent souvent avec une attention
mêlée de respect et applaudissent à outrance mais non in-
distinctement. Ce ne sont pas souvent les choses les plus
drôles qui excitent le plus leur enthousiasme. Ce sont
plutôt les choses graves, imposantes, la musique d'orgue
les instruments à cordes. Cela paraît les surprendre, — et la
surprise touche de bien près à l'admiration — qu'on puisse
produire de semblables effets dont ils ne se doutaient même
pas. C'est une impression essentiellement sensuelle qu'ils
ressentent sans doute, car ce n'est pas seulement la musique
qui les enthousiasme, mais la déclamation. C'est ainsi que
de beaux vers, bien dits, auxquels ils ne comprennent rien,
les tiennent bouche béante. Ils suivent la cadence, le rythme
des vers, ce qui, il est vrai, est encore de la musique. Sé-
guin dit : » « Généralement, l'idiot aime et saisit très bien
les rythmes, je dirai plus : cette faculté que l'on nomme
faculté musicale, est le propre des idiots caractérisés. Je
n'ai pas vu d'idiots (à moins qu'ils ne fussent frappés de non
myotilité ou de paralysie) qui n'exprimassent le plus vif
plaisir à l'audition d'un morceau de musique. J'en ai vu un
grand nombre qui chantaient juste, quoique parlant mal
ou à peine. Ils sont plus sensibles aux rbythmes énergiques,
rapides et gais qu'aux mesures lentes et graves. Sans doute
parce que plus les vibrations sont nombreuses, plus leur
action est matériellement énergique. Ils sont également plus
sensibles à la musique instrumentale qu'à la voix humaine.»
Wildermuth», d'études comparées chez des individus nor-
maux, et chez des idiots et des imbéciles, a reconnu que le
1. Séguin, loc. cit.
2. Wil^ermuth, Congrès des médecins aliénistes allemands, 1888.
152 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
sens musical est relativement accusé chez les idiots. C'est
la seule représentation artistique qui existe chez eux. 11 est
partisan de la culture du chant chez les idiots, et aussi de
la danse qui s'y joint pour exciter la coordination des mou-
vements. L'aphasie motrice qui généralement n'est pas con-
géniale, s'accompagne quand elle se rencontre dans la pre-
mière enfance, d'un trouhle ou de la disparition de la faculté
d'exécution et même de l'obnubilation ou de l'extinction
des conceptions musicales dans le sensorium. Cet ordre de
sensation et d'activité peut, au contraire, parfaitement sub-
sister quand il n'existe que de la dysphasie, des troubles de
la parole tendant à un développement défectueux de l'in-
telligence.
L'opinion de Séguin sur le rôle de la musique dans le
traitement de l'idiotie diffère de celle de Wildermuth. Il la
considère comme un écueil plutôt qu'un adjuvant; et en
tous cas, elle doit être employée d'une certaine façon. « L'ac-
tion de la musique, dit-il, principalement sur l'idiot agité,
doit être prompte, soudaine même, mais une fois l'excitation
produite, il faut se hâter de l'employer utilement. » Pour
nous, nous pensons qu'elle peut servir surtout à développer
l'éducation et par conséquent à agir ainsi sur le moral. Nous
croyons d'autre part, contrairement à Séguin, que c'est
pluiôt la musique grave qu'il faut employer que la musique
très gaie, la première déterminant des émotions plus pro-
fondes que la seconde.
L'amour qu'ils ont du rhythme se remarque non seulement
pour la déclamation, ainsi que nous l'avons dit, mais encore
dans la conversation ordinaire et surtout dans le comman-
dement. L'intonation a une très grande importance en effet,
et on peut observer que, chez les enfants, il n'est pas besoin
qu'ils comprennent le sens des mots pour comprendre le
SENTIMENTS ESTHÉTIQUES 153
sentiment de celui qui les prononce. C'est ainsi que vers
deux ou trois mois, l'enfant différencie déjà les tons de
caresse ou de menace, d'affection ou de colère.
L'idiot aime le bruit rhythmique ou cadencé, indépen-
damment même de la voix. C'est ainsi que le bruit d'un
rabot, d'une scie, d'un marteau frappant en mesure, leur
plaît.
Nous avons vu plus haut l'instinct d'imitation des idiots.
C'est encore là un mode d'expression de l'émotion esthé-
tique que ce besoin de reproduire les belles choses. Mal-
heureusement le sens du beau est très rare. Il est confondu
avec l'amour de la grosseur, de l'éclat, de la nouveauté, bien
plus que de l'harmonie des formes, des couleurs, etc., etc.
Pour beaucoup un objet est beau s'il reluit. Ils ramassent
des morceaux de verre, des débris de porcelaine, des bouts
de bois coupés, des boutons de métal. Il s'agit dans ce cas
de Tidiot simple; l'idiot profond n'a jamais rien dans les
mains, car rien ne l'attire.
Si l'idiot aime le colossal, qu'il confond avec le beau,
l'imbécile aime le grotesque. Dans le dessin, il aime les
monstres fantastiques qu'il sait ne pas exister. Plus leurs
comparaisons sont grotesques, et souvent absurdes, plus elles
leur plaisent. C'est ainsi qu'ils diront à un camarade : « Tu
as l'air d'un sucre d'orge en nourrice. » — Il en est de même
dans leur langage, et vous les entendrez dire, par exemple
pour exprimer qu'ils rient au point de ne pouvoir retenir
leur salive : « Tu me fais baver des ronds de chapeaux. »
On pourrait multiplier ces exemples. — 11 est un mot pour
désigner ces façons de parler : Salade ou encore « varine »
expression dont on ne saisit pas bien le sens du reste.
Si, comme le dit Perez, « l'idéal auquel nous mesurons
à chaque instant la beauté est composé des sensations qui
154 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
nous ont fait le plus jouir, et implique l'exclusion de celles
qui ont été pénibles, nous voyons que l'idéal des imbéciles,
au point de vue esthétique, n'est pas bien relevé.
En face des choses peintes, des dessins, des sculptures,
ce qui paraît le plus frapper les idiots et les imbéciles, c'est
la ressemblance exacte avec ce qu'ils connaissent. C'estainsi
que lorsqu'on fait défiler sous leurs yeux des vues de
paysages, d'animaux, etc., à la lanterne magique, ils s'en-
thousiasment surtout pour ce qu'ils connaissent, si l'art a
rendu très exactement la nature. Pour eux l'art est la re-
présentation de la nature, et non son interprétation. Il est
juste d'ajouter que beaucoup de gens l'envisagent de cette
manière. L'émotion esthétique n'en existe pas moins. Elle
se traduit non seulement à l'égard des objets d'art, ou de la
nature, mais aussi à l'égard des personnes. Ils préfèrent les
personnes jeunes aux personnes âgées, les jolies aux laides.
Ainsi à Bicètre, ils ont eu deux maîtres d'escrime : l'un, un
vieux sous-officier auquel ils ne voulaient jamais obéir,
l'autre un jeune soldat qui fait d'eux tout ce qu'il veut.
On comprend tout le parti qu'on peut tirer au point de
vue intellectuel et moral de la culture de ces goûts et ten-
dances esthétiques si vagues, si éloignés des nôtres qu'ils
soient. Tout se tient dans l'esprit humain et tout dévelop-
pement d'une portion de l'esprit retentit forcément sur le
développement du reste. Aussi tous les hommes qui se sont
occupés de l'éducation des idiots ont- ils eu soin de profiter
de ces tendances. « Car, selon la juste remarque de Perez,
l'émotion esthétique en éveillant tout ce qu'il y a de plus
intime dans la personnalité, produit une tendance plus ou
moins forte à l'activité » , et c'est au développement de celle-
ci sous toutes ses formes que doivent tendre les efforts.
SENTIMENTS INTELLECTUELS 155
Nous en arrivons maintenant à la dernière classe de sen-
timents, les sentiments intellectuels, l'étonnement et la cu-
curiosité qui sont des dérivés de l'attention, la crédulité à
laquelle se rattachent la véracité et le mensonge.
L'étonnement est un des moyens les plus énergiques pour
attirer l'attention; mais c'est un sentiment passager et qui
ne suffit pas à la maintenir. Si c'est un grand levier chez
les enfants, il n'en est malheureusement pas de même chez
les idiots et les imbéciles. Us sont sous ce rapport compa-
rables à l'homme primitif dont Spencer dit : « Il accepte ce
qu'il voit comme fait l'animal ; il s'adapte spontanément au
monde qui l'entoure; l'étonnement est au-dessus de lui. »
L'idiot toutefois s'étonne plus que l'imbécile, et souvent
même très vivement. Mais l'étonnement, quand on arrive à
le déterminer, dure peu. Car l'idiot par le fait de son défaut
d'attention, l'imbécile par l'instabilité de son attention, ne
considèrent pas assez longtemps l'objet qui le provoque.
L'étonnement causé par le bruit semble plus vif que par la
vue. Il parait en être de même chez le jeune enfant, qui a
plus peur de ce qu'il entend que de ce qu'il voit. Les im-
pressions auditives déterminent aussi plus de satisfaction ou
plus de peine que celles de la vue, ce qui tient peut-être à ce
qu'elles agissent sur le corps tout entier, tandis que celles
de la vue ne portent que sur un seul organe.
La curiosité chez un individu bien constitué est une con-
séquence presque forcée de l'étonnement qu'il éprouve à
voir, entendre ou apprendre certaines choses. La curiosité
chez l'enfant se manifeste de très bonne heure, dès qu'il a
acquis une certaine expérience ou certaine habitude. C'est
un instinct naturel, qui mis intelligemment en œuvre par
un maître adroit, active singulièrement le développement de
156 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
l'intelligence, car on apprend beaucoup plus facilement ce
qu'on a le désir de savoir. Chez l'idiot profond, il y a, nous
l'avons déjà dit, une indifférence complète. L'idiot simple
veut savoir, mais n'ose pas demander. Si on explique l'usage
de telle ou de telle chose, il écoute et cherche à* retenir.
L'imbécile pose beaucoup de questions, mais n'attend pas
la réponse. Son instabilité lui fait tout oublier. C'est tou-
jours ce défaut de l'attention qui est en cause. Nous voyons
donc encore ici celte différence entre l'idiot et l'imbécile
basée sur la différence de leur attention. L'idiot, capable
d'une certaine attention, faible il est vrai, mais timide, sans
prétention, cherche à comprendre et à s'intéresser si on a su
et pu accaparer son esprit. L'imbécile, au contraire, inca-
pable de soutenir son attention, passe d'un sujet à un autre,
sanstransition, sans regrets, sans désirs, parlant pour parler,
interrogeant pour se faire remarquer le plus souvent et n'est
même pas capable d'attendre qu'on le renseigne.
Mais pour apprendre, il ne suffit pas de faire attention aux
choses d'abord, de désirer les comprendre ensuite, savoir
leur pourquoi et leur comment; il faut encore ajouter foi à
ce qu'on nous dit. Sous ce rapport de la crédulité, les idiots
et les imbéciles se ressemblent beaucoup. L'idiot simple est
crédule, il ne sait pas distinguer ce qui est possible de ce
qui est impossible. Aussi ne doit- on pas jouer avec cette cré-
dulité et s'en amuser si l'on veut obtenir quelque chose des
idiots. On arriverait, à leur donner des notions fausses qui
seraient ensuite difficiles à déraciner et leur enlèverait toute
confiance dans ce qu'on enseignerait ensuite. Il ne faut pas
oublier que les idiots sont en général confiants et qu'on doit
éviter avec soin tout ce qui peut diminuer la confiance qu'ils
ont dans leurs maitres.
CRÉDULITÉ 157
Où la crédulité est parfois invraisemblable, tant elle est
absurde, c'est chez les imbéciles. A côté de cette crédulité
extraordinaire, il y a souvent pour les choses réelles une
incrédulité non moins absurde. Il y a dans leur esprit une
déséquilibration complète. Pour croire ce qu'on vous dit, il
faut se représenter l'idée qu'on entend exprimer, se sou-
venir, juger, comparer, etc. L'imbécile est peu ou pas ca-
pable de ces opérations. Tout ce qui le flatte est admissible
pour lui, aussi accepte-t-il les compliments les plus hyper-
boliques. Il croit qu'il est appelé aux plus hautes destinées,
qu'il peut devenir général, ministre, etc. Il suffit pour en
imposer à ces individus de prendre un ton sérieux et d'avoir
l'air de leur rendre hommage. Ils acceptent les plus belles
promesses de gens qu'il leur suffirait d'un peu de réflexion
pour juger aussi incapables de les tenir qu'eux-mêmes de
les mériter. Cette crédulité est telle qu'ils arrivent à se
croire eux-mêmes dans ce qu'ils inventent et cette tendance
prend des proportions colossales lorsqu'ils se mettent à dé-
lirer. On voit, en effet, souvent se développer chez eux un
délire mégalomaniaque qui rappelle celui des paralytiques
généraux. Même incohérence, mêmes contradictions, même
absurdité, même mobilité. Mais au lieu de céder facilement
comme les paralytiques généraux qui tournent dans le même
cercle ou ne trouvent pas d'explication pour justifier leurs
prétentions, les imbéciles ne s'embarrassent pas pour si peu.
Ils cherchent une explication dans de nouvelles histoires
plus invraisemblables encore et se fâchent si on ne les prend
pas au sérieux.
M. Séglas, dans une thèse d'un de ses élèves l , a bien fait
voir les difficultés que pouvait, dans certains cas, présenter
1. Boiron, Étude du diagnostic de la paralysie générale. Thè^e,
Paris, 1889.
158 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
le diagnostic différentiel de la paralysie générale avec ces
formes de délire des grandeurs chez les faibles d'esprit.
Incapables de comprendre avec leur peu d'intelligence les
phénomènes réels qui les entourent, ils ressemblent en cela
aux jeunes enfants et aiment comme eux le merveilleux qui
existe par lui-même sans avoir besoin d'explication. Les
contes des fées, les enchantements, tout cela les séduit. En
effet dès qu'ils cherchent à imiter ce qu'ils voient faire, ils
se heurtent aussitôt à des difficultés insurmontables. La fa-
cilité avec laquelle les héros de féerie traversent ces mêmes
difficultés ne peut manquer de les séduire. Ce besoin de
merveilleux est 1res marqué chez les imbéciles, qui adorent
les histoires fantastiques et en invenlent même quelquefois,
comme l'un de nos malades microcéphales Y...
Cette crédulité n'a du reste pas lieu de nous étonner, car
il est beaucoup plus facile de croire que de ne pas croire*
Le doute, c'est déjà un commencement de critique qui im-
plique une expérience, un jugement^ un raisonnement, une
comparaison. Il faut lutter contre l'impression reçue. Tout
cela suppose déjà une intelligence qui se possède et qui est
assez développée. N'est-il pas bien plus simple, pour des
intelligences difficiles à éveiller, comme celle des idiots, à
tenir en haleine comme celle des imbéciles, d'accepter pure-
ment et simplement l'impression qu'elles reçoivent. La cré-
dulité est une conséquence naturelle de leur défaut d'intel-
ligence. Tout ce qui fait sur eux une impression sensible
leur paraît réel.
Chez l'enfant, la véracité est proportionnée à la crédulité.
Suivant Perez, il n'y aurait pas d'instinct de véracité comme
le croyait Reid, pour expliquer la croyance naturelle des
hommes aux affirmations et témoignages des autres hommes.
VÉRACITÉ ET MENSONGE 159
Celle-ci a pour principe la croyance naturelle de l'enfant au
sens exprimé par les mots, c'est-à-dire à l'objectivité des
idées que les mots représentent. Chez l'idiot et chez l'im-
bécile, cet instinct n'existe pas en effet ; mais il faut distin-
guer dans la véracité la croyance dans la véracité des autres
et la tendance qu'on a soi-même à être véridique. Nous
avons vu pourquoi ils croyaient à la véracité des autres,
simplement parce qu'ils sont incapables de trouver des mo-
tifs pour en douter.
L'idiot léger a certainement l'idée du vrai. Lorsqu'on lui
parle de quelque chose dont il n'a pas encore entendu parler,
il vous regarde comme pour vous demander une affirmation
plus catégorique. Quant à l'imbécile, il l'a également, car
il sait quant il ment.
Quant à leur amour de la vérité, l'idiot et l'imbécile ne
suivent en cela que leur intérêt. Toutefois l'idiot ment moins
généralement que l'imbécile, car il est moins capable d'in-
vention que lui.
L'idiot pour mentir se contente de nier la chose qu'on lui
demande ou reproche ; l'imbécile invente une explication,
cherche des preuves du contraire le plus souvent grossières
et invraisemblables. Il y a toutes sortes de raisons pour men-
tir, et chez l'enfant normal on voit le mensonge par imagi-
nation, par imitation, par amour- propre, par égoïsme, par
jalousie ou par paresse. Tous ces mobiles du mensonge se
retrouvent chez les imbéciles, mais avec un développement
considérable. Tout d'abord l'intérêt prime tout. Il en est
toutefois qui mentent pour le plaisir de mentir. Quand ils
n'ont pas à mentir par nécessité, ils inventent à plaisir
des histoires fausses, la plupart du temps pour se donner
des mérites, — en bien ou en mal, — qu'ils n'ont pas. C'est
160 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
un véritable besoin chez eux. Très suggestibles, ils mentent
par imitation et quelquefois même mentent en croyant être
véridiques, comme lorsqu'ils témoignent d'un fait qu'ils ont
mal vu. C'est du reste là une chose très fréquente chez les
enfants normaux et chez les adultes, qui autorise à toujours
mettre en doute les témoignages des enfants, point sur le-
quel M. Motet a insisté au point de vue médico-légal.
Après ces mobiles de mensonges, le plus important peut-
être de tous, c'est le moyen d'éviter une punition. Us n'hé-
sitent pas alors non seulement à nier, mais encore à rejeter
toute la faute sur leurs camarades, mais en général de pré-
férence sur ceux qui n'ont pas pris part à leurs méfaits,
montrant là, par conséquent, un certain esprit de solidarité.
Lorsqu'il y a quelques idiots d'impliqués dans un mauvais
coup organisé par des imbéciles, on n'a guère de chance
d'obtenir la vérité que par eux, qui racontent naïvement ce
qu'ils ont fait et ce qu'on leur a dit de faire, souvent sous
la menace de coups. Ils disent la vérité ou se renferment
dans le mutisme.
La gourmandise les fait souvent mentir aussi. Us disent,
qu'ils n'ont pas été servis pour avoir deux fois ce qu'ils
aiment. — Une forme de mensonge fréquente occasionnée
par la paresse, c'est de se faire passer ponr malades. A l'in-
verse des idiots qui ne savent pas dire quand ils souffrent,
les imbéciles s'écoutent beaucoup et souvent même mentent
pour qu'on les reconnaisse malades et qu'on les dispense
d'aller à l'école ou à l'atelier. Assurément tous ces men-
songes ne diffèrent pas de ce qu'on observe chez certains
enfants normaux ; mais ce qui est spécial, c'est la fréquence
avec laquelle le mensonge s'observe chez les imbéciles. C'est
ce qui montre que, chez eux, le mensonge est une consé-
quence du mauvais fonctionnement intellectuel.
ATTITUDES 161
A côté du mensonge, il faut signaler aussi la ruse, qui
s'en rapproche par certains côtés. Elle est très développée
chez les idiots et surtout chez les imbéciles. Chez ces der-
niers elle peut donner le change pour des actes intelligem-
ment conçus et exécutés. Certains imbéciles mettent quel-
quefois une habileté extraordinaire à déjouer la surveillance,
pour sortir de certains lieux ou s'y introduire, s'évader, etc.
On est surpris, quand on se rend compte des difficultés
qu'ils ont eues à surmonter, qu'avec une intelligence aussi
faible, ils aient pu réussir, alors que pour des choses beau-
coup plus simples, ils se montrent incapables. Sous ce rap-
port, ils se rapprochent beaucoup des hommes primitifs qui
cherchent à se procurer par la ruse ce que leur force ou leur
intelligence ne saurait leur donner. La ruse est l'arme du
faible et la raison celle des forts.
Il nous reste à examiner deux choses pour en terminer
avec ce chapitre des sentiments chez les idiots et les imbé-
ciles, à savoir la façon dont ils expriment leurs émoiions, par
le geste et la physionomie, et d'autre part leur façon d'être
la plus ordinaire ; c'est-à-dire, leur humeur, leur caractère.
Nous ne saurions examiner ici en détail tous les jeux de
physionomie de ces dégénérés sous l'influence des divers
sentiments et émotions. Ce que nous voulons surtout étu-
dier, c'est l'ensemble de leur physionomie et aussi de leur
habitus extérieur, car les jeux de physionomie ne vont pas
sans des attitudes spéciales qu'on arrive à dominer et à dis-
simuler, comme on n'arrive à dissimuler les mouvements
mêmes du visage que parla volonté et les nécessités sociales.
Ce qui frappe tout d'abord dans l'attitude des idiots, quel
que soit leur degré, c'est l'absence complète de grâce, et du
côté du visage, c'est la laideur. Les idiots incurables ne sont
11
162 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
pas toujours les plus laids, car la laideur se développe sur-
tout avec l'âge, lorsque les traits prennent une forme plus
accusée et définitive. Or il est rare que les idiots complets
arrivent à un âge assez avancé pour qu'on puisse juger de
leur type. Néanmoins, un certain nombre qui résistent mal-
gré leur incurabilité offrent alors le faciès le plus laid et le
plus repoussant de tous et portent tous les stigmates d'une
dégénérescence profonde. La conformation de la tète et de la
i
face est des plus défectueuses, mais on ne saurait à cet égard
donner une description d'ensemble. Quelle comparaison éta-
blir, par exemple, entre un microcéphale et un hydrocéphale
ou un idiot myxœdémateux. Voilà trois types caractéris-
tiques, et dont les individus ont tous un air de famille. Mais
de ces trois types le plus constant est sans contredit le type
myxœdémateux, remarquablement décrit par M. Bourne-
ville. Nous nous attacherons surtout à décrire ces trois types,
car pour les autres, nous ne pourrions rien dire de précis.
L'idiotie qui tient, par exemple, à la méningo- encépha-
lite, à la sclérose cérébrale, à l'arrêt de développement des
circonvolutions etc., etc., n'offre rien de particulier qui
fasse dire à première vue à quelle classe d'idiotie appartient
le sujet. Dans ce cas on ne peut, le plus souvent, faire que
des présomptions que la nécropsie vient plus d'une fois ré-
duire à néant.
Certains auteurs anglais, Langdon Down' en particulier,
paraissent affecter un grande prédilection dans leurs classi-
fications des types pour la comparaison avec les types des
races humaines. Nous avouons n'avoir jamais remarqué
rien de bien caractéristique à cet égard. Sans doute il en
est qui rappellent plus ou moins le type mongol ou esqui-
d. Langdon Down, Leltsomian Lectures, 1887.
STIGMATES DE DÉGÉNÉRESCENCE 163
mau, ou d'autres encore. Mais cela se rencontre tout aussi
fréquemment chez les individus ordinaires, et la fréquence
de ces ressemblances des idiots avec les différentes races
n'est pas, au moins chez nous, assez commune, pour en
faire une base de classification. Nous croyons du reste que
l'on fait absolument fausse route en cherchant à voir, dans
les types d'idiots, de l'atavisme.
Il n'y a d'abord aucune raison pour que, dans notre race,
un individu retourne au type mongol ou lapon, etc., et de
plus, ainsi que nous l'avons déjà dit, ils offrent un type per-
verti, mal développé, mal conformé. Ils ne présentent jamais
un type pur. Ce n'est pas un type atavique, c'est un type dé-
généré, ce qui n'est pas du tout la même chose.
Nous nous en tiendrons donc aux trois types que nous
avons indiqués plus haut. Pour ce qui est des idiots qui ne
rentrent pas dans ces trois catégories, tout ce qu'on peut en
dire, c'est qu'ils présentent un plus ou moins grand nombre
de stigmates de dégénérescence. Le crâne est très fréquem-
ment asymétrique, plagiocéphale, etc., etc. Les différents
diamètres ne présentent pas les rapports normaux. Les yeux
sont trop rapprochés, ce qui est le cas le plus fréquent, ou
trop écartés de la racine du nez. Ce qui frappe surtout, c'est
leur défaut d'expression. Si les yeux, comme on l'a dit poéti-
quement, sont le miroir de famé, que pourraient-ils donc
refléter chez nos sujets? Nous avons vu, à propos des pre-
miers signes de l'idiotie, l'importance qu'avait le regard, et
que c'était souvent sa singularité qui attirait l'attention des
parents. Le regard est terne, sans vivacité, vague, incertain,
ne se fixant sur rien, caractérisant par conséquent le défaut
d'attention du sujet. Souvent aussi chez des idiots éducables
il est indécis et dénote de la timidité. Il semble qu'ils aient
consciencede leur infériorité. Des états pathologiques de l'œil,
164 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
strabisme, cécité, taies, conjonctivite, etc., viennent encore
fréquemment s'ajouter pour ôter au regard toute expression
et tout charme.
Le nez est dévié, asymétrique, mal formé; les oreilles
sont plus ou moins mal conformées, mal ourlées, à lobule
adhérent ou détachées exagérément de la tête, ou asymé-
triques, à plis anormaux, etc. Mais ces parties donnent beau-
coup moins d'expression au visage que la bouche. Celle-ci
est presque toujours entr 'ouverte chez la plupart, et plus ils
sont inférieurs, plus elle l'est. Il s'en écoule alors une salive
abondante. La bouche est rarement petite, les lèvres rare-
ment fines. L'ouverture laisse voir une dentition des plus
mal formées. M me Sollier ', dans sa thèse sur la denti-
tion chez les enfants idiots ou arriérés, a passé en revue,
après M. Bourneville et d'autres, toutes les anomalies que
peuvent présenter les dents des idiots et leur fréquence.
Elles sont de toutes sortes et se rencontrent isolées ou com-
binées entre elles dans 90 °/ des cas. Le prognathisme se
rencontre très fréquemment, ainsi que l'élargissement des
maxillaires inférieurs, qui paraît encore plus marqué par
suite de l'étroitesse du crâne et surtout du front. Il en ré-
sulte un aspect bestial qu'on remarque aussi chez beaucoup
d'épileptiques qui, du reste, au point de vue de la dégéné-
rescence physique, n'ont rien à envier aux idiots. Ajoutons
à cela tous les tics possibles, clignotement des paupières 1 ,
mouvements incessants de la langue et des lèvres, grimaces,
grincements des dents, et nous aurons un tableau complet
de la physionomie d'un idiot incurable.
1. A. Sollier, De l'étal de la dentition chez les enfants idiots et
arriérés. Thèse, Paris, 1887. — Bourneville, Journal des connaissan-
ces médicales, 1862-63. — Th. Ballard, in. The Lancet, 1862. — Lang-
don Down, in The Lancet, 1875.
ATTITUDES 165
Certains auteurs distinguent deux sortes d'idiots : apa-
thiques et agités. Les premiers restent continuellement
assis, impassibles, indifférents à tout ce qui se passe autour
d'eux, ne riant, ni ne pleurant jamais, poussant quelquefois
des cris sans qu'on sache pourquoi, présentant du balan-
cement, les mains placées sur leurs genoux. Les autres au
contraire sont sans cesse en mouvement, vont, viennent,
touchent à tout, jettent à terre tout ce qu'ils trouvent, ne
font attention à rien de ce qu'on leur dit, n'ont pas l'air de
voir ni d'entendre, simplement préoccupés de s'agiter, et
ne fixant leur attention nulle part.
Les idiots incurables restent confinés dans leur lit, ou
placés sur des fauteuils percés à cause de leur gâtisme et de
leur impotence fonctionnelle. Ils sont incapables de manger
seuls, ou alors ils mangent avec leurs mains, ne sachant se
servir ni de cuiller ni de fourchette. Ils sont d'une mala-
dresse insigne, n'ont aucune idée de la direction, ce qui té-
moigne même de l'état rudimentaire de leur sens muscu-
laire. Car ils mettent continuellement leurs aliments à côté
de leur bouche, se barbouillent le visage avec, renversent
leur boisson, mangent avec une malpropreté révoltante. Ils
n'ont, du reste, aucune idée de la propreté, et ne savent ni
se moucher, ni retenir leur salive, leur urine ou leurs excré-
ments. C'est le dernier degré de l'abjection. A la vérité, ils
sont peu intéressants. Le seul jeu de physionomie qu'on
puisse surprendre chez eux, c'est la joie de manger. Schùle '
a remarqué que l'expression de leur visage, inerte pendant
la veille, peut quelquefois être assez agréable et douce pen-
dans le sommeil. Quant à leur habitus extérieur, Griesinger
l'a bien décrit : « Les idiots profonds, dit-ils, ont souvent
1. Schûle, loc. cit.
2. Griesinger, loc. cit.
166 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
une taille lourde, massive, mal proportionnée ; leurs traits
sont épais et plus vieux que ceux de leur âge; la lourdeur
de leurs mouvements, l'état de passivité, de stupidité dans
lequel ils se trouvent constamment et dont rien ne peut les
tirer, font qu'ils ont toujours l'air plongés dans un état de
somnolence; beaucoup d'entre eux ont un aspect sombre,
mélancolique; d'autres au contraire, ont la physionomie ab-
solument indifférente. Ils ont lair de ne penser à rien. Leur
intelligence est complètement muette. »
Les idiots curables ne sont déjà plus gâteux ; ils savent se
servir de la fourchette, de la cuiller, du verre, du couteau,
plus ou moins mal, d'un ou de plusieurs de ces objets, mais
ils mangent déjà moins malproprement. Leur tenue laisse
cependant beaucoup à désirer, malgré la surveillance la
plus constante. Ils sont débraillés, couverts de taches, se
roulant partout sans précaution. Il est exceptionnel d'ob-
server un idiot propre. Leur attitude générale est mauvaise.
Ils ne se tiennent pas le corps droit, la tête est penchée, ils
ont du déhanchement en marchant, ils laissent lesb ras bal-
lants. Toute leur personne dénote l'incertitude, l'indifférence
qui est le fond même de leur nature. Il faut, ajouter encore
à cela de fréquentes difformités, genu vaîgum, pied-bot, ra-
chitisme, hémiplégie, athétose, chorée, etc.
Passons maintenant à la description des trois principales
catégories d'idiots, qui se différencient nettement à première
vue.
Les microcéphales présentent un aspect très variable. On
ne s'entend pas encore très bien sur la signification précise
du terme microcéphale, et dans beaucoup de cas, on a con-
fondu le nain avec le microcéphale. Il est évident cependant
qu'un enfant de six ans qui en paraît deux comme déve-
MICROCÉPHALES 167
loppement général ne saurait présenter un cerveau aussi
volumineux qu'un enfant de six ans normalement développé.
Nous croyons donc qu'il faut considérer comme seuls mi-
crocéphales les individus dont le cerveau n'atteint pas la
moyenne normale, étant donnés leur âge et leur développe-
ment général, et celui de la face en particulier. C'est en
effet cette disproportion entre la face et le crâne qui frappe
au premier abord. Les microcéphales peuvent êlre et sont
en réalité souvent d'une taille élevée et d'une force assez
considérable. Ils ont dans toute leur personne un air de bes-
tialité qui fait comprendre qu'on ait cherché pour eux sur-
tout, à voir dans l'idiotie un retour au type atavique. La
possibilité ou l'impossibilité d'attribuer une origine com-
mune aux hommes et aux singes se discute surtout à l'oc-
casion du crâne et du cerveau des microcéphales. Gratiolet
après avoir étudié ces derniers a conclu qu'ils se rattachaient
au type humain et ne ressemblaient pas au type simien.
Gaddi de Modène s'est rattaché à cette opinion. C. Vogt -,
d'après l'examen de neuf microcéphales, les place au point
de vue crâniographique entre l'orang et le gorille. Humains
par la face, ils seraient simiens par la voûte du crâne et les
parois. Les sutures sont bien loin d'être toujours soudées
comme le croyait Virchow. « La microcéphalie, dit-il, est
une formation atavique partielle qui se produit dans les
parties voûtées du cerveau et qui entraîne comme consé-
quence un développementembryonnaire dévié, lequel ramène,
par ses caractères essentiels, vers la souche dans laquelle
le genre humain s'est élevé. » Quant à leur état intellec-
tuel, « ils sont mobiles, irritables, aimant et haïssant sans
motif, traduisant toutes leurs impressions par une vive mi-
1. C. Vogt, Mémoires de l'Institut national genevois, 1867.
168 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
mique, par dessus tout, imitateurs de tout ce qu'ils voient,
privés de toutes les facultés d'abstractionpropresàl'homme));
les microcéphales seraient, au point de vue de l'intelligence,
au-dessous des singes supérieurs; ils ne s'en distingueraient
même pas par la parole, car chez tous le langage serait nul
ou excessivement rudimentaire. Cette dernière particularité
dépendrait de l'état anatomique, absence ou rudiment de
l'étage sourcilier gauche par suite de la saillie exagérée de
la voûte orbitaire. — Sander n'est pas de l'avis de Vogt et
se rattache à celui de Wagner qui dit que, tandis qu'ils pa-
raissent se rapprocher du singe, dans leur partie antérieure,
ils s'en éloignent d'autant plus dans leur partie postérieure.
(Manque à peu près complet de lobes occipitaux.)
En somme, la question est bien loin d'être élucidée. Il y
a toujours entre le microcéphale et le singe cette différence
capitale que chez le microcéphale, la conformation du cer-
veau n'est pas un simple arrêt de développement, mais
bien la conséquence d'une lésion. Cette seule considération
nous empêche de voir dans la microcéphalie un retour au
type ancestral. En outre, au point de vue intellectuel, la
description de Vogt est fausse sur certains points et en par-
ticulier pour le langage. Les microcéphales sont souvent très
bavards, et, de tous les idiots, ce sont ceux qui causent le
plus.
Si nous nous sommes laissé entraîner à parler aussi lon-
guement des microcéphales, c'est qu'il n'était pas inutile de
rappeler les diverses opinions émises à leur égard à cause
des points de ressemblance qu'ils offrent en effet dans le
type simien dans leur ensemble, dans leur habitus, dans leur
attitude.
Les microcéphales, avons-nous déjà dit, ont une physio-
nomie bestiale. Le crâne très étroit en avant, sans saillie en
MICROCÉPHALES 169
arrière, avec de Tacrocéphalie souvent, les oreilles détachées
de la tète, le prognathisme, le nez fort, les yeux petits, vifs,
trop rapprochés de la racine du nez, la mâchoire inférieure
forte, tout contribue à leur donner cet air. Leur attitude
générale n'y prête pas moins. Ils se tiennent ordinairement
le cou un peu tendu en avant, le corps légèrement penché,
les bras ballants. Ils ont, en d'autres termes, une attitude si-
miesque qui a naturellement attiré et frappé l'attention des
observateurs et les a conduits à des analogies peut-être trop
exagérées. La physionomie est ordinairement mobile, quel-
quefois même elle a l'air spirituel, à cause d'un rire cynique
et malin qu'on y remarque souvent. Les microcéphales sont
en effet assez souvent malicieux et espiègles, en même temps
que brutaux et méchants. Très bavards, ils parlent sans
suite, sans mesure, sans liaison d'idées, et cependant ils ont
quelquefois des réparties plus ou moins fines qui étonnent.
Ils ont des mouvements d'humeur très fréquents.. J...., un
grand microcéphale du service de M. Bourneville à Bicêtre,
est parfois très poli et très affectueux, d'autres fois inabor-
dable. Il faut même alors se méfier de lui, car il pourrait
donner un mauvais coup. Ces mêmes changements se re-
marquent surtout chez les idiots épileptiques. Ils sont en
général têtus et méfiants, grossiers, orduriers, haineux et
méchants. Un de mes malades de Bicêtre, Ch.., était doué
d'une imagination assez vive, avait une éloculion facile. Il
avait un accoutrement et des allures bizarres et avait la ma-
nie de collectionner les objets les plus disparates et n'ayant
aucune valeur.
Chez un autre, Ed..., le regard stupide, la démarche, les
gestes, tout dénotait en lui la lourdeur et l'hébétement. Sa
parole se réduisait à : non, papa, maman, chameau, cochon.
Il avait des périodes de calme dans lesquelles sa physiono-
170 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
mie était douce, et d'autres où il était sujet à des accès de
colère difficiles à réprimer. Il avait une sorte de besoin
d'approbation, était sensible à la flatterie. Un refus, une
préférence provoquaient son ressentiment, le rendaient
maussade, et lui faisaient repousser avec un dédain irrité
les offres les plus séduisantes. La vue d'objets éclatants, la
musique lui causaient une vive impression et lui arrachaient
des transports frénétiques : « Beau çà ! » En dehors de ces
stimulants assez vifs, son attention était difficile à fixer.
Les hydrocéphales forment un contraste frappant avec les
microcéphales. Us sont du reste très différents entre eux
suivaut le degré d'hydrocéphalie. C'est ainsi, par exemple,
que les hydrocéphales considérables ne peuvent supporter
le poids de leur tète et restent toujours couchés ou assis, la
tête appuyée. Le regard est morne, les traits sans aucune
expression; les jeux de physionomie, quand ils existent,
d'une remarquable lenteur. Cette apathie se remarque du
reste dans toute leur attitude, dans tous leurs mouvements,
Us sont souvent somnolents, ne parlant que peu ou même
pas du tout. Donc, en général, ni affectueux ni méchants.
Us n'ont pas d'accès de colère. Ils ne sont pas grossiers
comme les microcéphales. Leur visage n'a pas la bestialité
du leur. Ils étonnent el apitoient, à cause de leur tristesse
apparente et de leur langueur. Nous ne parlons, bien en-
tendu, que des hydrocéphales d'un degré suffisant pour
être jugés tels à première vue et non pas de tous les idiots
chez lesquels, consécutivement à d'autres lésions plus impor-
tantes, peut se rencontrer un certain degré d'hydrocéphalie.
Leur face paraît petite par rapport à leur crâne dont les
saillies antérieures et latérales la dépassent complètement.
Les yeux sont à fleur de tête, les sourcils à peine marqués,
HYDROCÉPHALES ET MYXQEDÉMATEUX 1 7 i
le nez petit, ainsi que la bouche. Ce n'est donc pas un effet
dû au défaut de proportionnalité, mais bien une réalité que
cette finesse relative du visage chez les microcéphales. Ils
sont ordinairement timides, craintifs et doux, très peu im-
pressionnables, peu remuants, peu curieux. Us jouent peu,
ne rient guère et paraissent assez indifférents aux excitations
des divers sens. On peut dire qu'ils sont tout l'i averse des
microcéphales, aussi bien par l'aspect extérieur que par le
côté moral.
Moins nombreux que les catégories précédentes, les idiots
myœdémateux ou crétinoïdes ont un aspect encore plus ca-
ractéristique et qui leur donne à tous un air de famille sur
lequel on ne se trompe plus une fois qu'on les a vus. De
petite taille, les bras courts, le thorax volumineux, le ventre
proéminent avec, le plus souvent, une hernie ombilicale, la
tête grosse, bouffie, le cou très court, élargi par des pseudo-
lipomes qui encombrent ses creux sus-claviculaires, les che-
veux rudes, gros, avec une éruption eczémateuse du cuir
chevelu qui résiste à tout traitement, les yeux bouffis, ré-
duits à une fente, le nez large, les joues bouffies, les lèvres
épaisses, la bouche souvent entr'ouverte, complètement
glabres, ils sont tellement semblables entre eux qu'il est
au premier abord difficile de distinguer les garçons des filles.
Avec cela une voix rude et nasonnée pour émettre le très
court vocabulaire auquel ils sont réduits. Ils ont l'air de petits
hommes et il est difficile de leur donner un âge. Tout jeunes
ils paraissent vieillots, à vingt ans ils paraissent des en-
fants. Us ont souvent des airs d'importance, de componc-
tion, de sérieux mêlé de dédain qui vont bien avec leur phy-
sique. Us se tiennent droits, se redressent de toute leur pe-
tite taille. Cette attitude avait fait donner à l'un d'eux, clas-
172 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE LTMBÉCILE
sique aujourd'hui, et un des plus beaux types de Bicêtre,
le surnom de Pacha. Leur aspect est quelquefois repoussant
lorsqu'ils sont complètement idiots, comme l'était celui-là.
Mais un certain nombre sont capables de quelque dévelop-
pement intellectuel. Ils portent sur leur visage un air de
satisfaction qui tient peut-être bien un peu à ce qu'étant un
objet de curiosité, ils arrivent à se croire une certaine im-
portance. Beaucoup de ces malheureux sont exhibés dans
les foires comme nains, Esquimaux, etc. Un sujet de Bicêtre
était présenté comme roi des Esquimaux et il a conservé
dans son attitude l'empreinte de sa souveraineté passée. Ils
parlent en général très mal ou même pas du tout et sont
toujours très difficiles à comprendre. Ils sont affectueux,
doux, timides, pudibonds, surtout les filles. Ils conservent
longtemps des goûts enfantins comme amusement, et on
voit des filles de vingt ans jouer encore à la poupée comme
une enfant de trois ans. Ils sont ordinairement polis, peu re-
muants, peu tapageurs. Ils sont souvent maussades, pleu-
reurs, n'aiment pas à être dérangés, détestent qu'on ait
l'air de se moquer d'eux, qu'on ne les prenne pas au sé-
rieux et ne les traite pas en grandes personnes. Us ont un
caractère très tranché en somme et qui leur est très spécial.
M. Bourneville, auquel on doit l'histoire complète de cette
variété d'idiotie, méconnue ou inconnue avant lui, a bien
montré ce qu'il y avait de vraiment spécial chez eux aussi
bien au point de vue physique qu'au point de vue mental.
Rien n'est plus difficile à analyser que le caractère. On
s'en rend bien compte chez les enfants normaux. Ils sont
en effet peu précis, souvent peu sincères dans les réponses
qu'ils nous font, quelquefois il est vrai, involontairement et
par incapacité d'analyse personnelle. On ne peut bien les
CARACTÈRE DES IDIOTS 173
connaître que par leurs manifestations. Leur parole et leur
mimique très incomplètes nous apprennent peu de chose
sur leurs sentiments intimes, d'ailleurs très fugaces. Quelle
ne sera pas la difficulté chez les idiots ? Il faut vivre cons-
tamment avec eux pour les bien connaître et les observer
d'une manière très attentive. On ne peut guère, croyons-
nous, donner d'indications générales de quelque valeur sur
le caractère des idiots. En dehors des trois catégories dont
nous avons essayé de montrer les quelques particularités,
voici néanmoins ce qu'on observe le plus souvent :
On voit quelquefois survenir chez les idiots profonds des
changements brusques d'humeur que rien ne parait moti-
ver. Leur figure exprime tout à coup l'anxiété, et ils se
montrent récalcitrants. Chez des idiots simples, on observe
des actes bizarres, des mouvements capricieux que l'on
ne peut comprendre. Quelquefois ils ont de véritables accès
maniaques, sévissent contre eux-mêmes, se frappent la tète
contre les murs, brisent, crient. Il est probable que ces
sortes d'accès sont liés à des troubles circulatoires céré-
braux.
La plupart des auteurs (Schùle, Griesinger et d'autres)
distinguent deux formes, Tanergéthique et l'éréthique; la se-
conde prédominerait et s'accompagnerait souvent d'excita-
tion périodique. « Les idiots du deuxième genre, dit Grie-
singer. sont remuants, agités, vifs, irritables, se laissent
promptement aller à leurs impressions, mais ils sont ex-
trêmement distraits et complètement incapables de se fixer
à la moindre chose. On est souvent étonné, quand on voit
l'air vif et enjoué de ces enfants, de découvrir qu'ils ne
disent pas un mot et qu'ils ne comprennent rien. Dans quel-
ques cas, ils sont tellement excités et turbulents, ils se re-
muent, sautent de tous côtés, gesticulent, rient, pleurent et
174 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBECILE
crient de telle façon, pendant toute la journée entière, que
cela constitue un véritable état maniaque. »
A l'inverse de ces auteurs, nous pensons au contraire que
c'est la forme la moins fréquente que cette forme d'excita-
tion, que ne présente pas déjà la plus grande majorité des
idiots profonds. Quant aux autres, si ces deux formes exis-
tent, certainement elles ne répondent pas au plus grand
nombre de cas, pour lesquels c'est un état moyen qu'on
rencontre et qu'il est du reste assez facile d'obtenir avec la
discipline et l'éducation.
Chez les idiots légers, le fond du caractère est l'incon-
stance et l'obtusion des sentiments et la faiblesse de la vo-
lonté. Leur humeur dépend surtout de leur entourage, des
traitements dont ils sont l'objet. Quand on a bien soin d'eux
comme on le fait dans les asiles, ils sont le plus souvent do-
ciles, affectueux, gais et sociables. Ils sont au contraire mé-
chants et malicieux quand on les maltraite. Chez quelques-
uns, on observe quelquefois une indisposition mélancolique,
chez d'autres une surexcitation constante.
L'aspect des imbéciles est tout autre que celui des idiots.
Tout d'abord la conformation du visage, du crâne et de
tout le corps peut être parfaitement normale. Ils sont même
généralement assez bien conformés. Les traits sont régu-
liers, mais le crâne est un peu petit, souvent asymétrique.
La face est trop large, ils manquent de grâce, sont mala-
droits, sauf pour certains exercices. Ils portent dans leur
personne un air de suffisance, de contentement, en rapport
avec leurs idées. Indisciplinés, ils n'obéissent que par crainte,
sont souvent violents, surtout avec ceux qui sont plus faibles
qu'eux, humbles et soumis avec ceux qu'ils sentent plus forts.
Peu affectueux, égoïstes au premier chef, vantards. Ils ont
fréquemment des accès de colère, sont cyniques, se livrent
CARACTÈRE DES IMBÉCILES 175
à toutes les perversions sexuelles. Il en est dont le carac-
tère est absolument indomptable et qui sont d'une méchan-
ceté raffinée remarquable. Insouciants, satisfaits d'eux-
mêmes, ils ne pensent qu'à s'amuser, aux moyens d'éviter
le travail.
Mais nous ne pouvons insister davantage. Tout le long de
ce travail et dans ce chapitre des sentiments en particulier,
nous avons à maintes reprises montré par le détail le carac-
tère des imbéciles. — Leur physionomie est peu expressive,
quoique assez mobile. Mais cette mobilité ne correspond pas
à des sentiments coordonnés, suivis. Les changements se
font sans transition comme se succèdent leurs idées qui
sont déterminées par n'importe quelle impression exté-
rieure. Leurs jeux de physionomie sont des plus simples.
Ils expriment exactement l'impression momentanée pro-
duite, sans modifications apportées par les états d'âme an-
térieurs. Dès que l'impression cesse, la physionomie reprend
son indifférence, les phénomènes intérieurs étant trop fai-
bles pour déterminer une réaction de la physionomie. Aussi
celle-ci est-elle au repos très peu intéressante. Ce peut être
— rarement — une belle statue, mais c'est une statue. La
vie psychique manque. Le regard perd son éclat passager et
redevient vague et indécis.
Il en est qui sont assez spirituels, — relativement, bien
entendu. C'est parmi eux qu'on recrutait autrefois les fous
et les bouffons. Ils ont en effet quelquefois des saillies et des
réparties assez drôles, le plus souvent grossières. Ils compo-
sent des chansons sur leurs médecins et sur leurs maîtres,
qui ne manquent pas de sel parfois, mais sont toujours mé-
chantes. Ils saisissent en effet assez bien, nous l'avons dit,
le côté ridicule ou grotesque et ont une grande tendance à
l'exagérer. Tant que leur esprit malicieux ne va pas plus
176 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
loin, il n'y a pas à se plaindre. Mais bien souvent ils causent
dans la famille des divisions par leurs méchants propos et
leurs médisances; toujours à l'affût des interprétations les
plus désobligeantes pour les autres, bavards, incapables de
garder pour eux ce qu'ils savent ou croient savoir, et tou-
jours heureux de voir le mal qu'ils causent, que ce soit un
mal moral ou matériel. Si Ton songe combien, avec leur
faible jugement ils peuvent être induits en erreur, on verra
à quelle triste et dangereuse espèce d'individus on a affaire
avec les imbéciles, et quelles précautions on doit prendre
contre eux dans la société.
CHAPITRE VII
DU LANGAGE
SOMMAIRE : Rapport du langage avec le développement intellec-
tuel. — Mode de développement du langage chez l'enfant. — Opi-
nions des auteurs sur le langage chez les idiots. — Retard de la
parole. — Indépendance de l'idée et du mot. — Phases du déve-
loppement de l'articulation. — Mutisme idiotique. — Troubles delà
parole chez les idiots. — Lecture. — Ecriture. — Dessin.
Quoiqu'on ait voulu baser les classifications de l'idiotie
sur le développement du langage, il s'en faut de beaucoup
que, pour justifier cette prétention, on ait étudié le langage
dans toutes ses manifestations chez les idiots en comparant
avec ce qui se passe chez les enfants normaux. Le passage
que consacre Kussmaul, dans son remarquable livre, aux
troubles de la parole chez les idiots (il n'a, du reste, exa-
miné que des microcéphales) est tout à fait insuffisant. Du
reste, comme le remarquait, en 1884, Wildermulh 1 , au
Congrès psychiatrique de l'Allemagne du Sud-Ouest de 1884,
les différentes formes de l'idiotie ne présentent pas, relati-
vement à l'étude des troubles de la parole, un champ aussi
profitable qu'on pourrait le croire. Il y a chez ces malades
1. Wilderinuth, Quelques observations sur les troubles de lu parole
chez les idiots, in Arch. de Neurologie, 1885, t. II p. 250.
12
178 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
des troubles sensoriels, intellectuels et moteurs associés, qui
forment un tableau très complexe dont l'analyse, à raison
des allures psychiques des idiots, est hérissée de difficultés.
Nous allons passer en revue les opinions assez contradic-
toires, du reste, de quelques observateurs qui ont donné
quelques détails sur le langage des dégénérés, et chercher
à nous éclairer des travaux sur l'aphasie qui nous ont ap-
pris quel était le mécanisme du langage.
Mais avant d'entreprendre cette étude en détail, il nous
paraît utile de fixer certains points concernant les rapports
du langage avec le développement de l'intelligence. Ceux
qui ont prétendu baser leur classification des idiots sur le
développement du langage ont, pensé qu'il y avait un rapport
direct entre les deux. Il est possible qu'à regarder les choses
superficiellement, il existe en effet un certain rapport de ce
genre. Mais si on veut se donner la peine d'examiner les
choses de plus près, on s'aperçoit vite que, non seulement
le développement du langage n'est pas corrélatif du degré in-
tellectuel chez les gens normaux, mais même chez les idiots.
Des hommes des plus compétents, tels que Kussmaul 1 ,
Preyer 2 et d'autres nient formellement ce rapport et citent
des enfants très intelligents et cependant privés de parole,
sans être sourds-muets néanmoins. Nous ne voulons même
pas insister ici sur l'inégalité frappante qui existe chez les
hommes les plus éminents entre l'idée et son expression.
Mais chez les idiots eux-mêmes, il en est qui sont assez dé-
veloppés sous le rapport du langage et de la loquacité et qui
cependant occupent un degré très inférieur dans l'échelle
intellectuelle. Ce sont les microcéphales. La parole n'est donc
pas un critérium. Ce qui a pu pousser à lui donner cette im-
i. Kussmaul, Les troubles de langage.
2. Preyer, L'âme de l'enfant.
LANGAGE ET INTELLIGENCE 179
portance, c'est le rôle qu'elle joue dans le développement de'
l'intelligence, des idées dont elle facilite l'acquisition. Mais
avant tout, il y a le terrain, l'intelligence capable d'être
développée, cultivée, de recevoir et de comprendre les no-
tions qu'on veut y faire entrer. Dans ce cas, ce n'est pas le
langage des individus qu'il faut considérer, c'est leur ap-
titude à comprendre le langage des autres. Eh bien! tandis
qu'on peut admettre et se représenter une intelligence ca-
pable d'accepter les notions qu'on lui donne par le langage
et de s'en servir, et incapable d'un autre côté de les repro-
duire par le même procédé (tels les aphasiques moteurs), on
ne comprend pas une intelligence incapable de comprendre
les notions fournies par les différents sens et capable ce-
pendant de recevoir celles que lui fournit le langage. Le lan
gage s'il est beaucoup n'est pas tout, et il faut avant tout
une intelligence capable de se développer. On voit du reste
certains idiots qui, grâce à la mémoire auditive ou visuelle,
conservent le souvenir des mots entendus ou écrits, peuvent
même les répéter, et ont ainsi un vocabulaire assez étendu,
sans cependant comprendre les idées renfermées dans ces
mots. Et comme ils pensent, si peu que ce soit, et que ce n'est
ni avec des images auditives, ni avec des images visuelles
de mots, il est très vraisemblable que c'est au moyen d'images
représentatives d'actes; de sorte que ceux qui croient qu'on
peut penser sans mots, et c'est ce que nous croyons aussi,
semblent avoir raison. Il est du reste bien certain que les
animaux se souviennent, raisonnent, comprennent des sen-
timents sans laide des mois et rien que par des images.
Plus on a de mots à sa disposition, plus les images dispa-
raissent, moins on en a, et plus on pense à l'aide d'images.
C'est un procédé qui laisse beaucoup moins de latitude à la
pensée, mais qui est plus en rapport avec ces intelligences
180 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
où tout est acquis directement par les sens, sous forme
d'impression.
En somme, le langage ne nous paraît pas en rapport avec
l'intelligence pour trois raisons : 1° parce qu'il y a des gens
très intelligents qui ont un langage très défectueux, et même
des enfants chez lesquels il ne s'est jamais développé;
2° parce que c'est la réceptivité du langage qui est signe
d'intelligence et non pas son émission ; 3° parce qu'il existe
des idiots presque complètement dépourvus d'intelligence
et chez qui la parole est plus développée que chez d'autres
plus élevés intellectuellement. Telle est, par exemple, l'opi-
nion de Séguin.
Les observateurs ne sont pas non plus d'accord sur le
mode de développement du langage chez l'enfant normal,
ni sur la part qui revient à l'instinct héréditaire, à l'esprit
d'invention, d'imitation, etc. Nous n'avons pas l'intention
de passer en revue ces différentes opinions sur le développe-
ment du langage chez l'enfant. Ce qu'il y a de certain, c'est
que son mécanisme est bien connu aujourd'hui, grâce aux
travaux de M. Charcot sur l'aphasie, si clairement résumée
dans le livre de M. Ballet 1 . Les enfants del à 15 mois sont
de véritables aphasiques moteurs. Les premières images de
mots sont les images auditives, puis les images motrices et
enfin visuelles. Voilà les phases par lesquelles passe tout
enfant qui apprend une langue. Il y a lieu de se demander
ce qui pousse les enfants à reproduire les sons qu'ils ont en-
tendus, quels sont les procédés qu'ils emploient de préfé-
rence pour les reproduire, quelles sont les images qui pé-
nètrent le plus facilement dans leur esprit; autant de points
qu'il nous faudra examiner chez les idiots et comparer, si
nous le pouvons, avec les enfants normaux.
1. Ballet, Le langage intérieur et les diverses formes de l'aphasie.
MUTISME IDIOTIQUE 181
Avant d'exposer les remarques que nous avons pu faire au
sujet des idiots, il nous semble nécessaire de montrer l'état
actuel de la question. On verra combien est vague ce point
dont on a cependant voulu faire un pivot.
« Le vocabulaire des idiots, dit Dagonet *, est trè3 restreint.
Ils articulent à peine et ne prononcent distinctement que
des monosyllabes. » Il semblerait d'après cela que le degré
le plus supérieur de la parole chez les idiots soit l'interjec-
tion, ou le monosyllabe. Comme le remarque Kussmaul %
les interjections, les gestes imitatifs et les sons sont les pre-
mières racines des pantomimes et de la parole, mais ils ne
sont pas les seuls. Parler, c'est se comprendre soi-même et
les autres.
Un des caractères principaux de tous les cas graves, dit
Griesinger ', c'est le manque de langage. Jamais les idiots
du plus haut degré ne font un effort pour parler. C'est le
mutisme idiotique, qu'il ne faut pas confondre avec celui des
sourds-muets. Le mutisme idiotique a sa raison d'être, soit
dans l'absence d'idées (il dit ailleurs très justement qu'ils'ne
disent rien parce qu'ils n'ont rien à dire), soit dans l'im-
puissance du sujet de les reproduire mécaniquement (ano-
malie des organes de la parole. ») Pour nous, cette impuis-
sance ne réside pas dans une anomalie des organes de la voix,
mais bien dans le centre même du langage, lequel du reste
n'était pas encore connu à cetteépoque. Pour les idiots simples,
il reconnaît qu'ils peuvent prononcer un petit nombre de
phrases incorrectes. Presque toujours ils emploient l'infi-
nitif, quelques interjections. Ils répètent souvent des phrases
ou des morceaux de phrases qu'ils ne comprennent pas. Ils
1. Dagonet, loc. cit.
2. Kussmaul, loc. cit.
3. Griesinger, loc. cit.
1:82 PSYCHOLOGIE \)K I/IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
interposent des mois qui n'ont aucun rapport avec la question.
Enfin ils ont une prononciation défectueuse.
Aucun auteur n'a examiné si les phases du langage étaient
analogues ouidenliques chez les-enfants normaux et les idiots.
Séguin, qui s^est occupé avec une grande attention de l'édu-
cation du langage chez ces derniers, ne formule aucune règle
déduite de ses observations. Il s'est borné à des préceptes sur
les meilleurs procédés d'éducation du langage : 1° L'étude de
la parole doit commencer par les consonnes et non par les
voyelles; 2° les syllabes composées d'une consonne et d'une
voyelle doivent èire articulées les premières; 3° les labiales
entre celles-ci, doivent précéder toutes les autres; A les
syllabes isolées sont moins faciles à articuler que les syllabes
répétées. En outre,, de l'étude attentive de la façon dont
les enfants prononcent mieux lelle ou telle lettre, il con-
clut à l'état des lèvres, de la langue, et tire aussi d'utiles
indications pour la direction à donner au langage dans les
cas particuliers. Mais nous ne pouvons y insister ici, car
c'est une question de physiologie que celle de l'articula-
tion.
Quant aux autres auteurs, ils se sont bornés à dire que le
langage était plus ou moins défectueux. D'après Esquirol,
dans le premier degré de l'imbécillité, la parole est. libre
et facile; dans le second elle est moins facile, le voca-
bulaire est plus circonscrit. Dans le premier degré de Ti-
diotie proprement dite, l'idiot n'a à son usage que des mots,
des phrases très courtes. Les idiots du second degré n'arti-
culent que des monosyllabes ou quelques cris. Enfin, dans
le troisième degré, il n'y a ni paroles, :ni phrases, ni mots,
ni monosyllabes. On voit combien de pareilles limites entre
diverses catégories manquent de précision.
La rapidité des progrès linguaux n'est pas un signe d'in-
RETARDS DE LA PAROLE 183
telligence précoce; « au contraire, dit Perez 1 , ils (les enfants)
ne s'en expriment que mieux plus tard, et cela tient à ce
qu'ils ne se contentent pas de l'harmonie des mots, mais
ont des représentations des choses dont ils parlent. » Quant
au rabâchage monotone des mêmes mots, des mômes syllabes
chez les enfants, il pense qu'il leur est agréable, facile,
habituel et les repose des premiers efforts faits pour parler.
Il parait bien en effet en être ainsi, et ce ne sont pas les
enfants qui parlent le plus tôt, qui sont les plus intelligents,
mais ceux qui comprennent le plus tôt. Tout est là. Ce sont
des aphasiques moteurs, parce que leur centre d'articulation
n'est pas suffisamment développé, voilà tout.
Chez l'idiot, on observe ordinairement un retard plus ou
moins considérable de la parole, comme on en observe pour
la marche, la préhension, la propreté, etc., etc. Mais à l'in-
verse des enfants normaux , ils ne comprennent pas plus
qu'ils ne parlent. Le retard ne porte pas seulement sur un
centre, mais Lien sur tout le cerveau. Il faut donc distin-
guer entre les retards dans le langage. Tandis que l'enfant
normal a de l'aphasie de transmission, l'idiot a en même
temps de l'aphasie de réception, et comme son cerveau est
encore table rase au point de vue du langage, il n'a aucune
image de mots qui lui serve à se faire comprendre comme
le peut l'aphasique sensoriel.
Il en est de même du rabâchage qui n'est pas du tout
comparable dans les deux cas. Dans le premier nous pou-
vons admettre qu'il soit une distraction et un repos pour
l'enfant dont le centre de la parole est cependant en activité
comme toute sa zone motrice et pas plus qu'elle assurément.
Mais tout en laissant son centre d'articulation fonctionner
1. Pérez, /oc. cil.
184 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
automatiquement, l'enfant continue à penser et agit en con-
séquence de ses pensées. Chez l'idiot, au contraire, le ra-
bâchage devient un véritable tic. Ce n'est pas pendant quel-
ques instants qu'il répétera le même mot ou la même phrase,
ce sera continuellement , à propos de tout et à propos de
rien, sans qu'on puisse l'arrêter. Ou bien au contraire, il
suffira de prononcer devant lui un mot, une phrase pour
qu'il se mette à la répéter à satiété. C'est de la véritable
écholalie. De plus, l'idiot ne pense pas, tout en émettant
des sons de la sorte, et la meilleure preuve, c'est qu'il n'a-
git pas en rapport avec ce qu'il répète.
On discute encore pour savoir si la pensée est liée au mot
(Condillac, Max Muller, Bastian, etc.), ou si elle en est in-
dépendante (Locke, Helmoltz, Maudsley, Finkelnburg, etc.)
Kussmaul ! admet que bien que nous acquérions nos idées
par la parole, celles-ci, une fois acquises, contractent une
certaine indépendance à l'égard des mots. Les raisons qu'il
donne de l'indépendance complète du mot et de l'idée nous
paraissent renverser cette proposition. Il semble $ en effet,
que les idées, bien qu'inférieures, qui existent chez les ani-
maux et chez l'enfant bien avant l'apparition du langage sont
bien primitives : les mots ne servent qu'à les traduire et à
les représenter, et ce n'est au contraire que par la suite que
l'idée et le mot se trouvent liés presque indissolublement.
Nous ne savons plus penser qu'avec des mots. D'autre part,
les mots éveillent en nous des idées, et ce sont, comme on
l'a dit, des embryons d'idées, mais ce n'est que plus tard,
et ce n'est pas le mot en soi qui est capable d'éveiller une
idée nouvelle, mais une association de mots combinée de
façon à faire ressortir des rapports nouveaux entre les idées
ou les choses que nous connaissons.
1. Kussmaul, loc. cit.
DÉVELOPPEMENT DU LANGAGE 185
Chez l'idiot, celte indépendance de l'idée et du mot nous
paraît très manifeste. Tels idiots qui n'ont qu'un vocabu-
laire des plus restreints, savent cependant un assez grand
nombre de choses et sont capables de certains travaux qui
ont besoin d'être compris et demandent une certaine appli-
cation. Et la meilleure preuve que leur intelligence s'y ap-
plique, c'est qu'ils se perfectionnent. C'est là le propre des
actes intelligents, tandis qu'au contraire les actes purement
automatiques ne sont pas susceptibles de perfectionnement.
Ils saisissent ce qu'on va faire, ce qui prouve un certain
raisonnement qu'ils seraient du reste incapables de for-
muler. Ils sont en cela comparables à l'animal, au chien,
par exemple, qui devine ce que son maître va faire, en
vertu de ses expériences antérieures, tout comme un homme
peut le faire, avec cette différence qu'il raisonne sans mots,
mais avec de simples images. Nous remarquons donc que
plus l'intelligence s'élève, plus l'indépendance de l'idée et
du mot tend à disparaître.
Sous quelle influence se développe le langage? Fgger 1 et
Taine s font une large part à l'invention et à l'imitation per-
sonnelle dans le développement du langage. Outre les pleurs,
les cris, les rires, les gestes, langage naturel qui devient un
commencement de langage artificiel lorsqu'il s'y mêle une
intention, ils admettent des jeux de voix involontaires qui,
dès l'âge de six mois, varient à l'infini et sont des ébauches
de sons et d'articulations. Il y aurait là un langage instinctif
qui se retient peu à peu par les progrès d'un autre langage
inventé par l'enfant et susceptible d'une foule de variétés
1. Egger, La parole intérieure.
2. Taine, De l'Intelligence
186 PSYCHOLOGIE DE LIDIOT ET DE L'IMBÉCILE
■individuelles. Mais ils n'ont pas noté les formes de ce langage,
d'après eux spontané.
Kussmaul 1 distingue dans le développement de l'articu-
lation trois périodes : 1° balbutiement des quatre premiers
mois consistant surtout en sons labiaux et vocaux, mais
aussi en sons linguaux et palataux. Ces sons primitifs sont
d'une nature purement réflexe et témoignent de l'instinct
musculaire qui pousse les enfants à agiter les mains, etc. Ce
sont surtout des sons de sifflement, de grognements de cla-
quement, sons élémentaires, sons sauvages que les Hottentots
ont conservés et qui lui paraissent primitifs ; 2° quand vient
l'instinct d'imitation, ces sons sauvages sont peu à peu rem-
placés par les sons usuels de la langue du peuple. Cette
imitation n'est pas en rapport avec la compréhension des
mots. Ces sons et syllabes fortement articulés sont très
simples, simples réflexes de sentiment, -a, aa, ko, hu, da. Les
sons d'imitation, sont baba, bebe, dodo, dudu, etc., etc., im-
compréhensibles pour d'autres que leur entourage. Certains
enfants ne manifestent du plaisir à articuler que dans la se-
conde moitié de la deuxième année et même plus tard;
3° enfin l'enfant apprend à relier des images objectives dé-
terminées avec les mots acquis, qui peu à peu se convertissent
en idées. Alors seulement la parole devient une expression
de pensées. A cette période, le jeu du développement de l'ar-
ticulation marche très intimement à côté de celui de la
diction.
vChez les idiots, qu'observons-nous? Nous avons déjà dit
que le plus souvent, pour ne pas dire toujours, il y avait un
retard considérable dans l'apparition de la parole. C'est une
remarque que ne manquent pas de faire les parents. Ce ga-
1 Kussmaul, /or. cil
DÉVELOPPEMENT DU LANGAGE tSÏÏ
zouillement, ce balbutiement de l'enfant, est bien en effet un
rudiment de parole. On ne l'observe guère chez l'idiot, ou
très tardivement. « Il n'a jamais gazouillé, nous disent les
parents, comme mes autres enfants. » Par contre, ils poussent
souvent des cris rauques qu'on ne sait quelquefois à quoi
attribuer, car ils n'expriment ni douleur, ni crainte, ni co-
lère. Souvent même ces cris se manifestent sous forme d'ac-
cès. « Jusqu'à tel âge, nous disent les mères, il n'a fait qu'un
cri. » Et de fait, elles n'ont pas tort. Il nous arrive plus d'une
fois des enfants que leurs parents ont dû placer à cause des
plaintes des voisins.
Or Egger ' note dès cinq semaines le passage du cri à la
voix. Chez les idiots, incurables surtout, même de plusieurs
années, le cri n'a pour ainsi dire aucune intonation, et il ne
saurait en avoir, car il ne répond à aucun sentiment défi-
nissable. Cette non prédisposition à la parole se traduit donc
de très bonne heure par l'absence du balbutiement, par l'ab-
sence d e intonation dans le cri.
Plus tard, l'imitation entre en jeu pour la reproduction des
sons entendus. Kussmaul 2 considère que l'imitation est une
fonction du cerveau. Mais ce doit être une fonction réflexe,
involontaire, car Egger, chez des enfants de neuf mois, à
côté de diverses manifestations de l'imitation, n'a constaté
« <aucun effort sensible pour imiter les sons entendus. »
Chez l'idiot, on ne constate non plus aucun effort d'imitation,
et cela beaucoup plus tard que neuf mois, quelquefois même
toute la vie. Si l'imitation jouait un rôle si considérable qu'on
tient à le dire dans le développement du langage, il y aurait
lieu de s'étonner que la parole soit toujours si imparfaite
chez les idiots, où l'on a coutume de dire que l'instinct d'i-
t. Egger, loc. cit.
2. Kussmaul, loc. cit.
188 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
miiation est si développé, et que c'est grâce à cet instinct
qu'on peut arriver à l'éduquer. Il s'en faut de beaucoup,
avons-nous vu, que cet instinct d'imitation soit aussi fort.
Pour imiter, il faut prêter attention et être capable de re-
produire ce qu'on a vu. Or, chez l'idiot non éduqué, l'attention
est rudimentaire ou nulle. Comment serait-il porté à imiter
des sons qu'il n'a pas entendus faute d'attention.
C'est souvent même cette impossibilité de fixer l'attention
qui produit ce que Griesinger 1 appelle le mutisme idiotique,
dont il distingue deux variétés. Il y en a certainement au
moins quatre : mutisme par absence d'idée, mutisme par
impossibilité centrale de les exprimer, mutisme par défec-
tuosité des organes vocaux, mutisme par suite de surdité ou
de pseudo-surdité.
Séguin 2 pense que le mutisme résulte de deux causes
presque toujours confondues en lui, mais qu'il est nécessaire
de combattre isolément : l'incapacité physiologique de di-
riger les organes de la parole, et le défaut d'intelligence.
II combat ridée de Griesinger et d'Esquirol que beaucoup
d'idiots sont muets parce qu'ils n'ont rien à dire. Il en est
qui sont incapables de parler mais savent exprimer par gestes
leurs désirs et leurs besoins.
On pourrait peut-être, à notre avis, rapprocher ces
troubles de la parole de l'aphasie et distinguer des apha-
siques moteurs et des aphasiques par surdité verbale, les
causes qui empêchent la parole dans les organes vocaux
étant éliminées.
Dans le premier cas nous avons affaire à des idiots qui ne
peuvent pas parler, tout en comprenant à peu près ce qu'on
1. Griesinger, loc. cit.
2 Séguin, loc. cit.
TROUBLES DU LANGAGE 189
leur dit, ainsi que le prouve leur obéissance à exécuter ce
qu'on leur commande.
Dans le second cas, nous avons des idiots qui ne com-
prennent pas un mot de ce qu'on leur dit, et sont incapables
en même temps d'émettre un seul mot. Tels sont les idiots
incurables qui se retournent si on fait un bruit fort, et qui
ne sont par conséquent pas sourds. Il en est d'autres qui,
non seulement paraissent sourds aux paroles mais même à
toute espèce de sons, et qui cependant ne sont pas sourds.
Leur surdité n'est qu'apparente et tient uniquement à l'ab-
sence d'attention. Nous verrons plus loin, à propos de l'écri-
ture, s'il existe aussi des agraphies et des cécités verbales.
Enfin au troisième stade, l'enfant apprend à relier ses
idées à des mots. C'est là le point le plus difficile à obtenir
chez l'idiot. Chez l'enfant, l'imitation du mot précède le
plus souvent sa compréhension. On en a la preuve dans Ja
répétition fréquente d'un mot nouvellement appris et que
l'enfant sert à tout propos. Gela s'observe surtout chez les
enfants dont la facilité d'articulation est assez grande et
précède le développement de l'intelligence générale. Chez
l'idiot, on voit cette démarcation encore plus nette, et il
arrive chez certains qu'ils imitent et répètent convenable-
ment non seulement des mots, mais même des phrases
entières dont ils ne comprennent jamais le sens, comme
nous avons pu l'observer maintes fois. C'est encore là une
preuve que l'idée et le mot sont indépendants, et que si elle
ne précède pas le mot, celui-ci est impuissant à l'éveiller.
Certains idiots en restent à cette phase. On les amène à arti-
culer, mais on ne peut pas aller plus loin, et le rapport de
l'idée et du mot leur échappe. Chez d'autres, à un degré
plus élevé, on observe que le langage s'arrête à une des
phases de celui de l'enfant, celle où il s'exprime, par simples
190 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
monosyllabes répétés, par des infinitifs, dans laquelle il
fait souvent des interpositions de syllabes et où il prononce
mal certaines lettres.
En somme le développement du langage chez l'idiot nous
a paru présenter les mêmes phases que chez l'enfant normal.
Mais au lieu que ces phases se succèdent rapidement, elles
se succèdent au contraire très lentement, le plus souvent
même l'évolution s'arrête en route à un point quelconque
correspondant à une des étapes de l'enfant.
Nous avons vu toutefois qu'il ne faut pas regarder le dé-
veloppement du langage comme parallèle à celui de l'intel-
ligence. On peut en trouver, outre les motifs et les preuves
que nous en avons donnés, une raison dans l'anatomie pa-
thologique d'une part, et d'autre part dans les différences
que présentent sous le rapport delà parole les diverses caté-
gories d'idiots.
On voit en effet très souvent des scléroses localisées du
cerveau chez les idiots. Si la sclérose atteint plus spéciale-
ment le centre du langage, il est bien évident que l'évolution
de celui-ci se trouvera enrayée, alors que le développement
de l'intelligence pourra continuer à se faire, quoique faible-
ment, car, le plus souvent, les lésions sont diffuses, mais pré-
dominent en certains points. D'autre part, l'examen des
cerveaux de microcéphales montre, et presque tous les
auteurs sont d'accord à cet égard, que c'est surtout aux
dépens des lobes postérieurs que se fait la diminution de
volume. Dès lors on comprend que le cenlre du langage se
trouvant dans les régions antérieures relativement les plus
développées, le langage soit souvent beaucoup moins rudi-
mentaire dans cette catégorie d'idiots que dans les autres.
Chez les idiots qui parlent, c'est tantôt la formation des
sons laryngés, tantôt celle des sons labiaux et linguaux qui
TROUBLES DU LANGAGE 191
est entravée, dit K-ussmaul. C'est dire qu'il est impossible
de fixer une marche spéciale au développement des diverses
voyelles, consonnes et diphtongues chez les idiots, non plus
d!ailleurs que chez les enfants ordinaires.
D'après Kind', les personnes atteintes d'idiotisme acquis
sont quelquefois des bavards à outrance et cela dans deux
circonstances : 1° chez les sujets qui ont acquis un certain
degré de culture avant de tomber malade, les mots se dé-
roulant alors mécaniquement de la façon la plus confuse
sans que pour cela les idées se combinent ou que, contraire-
ment à ce qui se passe dans la logorrhée des aliénés atteints
de désordre dans les idées, elles ne se groupent autour d'une
idée principale qui perce à travers la folie ; 2° chez certains
sujets dont les idées ] roduites par l'excitation d'un sens
sont si peu fixes, qu'à chaque instant un changement d'exci-
tation fait surgir une nouvelle idée avec un nouveau mot.
Le deux états peuvent aussi coïncider ensemble. — Pour
les dysphasies et des lalopathies que peuvent présenter les
idiots, nous résumerons le travail de "Wildermuth*. Cet au-
teur dislingue deux cas :
4° Cas où le trouble de la parole est l'expression directe
du trouble intellectuel. Depuis l'idiot complètement muet
jusqu'à l'arriéré capable d'éducation, le trouble de la parole
correspond au cercle étroit de la conception de ces êtres. Ils
manquent d'un bagage de mots richement fourni, et l'asso-
ciation rapide est défectueuse. On y rencontre d'abord des
exemples en grand nombre chez lesquels le degré auquel
est restée la vie psychique et son expression principale, le
langage, a son analogue dans les étapes que l'enfant normal
doit parcourir pour son développement intellectuel et verbal.
1. Kind. Uid'Otisme et les asiles d'idiots, in Schmidts Juhrb, 1862.
2, WiUermuthj lot. cit..
102 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
Au degré le plus inférieur, l'idiot ressemble à un enfant
dans la première semaine de la vie ; c'est un automate végé-
tatif, réflexe; à un degré plus élevé, on a sous les yeux un
enfant d'un an et demi à deux ans qui émet des onomatopées
monosyllabiques, puis le bagage verbal progressant, on cons-
tate plutôt un défaut de syntaxe et de grammaire, un lan-
gage de bébé tel que celui d'un enfant de deux à trois ans.
Les verbes ne sont mis qu'à l'infinitif; le personnage ne
parle de lui qu'à la troisième personne ; mais il est capable
d'écrire correctement mots et vocables; il fait des imitations
puériles de ce qui se passe autour de lui ; incapable d'édu-
cation, il en impose au pronostic (imbécillité congénitale).
Dans ce groupe se rangent encore les défectuosités qui rap-
pellent plutôt l'incertitude d'un adulte apprenant à parler
une langue étrangère (parole et articulation correctes, mais
désignations adverbiales fausses, pléonasmes, parapbrases,
confusion de mot à peu près semblables), l'impossibilité de
prononcer correctement (zézaiement des arriérés) ; les dys-
phasies qui tiennent à une anomalie dans le débit de la
conception (parole traînante et élocution abondante avec
cbangement constant de sujets comme chez le maniaque ou
le fou systématique (idiots et microcéphales avec répétition
des dernières syllabes), tous faits avec pronostics défavo-
rables.
2° Cas où les troubles de la parole sont, non pas la con-
séquence directe, l'expression de l'arrêt morbide de la vie
conceptuelle, mais une complication de l'idiotie. Il y a d'a-
bord les dislalies mécaniques, trouble d'articulation très
répandu chez les idiots ; le balbutiement sert en même temps
de transition entre les deux groupes. Puis viennent des im-
perfections dans l'émission de certaines syllabes, déchets
également inévitables dans le développement de la parole
TROUBLES D'ARTICULATION 193
normale. Le sigmatisme, le rhotacisme, le grammacisme
surtout, se trouvent, avec d'autres troubles, au moins chez
la moitié des arriérés. — Les troubles de l'articulation qui
s'effectuent au moment où il s'agit de former des syllabes
et des mots se présentent sous deux aspects. En premier
lieu, le balbutiement très prononcé pendant la formation de
certains sons, impossibilité d'émettre distinctement les con-
sonnes, d'où articulation indistincte, difficile à définir, qui
gêne et empêche totalement la formation des syllabes et
des mots. Quand on essaie de les faire parler, les patients
font entendre une quantité de sons qui résonnent identique-
ment et, spontanément, ils demeurent incapables de parler.
Ces faits témoignent toujours d'un trouble psychique très
profond. Le second aspect concerne une parole confuse dès
qu'il faut lier les sons : cette parole vague, liée, confuse,
floue, caractérisée par une émission négligée de consonnes
avec oubli de certaines syllabes isolées, appartient à l'im-
bécillité moyenne ou légère.
Wildermuth 1 a rencontré rarement chez les idiots l'achop-
pement syllabique pur, et jamais le bégaiement. — Ces
résultats sont absolument concordants avec nos recherches
et nous avons été frappé en effet de la rareté qu'avaient chez
les idiots ces troubles de l'articulation, blésité, bégaiement,
anonnemenf, écholalie, etc., qu'on a l'habitude de regarder
comme des stigmates de dégénérescence. Où ces troubles
se rencontrent, c'est chez les imbéciles qui, au point de vue
du langage, ne présentent d'ailleurs rien de particulier à si-
gnaler, si ce n'est le peu d'étendue de leur vocabulaire.
Ajoutons qu'ils sont en général bavards, parlant de tout à
tort et à travers pour le plaisir de parler. On peut observer
1. Wildermuth, loc. cit.
13
19 i PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
aussi quelquefois chez eux de l'onomatomanie au même litre
que divers autres stigmates psychiques, et des délires pas-
sagers à forme d'agitation maniaque, avec loquacité excessive,
récitation de chants ou de moi'ceaui appris autrefois, mais
ordinairement plus incohérents dans les actes que dans les
paroles.
L T ne autre forme du langage est la lecture. Ce sont là les
images verbales visuelles qui sont en jeu. — Elle présente
encore plus de difficultés à apprendre que la parole.
Naturellement, chez les idiots incurables, il n'y a pas lieu
d'y songer. A un degré plus élevé, ils arrivent à apprendre
les lettres, à assembler quelques syllabes, mais non à lire
véritablement en comprenant ce qu'ils lisent. Ils n'ont pas
d'initiative et disent la lettre qu'on leur désigne, mais ne la
nomment pas spontanément.
L'idiot éducable arrive très difficilement à distinguer ses
lettres, mais il y arrive. Il lui faut passer quelquefois plu-
sieurs semaines sur la même lettre; on le retrouve toujours
prêt à revoir la même lettre qu'il ne peut retenir. On arrive
plus vite en se servant de lettres mobiles en bois. Il consi-
dère alors la lettre comme quelque chose de réel, d'existant,
et cela convient mieux à ses facultés. Il faut remarquer en
eflet que plus encore quo l'enfant, l'idiot transforme tou-
jours l'abstrait en concret. Aussi en est-il qui savent très
bien reconnaître toutes les lettres de l'alphabet de bois, à la
rigueur même de l'alphabet imprimé et qui sont incapables
de les reconnaître dès qu'elles sont modifiées d'une façon
marquée. Ils reconnaissent dans leurs letlres un objet qu'on
les a habitués à appeler d'un certain nom. Ils n'ont pas
saisi la notion abstraite de lettre, et dès qu'ils n'ont plus le
même aspect, ils ne le reconnaissent pas.
LECTURE 195
Peu à peu, on fait assembler à l'idiot quelques lettres et
former des syllabes faciles. Il arrive alors plus vile à lire et
à former les syllabes qui commencent par une consonne
(ba, fi...) On se bute à un véritable entêtement, qui veut
quand même prononcer la consonne avant la voyelle. —
Une fois cette difficulté vaincue, les progrès sont moins lents.
On arrive à faire lire l'idiot, mais la lecture est toujours
saccadée. Il sépare dans la prononciation toutes les syllabes,
sa diclion est tantôt monotone, tantôt chantante, jamais nor-
male. Il faut avouer qu'ils sont rares (environ 4/10) ceux
qui arrivent réellement à lire un peu convenablement. Les
autres reconnaissent leurs lettres mais ne font jamais que
syllaber. Ils ne veulent ou plutôt ne peuvent rien faire de
plus.
L'idiot qui est arrivé à lire, comprend-il ce qu'il lit? Dans
les ouvrages scolaires où les idées exprimées sont à la portée
du lecteur auquel elles s'adressent, il est évident qu'il retient
quelques idées par-ci par-là. Il comprend assez bien les noms
et les adjectifs, mais très difficilement les verbes. Lorsqu'on
laisse l'idiot livré à lui-même avec un livre devant les yeux,
sur un signe que vous lui ferez, il se mettra à lire, mais
son travail sera tout machinal et il ne comprendra rien à ce
qu'il lira. Il faut sans cesse l'aiguillonner de questions pour
le forcer à s'arrêter sur tel ou tel mot et à en comprendre
le sens.
Chose curieuse, l'idiot qui sait lire sans comprendre tout
seul ce qu'il lit, arrivé à l'âge de douze à quinze ans, c'est-à-
dire, à un âge où les enfants aiment la lecture, l'idiot aime
aussi à lire ou plutôt à faire semblant de lire. Qu'il trouve
un morceau de papier sur lequel il y a quelques signes ou
quelques lettres, aussitôt il se met à le considérer attenti-
vement, et une personne étrangère, à le voir ainsi, croirait
196 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
sans doute qu'il lit. En promenade, on est obligé de les sur-
veiller dans les achats qu'ils font. Ils aiment à aller chez les
marchands de journaux et à y acheter un journal quelconque
qu'ils font semblant de lire en route. Un idiot, L..., de Bi-
cêtre, qui sait lire, a acheté ainsi un jour Y Intransigeant et
la Semaine médicale! On lui demanda ce qu'il allait en faire,
il répondit que c'était pour les lire et si on les lui avait pris,
il aurait certainement été vivement affecté.
L'imbécile apprend à lire bien plus vite que l'idiot, mais,
on a surtout à lutter contre l'instabilité et l'inattention de
l'enfant. Au point de vue de la lecture, il n'y a entre l'im-
bécile et l'enfant normal d'autres différences que la différence
d'attention. Jamais l'imbécile n'arrive à lire d'une façon tout
à fait correcte. Tantôt il ânonne, tantôt il a une diction sac-
cadée. Même chez ceux qui sont arrivés à un développement
intellectuel relativement élevé, on ne trouve pas de lecture
courante et expressive.
Ils ont une façon singulière délire les livres illustrés, ceux
qu'ils préfèrent. Quand ils trouvent une image à sensation,
si un maître est à côté d'eux, ils lui demandent aussitôt le
sujet de la gravure; s'il n'y a personne pour leur donner des
explications, ils cherchent à trouver la ligne qui pourra les
leur fournir. S'ils la trouvent, ils la lisent avidement, mais
ils ne cherchent pas longtemps à la découvrir. Leur paresse
naturelle se montre là comme partout. Ils veulent avoir une
satisfaction, qu'elle soit physique ou intellectuelle, mais ne
se donner aucune peine pour l'obtenir.
L'écriture nécessite un ensemble de mouvements des
muscles du bras et de la main assez délicats, assez limités,
et qui, à cause de leur précision, demandent beaucoup de
temps pour être appris, et devenir non plus une fatigue
ECRITURE 197
comme chez ceux qui savent à peine écrire, mais un mou-
vement automatique comme celui de la marche, de la danse
ou tout autre exercice nécessitant une combinaison de mou-
vements. Or, nous avons vu que, chez les idiots, la coordination
des mouvements est très dificile à obtenir, quelquefois même
impossible. Idiots et imbéciles sont toujours maladroits, au
moins en général. Les impressions peu intenses, peu précises
chez les premiers, le défaut d'attention chez les seconds ren-
dent difficile de leur apprendre les mouvements associés un
peu délicats. Il faut donc s'attendre à trouver chez eux une
écriture encore plus défectueuse que la lecture.
D'autre part, récriture se modifie considérablement avec
l'âge, c'est-à-dire avec le caractère. Assez semblable chez
les jeunes sujets et chez ceux qui savent peu écrire, on la
voit se caractériser, s'affirmer, acquérir une indépendance
telle qu'aucune écriture courante n'est identiquement sem-
blable à une autre, fût-elle du même type. Les modifica-
tions de l'écriture suivant les caractères, les tendances du
moment même, ont été la base de la graphologie qui, lors-
qu'on ne la pousse pas trop loin, lorsqu'on ne lui demande
pas plus qu'elle ne peut donner, lorsqu'on veut s'en tenir
aux grandes lignes, est fort intéressante et relativement
assez exacte. C'est ainsi qu'appliquée aux aliénés, elle peut
rendre des services au point de vue du pronostic. Il est en
tous cas certain qu'il existe une relation constante entre le
caractère, le sentiment d'un homme et son écriture.
Etant donné que le caractère de l'idiot est très peu mar-
qué, que ses sentiments sont très rudimentaires, il faut s'at-
tendre à ne pas plus trouver que pour la lecture, de l'ex-
pression et de la fermeté dans son écriture.
Il en est de l'écriture comme de la lecture. Il y en a qui
sont agraphiques et d'autres qui ont de la cécité verbale. Il
198 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
en est en effet qui ne peuvent jamais écrire et d'autres qui,
pouvant écrire, sont incapables de se relire.
L'idiot, en général, ne peut arriver que très difficilement à
former ses lettres. Les premiers signes qu'il trace sont des
signes qui rappellent plus ou moins la forme d'un G (pi. I).
L'idiot simple fait éternellement le même signe. Il ne re-
garde même pas son modèle. On le lui fait regarder, il le
reproduit mais le perd de vue et s'en éloigne de plus en
plus pour en revenir au signe qu'il préfère. 11 arrive à écrire,
mais ne fait que reproduire un modèle qui n'a aucun sens
pour lui (cécité verbale).
Il en est qui écrivent assez lisiblement et qui cependant
sont incapables de syllaber.
Ils aiment beaucoup à imiter les caractères d'imprimerie.
Pour les obliger à respecter le modèle qu'on leur donne,
il faut leur diriger la main pendant très longtemps et ce
n'est qu'à force de la diriger que cette main arrive à imi-
ter le modèle. Nous trouvons là cette difficulté à retenir
les mouvements associés dont nous parlions plus haut.
Ce n'est cependant pas tant en ce cas l'attention qui leur
manque que la faculté de comparaison. L'idiot ne voit pour
ainsi dire pas par où pêche la lettre qu'il vient de tracer.
C'est la lettre o qu'il aime le mieux à former et forme le
mieux quand elle est isolée. Dans le corps d'une syllabe, il
a tendance à ne pas former la boucle en haut.
Berkhan' a examiné l'écriture de soixante-quatre petites
filles affectées d'idiotie partielle. Chez vingt, l'écriture se
rapportait à un même type. Quand le trouble était peu mar-
qué, Tune ou l'autre lettre d'un mot était oubliée et rem-
placée par une autre lettre, ou les mots étaient défigurés
i. Berkhan, Balbutiement écrit chez les idiots, Arch. f. Psych., xvr.
TROUBLES GRAPHIQUES 199
davantage et en plus grand nombre, de telle sorte qu'on ne
pouvait déchiffrer que les mots qui sont d'un emploi fré-
quent.
Cet auteur établit un parallèle entre ce trouble de l'écri-
ture et le trouble du langage qui constitue le balbutiement.
Dans les deux cas, les signes du langage sont défigurés de
la même façon. Mais il n'y a aucun rapport entre le balbu-
tiement oral ou le bégaiement. Chez des idiots où les deux
troubles se rencontraient, ils portaient même sur des mots
différents.
Pour notre part, nous avons remarqué en effet l'oubli
fréquent de lettres au milieu d'un mot ou d'un mot au
milieu d'une phrase, mais nous ne saurions comparer ces
erreurs au bégaiement dans lequel il y a non pas absence,
mais au contraire répétition de la même syllabe ou du même
mot (PI. II). C'est tout simplement un oubli qui résulte de
leur défaut d'attention.
Comme il est facile de le voir par la page (PI. 111), les
lignes courbes dominent, partout. Dans toutes les lettres
que fait l'idiot, on dirait qu'il cherche à placer cette espèce
de ligne. La page représentée (PI. III) a été faite par un en-
fant qui n'a pas fait de progrès depuis deux ans. C'est tout
ce qu'il sait, faire en fait d'écriture depuis plus de quatre ans
qu'il tient un porte-plume. Nul doute qu'il n'arrivera jamais
à former une syllabe. Cet enfant sait pourtant lire les syl-
labes et les mots simples (ca-fé, mo-ka, ma-ca-ro-ni), ainsi
que les mots usuels (pain, vin, gilet, etc.). Mais en lecture
aussi ses progrès se sont arrêtés. On pourrait en citer bien
d'autres dans le même cas dont l'intelligence donne ainsi
rapidement son maximum.
Certains idiots arrivent à écrire, même lisiblement. Leurs
lettres sont régulières et se ressemblent toutes. Il n'y a pas
200 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
beaucoup de fautes de copie. Mais on est toujours surpris
de constater ensuite que l'enfant est incapable de lire ce
qu'il a écrit. Il a de la cécité verbale. Un idiot crétinoïde, G. . .,
de Bicêtre, est arrivé à écrire et à se relire. Il va même
jusqu'à écrire l'orthographe de quelques mots très usités,
mais c'est tout.
De même que l'idiot aime à lire, bien que ne sachant pas
lire, il aime aussi à écrire. Il arrive souvent aux instituteurs
d'entendre des idiots leur demander une feuille blanche et
une plume pour écrire à leur famille. On leur donne ce qu'ils
demandent, et aussitôt ils griffonnent sur le papier des signes
informes qui de loin ont l'aspect de lettres régulièrement
alignées. Ils ont l'habitude de dire à haute voix et pour
ainsi dire de "se dicter à eux-mêmes les mots qu'ils sont
censés écrire.
Séguin 1 a fait une observation assez singulière, c'est que
presque tous les idiots prennent leur premier crayon de la
main gauche et que quand on leleur met dans la main droite,
ils veulent toujours aller de droite à gauche. Il y a là comme
une ébauche de l'écriture spéculaire. Séguiu rapproche ce
fait de l'écriture des peuples anciens et même des Orientaux
modernes, qui se fait dans le même sens.
En somme, nous voyons que l'écriture est toujours très
défectueuse chez les idiots quand elle n'est pas nulle. Dans
des cas même où elle existe, on ne peut pas dire que c'est
de récriture puisqu'elle ne représente pas autre chose qu'un
dessin copié. De plus ils ne peuvent guère que copier et
non écrire sous la dictée ou spontanément.
L'imbécile apprend assez vite à écrire, mais il ne forme
jamais bien ses lettres. Il ne peut s'astreindre, comme l'idiot.
1. Séguin, loc. cit.
ÉCRITURE DES IMBÉCILES 201
à suivre un modèle. Il faut trop d'attention pour cela.
Il perd vile le modèle de vue. Aussi, lorsqu'il a à reproduire
une même ligne pour toute une page, on remarque combien
la dernière ligne diffère de la première. Il y a une véritable
gradation de dissemblance. Gela tient à ce qu'au lieu de se
reporter à son modèle, il préfère recopier la ligne qu'il vient
d'écrire lui-même. Aussi répète-t-il, en les grossissant, les
imperfections de sa propre écriture. Cela pourrait expliquer
comment il se fait que l'imbécile a plutôt tendance à gâter
son écriture qu'à la perfectionner. Il n'est pas rare en effet
de constater, en comparant deux cahiers écrits par le même
élève, à plusieurs années de distance, qu'au lieu de faire des
progrès, il écrit de plus en plus mal à partir d'un certain
moment. L'écriture est plus expédiée, mais elle est illisible
(PI. IV et V). Il en est pour l'écriture comme pour la lec-
ture. Jamais un imbécile n'arrive à écrire régulièrement.
L'écriture est tantôt droite, tantôt penchée dans le même
mot ou dans la même ligne.
Ils lisent encore plus mal récriture que l'imprimé.
Nous ferons remarquer ce que nous avons déjà dit plus
d'une fois des imbéciles comparés aux idiots. Ceux-ci arrivés
à un certain degré ne peuvent aller plus loin et restent sta-
tionnaires. Ceux-là, au contraire, ne restent pas station naires,
mais perdent avec une rapidité désespérante les progrès
qu'ils avaient pu faire. Lorsqu'on laisse un imbécile livré à
lui-même après lui avoir donné une page à copier, on le voit
souvent s'arrêter au milieu de sa copie et reproduire un
certain nombre de fois une lettre ou une syllabe, faire en
un mot un travail machinal, automatique, qui permet àson
imagination de vagabonder (PL VI). Le centre graphique
seul continue à fonctionner automatiquement.
L'imbécile change souvent d'écriture plusieurs fois dans
-202 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE LIMBÉGILE
la même page. Or, nous disions au début que plus un carac-
tère est tranché, plus l'écriture a son autonomie spéciale.
Cette mobilité dans l'écriture reflète absolument la mobilité
du caractère, tandis que nous voyons au contraire l'écriture
des idiots offrir beaucoup plus de constance dans son type.
On en est quelquefois à se demander si l'écriture est du
même élève. La régularité et la symétrie sont incompatibles
avec l'imbécillité (PL VII).
Il y a cependant des exceptions. Un petit imbécile de Bi-
cètre, B...., a une écriture régulière. Son cahier est très
bien tenu. Il trace une marge à droite, une à gauche, des
traits après chaque titre et sous-titre et termine ses pages
par de petits dessins linéaires tracés avec beaucoup de régu-
larité au moyen de règles, ou de boutons pour les courbes
(PI. VIII). Chez lui, c'est le contraire des autres, il a la
manie de la régularité. Mais cette exagération même indique
un cerveau mal équilibré. Il est exceptionnel de voir un
imbécile être normal sous quelque rapport que ce soit. Tou-
tefois un autre imbécile de Bicêtre, Gr.., qui s'est amélioré
au point de pouvoir sortir et travailler chez un vannier, est.
arrivé à avoir une écriture assez régulière. L'an dernier il a
obtenu son certificat d'études avec le maximum des points
sauf pour l'écriture. C'est un des rares.
Nous avons parlé du sentiment et de l'émotion esthétiques
et nous avons constaté combien ils sont rudimëntaires. Nous
venons de voir d'autre part que pour certains idiots, récri-
ture n'est que du dessin. Aussi avons-nous préféré, à cause
des rapports qui relient ensemble ces deux choses mettant
en jeu le centre graphique, placer ici nos observations sur le
dessin. Elles sont du reste à rapprocher de celles sur récri-
ture.
DESSINS DES IDIOTS 203
L'idiot met longtemps à dessiner, il s'en tient au modèle
qu'il reproduit tant bien que mal. mais il n'ajoute rien, de
même qu'il n'oublie aucun détail, si mal qu'il le rende du
reste, bien entendu. 11 n'a aucune notion de la perspective,
ce qui lui est commun du reste avec presque tous les peuples
orientaux. C'est d'ailleurs une notion t: es délicate à acqué-
rir et que l'expérience ne suffit pas à donner. On se convainc
facilement quil en est de même chez le tout jeune enfant
qui cherche à prendre quelque chose en se fiant plus à son
volume, à son éclat, qu'à sa situation relative. Pour juger
de la perspective, il faut comparer et juger, deux qualités
rudimenlaires chez l'idiot. 11 représente les ombres du mo-
dèle comme il peut, mais il cherche à les représenter. Le
dessin ci-joint (PI. IX) est celui d'un enfant qui s'est rela-
tivement bien développé, mais qui semble avoir donné tout
ce quil pouvait donner.
L'idiot n'imagine rien en fait de dessin. Certains cependant
s'amusent à faire une figure plus ou moins informe à laquelle
ils donnent un nom de personne, mais rien en dehors de
cela. Le seul à qui on ait pu, à Bicêtre, faire représenter
quelque chose sans modèle, est Gr..., cet idiot crétinoïde
chez lequel nous avons constaté également une écriture assez
régulière. Il fit un jour le dessin d'un tambour qui ressem-
blait plu Lot à une sorte de ballon dégonflé et flanqué de deux
baguettes, dont l'une a deux fois la longueur de l'instrument
et dont l'autre ne représente que la dixième partie.
Si on remarque que chez l'homme normal, il s'en faut de
beaucoup qu'une belle écriture indique des tendances au
dessin, ou inversement que de bons dessinateurs aient des
chances pour bien écrire, on pourra observer que chez l'i-
diot l'écriture n'est véritablement que du dessin, et que,
comme son intelligence est trop faible pour associer une idée
204 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
à un signe conventionnel, il en résulte que récriture n'est pas
pour lui un symbole. Il n'y voit qu'un assemblage de traits
qu'il arrive quelquefois à associer à l'idée d'un son lorsque
ces traits sont simples, mais dont il ne voit pas la liaison dès
qu'ils sont en trop grand nombre. Aussi l'écriture et la lec-
ture sont-elles sans expression, puisqu'il émet des sons dont
il ne voit pas, non seulement le rapport avec les idées, mais
même avec ceux qui le suivent et ceux qui le précèdent.
Remarquons également que l'idiot ne peut pas dessiner
sans modèle, de même qu'il ne peut pas écrire sans modèle,
et nous verrons encore là un argument pour montrer que
l'écriture chez l'idiot n'est absolument que du dessin, vide
de sens au point de vue verbal.
De même que pour l'écriture, l'imbécile n'aime pas les
modèles de dessin. Si on l'y astreint, il les reproduit sans
goût et par suite sans proportion, voulant avant tout faire
vite sans chercher à faire bien (PI. X), et préfère le plus sou-
vent se laisser guider par son imagination qui se donne alors
libre carrière. Il ne recule devant aucune difficulté, mais il
est rare qu'il finisse un dessin. Dans les planches XI et
XII, M..., un imbécile deBicètre, a essayé de reproduire une
locomotive avec son chauffeur qu'il avait vus la veille en
promenade. Au-dessus, il a fait le lion de Belfort ! On voit
qu'ils ont toutes les audaces et toutes les prétentions. D'autre
part, on peut juger par le dessin, qui ne signifie absolument
rien, le laisser-aller de leur imagination, qui les pousse à
faire des sortes d'arabesques des plus fantaisistes.
Un coup d'œil jeté sur ces dessins d'idiots et d'imbéciles
fera mieux comprendre que tout ce que nous pourrions dire,
l'énorme distance qui les sépare, et le parti qu'on peut ti-
rer des deux catégories d'individus. Chez les idiots, nous
voyons l'essai d'un dessin correct, consciencieux, attentif.
DESSINS DES IMBÉCILES 205
Chez les imbéciles, nous trouvons un dessin irrégulier, fan-
taisiste, prétentieux, absurde. Il n'est pas douteux que le
premier est Lien préférable au second.
Jusque dans les moindres choses, on peut donc noter cette
différence fondamentale des idiots et des imbéciles, qui fait
des premiers des pauvres êtres arrêtés dans leur dévelop-
pement, et des seconds des êtres non seulement arrêtés
quoique bien plus légèrement, mais surtout déviés de la
normale. Nous en verrons plus loin toute l'importance au
point de vue social.
CHAPITRE VIII
DE L'INTELLIGENCE PROPREMENT DITE
SOMMAIRE : Opinions diverses. — Acquisition des idées. — Sensa-
tions et langage comme base d'acquisition. — Notions concrètes,
générales, abstraites. — Rôle de l'imitation dans l'acquisition des
idées. — Conservation des idées. — Mémoire héréditaire, orga-
nique, acquise. — Mémoire visuelle. — Rappel des émotions. —
Mémoires spéciales. — Comparaison. — Généralisation — Idées
abstraites. — Calcul. — Idée de temps, de lieu. — Idées fixes. —
Association des idées. — Jugement. — Raisonnement. — Entête-
ment. — Délire. — Imagination reproductive et créatrice.
Nous nous occuperons surtout, dans ce chapitre, de l'intel-
ligence chez l'idiot, à cause des particularités qu'elle oiïïe au
point de vue de la psychologie générale. Celle de l'imbécile
se rapproche en effet de celle de l'homme normal, sauf cer-
tains points que nous signalerons. C'est une intelligence
atrophiée sous certains rapporls. hypertrophiée sous d'autres,
régulièrement développée sous d'autres encore, tout cela
sans ordre défini, sans caractéristique spéciale, si ce n'est
toutefois le défaut de régularité, l'instabilité et le faible dé-
veloppement général.
On a jugé très superficiellement l'intelligence des idiots.
M. Dagonet 1 par exemple, se contredit en disant : « Les fa-
1. Dagonet, loc. cit.
208 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
cultes intellectuelles en rapport avec l'imperfection des sens,
se trouvent chez l'idiot à l'état rudimentaire. Nous dirons
avec Esquirol qu'on peut juger du degré d'intelligence des
idiots par l'étendue de leur vocabulaire ». Dans la première
phrase, en effet, il prend pour mesure de l'intelligence le dé-
veloppement des sens, dans la seconde, celui du langage.
Ce qui est vrai, c'est que la base, c'est le développement des
sens et que le langage sert à étendre l'intelligence.
De même Griesinger 1 dit : « Chez l'un il n'y a aucune
production d'idées, tandis que chez un autre, l'idée s'efface
aussitôt qu'elle a été produite. Chez l'un, c'est la perfection
sensorielle qui manque, chez un autre, c'est seulement l'idée
abstraite, et ainsi de suite. » Il semble admettre ainsi quatre
catégories : 1° l'une par impuissance à produire l'idée ;
2° une par défaut d'atlention à la conserver une fois produite;
3» une par incapacité sensorielle à la percevoir; 4° une enfin
par impossibilité de s'élever à l'idée abstraite. Nous pouvons
répondre à cela que pour admettre le premier cas, il faudrait
admettre des idées innées, capables de se produire sponta-
nément, sans provenir des sens ou de l'association d'idées
communiquées par les sens, à moins que ce ne soit ce défaut
de production d'idées par association qu'il veuille indiquer.
Dans ce cas, il est dans le vrai. Il y a des idiots qui ne
peuvent généraliser, comme nous le verrons. Dans le second
cas, c'est l'attention qui fait défaut. C'est parfaitement exact;
c'est même là le point capital. Sans attention, pas de per-
ception nette, pas de mémoire précise. Dans le troisième cas,
c'est le défaut de perception sensorielle des notions qu'on
accuse. Nous venons précisément d'en montrer l'impor-
tance. Enfin, dans le quatrième cas, l'idiot ne peut s'élever
1. Griesinger, loc. cil.
ACQUISITION DES IDÉES 209
à l'idée abstraite. Rien de plus juste. Aussi, à part le vague
qui règne à l'endroit de la première catégorie, Griesinger a
vu exactement. Mais ce que nous contestons, c'est l'ordre
qu'il a donné, si toutefois il a eu l'intention d'indiquer un
ordre spécial. Pour nous, en effet, ce que Ton doit d'abord
considérer, c'est l'imperfection sensorielle qui empêche
toute notion d'entrer dans l'esprit. Ensuite, c'est l'attention
qui, malgré la perfection des sens, l'empêche également,
mais peut être obtenue. Puis vient l'impossibilité de la
généralisation et enfin de l'abstraction.
L'intelligence proprement dite comprend quatre opérations
que nous allons passer successivement en revue : acquisition
des idées, conservation des idées, association des idées, pro-
duction des idées.
Nous acquérons les notions et les idées de deux façons. Les
notions ou idées concrètes nous sont fournies par les sens
et exclusivement par eux au début, avant l'apparition du
langage. Celui-ci, à son tour, nous fournit les idées et peut
seul nous donner les idées abstraites. Lorsqu'il nous fournit
des idées concrètes d'un objet, ce n'est qu'en faisant appel
à la mémoire et à la faculté de comparaison.
Nous avons déjà vu quel était l'état de la sensation chez
les idiots et les imbéciles dans notre chapitre sur la per-
ception des sensations. Nous avons vu que, à peu près nulle
chez les idiots les plus inférieurs, elle commençait avec l'at-
tention pour se développer avec celle-ci et atteindre presque
la normale chez les imbéciles. Ces derniers, en effet, sont
beaucoup plus aptes que les idiots à connaître les différents
objets. Pour bien connaître un objet, il faut en effet mettre
en jeu des facultés différentes qui sont la comparaison, le
raisonnement et le jugement. Il faut saisir les ressemblances
et les différences qu'il offre avec un objet analogue. Or, les
210 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
idiots peuvent voir et ne pas toujours comprendre ce qu'ils
voient, ou l'impression précédente s'efface devant l'impres-
sion nouvelle plus vive. L'exercice de la vue, de l'ouïe, de
tous les sens est donc indispensable si l'on veut éduquer les
idiots, et c'est par là qu'il faut commencer pour leur faire
entrer la première notion dans la tête. C'est à eux que peut,
ou jamais, s'appliquer cette parole duP^almiste : ils ont des
yeux et ne voient pas, ils ont des oreilles et ils n'entendent
pas L'éducation des sens est la première à exercer, et Sé-
guin, qui connaissait à fond ce sujet, ne s'y est pas trompé.
Tous ceux qui Tont suivi ont appliqué ce principe. C'est là
la leçon de choses qui est à la base à la condition, bien
entendu, que l'attention soit suffisamment développée pour
qu'elle soit suivie et par conséquent profitable.
Il n'entre pas dans notre plan d'examiner ici les procédés
employés pour atteindre ce but. Cette question est une con-
séquence de celle que nous étudions en ce moment, car il
faut évidemment connaître le terrain qu'on a à cultiver avant
de savoir comment le culliver et ce qui peut y pousser.
Après les sens dont il faut faite l'éducation, la chose la
plus importante à développer est le langage sans lequel les
idées abstraites et les idées générales ne peuvent guère être
introduites dans l'esprit. L'individu réduit aux seules notions
que lui fournissent les sens, si parfaits qu'ils soient, resle
au point où se trouve un animal intelligent. Au bout d'un
certain temps, la répétition des mêmes sensations en pré-
sence des mêmes objets lui donne, avec l'aide de la mémoire,
une certaine expérience, qui lui permet de se rendre compte
qu'il existe des objets ayant des propriétés semblables,
quoique différant plus ou moins d'aspect, et c'est tout, pro-
bablement. Au contraire, avec h langage nous pouvons
donner les idées abstraites de temps, d'unité, d'infini, de
ACQUISITION DES IDÉES 2il
relatif et d'absolu etc., ce que les spiritualistes appellent les
premiers principes. Qu'on nous permette de remarquer que
si ces principes étaient réellement les premiers, s'ils étaient
indispensables à toute intelligence pour son développement,
on devrait les retrouver chez les intelligences même rudi-
mentaires. Or, il s'en faut de beaucoup qu'il en soit ainsi.
Ces premiers principes ne sont que des résultats du raison-
nement et pas du tout de l'expérience et encore moins des
tendances naturelles de l'esprit humain. On oublie qu'il y a
des degrés dans l'intelligence humaine tout comme il y en
a entre celles des différentes espèces animales, et que l'in-
telligence des êtres dégénérés que nous considérons est
bien plus comparable à celle des animaux qu'à celle des
esprits les plus élevés de l'humanité.
Les procédés d'acquisition des idées chez l'idiot sont en
réalité les mêmes qus chez l'enfant normal. Ce sont les sens
et le langage. Mais ce qui diffère, c'est l'importance relative
des deux, c'est la longue durée de l'emploi consécutif de ces
deux moyens. Chez l'enfant normal, on commence natu-
rellement par faire appel à ses sens pour lui donner la no-
tion de ce qui l'entoure. Mais dès quinze mois ou même
moins, on cherche à lui inculquer une image représentative
de l'objet concret et même des qualités de cet objet par le
mot qu'on lui associe continuellement. Bientôt, c'est surtout
par le langage et non plus seulement par les sens qu'on
fait pénétrer la nouvelle notion dans l'esprit de l'enfant.
Dès trois ans on peut déjà lui donner des idées sans avoir
recours aux sens, sans lui faire toucher, sentir, voir l'objet
dont on lui parle, quoique l'association des deux méthodes,
la leçon de choses soit toujours préférable. Chez l'idiot, il
n'en est plus de même. Nous avons vu combien le langage
est défectueux chez lui, non seulement pour l'exprimer, mais
212 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
aussi pour le. comprendre. Quelquefois même il reste si rudi-
mentaire que s'il fallait compter sur lui seulement, ce serait
à désespérer de son éducation. Aussi chez lui faut-il
s'adresser à ce qui est le plus développé, les sens. Au lieu
de l'impressionner par là jusqu'à deux ou trois ans seule-
ment, il faut les employer pendant dix ans et plus, toujours
même quelquefois. Le langage n'est qu'un auxiliaire insuf-
fisant. Il y a à Bicêtre, dans les ateliers, des enfants qui
seraient incapables de nommer tous les objets dont ils se
servent et qui cependant savent bien s'en servir et travaillent
convenablement. A les voir travailler ainsi, on les croi-
rait plus développés intellectuellement et on est surpris,
quand on les interroge, de voir qu'ils vous comprennent à
peine.
L'acquisition des idées chez l'enfant normal et chez l'idiot
se fait donc par les deux procédés ordinaires, mais d'une
manière inverse, et avec une lenteur extrêmement plus
marquée.
Nous avons trois ordres de notions ou d'idées à étudier :
les notions concrètes, générales et abstraites. Les notions
concrètes nous étant fournies par les sens et ceux-ci ayant
déjà été étudiés, étant d'ailleurs variables avec l'éducation,
nous n'y reviendrions pas si nous ne voulions insister sur
certains points et rechercher comment les idiots apprécient
différentes qualités de la matière.
Les formes qui les frappent le plus sont le carré et sur-
tout le rond. C'est toujours à ces deux formes qu'ils se rap-
portent pour définir le cercle. C'est ainsi que le quadrangle
devient un carré allongé et l'ovale un rond allongé. Ils sai-
sissent bien l'incompatibilité de ces deux formes, car pour
eux, l'expression, « rond carré » signifie l'impossibilité.
NOTIONS CONCRÈTES 213
« Autant faire des ronds carrés », vous disent-ils, quand ils
jugent une chose matériellement impraticable.
Dès que l'idiot est capable d'un peu d'attention, il paraît
éprouver une véritable jouissance à la vue des couleurs.
C'est surtout le rouge qui l'attire, et beaucoup aiment à
s'attifer de chiffons écarlates. Séguin a remarqué que la
majeure partie des filles et un très petit nombre de garçons
impressionnables, sont plus vivement affectés par les modi-
fications du colons que par les différences de forme. Ainsi
la plupart des filles distinguent très vite du bleu de plusieurs
nuances, et les garçons mieux un losange d'un carré, un
hexagone d'un octogone. Ils ne distinguent pas un objet par
sa forme, mais par son usage.
L'idiot a la notion de la surface, car il aime à passer et à
repasser sa main sur ce qui est poli, comme la porcelaine,
le verre, le bois raboté ; il sait donc apprécier le rugueux et
le lisse.
L'idiot profond ne sait pas apprécier les distances. Peut-
être est-ce une des causes qui le font toujours rester en place.
Il progresse lentement, comme par crainte de se cogner.
Quand il marche, il s'arrête bien avant l'obstacle. Séguin
dit qu'ils n'ont aucune notion des plans et que, pour les
distances, ils les mesurent en raison de leur paresse et les
trouvent toujours trop longues . Pour la quantité, au contraire,
ils la mesurent en raison de leur gourmandise et la trouvent
toujours insuffisante.
Les notions générales et abstraites sont le résultat de la
comparaison, de la généralisation, du raisonnement et du
jugement, et trouveront mieux leur place quand nous exa-
minerons ces diverses opérations psychiques.
Il nous reste cependant encora un point à examiner au
214 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
point de vue de l'acquisition des idées : c'est le rôle de
l'imitation. Nous avons vu à propos de cet instinct que l'in-
telligence n'y prenait qu'une bien faible part, et que c'était
un acte automatique, l'exercice d'un instinct naturel. Mais
de même qu'on reconnaît l'intelligence d'un enfant à la façon
dont il imite plus ou moins bien les actes et les opérations
mentales spéciales, surtout selon qu'il varie ses imitations
en les adaptant aux circonstances, de même, d'un autre côté,
l'imitation est une source de connaissances pour l'individu.
Chez l'idiot, on ne peut malheureusement pas en tirer
le même parti que chez les enfants ordinaires au point de
vue intellectuel. On met en jeu leur pouvoir d'imitation
pour les dresser en quelque sorte à faire tel ou tel travail,
tel ou tel acte plus ou moins compliqué sans qu'ils en com-
prennent souvent le but. On crée ainsi chez eux une asso-
ciation de mouvements adaptés, analogue à ceux de la marche
par exemple, et qui se reproduisent en quelque sorte sous
forme de réflexe sans que l'intelligence y prenne part. Ce
qui le prouve, c'est que si vous cherchez à modifier, en vue
d'un but un peu différent, ces mouvements associés, c'est
toute une éducation à refaire pour le nouvel exercice. La mise
en jeu de l'imitation chez l'idiot n'a donc pas pour effet, à
proprement parler, de développer son intelligence, mais bien
plutôt son activité motrice et de la régler d'une façon déter-
minée, invariable. Ce n'est pas une idée qu'on lui donie,
c'est un mécanisme qu'on lui crée. Chez l'imbécile il n'en est
pas de même. Il imite ce que l'on fait devant lui, grossière-
ment et par à peu près le plus souvent, mais il l'imite. Mais
si vous voulez le déshabituer du procédé que vous lui avez
donné, il l'abandonne avec facilité. Vous croyez alors lui
avoir appris quelque chose de nouveau et différentes ma-
nières de faire suivant les différents cas. Malheureusement
INTELLIGENCE LATENTE 2'f§
une idée chasse l'autre, et quand il se retrouve devant le
premier cas auquel il était habitué, il n'est pas plus avancé
et il faut lui remontrer, comme si c'était la première fois,
ce qu'il a à faire. De sorte que sous un certain rapport, il
est beaucoup plus facile de tirer parti du travail de l'idiot à
condition de lui faire faire toujours identiquement le même,
que de celui de l'imbécile qui ne se perfectionne que très
peu, dont l'attention se fatigue très rapidement et à qui il faut
incessamment remontrer la même chose dès qu'on a cessé
de la lui faire exécuter. Chez l'imbécile, par conséquent, l'i-
mitation fait naître une notion que l'intelligence assimile,
mais qu'elle est incapable de retenir, ce qui revient au
même que si elle ne l'assimilait pas.
Il ne faut pas croire cependant de ce que l'intelligence ne
se manifeste pas toujours qu'il n'existe aucune impression
intellectuelle dans le cerveau. Il peut arriver simplement que
cette impression n'ait pas été assez forte pour être facilement
extériorisée à nouveau, ou que l'attention du sujet ne soit pas
assez intense pour la faire surgir dans le champ de la cons-
cience. Celte double hypothèse n'est pas une simple vue de
l'esprit. De même qu'on voit certains aliénés recouvrer une
lucidité complète ou relative sous l'influence d'une affection
fébrile, oh peut voir, comme l'a remarqué avec justesse
Griesinger, et après lui Féré, une excitation provoquée par
une douleur, ou une maladie aiguë déterminer des manifes-
tations intellectuelles, une activité psychique qui jusque là
étaient restées cachées ou qui semblaient ne pas exister.
Cela nous montre que chez quelques idiots à l'état ordinaire,
la réceptivité intellectuelle est plus grande qu'on ne le pen-
sait, et que s'ils ne peuvent manifester leurs impressions,
celles-ci n'en laissent pas moins quelques traces dans leur
esprit.
216 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBECILE
Griesinger rapporte l'histoire d'un idiot qui ne pouvait
articuler que quelques mots et qui, étant devenu hydrophobe,
se mit à parler de choses qui étaient arrivées plusieurs
années auparavant et auxquelles à cette époque il n'avait pu
prendre aucune part.
Les notions et les idées,, une fois qu'elles ont fait impres -
sion dans le cerveau, doivent, pour être profitables, y de-
meurer plus ou moins longtemps. Autrement la vie psychique
n'est qu'une succession d'impressions n'ayant aucun lien
entre elles. L'éducation serait absolument impossible, l'ex-
périence n'existerait pas. La mémoire, c'est-à-dire la fa-
culté qu'a le cerveau de conserver les impressions sensibles
et les images représentatives des objets et des mots, est donc
une condition primordiale du développement intellectuel et
de la personnalité. C'est elle que nous allons maintenant
étudier.
On peut distinguer trois sortes de mémoires : hérédi-
taire, organique, acquise. La mémoire héréditaire peut
expliquer certaines aptitudes singulières que l'on rencontre
chez quelques idiots et qui font contraste avec le reste de
l'intelligence du sujet. Nous avons déjà cité l'exemple de
cet idiot dont le grand'père, le père et le frère étaient tam-
bours et qui s'était mis à battre de la caisse sans avoir
jamais vu cet instrument. On en pourrait citer bien d'autres
exemples. Cette mémoire pourrait encore expliquer comment
certains idiots sont capables de faire certaines choses assez
complexes et demandant la mise en jeu de plusieurs fa-
cultés, telles, par exemple que jouer aux cartes. Il semble
assez difficile, en effet, comme le remarque Pérez, à propos
de certains enfants présentant cette particularité, que l'in-
MÉMOIRE ORGANIQUE 217
telligence, remarquable dans un exercice donné qui nécessite
la mise en action de l'intelligence tout entière, se souvenir,
imaginer, prévoir, regarder, calculer, juger, raisonner, que
cette intelligence soit nulle en tout le reste. En admettant
la mémoire héréditaire, il nous semble, quoique malheu-
reusement nous n'ayons pu l'expérimenter nous-même, que
cela peut s'expliquer assez rationnellement. Cette question
de la mémoire héréditaire est du reste très obscure encore,
car il est jusqu'ici admis que les phénomènes intellectuels
acquis ne se transmettent pas.
La mémoire organique, c'est-à-dire la mémoire incons-
ciente de mouvements associés, combinés en vue d'un but
déterminé, comme par exemple la marche, pour ne citer
que l'exemple le plus simple, est quelquefois complètement
nulle chez les idiots. Il y a à cela deux raisons : l'état des
centres nerveux et l'état de l'attention. Les deux choses
peuvent du reste se combiner. D'une part, en effet, nous
savons que pour qu'un mouvement se produise, il faut que
l'image représentative du mouvement apparaisse dans le
centre. Plus cette image apparaîtra sous une faible excita-
tion, plus le mouvement s'exécutera avec rapidité et facilité ,
au point qu'au bout d'un certain temps il se passera presque
complètement en dehors du champ de la conscience. Or,
chez les idiots, ces centres sont, ou arrêtés dans leur déve-
loppement ou atteints de lésions plus ou moins destructives.
Dans l'un ou l'autre cas, on comprend que leur fonctionne-
ment soit très défectueux et que les impressions motrices ne
se fixent pas dans les centres. Mais, d'autre part, nous avons
dit combien l'attention était faible chez l'idiot, instable chez
l'imbécile. Si les centres moteurs proprement dits ne sont
pas touchés, mais que l'ensemble du cerveau soit atteint
pans son développement, l'attention nécessaire pour fixer
218 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE I /IMBÉCILE
l'impression produite sera insuffisante ou elle mettra très
longtemps à se fixer, ou elle ne se fixera jamais. Une fois
fixée cependant, elle subsistera plus ou moins longtemps.
C'est ce qui arrive pour les mouvements associés comme
ceux de la marche. Mais nous allons voir tout à l'heure, à
propos de la mémoire acquise, que la persistance de l'im-
pression produite n'est pas la même chez l'idiot et chez
l'imbécile.
Plus encore que pour la mémoire organique, l'attention
est indispensable pour la mémoire acquise. « La mémoire,
dit Griesinger », est le seul côté par lequel ces individus
soient accessibles à l'éducation, et encore ce que Ton peut
obtenir de mieux, c'est qu'ils satisfassent à peu près par
leurs pensées et par leurs actes aux convenances de la vie
ordinaire, c'est qu'ils se rendent un peu utiles pour toutes
les choses qui demandent plutôt une simple imitation que
de l'initiative ». Sans l'attention, pas de mémoire, non pas
tant que Tatlention soit nécessaire à la reproduction des
impressions dans l'écorce, mais bien parce qu'elle est indis-
pensable à leur fixation. Pérez 2 en fait également une con-
dition essentielle delà mémoire, tout en admettant, comme
nous le faisons nous-même, qu'elle dépend aussi de ces sti-
mulants, c'est-à-dire delà sensibilité sous toutes ses formes.
L'émotion y joue un rôle énorme en fixant plus vivement
les images, et, comme dit Bain, l'absence de sensation en-
traîne nécessairement une absence de mémoire. Chez les
enfants intelligents dont le développement se fait rapide-
ment, où beaucoup de facultés se développent pour ainsi dire
simultanément, il est moins aisé de saisir le rôle de l'atten-
tion dans la mémoire, l'attention se montrant dès le bas
1. Griesinger, loc. cit.
2. Pérez, loc. cit.
DÉVELOPPEMENT DE LA MÉMOIRE 219
âge. Au contraire, chez l'idiot, on assiste quelquefois au
développement tardif de l'attention, au moins à l'égard de
certains sujets et précisément de ceux qui développent le
plus l'intelligence. Chez l'enfant, par exemple, on attire son
altention sur la connaissance des choses avant de songer à
l'attirer sur les mouvements organiques, son état physique
ne le permettant pas encore. Plus tard, l'attention se porte
encore de préférence sur tout le domaine intellectuel :
langage, raisonnement, image des ohjets, etc. Chez l'idiot,
au contraire, on ne peut souvent attirer son altention sur
aucun ohjet, et lorsque son état est assez résistant, on s'oc-
cupe alors de dé\elopper ses organes et de les éduquer. Ce
sont les mouvements automatiques, héréditaires, qui s'ap-
prennent le mieux. Mais une fois appris, l'idiot peut aller,
venir, se mouvoir, sans qu'il soit possible de fixer son atten-
tion sur quoi que ce soit d'intellectuel. On le voit prendre
les objets sans avoir i'air de les connaître, à moins qu'ils ne
servent à quelque besoin impérieux, comme la nutrition.
On cherche alors à éduquer ses sens, à attirer son attention
intelligente par tous les moyens en notre pouvoir. On est
frappé alors de voir que c'est seulement à partir de ce mo-
ment que l'impression déterminée peut se fixer dans le
cerveau, déplus en plus facilement, et au bout d'un certain
temps on reconnaît qu'à la vue d'un objet l'idiot se rappelle
l'avoir déjà vu. L'impression n'est donc pas seulement fixée,
mais elle est susceptible d'être réveillée, et c'est là ce qui
constitue la véritable mémoire. Après qu'on a pu ainsi la
réveiller par l'objet lui-même, on associe un mot à l'objet,
et alors c'est le mot qui suffit à réveiller l'image de l'objet.
La mémoire est alors complètement constituée.
Ces différentes phases de la mémoire qui se déroulent
rapidement chez l'enfant normal sont beaucoup plus lentes
220 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
chez l'idiot, et quelquefois même on ne les voit pas toutes
se succéder. Cette dissociation est intéressante, car on ne
peut guère l'observer sur les enfants ordinaires.
A un premier degré, nous voyons la mémoire à l'état
latent, se développer sous l'influence seulement d'une vio-
lente excitation, telle que celle causée par une maladie
fébrile ou par une émotion forte. C'est la première phase :
la mémoire existe bien sous le rapport de la conservation
de l'idée, de l'image, mais elle n'existe pas sous le rapport
de la reproduction de cette image, au moins dans les condi-
tions normales.
Faisons un pas de plus, et nous voyons un idiot qui, à
côté de cette mémoire latente (que l'on ne peut pas toujours
constater) présente seulement le second degré, le rappel de
l'image sous l'impression de l'objet réel. C'est ce qu'on cons-
tate en effet assez souvent, et en particulier pour les objets
qui excitent leurs désirs, et de même aussi pour les lieux
(mémoire des lieux). Nous avons vu, à propos de l'attention,
que la première chose qui attirait l'attention des idiots
incurables était la vue de la nourriture. Il est bien évident
que s'ils poussent des cris de joie à cette vue, c'est qu'ils se
rappellent les sensations antérieurement produites par les
mêmes objets. En dehors de la vue, rien ne peut leur rap-
peler cette image. Ils ne comprennent pas le mot qui la
représente. Mais, dans ce cas, on peut penser que c'est
presque un simple réflexe qui fait croire à un phénomène
de mémoire, et que c'est le goût et l'odorat mis en jeu pour
la plus grande satisfaction de l'estomac, qui éveillent en
même temps la sensation agréable que produit la satisfaction
d'un besoin tel que la faim. Il est certain que cela doit agir
dans une certaine mesure. Mais cela n'agit pas seul, car la
seule vue des plats et des assiettes sans aliments, suffit à
DEGRES DE LA MEMOIRE 221
déterminer cette joie sans qu'on puisse invoquer ici l'in-
fluence de l'excitation des sens du goût et de l'odorat. Il y a
certainement un fait d'association d'images, un fait de mé-
moire.
Il en est de même, et à un degré supérieur, de la mémoire
locale qui, elle, ne saurait agir par la satisfaction d'un
besoin naturel impérieux. Celle-ci du reste ne se rencontre
que chez l'idiot curable, chez qui l'attention commence à se
développer. Il reconnaît très bien le réfectoire, la classe, le
dortoir, son lit même dans ce dortoir. Ici, ce n'est plus
l'émotion vive qui produit le réveil de l'image, c'est parce
qu'elle est plus fixée par la répétition de la sensation. Il
reconnaît même les personnes qu'il a l'habitude de voir, et
même quelquefois après être resté assez longtemps sans les
voir.
Tous ces phénomènes de mémoire sont très simples. Ils
supposent la mise en jeu d'un très petit nombre de centres.
Cette mémoire n'implique pas le langage; c'est celle qu'on
peut observer chez les animaux.
Au contraire, dès que le langage existe, tout un champ
nouveau est ouvert à la mémoire ; d'une part, le souvenir
des choses connues par l'intermédiaire des sens, à l'audition
du mot qui les représente, et, d'autre part, le souvenir d'une
idée introduite dans l'esprit sans le concours des sens et
simplement par le langage. Ces deux degrés peuvent encore
s'observer isolément chez l'idiot.
Nous avons vu, à propos du langage, qu'il y a des idiots
qui comprennent à peu près sans pouvoir parler, comme à
un certain âge font les enfants ordinaires. Chez eux il suffit
de dire un mot simple, le nom d'un objet qu'ils connaissent
bien, pour que leur attention se porte sur cet objet s'il se
trouve près d'eux, ou de le leur promettre pour éveiller
222 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
chez eux l'idée. Si on leur promet par exemple un gâteau,
ils expriment de la joie, ce qui montre bien que, chez eux,
l'image verbale, auditive a éveillé l'image visuelle et gusta-
tive du gâteau. Le réveil d'images n'est autre chose qu'un
phénomène de mémoire encore bien simple. Malgré cela,
c'est un adjuvant utile pour l'éducation; car, d'après Bain *,
la mémoire y jouerait le plus grand rôle. Il permet en effet
d'exciter l'attention sur d'autres points par la perspective
d'un objet désirable qu'on n'a pas en sa présence, ou d'une
punition déjà subie. On n'agit pas autrement avec un ani-
mal éducable, comme le chien par exemple, chez lequel le
mot fouet éveille l'idée de correction. Beaucoup d'idiots s'en
tiennent là si leur aptitude à comprendre le langage est peu
développée. Si elle Test suffisamment, on peut beaucoup
mieux agir et les éduquer.
Mais une condition nécessaire aussi à la mémoire , c'est
l'association des idées, laquelle, nous allons le voir, est assez
faible chez les idiots et les imbéciles. En effet, tout fait de
mémoire comporte une idée de temps et de lieu, un réveil
d'images visuelles, auditivesou autres. Si l'un de ces éléments
vient à manquer, le souvenir est incomplet. Or comme il
paraît bien que ces images ont. des centres spéciaux, si les
associations entre ces différents centres ne se font pas ou se
font mal, la mémoire se trouve compromise, et c'est ce qui
arrive le plus souvent chez les idiots et les imbéciles. Ajou-
tons aussi que souvent le réveil de l'image principale se
fait faiblement, et nous comprendrons pourquoi l'associa-
tion se fait aussi mal.
Il faut aussi pouvoir réveiller les émotions, les sentiments
1 Bain, loc. cil.
RAPPEL DES ÉMOTIONS 223
et les idées précédemment développés. Nous avons vu à
propos des sentiments combien les émotions sont atténuées
chez les id ofs et les imbéciles. A plus forte raison, le réveil
des émotions chez eux doit il être très faible. Pour réveiller
l'émotion déjà éprouvée on ne peut se servir que du lan-
gage. 11 faut donc que l'enfant comprenne suffisamment la
langue. Parmi les émotions les plus fortes que l'idiot puisse
éprouver, celle de la crainte vient en première ligne, avec
celle du plaisir. Ce sont les deux moyens d'éducation qu'on
applique couramment. Mais avant de recourir à la menace
ou à la promesse par le fait même, comme lorsqu'on montre
le fouet ou un gâteau pour obtenir ce qu'on ordonne, on
recourt d'abord à l'idée du fouet ou du gâteau déjà connus
pour frapper l'esprit. Si nous prenons ces exemples simples
— et ce sont presque les seules émotions qu'on puisse dé-
terminer chez des idiots inférieurs — nous voyons qu'il est
très difficile d'éveiller leur souvenir d'une punition reçue
ou d'un gâteau donné pour les faire agir. L'émotion laisse
trop peu de souvenir dans leur esprit, et comme d'autre part
elle perd rapidement de son intensité, si elle est souvent re-
nouvelée, il en résulte qu'on est pris au dépourvu et qu'on
tourne dans un cercle vicieux. L'idiot est craintif, c'est vrai;
mais sitôt la crainte de la punition entrevue passée, elle dis-
paraît presque complètement de son esprit. Il en est de
même du plaisir qu'on lui procure. Chez l'imbécile, le sou-
venir des deux choses existe, mais par le fait de son insta-
bilité mentale, le souvenir, affaibli déjà, s'efface rapidement
et on n'a par conséquent que très peu d'action. La mémoire
affective est donc très peu développée chez eux, au prorata,
du reste, de leur affectivité qui est rudimentaire ou pervertie.
Cette aptitude à reproduire les émotions de tout genre.
constitue un des traits les plus précoces et les plus tenaces
224 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBECILE
du caractère. Eh ! bien, chez les idiots, le caractère est vague,
mal dessiné. On sait bien grosso modo si tel enfant est doux
ou craintif, tel autre violent ou méchant, et c'est à peu près
tout. L'analyse du caractère est, du reste, une des choses
les plus difficiles de la psychologie normale, et on ne sait
pas même bien au juste ce qu'il faut entendre par le terme
de caractère. Quoi qu'il en soit, on voit que ce qu'on observe
du caractère des idiots concorde bien avec ce qu'on constate
de leur impuissance à reproduire tel ou tel genre d'émotions.
Les faits qui sont du domaine de l'intelligence, qu'on peut
répéter à satiété, dont on peut aussi souvent qu'on veut
impressionner l'esprit, s'imprègnent mieux dans le cerveau,
et c'est ainsi qu'on peut arriver à la longue à apprendre
certaines connaissances indispensables.
Diverses influences excitent du reste la mémoire, les émo-
tions agréables par exemple, l'attention. Or, fout cela est
atténué chez les idiots, d'où les difficultés qu'on éprouve
dans leur éducation.
Nous devons dire un mot aussi des mémoires spéciales
qu'on observe chez certains idiots et imbéciles. La plupart
des sujets extraordinaires qu'on exhibe rentrent dans cette
catégorie d'individus. M. Falret nous a cité un imbécile
d'un asile d'Angleterre connaissant la date de naissance et
de mort de tous les grands hommes et la date de beaucoup
de faits historiques, de batailles, etc. Sur tout le reste l'in-
telligence et la mémoire même sont presque nulles. Il en
est de même de la mémoire pour les airs de musique qu'on
remarque si fréquemment chez les idiots. B... un jeune
idiot de cinq ans, à Bicètre, ne revient jamais de chez ses
parents sans connaître toute une série de nouvelles chan-
sons qu'il ne comprend du reste pas. C'est le fait des imbé-
ciles aussi qui retiennent facilement les vers et les chansons
MÉMOIRE DES IMBÉCILES 225
dont le rythme les aide considérablement. M. Charpentier 1
a cité l'observation très intéressante d'un imbécile chez le-
quel il y avait eu suppression complète du langage pendant
vingt ans et qui, un jour, s'était remis à parler couramment.
Malgré l'absence d'exercice pendant un aussi long temps,
le souvenir ne s'était donc pas du tout perdu des mouve-
ments nécessaires à l'articulation.
En somme nous voyons que la mémoire est très impar-
faite chez l'idiot et chez l'imbécile. Ce qu'elle présente sur-
tout, c'est la difficulté de conservation de l'image et surtout
de reproduction. Elle est paresseuse comme son attention.
Mais elle offre avec celle de l'imbécile cette différence, qu'elle
est plus souvent accompagnée de compréhension. La mé-
moire des imbéciles est quelquefois très développée, mais
si on les observe avec soin on s'aperçoit qu'ils récitent tou-
jours les choses dans Tordre où ils les ont apprises, et qu'ils
ne les comprennent pas. La moindre interversion que vous
introduisez dans leur récitation, la moindre interruption les
arrête. Quand ils ont de la mémoire ils n'ont donc pas pour
cela d'intelligence, mais ils peuvent, la première fois qu'on
les entend, en imposer. Si on leur fait raconter de nouveau
ce qu'ils vous ont déjà dit, on est surpris de les entendre
débiter leur récit de la même façon, dans les mêmes termes
pour ainsi dire stéréotypés. C'est de l'automatisme pur, et
si vous leur demandez la moindre explication sur un point,
ils sont incapables de vous la donner. Autant de fois vous
les ferez recommencer, autant de fois ils vous débiteront les
choses de la même manière. S'ils ont appris les jours de la
semaine, par exemple, en commençant par le jeudi, et que
vous leur demandiez de vous les énumérer en débutant par
1. Charpentier, Annales médico-psychologiques, 1885.
15
226 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
le lundi, il en est qui en seront incapables. Leur mémoire,
très inégale du reste, ne peut donc leur servir en rien. S'ils
apprennent quelquefois relativement assez vite, ils oublient
de même. Aussi les idiots peuvent-ils se maintenir très long-
temps au même point de développement une fois atteint,
tandis que si on abandonne tant soit peu les imbéciles à
eux-mêmes, ils oublient généralement tout avec une rapidité
extrême. L'éducation des idiots curables est donc, sous un
certain rapport, plus profitable que celle des imbéciles.
Ces matériaux acquis par les sens et le langage, conser-
vés, et reproduits par la mémoire, seraient peu de chose si
l'on n'en tirait pas parti pour raisonner et juger, c'est-à-dire
faire œuvre d'intelligence. Mais ces deux actes mentaux né-
cessitent, pour se produire, des opérations préliminaires. Ces
opérations sont la comparaison qui nous fait apercevoir les
ressemblances et les différences des choses: l'association des
idées, laquelle se fait par contraste, par ressemblance ou
par contiguïté. Nous pouvons, par la comparaison, nous éle-
ver de l'idée concrète à l'idée générale et à l'idée abstraite,
et c'est en associant ces idées ensemble que nous pourrons
raisonner et juger en dernier terme. Gomment ces diverses
opérations se passent-elles chez l'idiot ? C'est ce qu'il nous
faut maintenant examiner.
Baini, considère comme la première condition de la com-
paraison et du jugement la distinction des différences entre
les choses; c'est le discernement : «L'esprit a pour point de
départ le discernement, dit-il. La conscience de la différence
est le commencemeut de tout exercice de l'intelligence. » Il
reconnaît du reste aussi que la faculté de constater les res-
1 . Bain, loc. cit.
APPRÉCIATION DES RESSEMBLANCES 227
semblances est également indispensable. Les psychologues
sont divisés sur la question de savoir si l'on est apte à sai-
sir les différences avant les ressemblances. Si l'on tient
compte que plus les sens sont exercés et sensibles, plus on
saisit des différences minimes, on comprendra que des sens
très rudimentaires comme ceux de l'enfant en bas âge ou de
l'idiot seront facilement induits en erreur, et que ce seront
surtout des ressemblances grossières qui les frapperont. Il
est évident d autre part, que des objets absolument différents
de forme ne seront pas confondus. Mais ce qui montre le
mieux l'étendue de l'intelligence, ce n'est pas de saisir
des ressemblances même assez fines, mais bien des diffé-
rences légères, car c'est à ce prix que nos connaissances
s'étendent et que nous apprenons que des objets en appa-
rence semblables ont des usages et des propriétés diffé-
rents.
Chez les idiots, c'est manifestement l'appréciation des res -
semblances qui prédomine. L'idiot simple peut comparer,
mais ne saisit que des rapports grossiers et superficiels. Ce
qui le frappe le plus, c'est la couleur et la forme. Nous
avons vu que c'est même souvent la couleur^ de sorte qu'on
comprend qu'ils jugent bien mal si, pour comparer deux
objets, ils s'en rapportent d'abord à cette qualité tout à fait
accessoire dans la majorité des cas. Ils confondent très fa-
cilement les personnes. Toutefois, c'est elles qu'ils ap-
prennent en premier à différencier. Quant aux objets, ils
ne saisissent que les grosses ressemblances et appellent, par
exemple, pomme, tout ce qui y ressemble. Il en est de même
pour les différences. Sous ce rapport, c'est le sens de la vue qui
est le plus développé. Pour les sens moins parfaits comme
le goût, l'odorat surtout, il est extrêmement difficile de leur
faire sentir des différences même assez fortes, et toujours
228 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
d'une manière vague. Ils sont incapables de préciser, et
même, si on insiste, ils se contredisent fréquemment.
Les idiots profonds, incurables ne saisissent pour ainsi
dire pas la différence entre les objets et même entre les
personnes. Certains ne manifestent absolument aucun sen-
timent quand ils changent d'infirmières. C'est plutôt par les
sensations qu'ils éprouvent lorsqu'ils sont soignés par elles
qu'ils apprécient la différence entre les unes et les autres.
Le discernement, base véritable de nos conceptions intel-
lectuelles, est donc très défectueux chez l'idict. Chez l'im-
bécile on observe de même une aptitude beaucoup plus
considérable à saisir les ressemblances que les différences.
C'est ainsi qu'ils apprécient souvent le côté grotesque des
personnes, ce qui se traduit par des comparaisons quelque-
fois assez drôles et qui les font paraître plus intelligents qu'ils
ne sont réellement, ou le plus souvent saugrenues et en
général triviales, grossières.
La généralisation est le fait de la comparaison et de
l'appréciation des ressemblances. C'est un phénomène d'in-
duction. Les idiots généralisent-ils au sens exact du mot?
Appeler les choses d'un terme général parce qu'on n'en
saisit pas les différences, et les appeler ainsi parce qu'on en
saisit les ressemblances, n'est pas identique. Appeler fleur
toutes les fleurs parce qu'on n'est pas capable de saisir les
rapports de ressemblances et de différences qui existent
entre les fleurs, n'est pas faire œuvre de généralisation. A
ce compte tous les enfants généraliseraient. Le savant, au
contraire qui, après avoir analysé les caractères spéciaux de
plusieurs fleurs, dit : Toutes les fleurs qui présentent tel
caractère sont des roses, a fait de la généralisation. Or les
idiots se servent des termes généraux comme les sauvages
parce qu'ils ne saisissent que les rapports de ressemblance
GENERALISATION 229
et non par suite d'une induction. Pour généraliser, pour
induire scientifiquement, ou intelligemment tout au moins,
il faut tenir autant de compte des différences que des ressem-
blances. Aussi ne saisissant en général que les ressemblances,
induisent-ils faussement. C'est ainsi que tout fruit rond de-
vient pour eux une pomme, si le premier fruit qu'ils aient
vu de cette forme a été une pomme.
Ils sont cependant capables de généralisations simples
comme ils sont capables de comparaisons simples. R. . . , idiot
aveugle, reconnaît bien le fer et le bois, et pour cela il
essaye de le casser. Si imparfaite que soit son idée des qua-
lités caractéristiques du fer, il en a une pratique qui a dû
le frapper, c'est que le fer est dur et ne se casse pas, tandis
que le bois est plus tendre et se casse. Il est certain qu'il
généralise trop, mais enfin il généralise, s'élevant d'un point
de vue particulier à une observation générale. Ce n"est qu'à
la longue que cette généralisation se produit cbez l'idiot, ce
n'est qu'après maintes expériences, mais une fois enracinée
elle l'est bien. Chez l'imbécile, au contraire, ce sont des gé-
néralisations hâtives. Saisissant plus vite encore que l'idiot
les ressemblances des objets, il fait une induction encore
plus erronée ordinairement. Il lui suffit d'une expérience pour
conclure qu'il doit toujours agir de même. Aussi commet-il
si facilement des sottises de la meilleure foi du monde. C'est
là un trait frappant de son caractère et qui lui donne cette
confiance en lui-même, cette fatuité si fréquente chez lui.
Aussi faut-il bien prendre garde de ne pas laisser aux imbé-
ciles une initiative qui est bien rarement couronnée de succès.
La faculté de généralisation existe d'une manière évi-
dente chez les animaux. La répulsion ou l'attraction qu'ils
ont pour certaines personnes indiquent qu'ils ont une idée
générale de son caractère, de ses manières, etc. Chez l'idiot
230 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
complet, la généralisation, même sous cette forme indécise,
n'existe pas. Chez l'idiot simple elle existe certainement.
H...,, un idiot de Bicêtre, par exemple, quand il voit une
femme n'ayant pas de bonnet d'infirmière l'appelle Caroline,
qui est le nom de sa mère,
Max Millier et Taine ont prétendu qu'il n'y a pas d'idées
générales sans mots. Ce serait refuser cette faculté aux ani-
maux. C'est, du reste, faux, même chez l'homme. Car l'en-
fant montre sa faculté de généralisation avant de pouvoir
parler. Puis la généralisation n'est pas une faculté spéciale.
Il n'y a pas de compartiments dans l'intelligence humaine.
Tout s'associe plus ou moins. Pérez dit justement : « Le
mot progresse comme l'idée et par l'idée. » La généralisa-
tion n'est en définitive pour l'enfant qu'une similitude plus
ou moins étendue. C'est pourquoi les idiots et les imbéciles
généralisent si facilement, et en même temps si faussement.
Locke, Condillac et bien d'autres ne considèrent les idées
abstraites que comme une dérivation du langage et les re-
fusent par conséquent aux jeunes enfants. Pérez 1 prétend,
au contraire, que les enfants sont capables d'abstraction et
que le langage sert surtout à préciser, limiter, fixer, mais
non à engendrer ce qu'on appelle les idées abstraites. Si
véritablement les idées abstraites sont indispensables à toute
intelligence, il faut bien admettre qu'elles existent chez
nos sujets, si atténuées qu'on les suppose.
Chez les inférieurs incurables, elles n'existent pas du
tout. « Dans l'idiotie profonde, dit Griesinger, les impres-
sions sensoriales ne produisent que peu d'idées : celles-ci
sont si passagères et superficielles qu'elles s'effacent promp-
4. Pérez, loc. cit.
ABSTRACTION 231
tement sans donner lieu au travail d'abstraction, de sorte
que ces individus n'ont guère que des idées matérielles,
isolées, déterminées par les impressions sensoriales. »
Chez les idiots curables au contraire, même ne sachant
pas parler, les idées abstraites existent certainement, très
vagues sans doute, mais il ne s'agit pas ici d'une question
de degré. Passons donc en revue quelques idées abstraites.
Parmi elles, celle de nombre est une des plus impor-
tantes. Chez les animaux, comme la pie, le mulet, l'idée de
nombre existe d'une manière évidente. Il en est de même
des idiots. Dev..., idiot simple, sourd-muet, de Bicêtre, a
dans la main une poignée de cailloux : prenez-les-lui et ne
lui en rendez qu'une petite partie, il vous regarde aussitôt,
puis baisse la tête et fuit en vous regardant obliquement.
Sa physionomie s'est assombrie. Nul doute qu'il s'est senti
atteint dans son individualité. Il sent d'intuition qu'il est
volé. Si on fait la même expérience chez un idiot complet,
on n'a aucun résultat. Il vous regarde avec indifférence.
Ce n'est guère qu'à six ou sept ans qu'un enfant normal
sait compter des objets jusqu'à 10, et vers dix ans jusqu'à
400, en dehors, bien entendu, de la numération apprise par
cœur.
Le calcul est très difficile chez les idiots, nul chez les
incurables. Les idiots les plus intelligents peuvent à peine
arriver à compter jusqu'où arrivent des enfants de dix ans,
et encore si on les trouble au milieu de leur énumération
en leur faisant sauter quelques nombres, ils ne sont plus
capables de continuer. — Séguin conseille de supprimer
le plus possible l'abstrait de l'éducation du calcul. Là aussi,
comme pour la lecture, on commence par l'idée concrète et
tel idiot qui ne saurait pas compter jusqu'à 10, sait le faire
s'il compte sur ses doigts ou avec des boules. Il en est de
232 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
même non seulement pour la numération, mais aussi pour
les opérations les plus simples, addition et soustraction, qu'il
ne saurait faire au tableau et encore moins de tète.
On arrive assez facilement à leur apprendre l'addition. Il
y a de nombreuses difficultés pour leur faire comprendre
la soustraction. Certains même ne peuvent y arriver, quoique
assez développés. Tel est Gr.., un idiot myxœdémateux dont
nous avons déjà parlé, qui sait lire et assez bien écrire. Et
cependant, quoiqu'il ne puisse arriver à une soustraction, il
sait très bien ce qu'il dépense et ce qu'il a encore d'argent
entre les mains du surveillant. Mais c'est évidemment
sous la forme concrète de pièces de monnaie qu'il fait son
compte.
Le principe de la multiplication n'est pas compris. Ils
^arrivent à faire cette opération que lorsqu'ils ont de la mé-
moire. Dans l'immense majorité des cas la division est im-
possible. Quant aux problèmes, idiots et imbéciles sont éga-
lement incapables d'y rien comprendre. Ils ne savent pas
discerner dans quel cas il faut faire telle ou telle opération.
Chez les imbéciles on observe pour le calcul quelque chose
d'analogue à ce que nous avons vu pour la mémoire. Il en
est qui comptent jusqu'à plusieurs centaines en disant 2 et 2,
4 et 2, 6 et 2, etc., etc., ou 2 et 2, 4 et 4, 8 et 8, etc., etc.
Mais faites leur dire combien font 4 et 3, et ils ne savent
plus. La mémoire agit seule chez eux et dès que vous faites
appel au raisonnement vous avez un résultat négatif. Ce
sont des séries apprises par cœur qu'ils vous récitent, mais
sans avoir aucune idée du nombre abstrait. Aussi en voit-
on souvent qui remplacent celte notion abstraite par une
notion concrète. Ils comptent sur leurs doigts par exemple,
mais ne pouvant aller au-dessus de 10, ils font figurer a
une de leurs mains le plus gros nombre qu'on leur indique
CALCUL 233
à additionner et comptent le plus petit sur les doigts de
l'autre main. Vous leur dites par exemple d'additionner
15 et 4 : ils posent une main en disant 15, et avec les autres
doigts comptent 16, 17, 18, 19. Mais si on leur demande
d'ajouter un nombre supérieur à une dizaine ils sont très
embarrasses et le plus souvent en sont incapables. On peut
dire que le calcul et les nombres, en tant qu'abstractions, ne
sont pas compris par eux et encore moins par les idiots.
Nous avons vu dans le chapitre Des Instincts, à propos
des aptitudes spéciales de certains idiots, qu'il y en avait qui
présentaient des aplitudes singulières au calcul. Belhomme
en cite par exemple un de quarante-huit ans qui possédait
cette faculté de dire assez promptement, sans se tromper, à
quel quantième de Tannée correspondait le jour qu'on lui
désignait et qui ignorait d'ailleurs en quelle année il vivait.
Ces faits d'automatisme n'ont rien à voir évidemment avec
le calcul tel que nous venons de l'examiner.
Les idiots, comme les enfants, n'ont guère la notion du
temps écoulé et encore moins celle du temps à venir. Sans
but dans l'existence, indifférents à ce qu'on leur fait faire,
n'ayant qu'une mémoire assez imparfaite, ils savent à peine
indiquer à quelle époque de l'année on est, quel mois et
souvent même quel 'jour. Ils ressemblent en cela aux déments
et à certains aliénés ayant de la stupeur, pour qui les sen-
sations et les événements se succèdent sans qu'ils saisissent
le moindre rapport de temps entre eux. Mais ont-ils l'appré-
ciation du temps présent qui s'écoule? Se rendent-ils compte
du temps qu'ils mettent à faire une chose? Sous ce rapport
ils sont comme les animaux qui reconnaissent par certaines
sensations que le moment est venu de les satisfaire. Telle
est par exemple l'heure du repas. Ce ne peut évidemment
234 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
être considéré comme une idée abstraite à proprement parler.
Car ce n'est pas par Pappréciaiion du temps écoulé qu'ils
devinent l'heure qu'il est, mais bien par le besoin qu'ils
éprouvent. L'idée de temps est du reste composée de tant de
facteurs, c'est encore un point si mal connu en psychologie,
qui demande une analyse si fine, qu'il est bien difficile de
tirer des idiots quelque notion utile pour l'élucider. Quant
à l'idée d'éternité, d'infini, cela leur échappe complètement.
Les idiots simples jugent très mal la distance et apprécient
très imparfaitement l'étendue des objets. Sous ce rapport,
ils se rapprochent beaucoup des enfants, mais ce qui diffère
d'avec eux, c'est que, proportionnellement à leur âge, ils
sont beaucoup moins avancés et que même ils ne peuvent
jamais arriver à la notion d'étendue absolue et encore moins
d'immensité.
A propos des idées, disons un mot des idées fixes. Ribot 1
en admet trois catégories : 4° Idées fixes simples, intellec-
tuelles, restant dans la conscience, ou ne se traduisant que
par des actes insignifiants. — 2° Idées fixes accompagnées
d'émotions telles que la terreur et l'angoisse (agoraphobie,
folie du doute, etc.). — 3° Idées fixes à forme impulsive se
traduisant par des actes violents (vol, homicide, suicide). Il
pense qu'il n'y a avec l'attention aucune différence de na-
ture, mais seulement de degré.
L'idée fixe suppose — c'est un des effets ordinaires de la
dégénérescence — un affaiblissement notable de la volonté,
c'est-à-dire du pouvoir de réagir. Il n'y a pas d'état antago-
niste qui puisse la réduire. L'effort est impossible ou infruc-
tueux. De là cet état d'angoisse du malade conscient de son
\ Ribot, Psychologie de l'attention.
IDÉES FIXES 235
impuissance. Car chez l'idiot, l'idée est si faible, chez l'im-
bécile, elle est si instable que l'idée fixe existe peu. Nous
ne l'avons jamais conslalée chez les idiots. Il y a des impul-
sions mais non par idées fixes. Chez l'imbécile, où on voit
aussi des impulsions si dangereuses au vol, à l'homicide, à
l'incendie, on n'observe guère l'idée fixe avec conscience et
angoisse. Il y a tout au plus des idées tenaces, et, parmi
elles, des idées de fugues, pour la réalisation desquelles
soit chez eux, soit à l'asile, ils arrivent à tromper la surveil-
lance la plus sérieuse. Ces fugues peuvent du reste se
montrer sous deux formes. Ou bien elles se produisent sans
but, sans réflexion : beaucoup d'idiots et d'imbéciles trouvent
la porte de chez eux ouverte et filent aussitôt. C'est même
souvent pour cette raison, par la difficulté de la surveillance
qu'ils nécessitent, qu'on est obligé de les placer. Ou bien, au
contraire, ce sont des évasions véritables, calculées, prémé-
ditées, pour lesquelles ils se sont entourés de toutes les pré-
cautions qu'ils ont pu imaginer, et généralement dans le but
de donner libre cours à leurs penchants loin de la surveil-
lance et de l'autorité. Autant les premières sont fréquentes
chez les idiots, autant les secondes le sont chez les imbé-
ciles.
Une fois en possession d'un certain nombre d'idées, con-
crètes et abstraites, il faut qu'elles s'associent entre elles
pour donner naissance à un raisonnement et à un jugement.
L'association des idées se fait de trois manières : par ressem -
blance, par contraste, par conliguïté. De quelle manière se
fait de préférence l'association chez l'idiot?
Chez l'idiot même profond, l'association peut se faire entre
les idées si peu nombreuses qu'il possède. Nous avons vu
que le sentiment le plus développé chez lui était l'instinct
de la nutrition et le p'aisir qu'il éprouvait à le satisfaire. A
236 PSYCHOLOGIE DE L IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
la vue de la nourriture il s'agite, paraît content. La vue des
mets est donc associée chez lui avec la sensation agréable de
la faim satisfaite, et éveille chez lui l'idée de manger. Ce
sontlà assurément des associations grossières, associations de
sensations plutôt que d'idées, mais il ne faut pas oublier que
ce sont des êtres avant tout sensitifs. C'est à peu près chez
lui la seule association d'idées qu'on rencontre. Elle existe
aussi chez l'idiot moins profond. Il ramasse le pain partout
où il le trouve, même dans les ordures, et la vue du pain
lui donne envie de manger. De même quand il a un besoin
à satisfaire, il a l'idée des closets et il y va, ou bien la vue
de ceux-ci éveille chez lui un besoin.
Nous sommes bien loin encore des associations d'idées
a bstraites. C'est encore et toujours la sensation, le besoin
qui éveillent l'idée. C'est eux aussi qui produisent l'associa-
tion de temps. C'est en effet, comme chez les animaux, l'heure
du repas qui est la première connue. Mais il semble que ce
soit simplement comme nous l'avons déjà dit à propos de
l'idée de temps, la simple sensation de temps qui leur indi-
que qu'il est temps de la satisfaire, et non la sensation du
temps écoulé proprement dite. A l'asile, dès que l'heure du
repas arrive, ils sont tous à tourner à la porte du réfectoire.
Nous avons vu que ce qui frappait le plus l'idiot, c'étaient
les grossières ressemblances de couleur et de forme. C'est
aussi par ressemblance qu'il associe surtout, plus rarement
par contiguïté, et jamais par contraste, ce qui est aussi plus
rare chez les enfants ordinaires.
Ils associent par exemple les sens analogiques comme
font les jeunes enfanls, dont l'amour pour ces sons analo-,
giques se manifeste d'abord par un rabâchage saugrenu et
ensuite par le plaisir de la musique et de la rime. Un idiot
simple de Bicêtre, fait entendre un cri guttural qu'il répète
ASSOCIATION DES IDÉES 237
à intervalles égaux : il règle même sa marche sur la cadence
qu'il donne à ces cris. Dès qu'il entend un son quelconque,
un bruit musical, il accourt, sa physionomie ne change pas,
son regard est fixe. Si on veut le faire partir, il hausse les
épaules et frappe du pied. Un autre enfant, quand la fan-
fare joue, bat la mesure en balançant son corps d'avant en
arrière. Cale... écoute avec intérêt des vers de Victor Huço
qu'il ne peut comprendre. J... aime à entendre lire des per-
sonnes qui cadencent leur lecture.
« L'association, dit Pérez 1 , fait l'unité de notre existence
mentale en établissant un lien naturel entre tous les faits
divers qui les composent, et c'est à elle qu'il faut s'adresser
pour former les habitudes, le jugement, le caractère, la
moralité de l'enfant. »
Griesinger 2 attribue au défaut d'association des idiots leur
indifférence et leur nonchalance, et non sans raison. « Plus
le degré d'idiotie est faible, dit-il, plus les idées sont nom-
breuses, plus aussi l'individu est susceptible de jugement et
de détermination. Toutefois, il ne possède pas encore cette
promptitude d'association et de combinaison des idées qui
fait que le travail d'abstraction se produit sans effort et sans
fatigue, à moins d'être longtemps prolongé. L'esprit ne
réagit que très lentement. Encore faut-il que les impressions
soient fortes. De là vient l'indifférence des idiots pour beau-
coup de choses du monde extérieur et leur nonchalance,
leur insouciance perpétuelles.
L'association des idées n'a pas seulement pour but d'é-
veiller une idée analogue ou contraire dans l'esprit, mais
aussi et surtout de produire un raisonnement dont l'abou-
tissant sera un jugement soit général, soit particulier. C'est
1. Pérez, loc. cit.
2. Griesinger, loc. cit.
238 PSYCHOLOGIE DE LIDIOT ET DE L'IMBÉCILE
évidemment là le but même de l'intelligence que de juger,
et si, en définitive, les idées surgissant par association n'y
menaient pas, il n'y aurait dans l'esprit qu'une succession
d'idées particulières reliées entre elles, mais dont ne se dé-
gagerait aucune idée générale qui, elle, est la source de dé-
ductions, de nouvelles associations encore plus nombreuses,
et la base même de nos connaissances.
Mais le jugement n'est pas toujours la résultante d'un rai-
sonnement. Pour qu'il y ait raisonnement, il faut qu'il y ait
obstacle à l'évidence immédiate. Autrement, si l'évidence est
ou parait absolue, il y a simplement jugement, exact ou
erroné. Le jugement immédiat n'est en somme que l'énoncé
de l'impression produite dans l'esprit par l'objet considéré.
La justesse, la promptitude, la fermeté, sont autant de
qualités du jugement. Ces qualités résultent de la force de
l'attention, qui permet de saisir toutes les conditions de l'ob-
jet sur lequel doit se formuler le jugement. La prompti-
tude vient de la rapidité d'impression produite sur le cer-
veau, et la fermeté, de la netteté et 'de la précision de cette
impression. Or, chez l'idiot, l'attention, la rapidité et la
netteté de l'impression sont singulièrement affaiblies comme
nous savons. Ne soyons donc pas surpris de trouver un ju-
gement des plus défectueux.
Au pointdevue de la justesse d'abord, les idiots jugent or-
dinairement très faussement. Leur attention difficile à fixer,
incapable de s'attacher simultanément aux nombreuses qua-
lités d'un objet, ne leur permet de saisir que des qualités
grossières. Le jugement le plus simple, n'est qu'un discer-
nement de perceptions, et ensuite, une association d'images
accompagnée de croyance. Capables seulement d'asso-
ciations très simples, il en résulte des jugements absolu-
ment erronés. Toutes les illusions des sens, lesquelles ne
JUGEMENT 239
sont que des illusions de l'esprit — qu'ils ne savent pas cor-
riger — donnent lieu à de faux jugements. De plus, les
qualités qui doivent déterminer le jugement frappent peu
leur esprit. On est obligé, pour le leur faire formuler, de
fixer au préalable leur attention, d'où retard considérable
dans le jugement.
Quant à la fermeté du jugement, elle ne vaut guère mieux.
Ils se montrent si indifférents à ce qu'on leur demande s'ils
n'y ont pas un intérêt évident, que le moindre doute qu'on
émet, suffit à les ébranler dans leur conviction.
De même que les enfants, le premier jugement leur suffit
en général, à moins de forcer leur attention à le redresser
par des jugements nouveaux. « Un des grands progrès de
l'enfant, dit Pérez, consiste à pouvoir consciencieusement
prouver ou corriger ses premiers jugements reconnus in-
suffisants par ceux que l'attention fait venir à leur suite. »
Mais, ce progrès, nous le constatons à peine ébauché chez
l'idiot et l'imbécile, précisément parce qu'il suppose, outre
des images et des associations d'idées nombreuses, l'exer-
cice de l'attention volontaire qui est si faible chez les der-
niers et pour ainsi dire nulle chez le premier.
Ce qui dénote encore le progrès du jugement, c'est la
clarté, la précision du langage. Nous avons vu combien il
reste toujours défectueux, ce qui indique que leur pensée
est elle-même peu claire, peu précise.
Il en est qui sont très tenaces dans leurs jugements. Mais
il ne faut pas confondre la ténacité avec la fermeté. Sous ce
rapport on observe souvent un entêtement absurde. C'est
du reste le propre des esprits limités dans leurs idées, en
possession de peu d'images, de peu d'associations variées,
d'être les pius entiers et quelquefois les plus ardents dans
leurs affirmations.
240 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
Ajoutons toutefois qu'il faut, pour faire une affirmation
assez tenace, un ensemble d'idées assez étendu, tout en
n'ayant pas un nombre d'associations suffisantes pour choi-
sir celle qui est la seule juste. Or les idiots ayant trop peu
d'idées sont en général peu têtus, tandis que les imbéciles
le sont beaucoup plus souvent. M. Dagonet exagère certai-
nement en disant que les imbéciles n'ont pas de jugement,
ou un jugement erroné, que les jugements qu'ils émettent
ne leur sont jamais propres. Ils sont, sous ce rapport, comme
tous les instables; les jugements émis devant eux frappent
leur esprit et y restent à l'état latent. Puis, un jour, ils les
émettent et on est quelquefois surpris de les entendre sor-
tir de leur bouche. En réalité, ce n'est pas leur esprit qui
les a fabriqués, et assurément le plus grand nombre des
jugements qu'ils portent, mais non pas tous, sont ainsi sug-
gérés en quelque sorte.
Les imbéciles ont surtout un fait caractéristique , c'est
l'illusion qu'ils se font sur leurs facultés intellectuelles.
Cette présomption les porte à une fatuité souvent excessive,
pour peu surtout qu'on s'y prête en ayant l'air de les admi-
rer et d'y croire. Si on admire ainsi un de leurs jugements
assez juste, ils se gonflent rapidement, et on arrive bientôt,
une fois lancés, à leur faire dire spontanément les plus
énormes sottises. Pour obtenir d'eux un jugement sain, ou
à peu près, il faut continuellement redresser le point défec-
tueux de leur raisonnement. Quoi qu'il en soit, on n'obtient
d'eux que des jugements très simples, c'est-à-dire, en somme,
l'expression de leurs perceptions.
A côté de l'entêtement sur un jugement erroné qu'ils
ont souvent, il faut aussi noter la forme impulsive donnée
aux actes par suite de l'ignorance où ils sont et de leur in-
capacité de redresser leur jugement, et même d'en douter.
RAISONNEMENT 241
De même que chez les enfants, le doute qui suspend l'action
est rarement leur fait. La première impression suffisant à
déterminer leur jugement, que ne vient contrebalancer au-
cune idée contradictoire, ils ne font aucune réflexion et
l'acte suit le jugement à la façon d'un véritable réflexe.
Gela se produit d'autant plus, que l'intelligence est moins
développée et l'automatisme des actes se rencontre à un
bien plus haut degré chez les idiots que chez les imbéciles.
Pour ce qui est du raisonnement proprement dit, sous la
forme syllogistique, ils ne savent, pas le formuler, ils ne
savent pas tirer une conclusion, même les imbéciles les plus
avancés. « Raisonner, c'est, dit Jacotot, rapporter la chose
qu'on sait à la chose qu'on voit. » D'après Binet *, l'élément
fondamental de l'esprit est l'image. Le raisonnement est
une organisation d'images déterminée par les propriétés des
images seules et il suffit que les images soient mises 'en
présence pour qu'elles s'organisent et que le raisonnement
s'ensuive avec la fatalité d'un réflexe. Celte façon de con-
cevoir le mécanisme du raisonnement est tout à fait en rap-
port avec ce que nous observons chez l'idiot et l'imbécile.
« Le raisonnement, dit-il encore, consiste comme la per-
ception, dans l'application d'un souvenir à la connaissance
d'un fait nouveiu et aboutit à la généralisation de ce sou-
venir. » Et enfin il étudie remarquablement les rapports de la
perception extérieure avec le raisonnement, qui présentent
jes trois caractères communs suivants : 1° appartenir à la
connaissance médiate et indirecte; 2° exiger l'intervention
de vérités antérieurement connues (souvenirs ïaits d'expé-
riences, prémisses); 3° supposer la reconnaissance d'une
1. Biiet, Psycho'oyie du raisonnement,
16
242 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
similitude entre le fait qui est affirmé et la vérité antérieure
sur laquelle il s'appuie. La réunion de ces caractères montre
que la perception est comparable à la conclusion d'un rai-
sonnement logique. Tandis que le raisonnement perceptif
se fait sur des sensations, le raisonnement logique se fait
sur des percepts. Ceux-ci étant une synthèse de sensations
et d'images, on voit que finalement tout raisonnement a
pour base la perception.
Or nous avons vu quelle perception insuffisante ou fausse
présentaient nos malades. On sait bien aujourd'hui que les
erreurs des sens proviennent, non de l'appareil sensitif,
mais de l'appareil perceptif. Les perceptions étant par con-
séquent conservées — quand elles le sont — dans un centre
mal développé, ou lésé, laissent des images fausses ou con-
fuses. De par la loi d'association, les images semblables ou
contiguës devant se susciter réciproquement, on voit quelles
faibles associations et quelles fausses associations il va ré-
sulter de ces images fausses ou confuses. Ici encore, nous
voyons cette différence entre les idiots et les imbéciles sur
laquelle nous avons continuellement attiré l'attention : fai-
blesse chez les uns, perversion chez les autres. Chez les
idiots en effet, les images étant très faibles, le raisonnement
perceptif est lui-même faible, quelquefois il ne se produit
pas, si Ton en juge du moins par le seul moyen qu'on ait
souvent de reconnaître qu'il s"est produit, c'est-à-dire, l'acte
qu'il provoque. Chez l'imbécile au contraire, il y a un plus
grand nombre d'images, mais faussées le plus souvent par
un centre perceptif fonctionnant mal. Les associations se
font souvent chez lui par contiguïté, et le raisonnement a
beaucoup plus de chances d'être faux par là même, les deux
sensations qui ont donné naissance aux deux images con-
tiguës pouvant n'avoir aucun lien entre elles et le sujet les
DÉLIRE 243
émettant néanmoins faute d'autres associations plus ration-
nelles. Aussi, ce qui frappe surtout dans leurs conceptions,
c'est le décousu , l'imprévu de leurs observations, qu'on
s'explique quelquefois lorsqu'on a pu assister aux sensa-
tions qui leur ont primitivement donné naissance. L'idiot,
au contraire, associe plus simplement par ressemblance;
les sensations consécutives n'ayant pas de lien entre elles
comme chez l'imbécile, parce qu'il vit avant tout le moment
présent, par suite de son défaut d'attention, de sa mémoire
difficile.
Le seul raisonnement qui existe chez eux est le raison-
nement perceptif. Quant au raisonnement logique, il est
nul chez les idiots et à peine ébauché chez les imbéciles.
Cela se comprend sans peine. Pour construire ce raisonne-
ment, il faut de nombreuses images et percepts combinés
entre eux, ces combinaisons se faisant d'une manière très
défectueuse, il en résulte tout naturellement que le raison-
nement sera faussé et prendra la forme d'un sophisme plu-
tôt que d'un syllogisme.
On s'aperçoit facilement de la différence des idiots et des
imbéciles, dans les délires qu'ils peuvent présenter. Extrê-
mement rare, exceptionnel chez les idiots, le délire se ma-
nifeste exclusivement sous la forme impulsive, sans motif
conscient, ni provoqué. Par exemple, J.., un idiot microcé-
phale de Bicêtre, quand ses accès le prennent, se barbouille
la figure avec du charbon, met un foulard rouge autour de
sa tête et danse en grimaçant et en chantant : « Je suis
Prussien ». D'autres mettent le feu, sont clastomanes; c'est
surtout un délire d'actes qu'ils présentent.
Chez les imbéciles on observe bien aussi ces accès d'exci-
tation maniaque, ces impulsions à tuer, à mettre le feu,
à briser. Les impulsions homicides sont peut-être les plus
244 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
fréquentes, ce qui contribue encore à en faire des êtres plus
dangereux que les idiots. Ils aiment beaucoup à avoir dans
leurs poches des outils dangereux, des bouts de fer affilés
en guise de lames. Us se plaisent à proférer des menaces.
Nous avons indiqué déjà du reste, dans le chapitre des ins-
tincts, les tendances à la cruauté des idiots et des imbé-
ciles.
Mais ils ont encore un délire spécial, délire d'idées cette
fois. Celui-ci peut se développer au contact d'un aliéné dont
ils subissent l'influence. Us font alors du délire à deux. Dans
le cas précédent de J..., deux imbéciles, B ... et S... en le
voyant se mettent à l'admirer et à l'imiter. Mais quand ils
délirent spontanément, ce n'est jamais sous forme de délire
systématisé, d'apparence par conséquent logique. L'incohé-
rence, l'absurdité, la mobilité des idées délirantes les fait
quelquefois ressembler aux paralytiques généraux, avec
lesquels on pourrait même quelquefois les confondre, car
les idées de grandeurs qu'ils manifestent, établissent encore
une analogie de plus.
La quatrième manifestation de l'intelligence est la pro-
duction des idées, c'est-à-dire la combinaison nouvelle
d'association de percepts. L'imagination peut reproduire
les sensations et les idées suivant un ordre nouveau. Elle
suppose donc des percepts assez nombreux pour pouvoir
s'associer de façons diverses et nouvelles, autres que les
associations habituelles qu'on a déterminées par l'enseigne-
ment et l'exemple. L'imagination sensitive et reproductrice
est celle qu'on rencontre le plus souvent, et l'imagination
créatrice dans le domaine des idées est celle que présentent
surtout les imbéciles.
Nous savons en effet que les idiots ont surtout les sens
IMAGINATION 245
développés. C'est par l'éducation des sens qu'on arrive à
leur apprendre ce qu'ils savent, bien plus que par le lan-
gage. Celui-ci a en effet pour but d'éveiller dans l'esprit de
nouvelles associations d'images. Or nous avons vu à propos
du langage qu'ils le comprennent très peu et sont beaucoup
moins sensibles aux enseignements par la parole qu'à ceux
par les sens. Ceci nous montre comment l'imagination re-
productrice et créatrice est très rudimentaire chez eux. Ce
même défaut les empêche de présenter des dispositions ar-
tistiques quelconques, Ils sont capables de copier, d'imiter;
ils ne sont pas capables de produire sans lintervention des
sens. En un mot, ils ont une intelligence réceptive et nulle-
ment productrice.
Il est bien difficile, sinon impossible, d'apprécier s'ils ont
une imagination plus développée pour certains sens que
pour d'autres. Toutefois, chez ceux qui sont aveugles et qui
cependant se livrent à certains travaux, il est permis de
supposer qu'ils se représentent bien ce qu'ils touchent.
Quant à l'imagination créatrice, ils n'en ont pour ainsi
dire pas, et certainement non, chez les inférieurs. Ils sont
en effet incapables, par exemple, de faire une narration, de
composer un dessin même grossier. Ce défaut d'imagina-
tion est, à notre avis, une des plus fortes raisons pour les-
quelles les idiots sont en général peu menteurs. Ils peuvent,
bien entendu, faire, et font souvent des erreurs, par défaut
de mémoire, d'attention, de compréhension. Ils font plus
rarement des mensonges demandant une certaine invention,
comme par exemple de raconter une chose autrement qu'elle
ne s'est passée, dans l'intention de tromper.
Certains idiots aiment cependant le merveilleux et im-
provisent eux-mêmes des contes fantastiques, Mais si on
peut observer chez quelques-uns, cet amour du fantastique
216 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
qui frappe l'imagination, c'est le cas le moins fréquent et il
est encore plus rare de les voir en inventer. Il faut remar-
quer du reste que, ainsi que nous l'avons déjà dit, l'idiot
croit tout, parce qu'il ne sait pas distinguer ce qui est pos-
sible, de qui est impossible. Les contes bleus ne lui pa-
raissent donc pas invraisemblables, et s'il les aime, c'est
peut être parce qu'ils demandent de sa part moins d'atten-
tion et moins de jugement que les choses réelles. C'est ce
qui se passe aussi chez les jeunes enfants. Il est donc pos-
sible qu'ils ne fassent en ce cas, que très peu œuvre d'ima-
gination à proprement parler. Cela les intéresse parce que
cela n'est pas difficile à saisir, et qu'on se sert de termes
très simples, de comparaisons simples, et qu'on ne leur pré-
sente que des faits très gros qu'ils arrivent à so représenter
à cause de ce grossissement même. Ajoulons du reste que
ce n'est qu'au bout de longtemps, chez les idiots déjà soi-
gneusement éduqués et sur un petit nombre seulement
d'entre eux, que l'on peut observer cette faculté de se re-
présenter des contes simples.
Chez les imbéciles, à l'inverse des idiots, on observe le
plus souvent une imagination déréglée. On peut déjà s'en
rendre compte par l'amour qu'ils ont des comparaisons gro-
tesques, qui prouvent qu'ils sont capables d'établir un lien
entre deux idées souvent disparates et n'ayant entre elles
qu'un rapport éloigné.*Cette tendance est quelquefois extrê-
mement développée chez eux et leur donne un Lux air
d'avoir de l'esprit. D'autre part, nous avons vu combien ils
étaient menteurs. Ils le sont tous plus ou moins. Mais ils ne
se contentent pas de nier purement et simplement ce dont
on les accuse. Ils inventent une histoire toute différente de la
réalité. Il en est même qui ne se contentent pas de dénatu-
rer les faits, mais encore d'inventer des détails eu m (me
DIAGINATNXN 247
une histoire de toutes pièces. Et ce n'est pas seulement
pour se disculper ou accuser un de leurs camarades; ils le
font même lorsque cela est à leur désavantage. C'est ainsi
qu'ils se vantent de mauvais coups qu ils n'ont pas faits,
pour se rendre intéressants et se faire admirer par leurs
camarades.
Leur disposition à trouver le côté grotesque des gens
plus encore que des choses les pousse à les tourner en dérision
autrement que par des épithètes. Il circule de temps à autre
dans les services où ils sont placés des chansons quelquefois
assez spirituelles, toujours méchantes en tous cas, pour ridi-
culiser leurs maîtres ou leurs médecins.
C'est pendant le sommeil que l'imagination est le plus
active et déréglée chez l'individu normal. Si les idiots ne
rêvent guère, à ce qu'il semble, il n'en est pis de même des
imbéciles qui racontent souvent les rêves fantastiques qu'ils
ont faits. Mais ce point est très délicat à préciser chez des in-
dividus très peu capables de s'observer et de rapporter ce qu'ils
ressentent. Aussi ne pouvons-nous y insister.
Enfin, si l'imagination est très excitée, il peut en résulter
un véritable délire. Nous avons déjà dit combien rarement
les idiots déliraient. Chez les imbéciles, au contraire, à côté
du délire moleur qui se manifeste ordinairement par de
l'excitation, nous avons un délire d'idées qui trahit bien leur
imagination excessive. Ils se croient en effet de grands per-
sonnages, des inventeurs, etc., et leurs idées sous ce rapport
se produisent avec tant de rapidité quelquefois qu'il en résulte
une grande incohérence et une remarquable absurdité.
Cela prouve tout au moins que l'imagination est assez déve-
loppée chez eux à l'état normal pour s'hypertrophier de la
sorte par moments. •
Il est assez remarquable que pour tout ce qui est prati-
248 PSYCHOLOGIE DE LIDIOT ET DE L'IMBECILE
que, utile et bon, leur imagination est en défaut. Ils ne savent
comment s'y prendre pour tourner une difficulté qui sur-
vient dans leur travail habituel. Mais ils imaginent toutes
sortes de ruses pour surmonter les obstacles qui s'opposent
à leur évasion, par exemple. Là encore, nous les voyons
employer comme toujours les rares facultés qu'ils ont à un
but mauvais. On peut dire d'eux comme on le dit souvent de
criminels ou d'escrocs: Est-il fâcheux qu'ils n'aient pas mis
leur intelligence au service d'une meilleure cause! Eh bien!
il faut avouer qu'ils n'auraient pas réussi dans le bien comme
ils réussissent dans le mal, d'où la nécessité de se tenir en
garde contre tous les dégénérés, quel que soit le degré de
leur dégénérescence. L'imagination des imbéciles ne s'exerce
jamais sur ce qui peut être utile à leurs semblables, sur le
perfectionnement de leur travail, sur le progrès de leur mo-
ralité. Elle s'exerce toujours sur les moyens de satisfaire
leur ambition, leur vanité, leurs besoins et leurs mauvais
instincts.
CHAPITRE IX
DE LA VOLONTÉ, DE LA PERSONNALITÉ
ET DE LA RESPONSABILITÉ
SOMMAIRE : La volonté chez l'individu normal. — État de la vo-
lonté chez les idiots, d'après les auteurs , — Mouvements volontaires.
— Phénomènes d'arrêt. — Attention volontaire. — Mobiles des vo-
litions : physiques, intellectuels et moraux. — Choix et détermi-
nation. — Suggestibilité. — Conscience. — Personnalité. — Respon-
sabilité morale et civile. — Capacité civile. — Évolution psycho-
logique.
Séguin considérait la lésion de la volonté comme fonda-
mentale dans l'idiotie. Il semble, à le lire, que celte dimi-
nution de la volonté soit regardée par lui comme la cause
même de l'idiotie et que les lésions des autres modes d'acti-
vité psychique ne soient que consécutifs, que la lésion de
la volonté soit en quelque sorte indépendante. Nous avons
déjà, à propos de la classification, essayé de montrer la
fausseté de ce point de vue, et comment on ne pouvait con-
cevoir la volonté indépendamment du fonctionnement gé-
néral du cerveau, admettre une volonté parfaite dans un
cerveau incomplètement développé, ou une absence de vo-
lonté aussi complète que chez l'idiot avec un cerveau normal.
La volonté n'a pas un siège spécial dans les centres ner-
veux et on n'a jamais rencontré une lésion nettement cir-
250 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
consente entraînant la perle de la volonté. D'autre part,
quand le cerveau est atteint, dans un point plus ou moins
étendu, cette atteinte retentit toujours sur l'ensemble de
son fonctionnement. Lorsqu'il est atteint dans toute son
étendue, comme c'est le cas le plus fréquent dans l'idiotie,
on conçoit à plus forte raison que les fonctions intellectuelles
doivent être toutes atteintes plus ou moins.
On n'envisage plus aujourd'hui la volonté comme un
simple état de conscience qui résulte de la coordination plus
ou moins complexe d'un groupe d'états conscients, subcons-
cients ou inconscients (purement physiologiques), qui, tous
réunis, se traduisent par une action ou un arrêt. La coor-
dination a pour facteur principal le caractère qui n'est que
l'expression psychique d'un organisme individuel. L'acte
par lequel cette coordination se fait et s'affirme est le choix
fondé sur une affinité de nature (Ribot 1 ).
Dans cette théorie de la volonté, on ne se trouve en pré-
sence que d'un cas très compliqué de la loi des réflexes, dans
lequel, entre la période dite d'excitation et la période mo-
trice apparaît un fait psychique capital, la volition, montrant
que la première période finit et que la seconde commence
(Ribot). La volition seule existe, c'est-à-dire un choix suivi
d'actes. Pour qu'elle se produise, certaines conditions sont
nécessaires. L'ensemble de ces conditions nécessaires et
suffisantes peut être appelé volonté. Par rapport aux volitions,
elle est une cause, bien qu'elle soit elle-même une somme
d'effets, une résultante variant avec ses éléments (Ribot).
Ces préliminaires de psychologie normale sont nécessaires
pour examiner les idiots. Griesinger, et avec lui Ribot qui se
borne à le citer, ont peu approfondi ce sujet. Voici, du reste,
1. Ribot, Maladies de la volmlé.
VOLONTE 251
ce qu'ils se bornent à en dire : Dans l'idiotie profonde, dit
Griesinger, les efforts et les déterminations sont toujours
instinctifs ; ils sont provoqués surtout par le besoin de nour-
riture; le plus souvent ils ont le caractère d'actions réflexes
dont l'individu a à peine conscience. Certaines idées simples
peuvent encore provoquer des efforts et des mouvements,
par exemple de jouer avec de petits morceaux de papier.
Sans parler de ceux qui sont plongés dans l'idiotie la plus
profonde, on en est à se demander : Y a-t-il en eux quelque
chose qui représente la volonté? Qu'est-ce qui peut vouloir
en eux? Chez beaucoup d'idiots de cette dernière classe, la
seule chose qui paraisse mettre un peu leur esprit en mou-
vement, c'est le désir de manger. Les idiots les plus profonds
ne manifestent ce besoin que par de l'agitation et des gro-
gnements. Ceux chez qui la dégénérescence est moins pro-
fonde, remuent un peu les lèvres et les mains, ou bien
pleurent. C'est ainsi qu'ils expriment qu'ils veulent manger.
Dans l'idiotie légère, le fond du caractère est l'inconslance
et l'obtusion du sentiment, et la faiblesse de la volonté.
Essayons d'entrer un peu plus avant dans l'observation de
ces sujets.
La volonté sous sa forme la plus simple se manifeste par
les mouvements accomplis en vue de satisfaire les besoins
naturels, les appétits, les désirs. Il faut donc que l'individu
ait conscience de ces besoins et en éprouve une sensation,
celle de la faim par exemple, indispensable pour la conser-
vation de l'individu. C'est en effet le besoin fondamental
qui survit à l'effondrement de tous les autres, à l'anéantis-
sement de l'intelligence. Nous avons vu cependant ce besoin
lui-même s'atténuer considérablement, sinon disparaître
tout à fait chez des idiots profonds. Chez ceux-là on ne peut
constater aucune trace de mouvement volontaire proprement
252 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
dit, même ébauché, tel, par exemple, que de diriger plus ou
moins convenablement la main vers la nourriture qu'on leur
présente. Les mouvements qu'ils font sont des mouvements
purement réflexes tels qu'on peut en obtenir sur une gre-
nouille à laquelle on a tranché la tète. L'idiot à ce degré est
un être purement spinal comme l'est, d'ailleurs, l'enfant
nouveau-né.
A un degré plus élevé, ils ont conscience de la faim et
comprennent ce que c'est que la nourriture qui l'apaise.
Les mouvements automatiques dont ils sont atteints ordi-
nairement cessent quand ils la voient et ils cherchent à s'en
emparer par des mouvements plus ou moins coordonnés.
C'est là la première ébauche de mouvement volontaire, et
c'est le seul du reste. Remarquons ici que chez ces êtres où
les mouvements volontaires sont à leur minimum, les mou-
vements automatiques, sous forme de tics variés, sont au con-
traire à leur maximum.
A un degré encore plus élevé, nous voyons la volonté se
manifester par des mouvements plus complexes, mais ca-
pables de devenir secondairement automatiques. Telle est
la marche. Celle-ci, avant d'être presque réflexe comme
chez l'individu normalement développé,, exige en effet pour
être apprise un certain effort dont beaucoup d'idiots sont
toujours incapables, ou chez lesquels du moins il ne devient
possible que très tardivement. Dans la majorité des cas, on
constate en effet un retard considérable dans la marche qui
ne commence qu'à trois, quatre, cinq ans et plus encore.
Au delà il est une autre manifestation de la volonté qui
est très caractéristique. C'est un phénomène d'arrêt, c'est
l'action volontaire sur les sphincters. La possibilité de
retenir ses déjections est consécutive à la possibilité de
marcher chez les idiots, et lorsqu'on observe leur déchéance,
MOBILES DES VOUTIONS 253
on la voit aussi disparaître avant la marche, la loi de régres-
sion étant ainsi parfaitement observée. Ce défaut d'action
sur les sphincters est souvent incurable et ceci prouve alors
que l'individu n'est pas susceptible d'éducation. Quand, au
contraire, on arrive à le vaincre par les moyens appropriés,
on peut espérer développer suffisamment l'attention et la
volonté pour rendre l'éducation possible.
Le summum de la manifestation de la volonté est dans
l'attention volontaire. Nous avons déjà assez longuement
étudié cette question pour n'y pas revenir ici. Mais, d'après
ce que nous avons dit, nous voyons combien la volonté est
faible chez les idiots.
Dans l'étude de la volonté, nous avons, outre son degré de
développement général, différents autres points à considérer :
ce sont les mobiles physiques, intellectuels et moraux, qui
déterminent les volitions, la façon dont le choix et la déter-
mination se produisent. Subsidiairement, nous étudierons
la suggestibilité, la conscience et la personnalité et, comme
conséquence, la responsabilité des idiots et des imbéciles au
point de vue moral et civil.
Si nous considérons la volition comme une réaction cons-
ciente de l'excitation du cerveau nous pouvons, en nous,
reportant à ce que nous savons des phénomènes d'attention,
prévoir ce qui se passe pour la volonté. Nous avons vu, en
effet, que l'attention est d'abord attirée chez l'idiot par ce qui
satisfait ses besoins physiques les mieux ou les seuls sentis
chez certains, — puis par les senîiments et les émotions, et
enfin par les faits purement intellectuels. Eh ! bien, il en
est de même pour les volitions. Ce qui chez l'enfant sollicite
le plus vivement des mouvements, c'est le désir, c'est-à-dire
le besoin, puis le plaisir ou la douleur, c'est-à-dire les
25i PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
sentiments, enfin les phénomènes intellectuels proprement
dits-
Cet ordre que nous observons dans celte évolution psy-
chologique de l'idiot, est donc la même que chez les enfants
ordinaires et se montre semblable non seulement en géné-
ral, mais en particulier pour les diverses manifestations
psychiques. La différence, c'est qu'au lieu que l'évolution
soit complète, elle s'arrête en chemin à un degré plus ou
moins avancé.
Chez les idiots les plus inférieurs, on n'observe pas trace
de volition. Les besoins les plus naturels, les instincts pri-
mordiaux de la nature humaine semblent ne pas exister.
C'est le besoin de manger qui apparait le premier, comme
chez le jeune enfant et qui subsiste quelquefois seul pen-
dant toute la vie chez l'idiot. C'est le seul mobile de leurs
actes, et encore ces actes soLt-ils extrêmement simples. Tan-
dis que, chez l'homme normal, ce besoin le pousse à se dé-
placer, à- chercher sa nourriture par des moyens de plus
en plus compliqués avec le développement social et indivi-
duel, chez l'idiot, il détermine seulement un mouvement de
préhension, souvent même un simple cri manifestant le
besoin ressenti par lui, et cela en présence seulement de la
nourriture. Aucun autre mobile ne peut agir. L'émotion de
la crainte ou du plaisir est impossible à déterminer chez
lui. Pour que ces mobiles affectifs puissent agir, il faut que
l'attention soit possible, car avec elle la mémoire et l'asso-
ciation des idées se développent. On peut dès lors les déter-
miner à agir sous l'influence d'un geste impératif, de la
crainte ou de la douceur exprimées non par des paroles
qu'ils ne sauraient comprendre, mais par l'intonation, que
les enfants normaux comprennent aussi, bien longtemps
avant de saisir le moindre sens des mots.
INHIBITION DE LA VOLONTE 255
Le pouvoir d'arrêt de la volonté se développe plus tardi-
vement que le pouvoir d'action, de même que chez les en-
fants ordinaires, et il n'est jamais aussi développé. Il en
résulte que l'impulsion est la forme la plus fréquente d'ac-
tivité chez les idiots et même chez les imbéciles. Il y a en
effet une différence énorme entre les deux. Chez 1 idiot,
l'excitation nécessaire pour déterminer un mouvement de-
vant toujours être très forte, la mise en jeu du pouvoir
d'arrêt n'a souvent pas de raison d'être. Il n'a lieu d'inter-
venir que si l'excitation détermine le passage à l'acte. Chez
lui ce n'est pas le pouvoir d'arrêt qui empêche l'acte de se
produire, c'est le défaut d'une action suffisante. Il n'y a donc
pas équilibre entre les deux pouvoirs, il y a insuffisance de
l'un et absence de l'autre. Cette proposition n'existe pas
chez l'imbécile. Chez lui il y a impulsion vive, réaction ra-
pide, souvent fausse, par suite de l'association vicieuse que
nous avons signalée chez lui. Le pouvoir d'arrêt n'est que
très faible. Mais l'excitation étant suffisante pour produire
l'acte, il se produit sous forme de véritable réflexe, sans que
rien vienne l'enrayer.
Nous ne parlons pas ici, bien entendu, des impulsions
inconscientes qui poussent les idiots à briser, à incendier,
à tuer sans motifs, sans comprendre ce qu'ils font, mais bien
des impulsions conscientes qu'ils ne peuvent maîtriser. Or»
c'est souvent chez les imbéciles qu'on rencontre ces der-
nières. Ils agissent criminellement pour satisfaire un pen-
chant parce qu'ils éprouvent du plaisir à le satisfaire. Aussi
dangereux l'un que l'autre, l'idiot et l'imbécile ne le sont
pas au même titre et nous aurons lieu au point de vue mé-
dico-légal de revenir sur cette différence capitale pour nous.
C'est aux imbéciles que peut s'appliquer ce passage de
Ribot : « L'adaptation intellectuelle est très faible, du moins
256 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
très instable ; les motifs raisonnables sont sans force pour
agir ou empêcher; les impulsions d'ordre inférieur gagnent
tout ce que les impulsions d'ordre supérieur perdent. La
volonté, c'est-à-dire l'activité raisonnable, disparaît et l'indi-
vidu retombe au règne des instincts. »
Les sentiments capables de déterminer des volitions sont
différents chez les idiots et les imbéciles. Avec les premiers,
on obtiendra beaucoup plus par la douceur, par la confiance
qu'on leur inspire que par tout autre moyen. Et autant on
peut en tirer quand on emploie ces procédés, autant ils de-
viennent impossibles à diriger et à éduquer quand on veut
agir brusquement. Avec la majorité des imbéciles, c^st au
contraire par l'ostentation de la force, par l'intimidation,
par la crainte qu'on peut arriver à les faire travailler. Dès
qu'on se relâche, la discipline, la grossièreté reparaissent.
Il en est de même pour un autre mobile, l'amour-propre.
Très peu développé chez l'idiot, il l'est au contraire beau-
coup chez Timbécile, et, en le stimulant, on peut arriver à
lui faire faire des choses qu'il n'aurait jamais faites autre-
ment. Il est à remarquer en outre qu'on obtient beaucoup
plus en flattant cette tendance qu'en l'humiliant. Toute sa-
tisfaction d'une tendance est du reste plus capable de dé-
terminer un acte que son arrêt.
Quant aux sentiments affectifs proprement dits, à l'affec-
tion pour les parents, à l'amour, à l'amitié, ce sont des
mobiles également différents chez les deux catégories de
sujets. Chez les idiots, les sentiments affectifs, quand ils
sont capables de naître, sont plus marqués que chez les
imbéciles. La peine que les idiots ont l'air de faire aux per-
sonnes qui s'occupent d'eux les touche beaucoup plus que
les imbéciles. Ceux-ci peuvent en effet s'attendrir sur le
premier moment. Mais ils oublient très rapidement qu'ils
MOBILES INTELLECTUELS 257
ont pu causer du chagrin, soit qu'ils n'en aient pas con-
science, soit qu'en ayant conscience ils y soient indifférents.
Le défaut de développement sexuel chez la plupart des idiots
entraîne aussi l'absence d'émotion sexuelle et des actes qui
en découlent. Chez l'imbécile, au contraire, les fonctions
génitales sont souvent très développées, l'émotion sexuelle
très forte, pervertie en outre et impulsive. Aussi est-ce cette
catégorie d'individus qui se rendent coupables de la plupart
de ces crimes et attentats monstrueux accomplis avec un
cynisme inouï, accompagnés de raffinement de cruauté et
de brutalité sans but, ces viols, suivis de dépeçage de la
victime, accomplis sur de tout jeunes enfants, de vieilles
femmes ou des cadavres. Sous ce rapport, l'imbécile est un
être beaucoup plus dangereux que l'idiot.
Il nous reste à considérer les mobiles intellectuels, c'est-
à-dire les actes accomplis sous l'influence d'un jugement ou
d'un raisonnement. En étudiant ce dernier, nous avons vu
combien il était rudimentaire chez les idiots, faussé chez les
imbéciles. C'est donc seulement à des raisonnements très
simples qu'obéira l'idiot. Encore ce raisonnement, faudra-
t-il le lui formuler le plus souvent, car il en est incapable, à
moins que ce soit plutôt un simple jugement qu'un raison-
nement. Chez l'imbécile, le raisonnement étant souvent
faux, les actes qui en découleront comme conclusion ne sau-
raient être qu'inopportuns par conséquent. Ce n'est du reste
pas en vertu de raisonnements qu'ils agissent le plus sou-
vent, mais bien de jugements seulement. Or nous avons vu
la rapidité de leur réflexe moteur. Ils jugent à tort et à tra-
vers sur la première impression qui les frappe, qu'elle cor-
responde ou non à la qualité fondamentale de l'objet consi-
déré. L'acte suit aussitôt le jugement porté, car rien ne vient
le contrebalancer, tant il s'impose à l'esprit comme absolu.
17
253 PSYCHOLOGIE DE LIDIOT ET DE L'IMBÉCILE
Ceci nous amène à considérer la façon dont les idiots font
choix, et se déterminent. Vouloir, c'est choisir pour agir,
a dit Ribot Trois cas peuvent se présenter : ou l'impul-
sion manqie et aucune tendance à agir ne se produit (abou-
lie) ; l'impulsion trop rapide et Irop intense empêche le
choix ; enfin il est des cas où la volonté ne se constitue que
sous une forme chancelante, instable et sans efficacité. Ces
trois cas qui représentent des affaiblissements de la volonté
se rencontrent chez tous les idiots et imbéciles.
Chez les idiots, c'est surtout le premier cas qui se pré-
sente, quelquefois le second. Chez l'imbécile, c'est souvent le
second et surtout le troisième. Mais ce sont là des indica-
tions générales, et, dans la pratique, il y a lieu d'observer
un peu plus de détails. Laissons les premiers cas où l'idiot,
insensible à toute excitation, indifférent à tout, ne sait et
ne peut pas vouloir, et examinons surtout la façon dont il
choisit et dont il se détermine à agir quand il en est ca-
pable : Chez l'idiot, à qui on présente deux choses suscep-
tibles de lui faire plaisir, on voit souvent une grande hési-
tation pour choisir entre les deux. Il va d'un objet à l'autre,
sans pouvoir se décider. Souvent il est difficile de lui faire
comprendre qu'il doit choisir une chose à l'exclusion de
l'autre. Il veut prendre les deux objets ensemble et se fâche
quelquefois quand on lui retire celui sur lequel il n'a pas
d'abord mis la main : il ne choisit donc pas, souvent parce
qu'il ne sait pas choisir. Cette hésitation qu'il met à se dé-
cider entre deux objets, il la met plus encore dans le choix
de ses idées. Aussi se détermine-t-il le mieux quand il n'a
pas de choix à faire, ce qui prouve la faiblesse de sa vo-
lonté. Son inaction, son indifférence doivent tenir en grande
partie à cet état d'indétermination dans lequel il est plongé.
L'imbécile, mis à même de choisir entre deux objets dé-
DÉTERMINATION 259
sirables, n'hésite guère. Si on lui présente les deux choses
en même temps, il semble prendre au hasard, ou en vertu
d'un motifle flattant plus vivement, san> raisonner sur les
avantages réels et futurs qu'il en pourra retirer. Souvent
après avoir choisi le premier objet, il se décide pour le se-
cond, et cela un certain nombre de fois après plusieurs oscil-
lations entre les deux objels. Si on lui présente séparément
les deux objets, il choisit tout de suite le premier. Puis,
quand arrive le second, il abandonne aussilôt le premier.
C'est toujours à l'impression du moment qu'il obéit. Mais
souvent d'un mot, vous le faites changer de détermination.
Une fois en possession de l'objet choisi, il est bien rare qu'il
ne regrette celui qu'il a laissé. Tandis que l'idiot ne sait pas
se décider, mais se lient à sa détermination, une ibis que
pour une raison ou une autre, il en a pris une, l'imbécile
oscille sans cesse, abandonne une idée pour en prendre une
autre, revenir à la première et ainsi de suite, sans ligne de
conduite. Nous avons pris un exemple simple et concret,
portant sur le choix des deux objets matériels; que sera-ce
donc lorsqu'il lui faudra se déterminer entre plusieurs idées,
entre plusieurs mobiles! Cette indécision de son esprit ex-
plique son instabilité caractéristique.
L'imbécile est en outre d'une extrême suggeslibililé. Au-
jourd'hui qu'on s'occupe vivement, et avec raison, de celte
question de la suggestion à l'état normal, il n'est pas sans
intérêt de voir son étendue chez les imbéciles. Il est deux
cas où elle est peu praticable. C'est un affaiblissement ex-
trême 01, au contraire, une trop grande intensité de l'im-
pulsion volontaire. Quand la volonté est au contraire ins-
table et mobile, on comprend quelle prise elle a sur les in-
dividus. C'est ainsi qu'elle agit beaucoup plus chez les
260 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
femmes que chez les hommes, chez les gens nerveux que
chez les gens normaux, chez les enfants que chez les adultes.
Chez l'idiot, où la volonté est toujours très affaiblie, où les
déterminations motrices se produisent si difficilement, la
suggestibilité est très faible et n'existe pour ainsi dire pas.
L'acte suggéré ne s'impose pas plus que l'acte spontané et
même moins que lui, car on ne met en jeu qu'un seul motif,
alors qu'il en existe toujours plusieurs dans l'esprit, si faibles
qu'ils soient et si inégaux en valeur, pour déterminer un
acte volontaire. Il est tout naturel qu'une simple impres-
sion, forcément de peu de durée, ait bien de la peine à se
fixer dans un cerveau aussi rebelle que celui d'un idiot et
ne puisse lutter avec avantage contre des impressions et des
tendances anciennes qui, nous l'avons vu, se fixent avec une
grande ténacité chez l'idiot. Leur indifférence à agir est, de
plus, une cause qui les empêche de se laisser suggérer.
Toute autre est la tendance des imbéciles. Chez eux, au
contraire, on observe une suggestibilité extrêmement grande,
mais de peu de durée. Quand ils font quelque mauvais coup,
ils entraînent toujours d'autres camarades avec eux, et bien
souvent arrivent ainsi à commettre des actes criminels par
suite de la simple suggestion d'un d'entre eux, ou de quelque
circonstance de peu d'importance. Si nous ajoutons que cette
suggestion se fait surtout dans le sens de leurs tendances
naturelles et de leurs instincts, et si nous rappelons qu'ils
ont en général un caractère anti-social remarquable, nous
comprendrons combien cette facilité de la suggestion est re-
doutable chez eux et combien il faut en tenir compte au point
de vue médico-légal. — Nous aurons donc lieu d'y revenir.
Si la suggestion est possible chez eux, cela prouve que les
idées qu'on leur suggère sont aussi puissantes pour les faire
agir que celles qui sont déjà fixées dans leur cerveau, ou, pour
SUGGESTIB1LITÉ . 261
mieux dire, cela signifie que ces dernières sont si peu te-
naces que leur pouvoir n'est pas plus fort que celui d'une
impression récente. Cela prouve en outre que ce qui déter-
mine l'acte est un seul motif, une seule idée, car autrement,
si le motif qui les déterminerait à agir en sens opposé,
éveillait des associations préalables énergiques, il est évi-
dent que toutes ces idées, si faibles qu'elles fussent séparé-
ment, l'emporteraient par leur somme sur une nouvelle idée
suggérée. La suggestibilité de ces malades montre donc le
peu de ténacité, le peu d'intensité des impressions anciennes
et le peu de force des associations d'idées. Aussi le pouvoir
d'arrêt est-il à son maximum. La moindre incitation récente
un peu vive efface la tendance qu'on s'est efforcé depuis
longtemps de leur faire acquérir.
Si on compare leur suggestibilité avec celledes hystériques,
on constate qu'elle a une grande analogie. Chez ces derniers,
la suggestion par les personnes se fait de deux façons, ou
parce qu'elles n'ont pas plus de volonté qu'eux ou parce
qu'elles en ont beaucoup. C'est en effet soit des personnes
esclaves de leurs caprices qui leur font partager leurs idées
par imitation, ou au contraire des personnes qui leur com-
mandent énergiquement ce qu'ils ont à faire. Hors de ces
deux termes, pas de milieu. Il en est de même des imbé-
ciles. Les moindres actes ou idées déraisonnables dont ils
sont témoins déterminent chez eux l'impulsion à les imiter
et à les suivre ; ou bien il faut qu'ils craignent leur maître
ou aient une absolue confiance en lui, ce qui est plus rare,
pour qu'ils se laissent diriger.
Les imbéciles subissent très facilement la contagion mo-
rale. Despine 1 rapportait l'imitation à quatre causes : 1° l'ins-
1. Despine, De V imitation considérée au point de vue des différents
principes qui la déterminent. Annales méd.-psych. 1871.
262 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
tinct d'imitation, d'autant plus développé que l'individu est
moins avancé en âge et que son intelligence est plus obli-
térée ; 2° la loi de l'intérêt; 3° la contagion morale; 4° la
contagion nerveuse. Nous avons ici affaire à la troisième
cause pour nous expliquer la facilité avec laquelle les imbé-
ciles imitent les actes qu'ils voient commettre, et, comme
dit Esquirol : « Ce principe d'imitation est sans contredit le
plus important à cause des conséquences graves qui en
dérivent. » Ils obéissent en effet à cette loi naturelle que
pose Despine : Toute manifestation des instincts de l'âme,
sentiments et passions quelconques, excite des sentiments
et des passions semblables, et par conséquent des désirs
semblables chez les individus qui sont susceptibles d'éprou-
ver ces éléments instinctifs à un certain degré. C'est <e
qu'on appelle aujourd'hui la suggestion.
L'étude de la conscience et de la personnalité ne peut
qu'être déduite de ce que nous savons du fonctionnement
du reste de l'intelligence, la conscience n'étant qu'un phé-
nomène surajouté aux faits psychiques et ne les constituant
pas, et la personne n'étant que la coordination, la combi-
naison des actes psychiques. Comme il est déjà bien difficile
d'analyser ces phénomènes chez l'individu normal, capable
de dire ce qu'il éprouve, comment il pense, et d'observer les
autres, et qu'on est obligé, pour y arriver, d'étudier d'abord
les éléments dont ils se composent et les anomalies qu'ils
peuvent présenter pour y chercher leur caractéristique, à
plus forte raison serons-nous réduit, chez des êtres comme
ceux que nous éludions, à agir par déduction , d'après ce que
nous avons déjà appris d'eux.
Dans quelle mesure les idiots ont-ils conscience de leurs
actes et de leur personnalité, quelle est chez eux la part du
CONSCIENCE 263
conscient et de l'inconscient, lequel l'emporte sur l'autre,
voilà autant de queslions qu'il est bien délicat de résoudre.
Chez les idiots absolus, purs automates végétatifs, il est
bien vraisemblable qu'aucun acte n'est à proprement parler
conscient. Si, d'autre paît, nous considérons quelles faibles
sensations organiques il ont, nous sommes amené à nous
demander s'ils ont rien d'analogue au sentiment de leur
propre existence, de leur personnalité. Les mutilations volon-
taires auxquelles ils se soumettent paraissent bien propres
à faire penser qu'ils n'ont qu'une conscience très vague de
leur personnalité.
Chez les idio'.s supérieurs, éducables, nous ne pouvons
encore que bien peu apprécier l'état de leur conscience, car
leur défaut de langage nous empêche de savoir s'ils se rendent
bien compte eux-mêmes de ce qu'ils ressentent, de ce qu'ils
veulent. — Nous trouvons encore chez eux une grande part
d'automatisme, lequel exclut la conscience ou la rend très
faible. Leur absence ds notion du temps, leur défaut de
mémoire monl rent bien aussi que, pour eux, la vie se compose
plutôt d'une série de moments successifs très peu reliés
entre eux ou dont ils saisissent à peine le rapport, que d'un
enchaînement de circonstances jalonnées de points de repère.
Dans ces conditions, le sentiment de la personnalité, qui a
pour condition sine quâ non le sentiment de la continuité de
sa propre existence, doit être forcément très rudimentaire.
Pour qu'un acle psychique soit conscient, qu'il se déve-
loppe sous l'influence d'une excitation extérieure ou d'une
excitation intérieure, il faut que cette excitation ait une
certaine intensité et une certaine durée. Or, chez l'idiot,
Lacté psychique, réflexe de l'excitation, est très lent à se
produire, à cause de la faible intensité de l'excitation, ou,
pour mieux dire, de la grande résistance du cerveau. D'où il
26 k PSYCHOLOGIE DE L1DIOT ET DE L'IMBÉCILE
résulte que la plus grande partie des actes psychiques est
vraisemblablement inconsciente, à moins d'employer pen-
dant bien longtemps une impression intense. Lorsqu'ils
s'accompagnent de conscience, Gelle-ci doit être en tous cas
bien faible.
Si les mutilations volontaires, ou l'insensibilité dont ils
font preuve dans les affections organiques ou dans des opé-
rations, permettent de se demander s'ils se rendent compte
qu'ils sont distincts du monde extérieur, et si les sensations
qu'ils éprouvent sont en dehors ou en dedans d'eux, il est
encore un autre fait qui est une sorte de maladie de la per-
sonnalité : c'est la stupeur dans laquelle quelques-uns sont
plongés, et cela non pas continuellement, par défaut absolu
d'intelligence et d'idées, mais bien périodiquement. C'est
ce que nous avons signalé en parlant d'idiots hibernants.
Ces deux choses du reste, conscience et personnalité, sont
intimement liées et on ne saurait comprendre le sentiment
du moi sans la conscience des actes qui s'y passent. Nulles
chez l'idiot absolu, elles existent, quoique faiblement, chez
l'idiot éducable, où elles vont en se développant avec le cer-
veau et l'intelligence en général.
A mesure que nous nous élevons dans l'échelle nous com-
mençons à apercevoir de plus en plus la conscience et la per-
sonnalité. C'est ainsi que la mémoire volontaire, l'attention
volontaire, ense développant, impliquent la conscience des
actes psychiques et l'idée d'un moi continu. Aussi chez les
imbéciles trouvons-nous beaucoup moins d'automatisme
dans les actes et une notion assez nette de la personnalité.
Toutefois nous avons vu que chez eux, à cause de la faiblesse
des associations d'idées, le rétïexe psychique est quelquefois
si rapide que l'acte devient impulsif et inconscient à cause
de sa rapidité même.
PERSONNALITÉ 265
Ceci nous montre, étant donnée la fréquence des impul-
sions chez les imbéciles, combien souvent la conscience fait
défaut chez eux. Chez d'autres, on trouve une conscience
très atténuée de leur vie psychique. Ils sont incapables de
vous dire exactement quel sentiment les fait agir au moment
où ils agissent. Ils ne savent que répondre quand on leur
demande à quoi ils pensent, et, de fait, souvent ils ne pensent
à rien, ne fixent leur attention sur rien. Ils vont, viennent,
restent immobiles à regarder dans le vide plutôt que de faire
quoi que ce soit, ou travaillent machinalement sans avoir
l'air de comprendre le but de ce qu'ils font.
Mais, pour avoir la notion de la personnalité, il n'est pas
indispensable que tous les actes psychiques soient cons-
cients, il suffît qu'ils le soient dans un certain nombre de
cas, et puissent l'être, si le sujet y prête attention, et que
l'excitation soit suffisante. C'est ce qui arrive chez les imbé-
ciles, où, si la conscience est souvent obnubilée, elle existe
dans certains cas très nette, avec un sentiment parfait de
leur personnalité. Ils en ont même quelquefois une très-
haute idée et quand ils délirent, ils offrent fréquemment
des idées de grandeur, qui prouvent un sentiment de la per-
sonnalité anormal, et en quelque sorte hypertrophié.
Maintenant que nous avons jeté un rapide coup d'oeil sur
l'état de la conscience et de la personnalité, encore que ce
que nous en pouvons savoir soit bien peu de chose, nous
sommes cependant plus à même d'aborder la question de
la responsabilité, qui est intimement liée à la conscience des
actes et à la notion de la personnalité.
Mais auparavant jetons un; coup d'œil d'ensemble sur le
caractère général des idiots et des imbéciles. Dans le cours
266 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
de cette élude, nous nous sommes attaché à montrer la dif-
férence qui existait entre ces deux catégories de sujets, non
seulement au point de vue psychologique, mais aussi au point
de vue social. Nous avons cru pouvoir réhabililer en quelque
sorte l'idiot, et nous montrer plus sévère pour l'imbécile.
Ce n'est pas une question de sentiment qui nous y a porté,
mais bien l'élude des faits, et en consultant les personnes
qui vivent continuellement au milieu des uns et des autres,
il suffit de voir l'expression de leur physionomie lorsqu'on
leur demande leur avis sur les deux catégories, pour être
aussitôt fixé sur la réalité de la différence que nous avons
établie.
L'idiot est, avant tout, un être incapable d'action et d'i-
dées. C'est un individu incomplètement développé. L'imbé-
cile est au contraire un individu anormalement, irréguliè-
rement développé, capable d'actions et d'idées qui forcément
sont anormales pour la plupart, comme le cerveau qui les
élabore. L'idiol peut présenter une certaine sensibilité affec-
tive, durable; l'imbécile est égoïste, souvent méchant, même
pour ceux qui lui font du bien. L'idiot agit plus sous l'in-
fluence de la douceur, l'imbécile sous celle de la crainte;
l'un est timide, l'autre arrogant; l'un est capable de travail-
ler, l'autre est un paresseux endurci; l'un est bon, l'autre
est mauvais. Chez l'un le raisonnement est faible, chez
l'autre il est faux. Chez le premier, la volonté est faible,
chez le second, elle est instable. L'idiot n'est guère sugges-
tible, l'imbécile l'est beaucoup.
Il résulte de ce résumé comparatif des deux catégories,
prises en général, bien entendu — car il y a de nombreuses
exceptions — que les idiots sont beaucoup moins nuisibles
que les imbéciles et que ces derniers sont tout aussi inutiles
que les premiers. Les idiots sont extra-sociaux, les imbéciles
anti-sociaux.
RESPONSABILITE 207
En partant de cette donnée, nous devons maintenant nous
demander quelle responsabilité on doit leur accorder. A
prendre les choses froidement et scientifiquement, il est
bien évident que la responsabilité humaine n'est qu'un mot.
L'organisme qu'on hérite de ses parents est déterminé par
les lois de cette hérédité et par les conditions au milieu
desquelles il se trouve placé ensuite. Il n'y a qu'une chose
à considérer, c'est la disposition qu'on a à être influencé par
l'éducation, et comme celle-ci ne dépend pas non plus de
l'individu lui-même, mais de son entourage, pour avoir un
pouvoir d'arrêt sur certaines tendances, il faut que l'orga-
nisme cérébral en soit susceptible. La liberté humaine
n'existe donc pas à proprement parler, et il ne saurait par
conséquent être queslion de responsabilité. « Notre illusion
du libre arbitre, dit Spinoza, n'est que l'ignorance des
motifs qui nous font agir. » Si nous nous rattachons à cette
théorie pour l'homme complètement développé, à plus forte
raison en serons-nous partisan pour des sujets dont les cer-
veaux sont aussi faiblement constitués, aussi anormaux dans
leur développement et dans leur fonctionnement que ceux
des idiots et des imbéciles.
Si nous nous plaçons au point de vue de la responsabilité
sociale nous voyons qu'en somme elle consiste simplement
dans l'aptitude plus ou moins grande qu'on a à être modifié
dans ses actes ou dans ses sentiments par la crainte des
peines ou l'attrait des jouissances. Mais de ce qu'on n'admet
pas la responsabilité humaine au sens spiritualiste, il ne s'en
suit pas du tout qu'on nie la nécessité de la réprimande ou
du châtiment et de la récompense. C'est la base de la mo-
rale qui se trouve déplacée, voilà tout. Au lieu de punir un
individu parce qu'il a eu plus ou moins conscience du mal
qu'il a commis, on le punit en propoition du dommage
268 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
causé, de façon à associer chez lui l'idée de la grandeur de la
peine à celle du mal commis. Au lieu de parler d'êtres res-
ponsables ou irresponsables, on ne parle que d'individus
utiles, incapables ou nuisibles. Les utiles on doit les encou-
rager; les impuissants, on doit les protéger ; les nuisibles,
on doit les éviter et les mettre hors d'état de nuire. Le rôle
de la société doit être avant tout de se protéger elle-même
et de ne pas dépenser ses forces au service d'êtres qui, non
seulement, ne peuvent l'aider, mais ne peuvent que l'entra-
ver et lui causer des dommages. Voilà le point de vue pra-
tique auquel on sera bien forcé un jour ou l'autre d'immoler
le sentimentalisme exagéré dont on abuse tant en cette fin
de siècle, où la dégénérescence sous toutes ses formes
s'accuse de si terrible façon, absorbant pour son entretien
une si grande somme de forces vives et où il devient plus
avantageux d'être un incapable, un indiscipliné, un ivrogne
que d'être un travailleur bien équilibré. Plus la tare est
considérable en effet, plus on est assuré d'avoir un asile et
du pain pour le restant de ses jours. L'ouvrier intelligent
qui a travaillé toute sa vie pour élever sa famille n'est
jamais sûr d'en avoir autant.
D'après ce que nous avons dit des idiots et des imbéciles,
nous voyons que les premiers appartiennent à la catégorie
des impuissants, des faibles que nous devons protéger, c'est-
à-dire, prendre à notre charge, et que les seconds appar-
tiennent, au moins en grande partie, à celle des êtres nui-
sibles. En présence des idiots, on doit donc leur fournir les
moyens de vivre, car ils sont incapables de se les procurer
eux-mêmes. Ce sont, sous un certain rapport, de véritables
malades qui doivent être assistés au même titre que tous
les infirmes chroniques.
En ce qui concerne les imbéciles, êtres inutiles et dan-
RESPONSABILITÉ 269
gereux, il faut les mettre hors d'état de nuire, cela va de
soi. Mais comme ils sont en général d'une constitution phy-
sique qui les rend très capables de travailler, et par consé-
quent de compenser dans une certaine mesure les dépenses
qu'ils obligent la société à faire pour se protéger contre eux,
il ne faut pas hésiter à agir sur eux par tous les moyens
capables d'enrayer leurs mauvaises tendances et de dévelop-
per les quelques-unes utilisables qu'ils peuvent présenter.
Ils ne sont donc pas susceptibles de la même éducation que
les idiots. Chez ceux-ci il faut développer, chez ceux-là il
faut corriger.
Mais à côté de la responsabilité morale, il y en a une
autre à considérer, c'est la responsabilité civile. Elle n'existe
malheureusement pas plus pour les aliénés que pour les
idiots et les imbéciles. Si elle était admise, on éviterait sans
doute bien des crimes contre les personnes ou les propriétés
commis par tous ces individus, dont l'absence de responsabi-
lité morale est loin d'être une garantie et encore moins une
compensation pour les dommages qu'ils causent à la so-
ciété.
Les familles seraient sans doute plus soucieuses de la
sécurité publique si elles savaient qu'elles auront à réparer
les dégâts causés par l'un des leurs, qui s'en rend l'auteur
par suite du défaut de surveillance. Une fois le fait accom-
pli, on sait que l'irresponsabilité étant proclamée on sera
débarrassé sans bourse délier du membre gênant, et cela
par les soins de la société qui a ainsi double dommage,
d'abord la perte que lui a causée le malade, et ensuite la
charge de son entretien d'autant plus prolongé, et par con-
séquent plus coûteux que le méfait aura été plus considé-
rable. Le fait est courant pour les aliénés dont on ne veut
même pas admettre que, comme dédommagement, on cherche
270 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
à tirer de leur travail une certaine somme nécessaire à leur
entrelien.
Pour les idiots il est peu fréquent que ce soit à la suite de
crimes ou de délits que l'on soit forcé de les interner. En
général, les familles sont les premières à chercher à s'en
débarrasser parce que ce sont des non-valeurs et cela non
pas seulement quand ils sont dangereux, mais simplement
incommodes ou gênants. Pour les imbéciles, la situation
est différente. Beaucoup sont placés dans des asiles à la
suite d'incendie, de vols, de coups, ou de méfaits moins
graves dont se plaignent les voisins. Un grand nombre
d'autres sont internés parce que les familles, après avoir
longtemps espéré en tirer quelque parti, et voyant qu'elles
ne compensent pas leur peine par le profit qu'elles en
tirent, trouvent beaucoup plus simple et plus avanlageux de
les mettre à la charge de leur département. Une fois à l'asile
on est obligé de justifier le travail qu'on leur demande en
le présentant comme un moyen d'éducation et de traite-
ment, car le public ne manquerait pas de se récrier si l'as-
sistance prétendait s'indemniser par ce travail de la charge
qu'on lui donne, sous prétexte que ce sont des malades et
qu'on n'a pas le droit d'en exiger du travail. Nous ne crai-
gnons pas d'avancer que beaucoup de ces imbéciles seraient
cependant beaucoup mieux 'placés dans des établissements
orthophréniques que dans des asiles. Mais ainsi le veut
notre faux sentimentalisme.
Là ne s'arrête pas le mal de cette conception erronée sur
l'assistance de ces dégénérés. Les idiots une fois placés dans
un asile n'en sortent guère plus, leur famille qui trouvait
leur charge trop lourde quand ils étaient jeunes, ne se sou-
ciant guère de les reprendre quand elle a augmenté avec
l'âge. Pour les imbéciles, au contraire, quand on pense qu'ils
ASSISTANCE DES DÉGÉNÉRÉS 271
seront à peu près en état de rendre quelques services, on
les reprend souvent. Mais n'ayant plus de discipline, per-
dant très rapidement, dès qu'ils ne sont plus dirigés ferme-
ment, le peu qu'on a eu tant de mal à leur apprendre, ils
ne tardent pas à l'aggraver de nouveau. S'ils font alors
quelque mauvais coup, leur passage dans un asile est pour
eux un certificat d'irresponsabilité et d'impunité et on les
réintègre dans un asile. Si on les laisse retomber dans leur
imbécilité plus profondément, on les replace également.
Mais dans l'un et l'autre cas, ils reviennent, n'étant même
plus capables des travaux qu'ils savaient faire, rentrent dans
des seclions d'adultes mal organisées au point de vue du
travail, et tout ce qui a été fait pour eux, l'a été en pure
perte. Voilà le dilemme en présence duquel on se trouve
journellement avec cette catégorie d'individus. Qu'il nous
suffise de signaler le mal. Il ne nous appartient pas pour le
moment d'éludier les moyens qui permettraient de le com-
battre au moins en partie. La faute vient de tout le monde,
de l'administration, de la loi, des magistrats, et il faut le
dire aussi des médecins. Les moins coupables sont les fa-
milles qui seraient bien sottes de ne pas profiter des avan-
tages qu'on leur offre si bénévolement, et qui trouvent l'Etat
de plus en plus disposé à dépenser de l'argent pour toutes
les non-valeurs de la société, au détriment, conséquence
forcée, des malheureux qui luttent jusqu'au bout et qui
n'ont qu'un tort, celui de ne pas être assez dégénérés pour
mériter la compassion de notre société qui semble, par sa
sollicitude, sentir qu'elle doit ce dédommagement à la dé-
générescence vers laquelle elle se laisse entraîner sans lui
opposer la moindre résistance.
Nous ne voulons que signaler en passant la queslion de la
capacité civile des idiots et des imbéciles. Pour les premiers,
272 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
leur état physique et intellectuel est trop évident pour qu'il
y ait hésitation à savoir s'ils peuvent intervenir eux-mêmes
clans la gestion de leurs intérêts, jouir de leurs droits civils
et politiques, être appelés comme témoins ou comme jurés
en justice. Il en est de même pour les imbéciles d'un degré
inférieur. Mais pour ceux qui sont d'un niveau suffisant
pour pouvoir vivre dans la société, il n'en est pas de même,
et tant qu'ils ne sont pas interdits ou pourvus d'un conseil
judiciaire, ils jouissent évidemment de tous leurs droits. Il
ne rentre pas dans notre cadre d'examiner ici les consé-
quences qui peuvent en découler. Qu'il nous suffise d'attirer
l'attention sur ce point particulier.
En terminant, nous devons dire quelques mots de l'évo-
lution psychologique de nos sujets. Nous les avons étudiés
en effet à la période d'état, pour ainsi dire, au summum de
leurs facultés. C'est ainsi que nous avons considéré les idiots
incurables, les idiots curables, et les imbéciles, une fois
l'éducation terminée, si Ton peut ainsi parler, car à vrai
dire, elle se continue toute la vie. Toutefois, chez les uns
comme chez les autres, il arrive un moment, d'autant plus
rapproché que l'intelligence est plus faible, où l'éducation
n'a plus de prise, où le progrès n'est plus possible, où tout
ce qu'on peut espérer, c'est de maintenir les résultats acquis.
Cette époque culminante de développement est très variable
aussi suivant les différentes fonctions psychiques. L'arrêt
peut se produire sur un point et non sur d'autres. Sous ce
rapport, on observe la même marche que dans le dévelop-
pement. Les sens se développent le plus longtemps, puis les
sentiments, et enfin l'intelligence. Chez les imbéciles, l'ordre
est le même, mais la durée de l'évolution est plus longue,
et les distances entre les époques d'arrêt plus courtes. Chez
ÉVOLUTION PSYCHIQUE 273
les idiots, par exemple, on peut voir les progrès intellectuels
s'arrêter à six ou sept ans, et ceux des sentiments et des
sens aller jusqu'à dix-huit ou vingt ans. Chez les imbéciles,
les sens, les sentiments, l'intelligence s'arrêtent presque en
même temps dans leur évolution. Cet arrêt se fait principa-
lement au moment de la puberté.
Tantôt les facultés s'arrêtent sans décroître, tantôt elles
rétrogradent dès qu'elles cessent de progresser. Chez l'idiot
et chez l'imbécile l'ordre de régression psychologique est le
même que chez l'individu normal qui tombe dans la dé-
mence : affaiblissement progressif de la volonté, de l'intel-
ligence, des sentiments et des sensations. Mais l'évolution
régressive ne se manifeste pas tout à fait de la même ma-
nière chez les idiots et les imbéciles. Chez l'idiot on peut
observer une longue période pendant laquelle les résultats
acquis sont permanents et où la régression ne se produit
pas dès que le développement s'arrête. Quand la déchéance
se produit, elle se fait en général très rapidement et s'effectue
en même temps au physique et au moral. Il semble que ce
soit un organisme épuisé qui, après avoir donné le peu de
forces dont il est capable, n'a plus qu'à dépérir et à mourir.
Tout s'écoule alors en même temps, dans l'espace quelque-
fois de six mois à un ou deux ans.
Chez l'imbécile, la période de régression est plus lente.
En raison de l'inégalité de leurs facultés, elle se produit plus
souvent d'une manière partielle. Dès qu'on cesse de cultiver
un point, il s'efface très rapidement. Aussi les données ac-
quises, d'ordre purement intellectuel, disparaissent-elles en
général très vite, comme la lecture et l'écriture, et cela
beaucoup plus rapidement que chez l'idiot, dont le cerveau
a plus de retentivité. Mais, tôt ou tard, l'imbécile tombe
aussi dans la déchéance, déchéance plus progressive, plus
18
274 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBECILE
lente ordinairement que celle de l'idiot, car son organisme
est mieux constitué pour lutter. En outre, en raison de leur
très grande inégalité de développement psychique, on voit
quelquefois surnager, pendant longtemps, des épaves trom-
peuses de leur intelligence, ce qui s'observe beaucoup plus
rarement chez les idiots.
TABLE DES MATIÈRES
Pages.
Avant-Propos 1
CHAPITRE 1"! — Gé .légalités et Classifications.
Sommaire : Difficultés du sujet. — L'idiotie u'ést pas une
entité clinique. — Parallèle de 1'iutelligeuce des idiots
avec celle d'enfants normaux. — Variabilité des causes
et multiplicité des lésions de l'idiotie. — Parallèle de
l'intelligence des idiots avec celle des animaux. — Prin-
cipales définitions de l'idiotie et de l'imbécillité. — Clas-
sifications proposées par les auteurs et bases de ces
classifications. — Le degré de l'attention peut servir de
base à cette classification 1 -20
CHAPITRE IL — Méthodes descriptives.
Sommaire : Plans d'anilyse psychologique de Félix Voisin
et de Séguin. — Caractéristiques de l'idiotie d'après Sé-
guin. — Importance de l'attention dans le développe-
ment psychique. — Plan suivi dans cette étude psycho-
logique 21-40
CHAPITRE III. — De la perception des Sensations. .
Sommaire : Premiers signes de l'idiotie. — Etat des diffé-
rents sens. — Vue, cécité, ouïe, surdité, mutité. — Vo-
racité et perversion du goût. — Perversions et troubles
de l'odorat. — Sensibilité tactile. — Sens thermique. —
Sens musculaire. — Tics. — Sensations orgauiques. . . . 41-65
CHAPITRE IV. — De l'Attention.
Sommaire : Attention spontanée et attention volontaire. —
Rôle de l'attention dans le développement intellectuel et
l'éducation. — L'attention comme base de classification
des idiots et des imbéciles. — Mise en éveil de l'atten-
tion chez les idiots. — Travail, discipline. — Paresse et
indiscipline. — Leurs rapports avec l'attention. — L'at-
tention phénomène sociologique. — Attention chez l'im-
bécile. — Son instabilité. — Réflexion. — Préoccupa-
lion 65-82
CHAPITRE V. — Des Instincts.
Sommaire : — Instinct de conservation. — Nutrition. —
Gourmandise. — Sommeil. — Besoin d'activité muscu-
laire. — Idiots grimpeurs, tourneurs. — Instincts
sexuels. — Onanisme. — Sodomie. — Incitation. — Apti-
tudes spéciales. — Jeux. — Civilité. — Destructivité. —
Auto mutilat ; on 83-112
276 TABLE DES MATIÈRES
Pages.
CHAPITRE VI. — Des Sentiments.
Sommaire : Des divers ordres de sentiments. — Plaisir et
douleur. — Sentiments affectifs. — Pleurs, rire. —
Passions. — Attachement, amitié, amour. — Affectivité
pour les animaux. — Commisération. — Crainte. —
Courage. — Colère. — Reconnaissance. — Sentiments
sociaux. — Protection. — Solidarité. — Propriété. —
Vol. — Travail. — Paresse. — Sentiments moraux. —
Droit et devoir. — Remords. — Récompenses et puni-
tions. — Religiosité. — Sentiments de famille. — Pu-
deur. — Timidité. — Modestie. — Vanité. — Coquetterie.
— Sentiments esthétiques. — Sentiments iutellectuels.
rAonnement. — Curiosité. — Crédulité. — Véracité. —
Mensonge. — Ruse. — Physionomie. — Microcéphales.
Hydrocéphales. — Myxœdémateux, leur caractère. —
Imbéciles, leur caractère 113 1 76
CHAPITRE VII. — Du Langage.
Sommaire : Rapports du langage avec le développement
intellectuel. — Mode de développement du langage chez
l'enfant. — Opinion des auteurs sur le langage chez les
idiots. — Retard de la parole. — Indépendance de l'idée
et du mot. — Phases du développement de l'articulation.
— Mutisme idiotique. — Troubles de la parole chez les
idiots. — Lecture. — Ecriture. — Dessin. 177-206
CHAPITRE VIII. — De l'Intelligence
proprement dite.
Sommaire : Opinions diverses. — Acquisition des idées.
Sensations et langage comme base d'acquisition .
Notions concrètes, générales, abstraites. — Rôle de l'imi-
tation dans l'acquisition des idées. — Conservation des
idées. — Mémoire héréditaire, organique, acquise. —
Mémoire visuelle. — Rappel des émotions. — Mémoires
spéciales. — Comparaison. — Généralisation, — Idées
abstraites. — Calcul. — Idée de temps, de lieu. — Idées
fixes. — Association des idées. —Jugement. — Raison-
nement. — Entêtement. — Délire. — Imagination repro-
ductive et créatrice \ 207-248
CHAPITRE IX. — De la Volonté, de la Personnalité,
et de la Responsabilité.
Sommaire : La volonté chez l'individu normal. — Etat de la
volonté chez les idiots d'après les auteurs. — Mouvements
volontaires. — Phénomènes d'arrêt. — Attention volon-
taire. — Mobiles des volitions : physiques, intellectuels
et moraux. — Choix et détermination. — Suggestibilité.
— Conscience. — Personnalité. — Responsabilité morale*
et civile. — Capacité civile. — Evolution psychologique. 249-274
ANGERS, IMP.A. BURDIN ET C»e, 4, RUE GARNIER.
££ W-JdJ~ ôj-¥ CJ 0/ Ou W toOM/Oi
-V
Û&&0ÛÛ Oûû0(7 00t)
V '/?&*& *7*&\& \8>*& '&&*
W-x
4*
Pl. I. — Page d'écriture faite par un idiot et montrant la tendance à faire le même signe transformant en e
les lettres pleines par suppression de la boucle.
c5n'4^t-éfi€ ' éec^t^^jt^- À
<£*>*<
y ûu^ ? isPs-) etc. s -1 7 i^tyf^-^t^/L^ ûce^i éfœistLT^ c &,€>?& #
/ / /' r ?
&Ù-7L& éSKÛL-isn- £>
uctMt-vçit wiçJJL&ùn.
C iVt's cet ■ a a
Pl. II. — Page d'écriture d'un idiot microcéphale, montrant le défaut d'attention se manifestant par le manque
de suite, la répétition des mêmes mots ou des mêmes lettres.
''4-f*dÙ <3&C-
Pu III. — Page d'écriture d'un idiot écrivant depuis quatre ans et arrêté dans ses progrès depuis deux ans.
IcCiMiM^ZJU
/rn&sCwU<p€/(s
Pl. IV. — Page d'écriture de l'imbécile Bout... .
~7^_ ^07-CJt. -zs^c^t^k. <*<**-
P 1 " V. — Page d'écriture faite par le même imbécile Bout un an plus tard, montrant ses modifications
et sa déchéance.
Il
CJMlé- fi 'VÛL -7VÔ -Le, ^iô -ô s âul' ?ï<%% J&4Sfc ? -e^f y OUs. «
Pu VI. — Page d'écriture d'un imbécile, montrant un arrêt et la répétition automatique de la même syllabe.
V
/£
t ff r/ é/fs/ //%
<î sccnc
f( /i( (A n lAn&rt" 1 - -Ù. i/.nC t (t+rrtS £c*-l&
^<£tJtj& srfoU&SlïïÉfcr
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/ J''l AfTU) &*■** b?/***
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k . J% pUfr -^iyyv s/ryTls
iSJP
Pl VII. — Page d'écriture d'un imbécile montrant l'irrégularité de J'écriture et de la composition.
/.
•<*r
'"ts.
&-■£>' '^i^v<!«j/; 'f#eA&<e*<£w; *4^a£œ*v£rt?uJë. ^^^rt^i^o^ièl^
ffl&fLm-es
Pl. VIII. — Devoir fait par un imbécile et ornementé de dessins linéaires.
(3cmy ty^ x *
Pl. IX — Dessins d'après modèles paridiot arrivé à son maximun de développement intellectuel.
1 t \
Pl. X. — Dessin fait par un imbécile, d'après un modèle.
Pl. XI. — 1» Dessin fait par un imbécile, de souvenir, et prétendant représenter la statue du Lion
de Belfort.
2° Dessin fait par un imbécile, de souvenir, et figurant un chauffeur sur une locomotive
(le dessin est renversé)
Pl. XI!. — Dessin fait par un imbécile livré à son imagination,
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CATALOGUE
DES
LIVRES DE FONDS
(PHILOSOPHIE — HISTOIRE)
TABLE DES
Pages.
Bibliothèque de philosophie con-
temporaine.
Format in-12 2
Format in-8 4
Collection historique des grands
philosophes 7
Philosophie ancienne 7
Philosophie moderne 7
Philosophie écossaise 8
Philosophie allemande 8
Philosophie allemande con-
temporaine 9
Philosophie anglaise contem-
poraine 9
Philosophie italienne con-
temporaine 10
Ouvrages de philosophie pour
l'enseignement secondaire. . . 11
Bibliothèque d'histoire contem-
poraine 12
Bibliothèque internationale
d'histoire militaire 13
MATIÈRES
Pages.
Bibliothèque historique et poli-
tique 14
Publications historiques illus-
trées 14
Recueil des instructions diplo-
matiques 14
Inventaire analytique des archi-
ves DU MINISTÈRE DES AFFAIRES
étrangères 15
Anthropologie et Ethnologie.. 15
Revue philosophique 16
Revue historique 16
Annales de l'école libre des
sciences politiques 17
Bibliothèque scientifique inter-
nationale 18
Par ordre d'apparition 18
Par ordre de matières 21
Ouvrages divers ne se trouvant
pas dans les collections pré-
cédentes 24
Bibliothèque utile 31
On peut se procurer tous les ouvrages qui se trouvent dans ce Catalogue par
l'intermédiaire des libraires de France et de l'Etranger.
On peut également les recevoir franco par la poste, sans augmentation des
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PARIS
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NOVEMBRE 1890
— 2 —
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indiquent les volumes adoptés pour les distributions de prix et les Bibliothèques delà Ville de Paris.
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ALAUX, professeur à la Faculté des lettres d'Alger. Philosophie de M. Cousin.
ARREAT (L.). La morale dans le drame, l'épopée et le roman. 2 e édit., refon-
due. 1889.
AUBER (Ed.). Philosophie de la médecine.
BALLET (G.), professeur agrégé à la Faculté de médecine. Le Langage intérie
et les diverses formes de l'aphasie, avec figures dans le texte. 2 e édit. 1888.
* BARTHÉLEMY-SAINT-HILAIRE, de l'Institut. De la Métaphysique. 1889.
* BEAUSS1KE, de l'Institut. Antécédents de l'hégélianisme dans la philosophie
française.
* BERSOT (Ernest), de l'Institut. Libre Philosophie. (V. P.)
* BERTAULD, de l'Institut. L'Ordre social et l'Ordre moral.
— De la Philosophie sociale.
BERTRAND (A.), professeur à la Faculté des lettres de Lyon. La psychologie de
l'effort et les doctrines contemporaines. 1889.
BINET (A.)- La Psychologie du raisonnement, expériences par l'hypnotisme.
BOST. Le Protestantisme libéral.
BOUILLIER. Plaisir et Douleur. Papier vélin. 5 fr.
* B.OUTMY (E.), de l'Institut. Philosophie de l'architecture en Grèce. (V. P.)
* CHALLEMEL-LACOUR. La Philosophie individualiste, étude sur G. de Hum-
boldt. (V. P.)
COIGNET (M me C). La Morale indépendante.
CONTA (B.). Les Fondements de la métaphysique, traduitjdu roumain par D. Tes-
canu, 1890.
COQUERKL Fils (Ath.). Transformations historiques du christianisme. Papier
vélin. 5 fr.
— La Conscience et la Foi.
— Histoire du Credo. Papier vélin. 5 fr.
COSTE (Ad.). Les Conditions sociales du bonheur et de la force. (V. P.)
DELBQEUF (J.), professeur à l'Université de Liège. La Matière brute et la Matière
vivante.
ÊSPINAS (A.), doyen de la Faculté des lettres de Bordeaux. La Philosophie expé-
rimentale en Italie.
FAIVRE(E.), professeur à la Faculté des sciences de Lyon. De la Variabilité des
espèces.
FÉRÉ (Ch.). Sensation et Mouvement. Étude de psycho-mécanique, avec figures.
— Dégénérescence et Criminalité, avec figures. 1888.
FONTANÈS. Le Christianisme moderne. Papier vélin. 5 fr.
FONVIELLE (W. de). L'Astronomie moderne.
* FRANCK (Ad.), de l'Institut. Philosophie du droit pénal. 3 e édit.
- Des Rapports de la religion et de l'Etat. 2 e édit.
— La Philosophie mystique en France au xviir siècle.
* GARNIER. De la Morale dans l'antiquité. Papier vélin. 5 fr.
GAUCKLKR. Le Beau et son histoire.
GUYAU. La Genèse de l'idée de temps. 1890.
HAECKEL, prof, à l'Université dléna. Les Preuves du transformisme. 2 e édit.
HARTMANN (E. de). La Religion de l'avenir. 2 e édit.
— Le Darwinisme, ce qu'il y a de vrai et de faux dans cette doctrine. 3 e édit.
* HERBERT SPENCER. Classification des sciences. 4 8 édit.
— L'Individu contre l'État. 2 e édit.
— 3 —
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à 2 fr. 50 le volume.
* JANET(Paul), de l'Institut. Le Matérialisme contemporain. 4 e édit.
— * La Crise philosophique. Taine, Renan, Vacherot, Littré. Papier vélin. 5 fr.
— * Philosophie de la Révolution française. 4 6 édit. (V. P.)
— * Saint-Simon et le Saint-Simonisme.
— Les Origines du socialisme contemporain.
— La philosophie de Lamennais. 1890.
* LAUGEL (Auguste). L'Optique et les Arts. (V. P.)
— * Les Problèmes de la nature.
— * Les Problèmes de la vie.
— * Les Problèmes de l'âme.
— * La Voix, l'Oreille et la Musique (V. P.). Papier vélin. 5 fr.
LERLAIS. Matérialisme et Spiritualisme.
* LEMOINE (Albert). Le Vitalisme et l'Animisme.
— * De la Physionomie et de la Parole. Papier vélin. 5 fr.
LEOPARDI. Opuscules et Pensées, traduit par M. Aug. Dapples.
LEVALLOIS (Jules). Déisme et Christianisme.
* LÉVÊQUE (Charles), de l'Institut. Le Spiritualisme dans l'art.
— * La Science de l'invisible.
LÉVY (Antoine). Morceaux choisis des philosophes allemands.
* LIARD, directeur de l'Enseignement supérieur. Les Logiciens anglais con-
temporains. 3 e édit.
— * Des définitions géométriques et des définitions empiriques. 2 e édit.
LOMBRoSO. L'anthropologie criminelle et ses récents progrès. 1890.
LUBBOCK, (Sir John). Le bonheur de vivre. 1891.
MAR1ANO. La Philosophie contemporaine en Italie.
* MAR10N, professeur à la Sorbonue. J. Locke, sa vie, son œuvre.
* MILSAND. L'Esthétique anglaise, étude sur John Ruskin.
MOSSO. La Peur. Étude psycho-physiologique (avec figures). (V. P.)
ODYSSE BAROT. Philosophie de l'histoire.
PAULHAN (Fr.). Les Phénomènes affectifs et les lois de leur apparition. Essai
de psychologie générale.
* RÉMUSAT (Charles de), de l'Académie française. Philosophie religieuse.
RÉVILLE (A.), professeur au Collège de France. Histoire du dogme de la divi-
nité de Jésus-Christ. Papier vélin. 5 fr ,
RIBOT (Th.), directeur de la Revue philosophique. La Philosophie de Schopen-
hauer. 3 e édition.
— * Les Maladies de la mémoire. 6 e édit.
— Les Maladies de la volonté. 6 e édit.
— Les Maladies de la personnalité. 3 e édit.
— La Psychologie de l'attention. 1888. (V. P.)
RICHET (Ch.), professeur à la Faculté de médecine. Essai de psychologie géné-
rale (avec figures).
ROBERT Y (E. de). L'inconnaissable, sa métaphysique, sa psychologie. 1889.
ROISEL. De la Substance.
SAIGEY. La Physique moderne. 2 e tirage. (V. P.)
* SAISSET (Emile), de l'Institut. L'Ame et la Vie.
— * Critique et Histoire de la philosophie (fragm. et dise).
SCHMIDT (0.). Les Sciences naturelles et la Philosophie de l'inconscient.
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TAINE (H.), de l'Académie française. L'Idéalisme anglais, étude sur Carlyle.
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TISSIÉ Les rêves, avec préface du professeur Azam. 1890.
VÉRA (A.), professeur à l'Université de Naples. Philosophie hégélienne.
VIANNA DE LIMA. L'Homme selon le transformisme. 1888. (Y. P.)
ZELLER. Christian Baur et l'École de Tubingue, traduit par M. Ritter.
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— 10 —
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gence. 1 vol. in-8 . . . . 10 fr.
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ductlve. 2 vol. in-8. 2 e édit. 20 fr.
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Hartmann. 1 vol. in-18. . 2 fr. 50
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veau. 1 vol. in-8 10 fr.
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glaise, étude sur J. Ruskin, par
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gieuse. 1 vol. in-8.... 7 fr. 50
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glaise contemporaine. 3 e édit.
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sophie. 1 vol. in-8 5 fr.
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recteur de l'Académie de Besançon, 1 vol. in-12. 2 e édit 2 fr.
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notes, par Paul Janet, de l'Institut, professeur à la Sorbonne. 1 vol. in-12 1 fr.
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notes, par Pierre Janet, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, professeur agrégé au
lycée Louis le Grand. 1 vol. in-42, 1 fr. 80
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Entretien avec M. de Sacy, avec notes, par Robert, professeur à la Faculté des lettres de
Rennes. 1 vol. in-12 1 fr.
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professeur au lycée de Versailles. 1 vol. in-12 2 fr.
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Condorcet. 1 vol. in-12 1 fr. 40
LUCRÈCE. — De natura rerum, livre V, avec notes, par G. Lyon, maître de conférences
à l'Ecole normale supérieure, 1 vol. in-12. 1 fr. 50
SÉNÈQUE. — Lettres à Lucilius (les 16 premières), avec notes, par Dauriac, ancien élève de
l'Ecole normale supérieure, professeur à la Faculté des lettresde Montpellier. 1 vol. in-12. 1 fr. 25
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la Sorbonne. 1 vol. in-12. 1 fr. 25
EPICTÈTE. — Manuel, avec notes, par Montargis, ancien élève de l'Ecole normale supérieure,
agrégé de l'Université. 1 vol. in-12 1 fr.
PLATON. — La République, livre VI, avec noies, par Espinas, ancien élève de l'École nor-
male supérieure, doyen de la Faculté des lettres de Bordeaux. 1 vol. in-12 2 fr.
XÉNOPHON. — Mémorables, livre I, avec notes, par Penjon, ancien élève de l'École normale
supérieure, professeur à la Faculté des lettres de Lille. 1 vol. in-12 1 fr. 25
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auteurs (logique, morale, auteurs latins, auteurs français, langues vivantes), à l'usage
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ITALIE
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au Ministère des affaires étrangères.
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I. — AUTRICHE, avec Introduction et notes, par M. Albert Sorel, membre
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II. — SUÈDE, avec Introduction et notes, par M. A. Geffroy, membre de
l'Institut * 20 fr.
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Saint-Aymour 20 fr.
IV et V. — POLOGNE, avec Introduction et notes, par M. Louis Farges,
2 vol 30 fr.
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2 vol. Le 1 er volume, 20 fr. Le second volume 25 fr.
La publication se continuera par les volumes suivants :
Angleterre, par M. Jusserand. Danemark, par M. Geffroy.
Prusse, par M. E. Lavisse. Naples et Parme, par M. Joseph
Turquie, par M. Girard de Rialle. Reinach.
Hollande, par M. H. Maze. Venise, par M. Jean Kaulek.
Espagne, par M. Morel Fatio.
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ARCHIVES DU MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
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MARILLAC, ambassadeurs de France en Angleterre (1538-
*&4©), par M. Jean Kaulek, avec la collaboration de MM. Louis Farges
et Germain Lefèvre-Pontalis. 1 beau volume in-8 raisin sur papier
fort 15 francs.
II. — Papiers de BARTHÉLÉMY, ambassadeur de France en
Suisse, de 1792 à 1797 (Année 1792), par M. Jean Kaulek. 1 beau
vol. in-8 raisin sur papier fort 15 fr.
IIL — Papiers de BARTHÉLÉMY (janvier-août 1793), par M. Jean
Kaulek. 1 beau vol. in-8 raisin sur papier fort 15 fr.
IV. — Correspondance politique de ODET »E SELYE, ambas-
sadeur de France en Angleterre (1546-1549), par M. G. Lefèvre-
Pontalis. 1 beau vol. in-8 raisin sur papier fort 15 fr.
V. — Papiers de BARTHÉLÉMY (Septembre 1793 à mars 1794,) par
M. Jean Kaulek. 1 beau vol. in-8 raisin sur papier fort 18 fr.
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GIRARD DE RIALLE. Les Peuples de l'Asie et de l'Europe. 1 vol.
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HARTMANN (R.). Les Singes anthropoïdes. 1 vol. in-8 aveefig. cart. 6 fr.
J0LY(N.). L'Homme avant les métaux. 1 vol. in-8 avec 150 gravures
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l'homme et mœurs des sauvages modernes. 1877. 1 vol. gr. in-8, avec
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LUBBOCK (Sir John). L'Homme préhistorique. 3 e édit., avec gravuros
dans le texte. 2 vol. in-8. (V. P.) cart. 12 fr.
PIETREMENT. Les Chevaux dans les temps préhistoriques et his-
toriques. 1 fort vol. gr. in-8. 15 f r#
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WH1TNEY. La Vie du langage. 1 vol. in-8. 3 e édit. (V. P.) cart. 6 fr!
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Première étude : Le Langage. 1 vol. in-8. 1878. 8 fr.
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REVUE PHILOSOPHIQUE
IDE LA FRANCE ET IDE L'ÉTRANGER
Dirigée par TH. RIBOT
Professeur au Collège de France.
(15 9 année, 1890.)
La Revue philosophique paraît tous les mois, par livraisons de
6 ou 7 feuilles grand in-8, et forme ainsi à la fin de chaque année
deux forts volumes d'environ 680 pages chacun.
CHAQUE NUMÉRO DE LA REVUE CONTIENT :
1° Plusieurs articles de fond ; 2° des analyses et comptes rendus des nou-
veaux ouvrages philosophiques français et étrangers; 3° un compte rendu
aussi complet que possible des publications périodiques de l'étranger pour
tout ce qui concerne la philosophie; 4° des notes, documents, observa-
tions, pouvant servir de matériaux ou donner lieu à des vues nouvelles.
Prix d'abonnement :
Un an, pour Paris, 30 fr. — Pour les départements et l'étranger, 33 fr.
La livraison 3 fr.
Les années écoulées se vendent séparément 30 francs, et par livraisons
de 3 francs.
Table générale des matière» contenues dans les 12 premières années
(1876-1887), par M. Bélugou. 1 vol. in-8 3 fr.
REVUE HISTORIQUE
Dirigée par G. IHOliOi»
Maître de conférences à l'École normale, directeur à l'École des hautes études.
(15 e année, 1890.)
La Revue historique paraît tous les deux mois, par livraisons
grand in-8 de 15 ou 16 feuilles, et forme à la fin de Tannée trois
beaux volumes de 500 pages chacun.
CHAQUE LIVRAISON CONTIENT :
I. Plusieurs articles de fond, comprenant chacun, s'il est possible, un
travail complet. — II. Des Mélanges et Variétés, composés de documents iné-
dits d'une étendue restreinte et de courtes notices sur des points d histoire
curieux ou mal connus. — III. Un Bulletin historique de la France et de l'étran-
ger, fournissant des renseignements aussi complets que possible sur tout ce
qui touche aux études historiques. — IV. Une analyse des publications pério-
diques de la France et de l'étranger, au point de vue des études historiques.
— V. Des Comptes rendus critiques des livres d'histoire nouveaux.
Prix d'abonnement :
Un an, pour Paris, 30 fr. — Pour les départements et l'étranger, 33 fr.
La livraison 6 fr.
Les années écoulées se vendent séparément 30 francs, et par fascicules
de 6 francs. Les fascicules de la l re année se vendent 9 francs.
Tables générales des matières contenues dans les dix premières
années de la Revue historique.
I. — Années 1876 à 1880, par M. Charles Bémont.
II. — Années 1881 à 1885, par M. René Couderc.
Chaque Table formant un vol. in-8, 3 francs; 1 fr. 50 pour les abonnés.
— 17 —
ANNALES DE L'ÉCOLE LIBRE
DES
SCIENCES POLITIQUES
RECUEIL TRIMESTRIEL
Publié avec la collaboration des professeurs et des anciens élèves de l'école
CINQUIÈME ANNÉE, 1890
COMITÉ DE REDACTION :
M. Emile Boutmy, de l'Institut, directeur de l'École; M. Léon Say, de l'Aca-
démie française, ancien ministre des Finances; M. Alf. de Foyille, chef
du bureau de statistique au ministère des Finances, professeur au Conser-
vatoire des arts. et métiers; M. R. Stourm, ancien inspecteur des Finances
et administrateur des Contributions indirectes; M. Alexandre Ribot,
député; M. Gabriel Alix; M. L. Renault, professeur à la Faculté de
droit; M. André Lebon; M. Albert Sorel de l'Institut; M. Pigeonneau,
professeur à la Sorbonne; M. A. Vandal, auditeur de l ta classe au Conseil
d'État; Directeurs des groupes de travail, professeurs à l'École.
Secrétaire de la rédaction : M. Aug. Arnauné, docteur en droit.
Les sujets traités dans les Annales embrassent tout le champ
couvert par le programme d'enseignement de l'Ecole : Economie
■politique, finances, statistique, histoire constitutionnelle, droit
international, public et privé, droit administratif, législations
civile et commerciale privées, histoire législative et parlementaire ,
histoire diplomatique, géographie économique, ethnographie, etc.
La direction du Recueil ne néglige aucune des questions qui pré-
sentent, tant en France qu'à l'étranger, un intérêt pratique et
actuel. L'esprit et la méthode en sont strictement scientifiques.
Les Annales contiennent en outre des notices bibliographiques et
des correspondances de l'étranger.
Cette publication présente donc un intérêt considérable pour toutes
les personnes qui s'adonnent à l'élude des sciences politiques. Sa
place est marquée dans toutes les Bibliothèques des Facultés, des
Universités et des grands corps délibérants.
MODE DE PUBLICATION ET CONDITIONS D'ABONNEMENT
Les N Annales de l'École libre des sciences politiques paraissent
tous les trois mois (15 janvier, 45 avril, 15 juillet et 15 octobre),
par fascicules gr. in-8, de 186 pages chacun.
( Paris 18 francs.
Un an (du 15 janvier) ) Départements et étranger. 19 —
( La li>
ivraison.
5 —
Les trois premières années (1886-1887-1888) se vendent chacune
16 francs, fa quatrième année (1889; et les suivantes se vendent
18 francs.
— 18 —
BIBLIOTHÈQUE SCIENTIFIQUE
INTERNATIONALE
Publiée sous la direction de M. Emile ALGLAVE
La Bibliothèque scientifique internationale est une œuvre dirigée
par les auteurs mêmes, en vue des intérêts de la science, pour la po-
pulariser sous toutes ses formes, et faire connaître immédiatement dans
le monde entier les idées originales, les directions nouvelles, les
découvertes importantes qui se font chaque jour dans tous les pays.
Chaque savant expose les idées qu'il a introduites dans la science et
condense pour ainsi dire ses doctrines les plus originales.
On peut ainsi, sans quitter la France, assister et participer au mou-
vement des esprits en Angleterre, en Allemagne, en Amérique, en
Italie, tout aussi bien que les savants mêmes de chacun de ces pays.
La Bibliothèque scientifique internationale ne comprend pas seule-
ment des ouvrages consacrés aux sciences physiques et naturelles, elle
aborde aussi les sciences morales, comme la philosophie, l'histoire,
la politique et l'économie sociale, la haute législation, etc.; mais les
livres traitant des sujets de ce genre se rattachent encore aux sciences
naturelles, en leur empruntant les méthodes d'observation et d'expé-
rience qui les ont rendues si fécondes depuis deux siècles.
Cette collection paraît à la fois en français, en anglais, en alle-
mand et en italien : à Paris, chez Félix Alcan; à Londres, chez
C. Kegan, Paul et C ie ; à New-York, chez Appleton ; à Leipzig, chez
Brockhaus ; et à Milan, chez Dumolard frères.
LISTE DES OUVRAGES PAR ORDRE D'APPARITION (D
72 VOLUMES IN-8, CARTONNÉS A L'ANGLAISE, PRIX : 6 FRANCS.
* 1. J. TYNDALL. Les Glaciers et les Transformations de l'eau,
avec figures. 1 vol. in-8. 5 e édition. (V. P.) g f r .
* 2. BAGEHOI. Lois scientifique» do développement des nations
dans leurs rapports avec les principes de la sélection naturelle et de
l'hérédité. 1 vol. in-8. 5 e édition. 6 f r .
* 3. MAKKY. La Machine animale, locomotion terrestre et aérienne,
avec de nombreuses fig. 1 vol. in-8. 5 e édit. augmentée. (V. P.) 6 fr.
4. BAIN. L'Esprit et le Corps. 1 vol. in 8. 5 e édition. 6 fr.
* 5. PETTlGREW. La Locomotion eues les animaux, marche, natation.
1 vol. in-8, avec figures. 2 e édit. 6 fr.
*6. HERBERT SPENCER. La Science soeiale.lv. in-8. 9 e édit (V.P.)6fr!
* 7. SCHMIDT(0.). La Descendance de l'homme et le Darwinisme.
4 vol. in-8, avec fig. 5 e édition. 6 fr.
8. MAODSLEY. Le Crime et la Folie. 1 vol. in-8. 5 e édit. fr.
* 9. VAN BENEDEN. Les Commensaux et les Parasites dans le
règne animal. 1 vol. in-8, avec figures. 3* édit. (V. P.) 6 fr.
* 10. BALFOUR STEWART. La Conservation de l'énergie, suivi d'une
Etude sur la nature de la force, par M. P. de Saint-Robert, avec
figures. 1 vol. in-8. 5» édition. 6 fr.
— 19 -
11. DRAPER. Les Conflit* de la aclence et de la religion. 1 vol.
in-8. 8 e édition. 6 fr.
12. L. DUMONT. Théorie scientifique de la sensibilité. 1 vol. in-8.
4 e édition. 6 fr.
* 13. SCHUTZENBERGER. Les Fermentation*. 1 vol. in-8, avec fig.
5 e édition. 6 fr.
* 14. WH1TNEY. La Vie du langage. 1 vol. in-8. 3 e édit. (Y. P.) 6 fr.
15. COOKE et BERKELEY. Le* Champignon*. 1 vol. in-8, avec ligures.
4 e édition. 6 fr.
16. BERNSTEIN. Les Sens. 1 vol. in-8, avec 91 fîg. 4 e édit. (V. P.) 6 fr.
* 17. BERTHELOT. La Synthèse chimique. 1 vol. in-8. 6 e édit.(V. P.) 6 fr.
* 18. VOGEL. La Photographie et la Chimie de la lumière, avec
95 figures. 4 vol. in-8. 4 e édition. (V. P.) 6 fr.
* 19. LUYS. Le Cerveau et ses fonctions, avec figures. 1 vol. in-8.
6 e édition. (V.P.) 6 fr.
* 20. STANLEY JEVONS. La Monnaie et le Mécanisme de réchange.
1 vol. in-8. 4« édition. (V. P.) 6 fr.
21. FUGHS. Les Volcans et les Tremhlements de terre. 1 vol. in-8,
avec figures et une carte en couleur. 4 e édition. (V. P.) 6 fr.
* 22. GÉNÉRAL BRIALMONT. Les Camps retranchés et leur rôle
dans la défense des États, avec fig. dans le texte et 2 plan-
ches hors texte. 3 e édit. 6 fr.
23. DE QUATREFAGES. L'Espèce humaine. 1 vol. in-8. 10 e édition.
(V. P.) 6 fr.
* 24. BLASERNA et HELMHOLTZ. Le Son et la Musique. 1 vol. in-8,
avec figures. 4 e édition. (V. P.) 6 fr.
* 25. ROSENTHAL. Les Nerfs et les Muscles. 1 vol. in-8, avec 75 figu-
res. 3 e édition. (V. P.) 6 fr.
* 26. BRUGKE et HELMHOLTZ. Principes scientifiques des beaux-
arts. 1 vol. in-8, avec 39 figures. 3 e édition. (Y. P.) 6 fr.
* 27. WURTZ. La Théorie atomique. 1 vol. in-8. 5 e édition. (V. P.) 6 fr.
* 28-29. SECGHI (le père). Les Étoiles. 2 vol. in-8, avec 63 figures dans le
texte et 17 planches en noir et en couleur hors texte. 2 e édition.
(V. P.) 12 fr.
30. JOLY. L'Homme avant les métaux. 1 vol. in-8, avec figures. 4 e édi-
tion. (V. P.) 6 fr.
* 31. A. BAIN. La Science de l'éducation. 1vol. in-8. 7 e édit. (V. P.) 6 fr.
* 32-33. THURSTON (R.). Histoire de la machine a vapeur, précédée
d'une Introduction par M. Hirsch. 2 vol. in-8, avec 140 figures dans
le texte et 16 planches hors texte. 3 e édition. (V. P.) 12 fr.
34. HARTMANN (R.). Les Peuples de l'Afrique. 1 vol. in-8, avec
figures. 2 e édition. (V. P.) 6 fr.
* 35. HERBERT SPENCER. Les Bases de la morale évolution niste.
1 vol. in-8. 4 e édition. 6 fr.
36. HUXLEY. L'Écre visse, introduction à l'étude de la zoologie. 1 vol.
in-8, avec figures. 6 fr.
37. DE R0BËRTY. De la Sociologie. 1 vol. in-8. 2 e édition. 6 fr.
* 38. R00D. Théorie scientifique des couleurs. 1 vol. in-8, avec
figures et une planche en couleur hors texte. (V. P.) 6 fr.
39. DE S A PORTA et MARION. L'Évolution du règne végétal (les Crypto-
games). 1 vol. in-8 avec figures. (V. P.) 6 frv
40-41. CHARLTON BASTIAN. Le Cerveau, organe de la pensée ches
l'homme et chez les animaux. 2 vol. in-8, avec figures. 2 e éd. 12 fr.
42. JAMES SULLY. Les Illunlons des sens et de l'esprit. 1 vol. in-8.
avec figures. 2 e édit. (V. P.) 6 fr.
43. YOUNG. Le Soleil. 1 vol. in-8, avec figures. (V. P.) 6 fr.
44. De CANDOLLE. L'Origine des plantes cultivées. 3 e édition. 1 vol.
in-8. (V. P.) 6fr.
— -20 —
45-46. SIR JOHN LUBBOCK. Fourmis, abeilles et guêpes. Études
expérimentales sur l'organisation et les mœurs des sociétés d'insectes
hyménoptères. 2 vol. in-8, avec 65 figures dans le texte et 13 plan-
ches hors texte, dont 5 coloriées. (V P.) 12 fr.
17. PEBRIER (Edm.). La Philosophie zoologique avant Darwin.
i vol. in-8. 2 e édition. (V. P.) 6 fr.
48. STALLO. La Matière et la Phywique moderne. 1 vol. in-8, 2 e éd.
précédé d'une Introduction par Friedel. 6 fr.
49. MANTEGAZZA. La Physionomie et l'Expression des sentiments.
1 vol. in-8. 2 e édit. avec huit planches hors texte. 6 fr.
60. DE MEYER. Les Organes de la parole et leur emploi pour
la formation des sons du langage. 1 vol. in-8 avec 51 figures,
traduit de l'allemand et précédé d'une Introduction par M. 0. Cla-
veau. 6 fr.
51. DE LANESSAN. Introduction à l'Étude de la botanique (le Sapin).
1 vol. in-8, 2 e édit. avec 143 figures dans le texte. (V. P.) 6 fr.
52-53. DE SAPORTA et MARION. L'évolution du règne végétal (les
Phanérogames). 2 vol. in-8, avec 136 figures. 12 fr.
54. TROUESSART. Les Microbes, les Ferments et les Moisissures.
1 vol in-8, 2 e édit. avec 107 figures dans le texte. (V. P.) 6 fr.
55. HARTMANN (R.). Les Singes anthropoïdes, et leur organisation
comparée a celle de l'homme. 1 vol. in-8, avec 63 figures dans
le texte. 6 fr.
56. SCHM1DT (0.). Les Mammifères dans leurs rapports avec leurs
ancêtres géologiques. 1 vol. in-8 avec 51 figures. 6 fr.
57. B1NET et FÉRÉ. Le Magnétisme animal. 1 vol. in-8 avec figures.
3 e édit. 6 fr.
58-59 ROMANES. L'Intelligence des animaux. 2 vol. in-8. 2 e édition.
(V. P.) 12 fr.
60. F.LAGRANGE. Physiologie des exercices du corps. 1 vol. in-8.
4 e édition (V. P.) 6 fr.
61. DREYFUS (Camille). Évolution des mondes et des sociétés. 1 vol.
iu-8. 2 e édit. 6 fr.
62. DAURRÉE. Les régions Invisibles du globe et des espaces
célestes. 1 vol. in-8 avec 78 gravures dans le texte. (V. P.) 6 fr.
63-64. SIR JOHN LUBBOCK. L'homme préhistorique. 2 vol. in-8.
avec 228 gravures dans le texte. 3 e édit. 12 fr.
65. RICHET (Ch.). La chaleur animale. 1 vol. in-8 avec figures. 6 fr.
66. FALSAN. (A.). La période glaciaire principalement en France et
en Suisse. 1 vol. in-8 avec 105 grav. et 2 cartes. (V. P.) 6 fr.
67 BEAUNIS (H.). Les Sensations Internes. 1 vol. in-8. 6 fr.
68. CAR TAiLHAC (E.). La France préhistorique, d'après les sépultures
et les monuments. 1 vol. in-8 avec 162 gravures. (V. P.) 6 fr.
69. BERTHELOT. La Révolution chimique, Lavoisier. 1 vol. in-8
avec gravures. 6 fr.
70. SIR JOHN LUBBOCK. — Les sens et l'instinct chez les animaux:
principalement chez les insectes. 1 vol. in-8 avec 150 grav. 6 f r .
71. STARCKE. La famille primitive. 1 vol. in-8. 6 fr.
7 2. ARLOING. Les virus. 1 vol. in-8 avec lig. 6 fr.
OUVRAGES SUR LE POINT DE PARAITRE :
ANDRÉ (Ch.). Le système solaire. 1 vol. in-8.
KUNCKEL D'HERCULAIS. Les sauterelles. 1 vol. avec grav.
ROMIEUX. La topographie et la géologie. 1 vol. avec grav. et cartes.
MORTILLET (de). L'Origine de l'homme. 1 vol. avec figures.
PERRIER 'E.). L'Embryogénie générale. 1 vol. avec figures.
LACASSAGNE. Les Criminels. 1 vol. avec figures.
POUCHET (G.). La forme et la vie. 1 vol. avec figures.
BERTILLON. La démographie. 1 vol.
CARTAILHAC. Les Gaulois. 1 vol. avec gravures.
21
LISTE PAR ORDRE DE MATIÈRES
DES 72 VOLUMES PUBLIÉS
DE LA BIBLIOTDÈQUE SCIEiïïlFIfE INTERNATIONALE
Chaque volume in-8, cartonné à l'anglaise... 6 francs.
SCIENCES SOCIALES
•Introduction à la science sociale, par Herbert Spencer. 1 vol. in-8,
9 e édit. 6 fr.
* Les Bases de la morale évolutionniste, par Herbert Spencer. 1 vol.
in-8, 4 e édit. 6 fr.
Les Conflits de la science et de la religion, par Draper, professeur à
l'Université de New-York. 1 vol. in-8, 8 e édit. 6 fr.
Le Crime et la Folie, par H. Maudsley, professeur de médecine légale
à l'Université de Londres. 1 vol. in-8, 5 e édit. 6 fr.
* La Défense des États et les Camps retranchés, par le général A. Brial-
mont, inspecteur général des fortifications et du corps du génie de
Belgique. 1 vol. in-8 avec nombreuses ligures dans le texte et 2 pi. hors
texte, 3° édit. 6 fr.
* La Monnaie et le Mécanisme de l'échange, par W. Stanley Jevons,
professeur d'économie politique à l'Université de Londres. 1 vol. in-8,
4 8 edit. (V. P.) 6 fr.
La Sociologie, par de Boberty. 1 vol. in-8, 2 e édit. (V. P.) 6 fr.
* La Science de l'éducation, par Alex. Bain, professeur à l'Université
d'Aberdeen (Ecosse). 1 vol. in-8, 7 e édit. (V. P.) 6 fr.
* Lois scientifiques du développement des nations dans leurs rapports
avec les principes de l'hérédité et de la sélection naturelle, par W. Ba-
gehot. 1 vol. in-8, 5 e édit. 6 fr.
* La Vie du langage, par D. Whitney, professeur de philologie comparée
à Vale-Cnllpge de Boston (États-Unis). 1 vol. in-8, 3 e édit. (V. P.) 6 fr.
La Famille primitive, par J. Starcke, professeur à l'Université de Copen-
hague. 1 vol. in-8. b' fr.
PHYSIOLOGIE
Les Illusions des sens et de l'esprit, par James Sully. 1 vol. in-8.
2 e édil. (V. P.) 6 fr.
* La Locomotion chez les animaux (marche, natation et vol), suivie d'une
étude sur l'Histoire de la navigation aérienne, par J.-B. Pettigrew, pro-
fesseur au Collège royal de chirurgie d'Edimbourg (Ecosse). 1 vol. in-8
avec 140 figures dans le texte. 2 e édit. 6 fr.
* Les Nerfs et les Muscles, par J. Bosenthal, professeur de physiologie à
l'Université d'Erlangen (Bavière). 1 vol. in-8 avec 75 figures dans le
texte, 3 e édit. (V. P.) 6 fr.
* La Machine animale, par E.-J. Marey, membre de l'Institut, professeur
au Collège de France. 1 vol. in-8 avec 117 figures dans le texte, 4° édit.
(V. P.) 6 fr.
* Les Sens, par Bernstein, professeur de physiologie à l'Université de Halle
(Prusse). 1 vol. in-8 avec 91 figures dans le texte, 4 e édit. (V. P.) 6 fr.
Les Organes de la parole, par H. de Meyer, professeur à l'Université de
Zurich, traduit de l'allemand et précédé d'une introduction sur l'Ensei-
gnement de la parole aux sourds-muets, par 0. Claveau, inspecteur géné-
ral des établissements de bienfaisance. 1 vol. in-8 avec 51 figures dans
le texte. 6 fr.
La Physionomie et l'Expression des sentiments, par P. Mantegazza,
professeur au Muséum d'histoire naturelle de Florence. 1 vol. in-8 avec,
figures et 8 planches hors texte, d'après les dessins originaux d'Edouard
Ximenès. 6 fr.
Physiologie des exercices du corps, par le docteur F. Lagrange. 1 vol.
i"-8 (V. P.) 6 fr.
La Chaleur animale, par Ch. Bichet. professeur de physiologie à la Faculté
de médecine de Paris. 1 vol. in-8 avec figures dans le texte. 6 fr.
Les Sensations internes, par H. Bkaunis, professeur de physiologie à la
Faculié de médecine de Nancy, directeur du laboratoire de psychologie
physiologique à la Sorbonne. 1 vol. in-8. 6 fr.
Les Virus, par M. Arloing, professeur à la Faculté de médecine de Lyon,
directeur de l'école vétérinaire. 1 vol. in-8 avec fig. 6 fr.
— 22 —
PHILOSOPHIE SCIENTIFIQUE
* Le Cerveau et ses fonctions, par J. Luys, membre de l'Académie de méde-
cine, médecin de la Salpêlrière. 1 vol. in-8 avec fig. 6 e édit.(V. P.) 6 fr.
Le Cerveau et la Pensée chez l'homme et les animaux, par Charlton
Bastian, professeur à l'Université de Londres. 2 vol. in-8 avec 184 fig. dans
le texte. 2 e édit. 12 fr.
Le Crime et la Folie, par H. Maudsley, professeur à l'Université de Lon-
dres. 1 vol. in-8, 5 e édit. 6 fr.
L'Esprit et le Corps, considérés au point de vue de leurs relations, suivi
d'études sur les Erreurs généralement répandues au sujet de Vesprit, par
Alex. Bain, professeur à l'Univerbité d'Aberdeen (Ecosse). 1 vol. in-8,
4 e édit. (V. P.) 6 fr.
* Théorie scientifique de la sensibilité : le Plaisir et la Peine, par Léon
Dumont. 1 vol. in-8, 3 e édit. 6 fr.
La Matière et la Physique moderne, par Stallo, précédé d'une pré-
face par M. Cli. Friedel, de l'Institut. 1 vol. in-8. 6 fr.
Le Magnétisme animal, par A. Binet et Ch. Féré. 1 vol. in-8, avec figures
dans le texte. 2 e édit. 6 fr.
L'Intelligence des animaux, par Bomanes. 2 vol. in-8, précédés d'une pré-
face de M. E. Perrier, professeur au Muséum d'histoire naturelle. (V. P.) 12 fr.
L'Évolution des mondes et des sociétés, par C. Dreyfus, député de la Seine.
1 vol. in-8. 6 fr.
ANTHROPOLOGIE
* L'Espèce humaine, par A. de Quatrefages, membre de l'Institut, profes-
seur d'anthropologie au Muséum d'histoire naturelle de Paris. 1 vol. in-8,
9 e édit. (V. P.) 6 fr.
* L'Homme avant les métaux, par N. Joly, correspondant de l'Institut,
professeur à la Faculté des sciences de Toulouse. 1 vol. in-8 avec 150 figu-
res dans le texte et un frontispice, 4 e édit. (V. P.) 6 fr.
* Les Peuples de l'Afrique, par B. Hartmann, professeur à l'Université de
Berlin. 1 vol. in-8 avec 93 figures dans le texte, 2 e édit. (V. P.) 6 fr.
Les Singes anthropoïdes, et leur organisation comparée à celle de l'homme,
par B. Hartmann, professeur à l'Université de Berlin. 1 vol. in-8 avec
63 figures gravées sur bois. 6 fr.
L'Homme préhistorique, par Sir John Lubbock, membre delà Société royale
de Londres. 2 vol. in-8, avec 228 gravures dans le texte. 3 e édit. 12 fr.
La France préhistorique, par E. Cartailhac. 1 vol. in-8 avec gravures
dans le texte. 6 fr.
ZOOLOGIE
* Descendance et Darwinisme, par 0. Schmidt, professeur à l'Université
de Strasbourg. 1 vol. in-8 avec figures, 5 e édit. 6 fr.
Les Mammifères dans leurs rapports avec leurs ancêtres géologiques,
par 0. Schmidt. 1 vol. in-8 avec 51 figures dans le texte. 6 fr.
Fourmis, Abeilles et Guêpes, par sir John Lubbock, membre de la Société
royale de Londres. 2 vol. in-8 avec figures dans le texte et 13 planches
hors texte, dont 5 coloriées. (V. P.) 12 fr.
Les sens et l'instinct chez les animaux, et principalement chez lés in-
sectes, par Sir John Lubbock, 1 vol. in-8 avec grav. 6 fr.
L'Écrevisse, introduction à l'étude delà zoologie, par Th. -H. Huxley, mem-
bre de la Société royale de Londres et de l'Institut de France, professeur
d'histoire naturelle à l'École royale des mines de Londres. 1 vol. in-8
avec 82 figures. 6 fr.
* Les Commensaux et les Parasites dans le règne animal, par P.-J. Van
Benedkn, professeur à l'Université de Louvain (Belgique). 1 vol. in-8 avec
82 figures dans le texte. 3 e édit. (V. P.) 6 fr.
La Philosophie zoologique avant Darwin, par Edmond Perrier, professeur
au Muséum d'histoire naturelle de Paris. 1 vol. in-8, 2 e édit. (V. P.) 6 fr.
BOTANIQUE - GÉOLOGIE
Les Champignons, par Cooke et Berkeley. 1 vol. in-8 avec 110 figures.
-4 e édition. 6 fr.
L'Évolution du règne végétal, par G. de Saporta, correspondant de l'In-
stitut, et Marion, correspondant de l'Institut, professeur à la Faculté des
sciences de Marseille.
I. Les Cryptogames. 1 vol. in-8 avec 85 figures dans le texte. (V. P.) 6 fr.
II. Les Phanérogames. 2 v. in-8 avec 136 fg. dans le texte. 12 fr.
* Les Volcans et les Tremblements de terre, par Fuchs, professeur à
l'Université de Heidelberg. 1 vol. in-8 avec 36 figures et une carte en
couleur, 4 e édition. (V. P.) 6 fr
— 23 —
La période glaciaire, principalement en France et en Suisse, par A. Falsan,
1 vol. in-8 avec 105 gravures et 2 caries hors texte. (V. P.) 6 fr.
Les Régions invisibles du globe et des espaces célestes, par A. Daubrée.
de l'Institut, professeur au Muséum d'histoire naturelle. 1 vol. in-8, avec
78 gravures dans le texte. (V. P.) 6 fr.
L'Origine des plantes cultivées, par A. de Candolle, correspondant de
l'Institut. 1 vol. in-8, 3 e édit. (V. P.) 6 fr.
Introduction à l'étude de la botanique (le Sapin), par J. de Lanessan, pro-
fesseur agrégé à la Faculté de médecine de Paris. 1 vol. in-8 avec figures
dans le texte. (V. P.) 6 fr.
Microbes, Ferments et Moisissures, parle docteur L. Trouessart. 1 vol.
in-8 avec 108 figures dans le texte. 2 e éd. (V. P.) 6 fr.
CHIMIE
Les Fermentations, par P. Schutzenrerger, membre de l'Académie de
médecine, professeur de chimie au Collège de France. 1 vol. in-8 avec
figures, 5 e édit. 6 fr.
* La Synthèse chimique, par M. Berthelot, membre de l'Institut,
professeur de chimie organique au Collège de France. 1 vol. in-8.
6 e édit. 6 fr.
* La Théorie atomique, par Ad. Wurtz, membre de l'Institut, profes-
seur à la Faculté des sciences et à la Faculté de médecine de Paris. 1 vol.
in-8, 5 e édit., précédée d'une introduction sur la Vie et les travaux de
l'auteur, par M. Ch„ Friedel, de l'Institut. 6 fr.
La Révolution chimique (Lavoisier), par M. Berthelot, 1 vol. in-8. 6 fr.
ASTRONOMIE — MÉCANIQUE
* Histoire de la Machine à vapeur, de la Locomotive et des Bateaux à
vapeur, par R. Thurston, professeur de mécanique à l'Institut technique
de Hoboken, près de New-York, revue, annotée et augmentée d'une Intro-
duction par M. Hirsch, professeur de machines à vapeur à l'École des ponts
et chaussées de Paris. 2 vol. in-8 avec 160 figures dans le texte et 16 plan-
ches tirées à part. 3 e édit. (V. P.) 12 fr.
* Les Étoiles, notions d'astronomie sidérale, par le P. A. Secchi, directeur
de l'Observatoire du Collège Romain. 2 vol. in-8 avec 68 figures dans le
texte et 16 planches en noir et en couleurs, 2 e édit. (V. P.) 12 fr.
Le Soleil, par C.-A. Young, professeur d'astronomie au Collège de New-
Jersey. 1 vol. in-8 avec 87 figures. (V. P.) 6 fr.
PHYSIQUE
La Conservation de l'énergie, par Balfour Stewart, professeur de
physique au collège Owens de Manchester (Angleterre), suivi d'une étude
sur la Nature de la force, par P. de Saint-Rorert (de Turin). 1 vol. in-8
avec figures, 4 e édit. 6 fr.
* Les Glaciers et les Transformations de l'eau, par J. Tyndall, pro-
fesseur de chimie à l'Institution royale de Londres, suivi d'une étude sur
le même sujet, par Helmholtz, professeur à l'Université de Berlin. 1 vol.
in-8 avec nombreuses figures dans le texte et 8 planches tirées à part
sur papier tfinté, 5 e édit. (V. P.) 6 fr.
* La Photographie et la Chimie de la lumière, par Vogel, professeur à
l'Académie polytechnique de Berlin. 1 vol. in-8 avec 95 figures dans le
texte et une planche en photoglyptie, 4 e édit. (V. P.) 6 fr.
La Matière et la Physique moderne, par Stallo. 1 vol. in-8. 6 fr.
THÉORIE DES BEAUX-ARTS
* Le Son et la Musique, par P. Blaserna, professeur à l'Université de
Rome, suivi des Causes physiologiques de l'harmonie musicale, par
H. Helmholtz, professeur à l'Université de Berlin. 1 vol. in-8 avec 41 figu-
res, 4 e édit. (V. P ) 6 fr.
Principes scientifiques des Beaux-Arts, par E. Brucke, professeur à
l'Université de Vienne, suivi de l'Optique et les Arts, par Helmholtz,
professeur à l'Université de Berlin. 1 vol. in-8 avec figures, 4 e édit.
(V. P.) 6 fr.
* Théorie scientifique des couleurs et leurs applications aux arts et à
l'industrie, par 0. N. Rood, professeur de physique à Colombia-College
de New- York (Etats-Unis). 1 vol. in-8 avec 130 figures dans le texte et
une planche en couleurs. (V. P.) 6 fr.
— 24 —
PUBLICATIONS
HISTORIQUES, PHILOSOPHIQUES ET SCIENTIFIQUES
qui ne se trouvent pas dans les collections précédentes.
Actes du 4 er Congrès international d'anthropologie criminelle.
Biologie et sociologie. 1887. 1 vol. gr. in-8. 15 fr.
A LA 11 X. La Religion progressive. 1 vol. in-18. 3 fr. 50
ALAUX. Esquisse d'une philosophie de l'être. In-8. 1888. 1 fr.
ALAUX. Les problèmes religieux au XIX e siècle. 1 vol. in-8°. 7fr.50
ALAUX. Voy. p. 2.
ALGLAVE. Des Juridictions civiles chez les Romains. 1 vol. in-8. 2fr. 50
ALTMEYER (J. J.). Les Précurseurs de la réforme aux Pays-Bas.
2 forts volumes in-8°, 1886. 12 fr.
ARRÊAT. Une Éducation Intellectuelle. 1 vol. in-18. 2 fr. 50
ARRÉAT. Journal d'un philosophe. 1 vol. in-18. 1887. 3 fr. 50
AUBRY. La Contagion du meurtre. 1 vol. in-8. 1887. 3 fr. 50
Autonomie et fédération, par l'auteur des Eléments de science sociale.
1 vol. in-18, traduit de l'anglais, par J. Gerschel. 1889. 1 fr.
AZAM. Le Caractère dans la santé et dans la maladie. 1 vol. in-8,
précédé d'une préface de Th. Ribot. 1887. 4 fr.
BALFOUR STEWART et TAIT. L'Univers invisible. 1 vol. in-8. 7 fr.
BARNI. Les Martyrs de la libre pensée. 1 vol. in-18. 2 e édit. 3 fr. 50
BARNI. Napoléon I er . 1 vol. in-18, édition populaire. 1 fr.
BARNI. Voy. p. à ; Kant, p. 8; p. 13 et 31.
BARTHÉLÉMY SAJNT-H1LAIRE. Voy. pages 2, 4 et 7, Aristote.
BAUTAIN. La Philosophie morale. 2 vol. in-8. 12 fr.
BEAUNIS(H.). impressions de campagne (1870-1871). In-18. 3 fr. 50
BÉNARD (Ch.). De la philosophie dans l'éducation classique. 1862.
1 fort vol. in-8. 6 fr.
BÉNARD. Voy. p. 7, Aristote; p. 8, Schelling et Hegel.
BERTAULD (P. -A.). Introduction à la recherche des causes pre-
mières. — De la méthode. 3 vol. in-18. Chaque volume, 3 fr. 50
BLACK WELL (D r Elisabeth). Conseils aux parents sur l'éducation de
leurs enfants au point de vue sex«»el. In-18. 2 fr.
BLANQUI. L'Éternité par les astres. In-8. 2 fr.
BLANQUI. Critique sociale. 2 vol. in-18. 1885. 7 fr.
BONJEÀN (A.). L'Hypnoti*me, ses rapports avec le droit, la thérapeutique,
la suggestion mentale. 1 vol. in-18 1890. 3 fr.
BOUCHA RDAT. Le Travail, son influence sur la santé. In-18. 2 fr. 50
BOUCHER (A.) Darwinisme et socialisme, 1890. In-8 1 fr. °25
BOUILLET (Ad.). Les Bourgeois gentilshommes. — L'Armée de
Henri V. 1 vol. in-18. 3 fr. 50
BOUILLET (Ad.). Types nouveaux. 1 vol. in-18. 1 fr. 50
BOUILLET (Ad.). L' Arrière-bon de l'ordre moral. 1 vol. in-18. 3 fr. 50
BOURBON DEL MONTE. L'Homme et les Animaux. 1 vol. in-8. 5 fr.
BOURDEAU (Louis). Théorie des sciences. 2 vol. in-8. 20 fr.
BOURDEAU (Louis). Les Forces de l'Industrie, progrès de la puissance
humaine. 1 vol. in-8. (V. P.) 5 fr.
BOURDEAU (Louis). La Conquête du monde animal. In-8. (V. P.) 5 fr.
BOURDEAU (Louis) L'Histoire et les Historiens. 1 vol. in-8. 1888. 7fr.50
BOURDET (Eug.). Principes d'éducation positive, in-18. 3 fr. 50
BOURDET. Vocabulaire des principaux termes de la philosopbie
positive. 1 vol. in-18. 3 fr. 50
BOURLOTON. Voy. p. 12.
BOURLOTON (Edg.) et ROBERT (Edmond). La Commune et ses Idées
a travers l'histoire. 1 vol. in-18. 3 fr. 50
BUCHNER. Essai biographique sur Léon Dumont. in-18. 2 fr.
— 25 —
Bulletins de la Société de psychologie physiologique. l re année, 1885.
1 broch. in-8, 1 fr. 50. — 2 e année, 1886, 1 broch. in-8, 3 fr. —
3 e année, 1887, 1 fr. 50. — à e année, 1888. 1 fr. 50 ; — 5 e année,
1889. 1 fr. 50
BISQUET. Représailles, poésies. In-18. 1 vol. 3 fr.
CADET. Hygiène, inhumation, crémation. In-18. 2 fr.
CARRAU (Lu<1.) Voy. p. 4 et Funt p. 5.
CELLAIUER (F.). Études sur la rai* on. 1 vol. in-12. 1888. 3 fr.
CELLARIER (F.). Rapports du relatif et de l 'absolu, 1 vol. in-18, 4 fr.
CLAMAGERAN. L'Algérie. 3 e édit. 1 voL in-18. 1884. (V. P.) 3 fr. 50
CLAMAGERAN. Voy. p. 13.
CLAVEL (D r ). La Morale positive. 1 vol. in-8. 3 fr.
CLAVEL (D r ). Critique et conséquences des principes de 1999.
1 vol. in-18. 3 fr.
CLAVEL (D r ). Les Principes au XIX e siècle. In-18. 1 fr.
CONTA. Théorie du fatalisme. 1 vol. in-18. 4 fr.
CONTA. Introduction à la métaphysique. 1 vol. in-18. 3 fr.
COQUEREL fils (Athanase). Libres Études. 1 vol. in-8. 5 fr.
CORTAMRERT (Louis). La Religion du progrès. In-18. 3 fr. 50
COSTE (Adolphe). Hygiène sociale contre le paupérisme (prix de
5000 fr. au concours Pereire). 1 vol. in-8. 6 fr.
COSTE (Adolphe). Les Questions sociales contemporaines, (avec la
collaboration de MM. A. Burdeau et Arréat.) 1 fort. vol. in-8. 10 fr.
COSTE 'Ad.). Nouvel exposé d'économie politique et de physiologie
sociale. 1 vol. in-18. 1889. 3 fr. 50
COSTE (Ad.). Voy. p. 2.
CRÉPIEUX-JAMIN. L'Écriture et le caractère. 1 vol. in-8 avec de
nombreux fac-similés. 1 vol. in-8. 1888. 5 fr.
DANICOURT(Léon). La Patrie et la République. In-18. 2 fr. 50
DAURIÂC. Sens commun et raison pratique. 1 br. in-8. 1 fr. 50
DAI'RUC. Croyance et réalité 1 vol. in-18. 1889. 3 fr. 50
DAURIAC. Le réalisme de Reid. In-8. 1 fr.
DAVY. Les Conventionnels de l'Eure. 2 forts vol. in-8. 18 fr.
DELBQEUF. Psychophysique, mesure des sensations de lumière et de fati-
gue, théorie générale de la sensibilité. 1 vol. in-18. 3fr. 50
DELBGEUF. Examen critique de la loi psychophysique, sa base et sa
signification. 1 vol. in-18. 1883. 3 fr. 50
DELBGEUF. Le Sommeil et les Rêves, et leurs rapports avec les théories
de la certitude et de la mémoire. 1 vol. in-18. 3 fr. 50
DELBGEUF. De l'origine des effets curatifs de l'hypnotisme. Étude
de psychologie expérimentale. 1887. In-8. 1 fr. 50
DELBGEUF. Le magnétisme animal, visite à l'École de Nancy. In-8 de
128 pages. 1889. 2 fr. 50
DELBGEUF. Magnétiseurs et médecins. 1 vol. in-8. 1890. 2 fr.
DELBGEUF. Voy. p. 2.
DESTREM (J.). Les Déportations du Consulat. 1 br. in-8. 1 fr. 50
DOLLFUS (Ch.). Lettres philosophiques. In-18. 3 fr.
DOLLFUS (Ch.). Considérations sur l'histoire. In-8. 7 fr. 50
DOLLFUS (Ch.). L'Ame dans les phénomènes de conscience. 1 vol.
in-18. 3 fr. 50
DUBOST (Antonin). Des conditions de gouvernement en France.
1 vol. in-8. 7 fr. 50
DUBUC (P.). Essai sur la méthode en métaphysique. 1 vol, in-8. 5 fr.
DUFAY. Etudes sur la destinée. 1 vol. in-18. 1876. 3 fr,
DUMONT (Léon). Voy. p. 19 et 22.
DUNAN. Sur les formes a priori de la sensibilité. 1 vol. in-8. 5 fr.
— 26 —
DUNAN. Les Arguments de Zenon d'Élée contre le mouvement.
1 br. in-8. 1884. 1 fr. 50
DURAND -DÉSORM EAUX. Réflexions et Pensées, précédées d'une Notice
sur 1 auteur par Ch. Yriarte. 1 vol. in-8. 1884. 2 fr. 50
DURAND-DÉSORMEAUX. Études philosophiques, théorie de l'action,
théorie de la connaissance. 2 vol. in-8. 1884. 15 fr.
DUTASTA. Le Capitaine Vallé. 1 vol. in-18. 1883. 3 fr. 50
DUVAL-JOUVE. Traité de logique. 1 vol. in-8. 6 fr.
DUVERGIER DE HAURANNE (M rae E.). Histoire populaire de la Révo-
lution française. 1 vol. in-18. 3 e édit. 3 fr. 50
Éléments de science sociale. \ vol. in-18. 4 e édit. 1885. 3 fr. 50
ESCANDE. Hoche en Irlande (1795-1798), d'après des documents inédits.
d vol. in-18 en caractères elzéviriens. 1888. (V. P.) 3 fr. 50
ESPINAS. Idée générale de la pédagogie. 1 br. in-8. 1884. 1 fr.
ESPINAS. Du Sommeil provoqué chez les hystériques, br. in-8. 1 fr.
ESPINAS. Voy. p. 2 et 4.
FABRE (Joseph). Histoire de la philosophie. Première partie : Antiquité
et moyen âge. 1 vol. in-12. 3 fr. 50
FAU. Anatomie des formes du corps humain, à l'usage des peintres et
des sculpteurs. 1 atlas de 25 planches avec texte. 2 e édition. Prix, figu-
res noires, 15 fr. ; fig. coloriées. 30 fr.
FAUCONNIER. Protection et libre échange. In-8. 2 fr.
FAUCONNIER. La morale et la religion dans renseignement. 75 c.
FAUCONNIER. L'Or et l'Argent. In-8. 2 fr. 50
FEDERICI. Les Lois du progrés. 1 vol. in-8, 1888. 6 fr.
FER BUS (N.). La Science positive du bonheur. 1 vol. in-18. 3 fr.
FÉRÉ. Du traitement des aliénés dans les familles: 1 vol.- in-18.
4 889. 2 fr. 50
FERRlÈRE(Em.). Les Apôtres, essai d'histoire religieuse, 1vol. in-12. 4fr. 50
FER RI ÈRE (Em.). L'Ame est la fonction du cerveau. 2 volumes in-18
1883. 7 fr.
FERRIÈRE (Em.). Le Paganisme des Hébreux jusqu'à la captivité
de Babylone. 1 vol. in-18. 1884. 3 fr. 50
FERRIÈRE (Em.). La Matière et l'Énergie, lvol. in-18. 1887.(V. P.) 4 fr. 50
FERRIÈRE (Em.). L'Ame et la Vie. 1 vol. in-18. 1888. 4 fr. 50
FERRIÈRE (Em.). Voy. p. 32.
FERRON (de), institutions municipales et provinciales dans les diffé-
rents États de l'Europe. Comparaison. Réformes. 1 vol. in-8. 1883. 8 fr.
FERRON (de). Théorie du progrès. 2 vol. in-18. 7 fr.
FERRON (de). De la division du pouvoir législatif en deux cham-
bres, histoire et théorie du Sénat. 1 vol. in-8. 8 fr.
FOX (W.-.J.). Des idées religieuses. In-8. 3 fr.
GASTINEAU. Voltaire en exil. 1 vol. in-18. 3 fr.
GAYTE (Claude). Essai sur la croyance. 1 vol. in-8. 3 fr.
GILLIOT (Alph.). Études sur les religions et Institutions comparées.
2 vol. in-12, tome I er , 3 fr. — Tome II. 5 fr.
GORLET D'ALVIELLA. L'Évolution religieuse chez les Anglais, les Amé-
ricains, les Hindous, etc. 1 vol. in-8. 1883. 7 fr. 50
GOURD. Le Phénomène. 1 vol. in-8. 1888. 7 fr. 50
GRAEF (Guillaume de). Introduction a la Sociologie. Première partie :
Éléments. 1 vol. in-8. 1886. 4 fr.
Deuxième partie : Fonctions et organes, lvol. in-8. 1889. 6 fr.
GRESLAND. Le Génie de l'homme, libre philosophie. Gr. in-8. 7 fr.
GRIMAUX (Ed.). Lavoisier (1748-1794), d'après sa correspondance et de
documents inédits. 1 vol. gr. in-8 avec gravures en taille-douce, imprim
avec luxe. 1888. 15 fr.
GUILLAUME (de Moissey). Traité des sensations. 2 vol. in-8, 12 fr.
GUILLY. La mature et la Morale. 1 vol. in-18. 2 e édit. 2 fr. 50
- Tl —
GUYAU. Vers» d'un philosophe. 1 vol. in-18. 3 fr. 50
GUYAU. Voy. p. 2, 5, 7 et 10.
HAYEM (Armand). L'Être social. 1 vol. in-18. 2 e édit. 2 fr. 50
HERZEN. Récits et Nouvelles. 1 vol. in-18. 3 fr. 50
HERZEN. De l'autre rive. 1 vol. in-18. 3 fr. 50
HERZEN. Lettres de France et d'Italie. In-18. 3 fr. 50
HUXLEY. La Physiographie, introduction à l'étude de la nature, traduit et
adapté par M. G. Lamy. 1 vol. in-8 avec figures dans le texte et 2 planches
en couleurs, broché, 8 fr. — En demi- reliure, tranches dorées. 11 fr.
HUXLEY. Voy. p. 5 et 32.
Inventaire des livres formant la bibliothèque de Spinoza, notes
et intr. de J. S. von Reoijen, 1 vol. in-4, pap. de Hollande. 12 fr.
ISS A II RAT. Moments perdus de Pierre-Jean. 1 vol. in-18. 3 fr.
ISSAURAT. Les Alarmes d'un père de famille. In-8. 1 fr.
JANET (Paul). Le Médiateur plastique de Cudworth. 1 vol. in-8. 1 fr.
JANET (Paul). Voy. p. 3, 5, 7, 8 et 9.
JEANMAIRE. L'Idée de la personnalité dans la psychologie moderne.
1 vol. in-8. 1883. 5 fr.
JOIRE. La Population, richesse nationale ; le travail, richesse du
peuple. 1 vol. in-8. 1886. 5 fr.
JOYAU. De l'Invention dans les arts et dans les sciences. 1 vol.
in-8. 5 fr.
JOYAU. Essai sur la liberté morale. 1 vol. in-18. 1888. 3 fr. 50
JOYAU. La théorie de la grâce et la liberté morale de l'homme.
1 vol. in-8. 2 fr. 50
JOZON (Paul) De l'écriture phonétique. In-18. 3 fr. 50
KOVALEVSKY. L'Ivrognerie, ses causes, son traitement. 1 v. in-18. 1 fr. 50
KOVALEVSKI (M). Tableau des origines et de l'évolution de la fa-
mille et de la propriété. 1 vol. in-8. 1890. à fr.
LABHRDE. Les Hommes et les Actes de l'insurrection de Paris
devant la psychologie morbide. 1 vol. in-18. 2 fr. 5o
LACOMBE. Mes droits 1 vol in-12. 2 fr. 50
LAGGROND. L'Univers, la force et la vie. 1 vol. in-8. 1884. 2 fr. 50
LAGRANGE (F.). L'hygiène de l'exercice chez les enfants et les jeunes
gens. 1 vol. in lg. 2 e édition. 1890. 3 fr. 50
LA LANDELLE (de). Alphabet phonétique. In-18. 2 fr. 50
LANGLOIS. L'Homme et la Révolution. 2 vol. in-18. 7 fr.
LAURET (Henri). Critique dune morale sans obligation ni
sanction. In-8. 1 fr. 50
LAURET (Henri). Voy. p. 9.
LAUSSEDAT. La Suisse. Études méd. et sociales. In-18. 3 fr. 50
LAVELEYE (Em. de). De l'avenir des peuples catholiques. In-8.
21 e édit. 25 c.
LAVELEYE (Em. de). Lettres sur l'Italie (1878-1879). In-18. 3 fr. 50
LAVELEYE (Em. de). Nouvelles lettres d'Italie. 1 vol. in-8. 1884. 3 fr.
LAVELEYE (Em. de). L'Arrique centrale. 1 vol. in-12. 3 fr.
LAVELEYE (Em. de). La Péninsule des Balkans (Vienne, Croatie, Bosnie,
Serbie, Bulgarie, Roumélie, Turquie, Roumanie). 2 e édit. 2 vol. in-12
1888. 10fr ;
LAVELEYE (Em. de). La Propriété collective du sol en différents
pays. In-8. 2 fr.
LAVELEYE (Em. de). Voy. p. 5 et 13.
LAVERGNE (Bernard). L'Ultramontanisme et l'État. In-8. 1 fr. 50
LEDRU-ROLLIN. Discours politiques et écrits divers. 2 vol. in-8. 12 fr.
LEGOYT. Le Suicide. 1 vol. in-8. 8-fr.
LE LORRAIN. De l'aliéné au point de vue de la responsabilité
pénale. In-8. 2 fr.
— 28 —
LEMER (Julien). Dossier des jésuites et des libertés de l'Église
gallicane. 1 vol. in-18. 3 fr. 50
LOURDE AU. Le Sénat et la Magistrature dans la démocratie
française. 4 vol. in-18. 3 fr. 50
La lufie contre l'abus du tabac, publication de la Société contre l'abus
du t bac. \ vol. iu-16 avec gravures, cart. à l'anglaise. 1889. 3 fr. 30
MAGY. Ue la Science el de la Nature. 1 vol. in-H. 6 fr.
MAINDRON (Ernest), il' tcadémie des sciences (Histoire de l'Académie,
fondation de l'Institut national; Bonaparte, membre de l'Institut). 1 beau
vol. in 8 cavalier, avec 53 gravures dans le texte, portraits, plans, etc.,
8 planches hors texte et 2 autographes. 12 fr.
MALON (Benoit). Le socialisme intégral. 1 volume grand in-8, avec por-
trait de l'auteur. 1890. 6 fr.
MARAIS. Garibaldi et l'Armée des Vosges. In-18. (V. P.) 1 fr. 50
MASSEKON (I.). Manger et Nécessité du socialisme. In-18. 3 fr. 50
MAURICE (Fernand). La Politique extérieure de la République fran-
çaise. 1 vol. in-12.
MEMÈRE. Clcéron médecin. 1 vol. in-18.
MEN1ÈKE. Les Consultations de M me de Sévlgné, éti
littéraire. 1884. 1 vol. in-8.
MICHAUT (N.). I>e l'imagination. 1 vol. in-8.
MILS AND. Les Études clasAïques. 1 vol. in-18.
MILSAND. Le Code et la Liberté. In-8.
MILSAND. Voy. p. 3.
MORIN (Miron). Essais de critique religieuse. 1 fort vol. in-8.
MOKliN. Magnétisme et Sciences occultes. 1 vol. in-8.
MOKIN (Frédéric). Politique et Philosophie. 1 vol. in-18.
NIVELET. Loisirs de la vieillesse. 1 vol. in-12.
NIVELET. ballet sa doctrine. 1 vol. in-8, 1890.
NOËL (E.). Mémoires d'un imbécile, précédé d'une préface de M. Littrè.
1 vol. in-18. 3 e édition. 3 fr. 50
NOTOVITCH. La Liberté de la volonté. In-18. 1888. 3 fr. 50
OGER. Les Bonaparte et les frontières de la France. In-18. 50 c.
OGER. La République. In-8. • 50 c.
OLECHNOWICZ. Histoire de la civilisation de l'humanité, d'après la
méthode brahmanique. 1 vol. in-12. 3 fr. 50
PARIS (Le colonel). Le feu à Paris et en Amérique. 1 v. in-18. 3 fr. 50
PARIb (comte de). Les Associations ouvrières en Angleterre (Trades-
unions). 1 vol. in-18. 7 e édit. 1 fr. — Édition sur papier fort, 2 fr. 50
— Sur papier de Chine, broché, 12 fr. — Rel. de luxe. 20 fr.
PELLETAN (Eugène). La Naissance d'une ville (Royan). In-18. i fr. 40
PELLETAN (Eug.). Jarousseau, le pasteur du désert. 1 vol. in-18
(couronné par l'Académie française). 2 fr.
PELLETAN (Eug.). lin Roi philosophe, Frédéric le Grand. In-18.
(V. P.) 3 fr. 50
PELLETAN (Eug.). Le monde marche (la loi du progrès). In-18. 3 fr. 50
PELLETAN (Eug.). Droits de l'homme. 1 vol. in-12. 3 fr. 50
PELLETAN (Bug.). Profession de foi du XIX e siècle, in-12. 3 fr. 50
PELLETAN (Eug.). Voy p. 3t.
PELLIS (F.) La Philosophie de la Mécanique. 1 vol. in-8. 1888. ^2 fr. 50
PÉNY (le major). La France par rapport à l'Allemagne. Étude de
géographie militaire. 1 vol. in-8. 2 e édit. 6 fr.
PEREZ 'Bernard). Thiery Tledmann. — M«« deux chats In-12. 2 fr.
PEREZ Bernard). Jacotot et sa méthode d'émancipation Intellec-
tuelle. 1 vol. in-18. 3 fr#
PEREZ ^Bernard). Voy. p. 6.
PÉRG\MENl (H.). Histoire générale de la littérature française,
depuis ses origines jusqu'à nos jours. 1 vol. in-8. 1889. 9 fr.
3 fr. 50
à fr. 50
de mèdico-
3 fr.
5 fr.
3 fr. 50
2fr.
1885. 5 fr.
6 fr.
3 fr. 50
3 fr.
5 fr.
— 29 —
PETROZ (P.). i/Artet la Critique en France depuis 1822. in-18. 3 fr. 50
PETROZ. Un Critique d'art au *BX e siècle. In-18. 1 fr. 56
PETROZ. Esquisse d'une histoire de la peinture au Musée du
Louvre. 1 vol. in-8. 1890. 5 fr.
PHILKERT f Louis). Le Kire, essai littéraire, moral et psychologique. 1 vol.
in-8. (Couronné par l'Académie française, prix Montyon.) 7 fr. 50
PLANTET (E.). Correspondance des Deys d'Alger avec la conr de
France (1579-1833), recueillie dans les dépôts des archives du Minis-
tère des Affaires étrangères, de la Marine, des Colonies et de la Chambre
de commerce de Marseille. 2 vol. in-8 raisin sur papier de Hollande
(1889) 30 fr.
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24. Le Livre de l'exilé. — La Révolution religieuse au xix e siècle. —
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25. Le Siège de Paris. — Œuvres politiques après l'exil. 2 e édition.
26. La République. Conditions de régénération de la France. 2 e édit. (V. P.)
27. L'Esprit nouveau. 5 e édition.
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peintres et des sculpteurs. 6 planches en chromolithographie, publiées
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— 30 -
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TÉNOT ^Eugène). La Frontière (1870-1881). 1 fort vol. grand in-8. 8 fr.
TERQUEM (A.). La science romaine à répoque d'Auguste. Étude
historique d'après Vitruve, 1885. 1 vol gr. in-8. 3 fr.
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service. In-8. 1 fr. 50
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YUNG (Eugène). Henri IV écrivain. 1 vol. in-8. 5 fr.
ZIESING (Th.). Érasme ou Salignac. Étude sur la lettre de François
Rabelais, avec un fac-similé de l'original de la Bibliothèque de Zurich.
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les Carlovingiens, par Bûchez.
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E.es Guerres de la Réforme, par
J. Bastide. 4 e édit.
la France au moyen âge, par
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Jeanne d'Arc, par Fréd. LoCK.
Décadence de la monarchie
française, par Eug. Pelletan. 4 e édit.
la Révolution française, par
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la Oéfcnse nationale en 1993,
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napoléon I er , par Jules Barni.
Histoire de la Restauration,
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Edgar Zevort. 2 e édit.
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France, par P. Bondois. 2 volumes.
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çaise, par Alfr. Doneaud. 2 e édit.
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L'Espagne et le Portugal, par
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Histoire de l'empire ottoman,
par L. Collas. 2 e édition.
lies Révolutions d'Angleterre,
par Eug. Despois. 3 e édition.
Histoire de la maison d'Autri-
che, par Ch. Rolland. 2 e édition.
HISTOIRE
La Grèce ancienne, par L. Com-
bes, 2 e édition.
L'Asie occidentale et l'Egypte,
par A. Ott. 2 e édition.
L'Inde et la Chine, par A. Ott.
L'Europe contemporaine (1789-
1879), par P. Bondois.
Histoire contemporaine de la
Prusse, par Alfr. Doneaud.
Histoire contemporaine de
l'Italie, par Félix Henneguy.
Histoire contemporaine de
l'Angleterre, par A. Regnard.
ANCIENNE
Histoire romaine, par Creighton.
L'Antiquité romaine, par Wilkin
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L'Antiquité grecque, parMAHAFFY
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GEOGRAPHIE
Torrents, fleuves et canaux de
la France, par H. Blerzy.
Les Colonies anglaises, par H.
Blerzy.
Les Iles du Pacifique, par le capi-
taine de vaisseau Jouan (avec 1 carte).
Les Peuples de l'Afrique et de
l'Amérique, par Girard de Rialle.
Les Peuples de l'Asie et de
l'Europe, par Girard de Rialle.
L'Indo - Chine française , par
Fàque.
Géographie physique, par GEIKIE,
prof, à l'Univ. d'Edimbourg (avec fig.).
Continents et Océans, par Grovi
(avec figures).
Les Frontières de la France,
par P. Gaffarel.
COSMOGRAPHIE
Les Entretiens de Fontenelle
sur la pluralité des mondes, mis
au courant de la science par Boillot.
Le Soleil et les Étoiles, par le
P. Secchi, Briot, Wolf et Delaunay.
2 e édition, (avec figures).
Les Phénomènes célestes, par
ZURCHER et MARGOLLÉ.
A travers le ciel, par Amigues.
Origines et Fin des mondes,
par Ch. Richard. 3 e édition.
notions d'astronomie, par L. Ca-
talan, 4 e édition (avec figures).
— 32 —
SCIENCES APPLIQUÉES
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l'industrie, parB. Gastineau.
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par Brothier. 2 e édit.
Médecine populaire, par le
docteur Turck. 4 e édit.
La Médecine des accidents, par
le docteur Broquère.
Les Maladies épidémiques
(Hygiène et Prévention), par le doc-
teur L. Monin.
Hygiène générale, par le doc-
teur L. Cruveilhier. 6 e édit.
Petit Dictionnaire des falsi-
fications, avec moyens faciles pour
les reconnaître, par Dufour.
Les Mines de la France et de
se» colonies, par P. Maigne.
Les Matières premières et leur
emploi dans les divers usages de la vie,
par H. Genevoix.
Les Procédés industriels, par
le même.
La Machine a vapeur, par H. Gos-
sin, avec figures.
La Photographie, par H. GossiN.
La Navigation aérienne , par
G. Dallet, avec figures.
L'Agriculture française ,
A. Larbalétrier, avec figures.
par
SCIENCES PHYSIQUES ET NATURELLES
Télescope et Microscope, par
ZURCHER et MARGOLLÉ.
Les Phénomènes de l'atmo-
sphère, par Zurcrer. 4 e édit.
Histoire de l'air, par Albert Lévy.
Histoire de la terre, par Brothier.
Principaux faits de la chimie,
par Samson. 5 e édit.
Les Phénomènes de la mer,
par E. Margollé. 5 e édit.
L'Homme préhistorique , par
Zaborowski. 2 e édit.
Les Grands Singes, par le même.
Histoire de l'eau, par Bouant.
Introduction à l'étude des scien-
ces physiques, par Morand. 5 e édit.
Le Darwinisme, par E. FerriÊre.
Géologie, par Geikie (avec fig.).
Les Migrations des animaux et
le Pigeon voyageur, par Zaborowski.
Premières Notions sur les
sciences, par Th. Huxley.
La Chasse et la Pêche des ani-
maux marins, par JouAN.
Les Mondes disparus , par
Zaborowski (avec figures).
Zoologie générale, par H. BeaU-
regard (avec figures).
PHILOSOPHIE
Laf r ieéternelle,parËNFANTiN.2 e éd.
Voltaire et Rousseau, par Eug.
Noël. 3 e édit.
Histoire populaire de la phi-
losophie, par L. Brothier. 3 e édit.
La Philosophie zoologique, par
Victor Meunier. 2 e édit.
L'Origine du langage, par ZA-
BOROWSKI.
Physiologie de l'esprit, par Pau-
lhan (avec figures).
L'Homme est-ll libre? par RENARD.
La Philosophie positive, par le
docteur Robinet. 2 e édit.
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De l'Éducation, par Herbert Spencer
La Statistique humaine de la
France, par Jacques Bertillon.
Le Journal, par Hatin.
De l'Enseignement profession-
nel, par Gorbon, sénateur. 3 e édit.
Les Délassements du travail,
par Maurice Cristal. 2 e édit.
Le Budget du foyer,parH.LENEVEUX
Paris municipal, par H. Leneveux.
Histoire du travail manuel en
France, par H. Leneveux.
L Arc et les Artistes en France,
par Laurent Pichat, sénateur. û e édit.
Premiers principes des beaux-
arts, par J. Collier (avec gravures).
Économie politique, par Stanley
Jevons. 3 e édit.
Le Patriotisme a l'école, par
Jourdy, chef d'escadrons d'artillerie.
Histoire du libre échange en
Angleterre, par Mongredien.
Économie rurale et agricole,
par Petit.,
DROIT
La Loi civile en France, pari La Justice criminelle en France,
Morin. 3" édit. I par G. Jourdan. 3 e édit.
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mes idées, traduit de l'anglais par M. E. Ca-
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par M. E. Gazelles. 2« édit. 5 fr.
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cipes, traduit de l'anglais par M. Cazelles.
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— Principes de psychologie, traduit de l'an-
glais par MM. Ribot et Espinas. 2 vol. 20 fr.
— Frinoipes de biologie, traduit par M. Ca-
zelles. 2 e édit. 2 vol. 20 fr.
— Principes de sociologie, traduit par
MM. Cazelles et Gerschel. 4 vol. 36 fr. 25
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Paul Janet. — Les causes finales. 2" édi-
tion. 10 fr.
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Th. Ribot. — De l'hérédité psyohologique.
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(école expér.). 2 e édit. 7 fr. 50
Alf. Fouillée. — La liberté et le détermi-
nisme. 2 «édit. 7 fr. 50
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porains. 7 fr. 50
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M. Guyau. 3 ( fr. 75
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l'expérience. 5 fr.
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formes primitives. 4 e édit. augmentée. 10 fr.
Bain. — La logique déductive et induetive,
traduit de l'anglais par M. Compayré. 2 e édit.
î vol. 20 fr.
— Les sens et l'intelligenoe, traduit de l'an-
glais par M. Cazelles. 2 e 'édit. 10 fr.
— Les émotions et la volonté. 10 fr.
— L'esprit et le oorps. 4 e édit. 6 fr.
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Matthew Arnold. — La crise religieuse. 7 fr . 50
Bardoux. — Les légistes et leur influence
sur la société française. t 5 fr.
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2 e édit. 7 fr. 50
Flint. — La philosophie de l'histoire en
France. 7 fr. 50
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sanction. 5
— L'art au point de vue sooiologique. 5
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Huxley. — Hume, sa vie, sa philosophie, tr-
et préface par M. G. Compayré. 5
E. Naville. — La logique de l'hypothèse. 5 I
— La physique moderne. 2 e édit. 5
E. Vacherot. — Essais de philosophie c
tique. 7 fr
— La religion. 7 fr
H. Marion. — De la solidarité mo
3 e édit.
Schopenhaueb. — Aphorismes sur la sages,
dans la vie, traduit par M. J.-A.Cantacr
zène. 4« édit. 5 i
— De la quadruple racine du principe :
la raison suffisante, traduit par M.
Cantacuzène.
— Le monde oomme volonté et comme
sentation, trad. par M. Burdeau.
in-8, chacun séparément.
J. Barni. — La morale dans la dé)
2 e édit.
Louis Buchner. — Nature et s r '
tion.
James Sully. — Le pessimis'
V. Egger.— La Parole intéri
Louis Ferri. — Lapsychologi
tion.
Maudsley. — Pathologie de l'esp
Cu. Richet. L'homme et l'intellige
tion.
séailles. — Essai sur le génie dans L'a
Preyer. — Eléments de physiologie.
— L'âme de l'Enfant, obs. sur le dével
ment psychique des premières années, j
Wundt. — Eléments de psychologie ph
logique. 2 vol. avec ng.
E. Bëaussire. — Principes du droit.
A. Franck. — La philos, du droit civi 1
E.-R. Clay. — L'alternative.
Bernard Pérez. — Les trois premières
de l'enfant. 3 e édit.
— L'enfant de trois à sept ans. 2* édit.
— L'éducation morale des le berceau. 2 e
—L'art et la poésie chez l'enfant.
Lombroso. — L'homme criminel.
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que. 7 [f
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